‹ Description abrégée des dessins de diverses écoles appartenant à Frédéric ReisetChapitre 65 sur 65 · DONATELLO · texte numérisé non relu

DONATELLO

Durer (Albrecht) 97 à 100

Dyck (Antoine Van) 102 et 103

Eyerdingrn (AldertVan) 109 et 110

FiB80LE(Fra6eatoAngelicoda) 14

FiORiia 55

Fra Bartolomeo di San-Margo . 21 à 23

Garofolo (BenTenuto Tisio da] 33

GÉRiGAULT (Théodore) 96

Ghirlandajo (Domenico) 16

GiORGiON (Giorgio Barbarelli) 46

Giotto 13

GOLTZIUS (Henri) 101

GuASPRB (Gaspard Dughet , dit le) 87 et 88

GuERGHTN (G. Francesco Barrieri) 5

HERMAlf SWANEYELT 105

HOLREIN (Hans) 100 et 101

HuLSWTT (Jean) 116

HuTSUM (Jean Van) 116

Janet (François Clouet, dit) 83

Jean d'Udine (Gioiranni Rigamatore) 33

Jules Romain (Giulio Pippi) 34 à 36

EoifiN6(P.) 114 et 115

Lagneau 84

LÉONARD (Lionardo da Vingi) 19 et 20

Lepautre 94

Paees

Lesueur (Eustache) 89 à 92

Lippi (Fra Filippo) 16

LORBNZO DI CrSDI 16

LORBAIN (Claude Gellée, dit Claude] 84 à 87

Lucas de Letde 100

LuiNi (Bernardino) 49

Mantegna (Andréa) 46

Mbtsys (Quentin) 97

Michel-Ange (Micliel-Angelo Buonabbqti) 20

MiÉBiS (François) 113

MUBILLO Ô6

Netscher (Gaspard) 113

NicoLO DELL' Abbate 51 et 62

OsTADE (Adrien Van) 107

Parmesan (Francesco Mazzuoli) 60

Paul VÉRONÈSE (Paolo Caliari) 47 et 48

Perino DEL Vaga (Pietfo) 36 à 39

PÉRUGiif (Pietro VANNUca) 20 et 21

PoLTDORE DE Caravage (Polldoro Caldara) 40 à 42

POTTER (Paul) 111

Poussin (Nicolas) 66 à 83

Primatice (Francesco Primatiggio) 61

Puget (Pierre-Paul) 92

Pynagker (Adam) 110

RapkaËl (RafiEsielle Sanzio) 23 à 33

Rembrandt (Paul.) 106

RlETSCHOPF 112

RoMETN (Guillaume Van) 116

Rubens (Pierre-Paul) 102

Salimbeni (Ventura) 44

SÀJàiàkcEisi (OraEio) 55

SCHiDONB (Bartolomeo) 52

ScHOBN (Martin Schongaubr) 96

SiGNOBELLi (Luca) 18

SlIETDBBS 103

Steen (Jean) 113

Storgk * 115

Strt (Jean Van) 116

Tbniers (David) le jeune 103 à 105

TiBALDi (Pellegrino) 51

Titien (Tiziano Ybgslli) 46 et 47

Tandevelde (Adrien) 114

Vandèvbldb (Guillaume) 112

Ybbogghio (Andréa) 16 à 18

VlTBINGA 115

WattèaU (Antoine) 94 et 95

WoiJTiEBBUkNS (Philippe) 108

Imprimerie de A. Gutot et ScaiBs, rue Neuve-des-Matharins, 18.

(Extrait de fÀth$nmum franchi* , n* année.)

m BRORZI Dl HICHIL-ARGI.

Parmi les dessins de Michel -Ange, du musée du Louvre , il s'en trouve un d'une importance assez médiocre, puisqu'il ne contient que quelques croquis à la plume, mais cependant plein d'intérêt sous différents rapports.

Ce dessin , qui a fiEiit partie de plusieurs collections célèbres , et qui a été acquis en dernier lieu en 1850 à la vente du Roi des Pays-Bas, a été décrit par notre savant MÛiette, dans les notes destinées à ime réin^iression de la vie de Michel- Ange par Condivi. Voici en quds termes :

« La statue colossale de David fut mise en

^ place dans le mois de septembre de Tamiée » 1604 (faute d'impression : lisez 1504). J*ai le » dessin ou première pensée que Michel-Ange » a ftdte pourcette admirable statue. Dans ce n dessin David a sous le pied droit la tète de » Goliath, ce qui lui fait lever la jambe et par '• conséquent avimcer le genou, mais il y a ap- M parencequeMichel-Ângea été obligéd'aban- M donner cette idée, qui paraît plus heureuse »» que celle qu'il a suivie, par les défauts ou " manque de marbre. Siu* la même feuille où ** est cette figure, est une étude pour le bras » droit du David, tel qu'il a été exécuté, et " Ton y lit le nom de Michel- Ange et ce corn- M mencement de vers écrit de sa main :

Davltte cholla fromba E io.choUarcho

** he verso du même dessin est occupé par M daulres études (de figures nues) pour un y .autre ouvrage; et l'on y lit encore écrit par .. Micliel-Ange même :

Al dolce monnorar du fimnSceUo -Chadoggia di verdôbra û daro fonte.-.

M Ces vers font la preuve de ce qu'on trouve »» écrit dans la vie de Michel- Ange, que nonn seulement il avait du goût pour la poésie , ^ mais qu'il en faisait alors une partie de son ,t^ occupation. »»

En comparant la figure principale du des-

sin en question avec un trait de la statue en: marbre, haute de neuf brasses (prés de Smèti-es 60 centimètres) , qui décore encore aujourd'hui l'entrée du palais Vieux , on est frappé tout d*abord de l'énorme différence de style et d'attitude qui se trouve entre les deux figures. Et cependant, chacun le sait, la pfemière pensée d'un msutre, quels que soient les changements apportés par l'exécution , nous donne toujours le sentiment dominant de l'œuvre ; les détails sont bien souvent modifiés , ou complètement changés , au point même que l'aspect général s'en est ressenti ; mais, il est impossible de s'y méprendre, le souffle est le même : ce qui était matériel est parti , l'esprit de la création est resté. — Si , cemme nous le croyons , cette idée a quelque ^stesse, c'est surtout quand il s'agit d'un maître réfléchi et profond comme Michel- Ange. Il le disait lui-même , sa mémoire était prodigieuse , et il n'a jamais laissé courir au hasard sa plume ou son crayon. Gli ho sentito dire , che non tira mai linea , che non si ncordi, se piii mai Vha tirata jCondivi).

Tout en reconnaissant dans notre étude la figure d'un David (les accessoires, l'inscription singulière ajoutée par le maître ne pouvaient à cet égard nous laisser aucun doute) nous n'y retrouvions donc pas les grandes lignes du colosse, et nous penchions à croire que^ contrairement à son habitude ». Mariette*

pouvait être dans l'erreur. L'étude séparée du bras qui se trouve près de la fi^re paraissait bien avoir servi pour le Ixas d^oit de la statue de marbre ; mais nous nous rappelions que Vasari avait parlé d'un David en bronze exécuté pour le gonfalonier Soderini et envoyé par lui en France, et nous soupçonnions que le principal croquis du dessin du Louvre se rapportait à cette dernière figiure plutôt qu'au marbre de Florence.

La comparaison des textes de Vasari et de Condivi, jointe à des recherches faites dans l'inépuisable trésor de documents rassemblés par le docteur Gaye, vint bientôt changer notre doute en certitude.

Voici en effet le texte de Vasari : « ... £ , » per la foma che questo acquistô nellascul- » tura (il vient de parler du colosse du Palais- » Vieux) fece al sopradetto gonfaloniere un » David di bronze bellissimo, il quale egli M mandô in Francia. »

Quant à Condivi, il s'exprime ainsi : « Ed ac- « ciocchè non fesse materia, chesottola sta- » tuaria cadesse , dove egli non mettesse le » màxâj depo il gigante, ricercatoda Piero So- » derinj, suo grande amico, gitt6 di bronze " una statua grande al naturale, che fu man-

* data in Franoia : e similmente un David n coi Goftia 80ttO. n

Il est à remarquer que les paroles de Ck)ndivl , telles que nous les avoas fidèlement copiéea: sur ^'original , -iBont quelque peu oonfitSBS, et qu'en les prenant à ]a lettre, il fiemdrait entendre que Pierre Soderini envoya en France à cette époque deux statues en brvaize du jeune statuaire son ami. Mais conune aucun doeument (que nous sachions du moins) n'a parié de cette seconde statue de bronze inconnue à Vasari, et dont Condiyi , chose bien extraordinaire, ne dit même pas le sujet, nou» sommes porté à ordre que c^iie confusion apparente est le foit jd^une légère faute d'impression. Les imprimeurs du XVI* siècle étaient hommes , non moins que* ceux du xix* . Il nous paraît très-probable qu'il faut rapporter à ce qui furéoède le dernier membre de la phrase, et, en ajoutant simplement un accent, lire ainsi : è similmente un David , etc.

Mais ii ne nous appartient guère de proposer une correcti(Hi à un texte italien, quelque nécessaire qu'elle nous^mraisse. Nous laisserons d'autant plus volontiers ce soin aux futurs éditeurs et commentateurs de Condivi, que la solution de la question qui nous occupe ne dépend en aucune façon de l'éclaircissement de ce passage de son livre. Les doeuments authentiques que nous nous propo-

sons d'analyser, établissent d'une façon péremptoire, qu'une statue de David en bronze fut commandée à cette époque à Michel-Ânge par Pier Soderini gonfalonier, et envoyée en France dés qu'elle fiit terminée.

Que ce David ait été ou non précédé ou suivi d'une autre statue du même métal , cela importe peu. Quand même le texte de Condivi, tel qu'il a été imprimé, serait bon et véridique, il n'en est pas moins certain que le David de nos documents est le même que celui de Vasari, et que celui que Condivi décrit ainsi : un David col Golia sotto.

Ces derniers mots que nous soulignons ont évidemment échappé à Mariette. Ils lui auraient expliqué la différence qu'il avait remar^ quée entre son croquis et le marbre de Florence , et lui auraient évité une erreur que rendait bien naturelle la présence sur la même feuille de l'étude du bras de cette dernière statue.

Quant à la réunion de ces deux études, qui pourrait au premier abord paraître singulière, elle est toute simple, puisque, ainsi que nous allons le voir, Michel -Ange travaillait en même temps au marbre et au bronze.

Venons maintenant à l'histoire du bronze en question. C'est ime histoire assez longue , et pourtant elle nous paraît mériter d'être racontée. Elle nous fait connaître diverses particularités de la vie du maître florentin ;

^le nous présente sous le jour le plus vrai les rapports des grands de ce monde d'alors avec les artistes ; enfin , comme tout se tient ici-bas , elle nous fera faire , bien malgré nous et malgré notre insuffisance , quelques excursions dans les domaines du monde moral, et même du monde politique.

Pierre de Rofaan , maréchal de Gié, avait été un des plus grands personnages de la cour de France sous les rois Louis XI et Charles Vin, à qui d'ailleurs il avait rendu d'éclatants services , soit aux armées , soit dans le gouvernement de l'État. H n'était pas moins en faveur auprès de Louis XII , qui l'avait nommé général de ses armées en Italie , lieutenant général en Bretagne et chef de son conseiL Homme de guerre en renom, homme de cour habile, le maréchal de Gié était aussi homme de goût, et dans ses commandements en Italie, il avait su apprécier les nombreux objets d'art dont chaque ville cherchait à se parer alors avec tant d'orgueil et de passion , et dont les restes font encore aujourd'hui la gloire de cette terre privilégiée.

Déjà, en novembre 1499, la Seigneurie de Florence lui avait envoyé neuf bustes (sept

en marbre et deux en bronze) , parmi lesquels se trouvait la tête de Charlemagne (Gaye, Carteggio inedita d'artisti dei secoli XIV, XV, XVI, tome n^ page 52). Le Maréchal s'occupait déjà sans doute de Tomement de cette belle maison du Verger dont parlent ses historiens.

il avait en outre particulièrement remar^ que une figure en bronze , de Donatello , qui décorait alors la cour du Palais, et qui aujourd'hui se trouve au musée degli Uffizi.

C'était ua David , et il avait grande envie d'en avoir un pareil. Il pria donc les ambassa^^ deurs de la République floi'entine de faire à la Seigneurie part de ce nouveau désir. Il of&ait même de payer la dépense , mais il parût que c'était pour la forme. -^Voici la lettre (Gaye, tome II j p. 53).

'. Pier Francesco Tosinghi l «ratores apud » Lorenzo de Medicis , 1 ^hristiams-

( smiurn.

» 22 giugno 1501. £1 mancial de 6ie, mos* » ira esser affezionato alla città , et chon it grande istanzia ci ha preghato che noi M schrivamo allaSignoria Vostra chellui desi- » derebbechesegli facessigittareuna figura di. i> bronzo duno Davitte, diome quelle ché nella M chorte dellaSignoria Vra, che lui pagherà '• la spesa; ma chredo hene eheilo âicha chon animo gnene siafatio uno présente. >*

Êa Seigneurie ne demandait pas mieux que' de satisfaire aux désirs du Maréchal. Un seul obstacle l'arrêtait, c'était la difficulté de trouiver un artiste. ci^iable. Elle répond le S^juiltat aux envoyés (tous ces détails et ceux qui snivent sont, à moins d^indication contraire, extraits du tome ILd'é Qayell) ) :

"Noi i^iamo cercato di chi possa gittare n una figura di Darit, corne voiricerchate per n il mariciai di Gte» e ci è liéôggi charestia di ii simili buoni inftfestri; pmenon si manchera ** di ognldiligentia« »

17 juillet, nouvi^le lettre du même ambassadeur P. F. Tosinghi : « Il marescial di Gie » ogni di mi solecita che io richorda alla " Signoria Vra. el desiderio suo di quelle Da- » vitte , et mostra desiderarlo assai. »

U serait sans doute curieux d'examiner si Flocenoeétait à cette époque aussi peu riche en statuairesque l'assure Pier Soderini , et si son asseriioa n'était pas tm peu exagérée; mais cela noua entraùieraii un peu loin, n est certun^ne; soit pour le mbiàf qu'il avait allégué, soit pour toute autr& cause , une année entière s!écoula sans que la figure en question fût commandée. Enfin, pressée sans doute par de nouvelles instances faites au nom du

(1) L'éradit qui pabUerait une bonne table des matières oontenaes dans les trois Tolnmes dn docteur Gaye, rendrait aA'tea6B«e>flerfiee à tnm ceox q^ s'oceoyent des qnes^ tiMS^'art-

Maréchal , la Seigneurie se décida et chdsit Michel-Ange pour exécuter ce travail.

L'allocation est du 12 août 1502. » Loca^ n verunt Michel Agnolo Ludovic! Bonaroti de » Florentia et scultori presenti ad faciendum »unam figuram unius Davit alti brachiift » duobus et uno quarto alterius brachii incir^ » cha bronzi infira tempus sex mensium proxi- » me fiituronim pro ea mercede qua deckra* » bitur post perfectam dictam figuram per

» duos amicos communes» etc — Et quam

yi figuram dicti magniôci domini dixerunt se » velle facere ôeri pro donando iUam marisn chali de Gie, etc »

En 1502, Michel- Ange avait vingt-sept ans, et son nom était déjà célèbre. Sans parler de ses premiers essais sous le patronage de Laurent-le-Magnifique, des travaux de grande importance étaient déjà sortis de ses mains.

Peu de temps après la mort de Laurent, il avait acheté un grand morceau de marbre , dans lequel il avait taillé un Hercule haut de 4 brasses, qui fut plus tard envoyé en France (1) au roi François I*'. Encore une

(1) M. QoatTemëre de Qulney ( Histoire de la vie et de» ouvrages de Michel-Ange \ dit que, selon Condivi, cette

statue à retrouver ! Pour le prieur de Fégllse du Saint-Esprit , qui était son ami, et qui lui procurait des cadavres sur lesquels il se livrait aux études anatomiques, il avait exé* cuté un Christ en bois presque aussi grand que nature. Deux petites figures en marbre, faites h Bologne pour l'église Saint-Dominique, le fameux Amour endormi, sculpté à Florence et vendu à Rome comme antique ^ avaient contribué à faire connaître son nom hors de sa ville natale. Appelé à Rome par le cardinal de Saint-^jleorge , trois nouveaux ouvrages en marbre , le Bacchus f le Cupidon et le groupe de la Pitié , l'avaient placé dans l'opinion des juges accrédités au^essus de tous les sculpteurs contemporains. En 1501^ il était revenu à Florence, et voici à quelle occasion :

Dans le courant du xv* siècle, la Seigneurie de Florence avait fait emplette d'un énorme bloc de marbre de Carrare, dont elle voulait que l'on fît un prophète pour la décoration exr

«tatne était en bronze. C'est une erreor. Il est tr^s-certain que rHercnle envoyé k François I*' par GioTanbattista délia Falla, qoi fit passer en France tant d*antres cheftd'œnvre de tont genre également perdus at^oordliai, était en marbre, etCondivi n*est pas k cet égard moins affirmatif que Vasari. — SI nons releyons cette légère errenr, c'est uniquement pour éviter toute cause de conftision : chacun sait en effet que Vétnde approfondie des faits n'est pas ce qu'il faut chercher dans le travail du célèbre académicien, qui brille sani doute par d'antres qualités.

térieure de Sainte-Marie^es-Fleurs. AgostinoCHiucci, cbafgé de ce travail, n'avait pu mener à bien son entr^rise; et depuis 1466, le colosse abandonné gisait, comme chose inutile, dans Tœuvre de Sainte-Marie-des- Fleurs. Pier Soderini avait cependant pensé à en tirer parti. H en avait même souvent parlé à Léonard de Vinci. Que d'années il aurait iiedlu à Léonard avant de se décider à s'en charger! De guerre lasse, le Soderini allait accorder ce travail à Andréa Sansovino, sculptetir renommé. Mais Michèl-Ange qui souvent avait petisé au parti que Ton pourrait tirer du marbre en question, quitta Rome et vint se mettre sut les rangs pour l'obtenir. Il assurait pouvoir réussir, et réussir sans rapporter de nouveaux niôrceaux, ce à quoi les autres ne pouvaient s'engager. Il l'emporta , et les termes de la délibération du 16 août 1501 nous montrent quelle considération on avait d^pourson talent: « Spectabiies viri, etc...

f elegenmt in scultorem dicte opère dignum >' ma^rûilnmtlifichelangelum Lodovici Bonar^ » rôti, civem Florentinum, ad faciendum et » perficiendum et perfecte finiendum quem- M dam hominem, vocatum gigantem, aboza* » tum, braohiorum novem es marmore, exis- » tentem in dicta opéra, olim abozatum per » magistmm Augustinum... de Florentia, et » maie abozatum, etc. »

Michel^Ange cconmença à travailler le

marbre qm devait devenir le David du Pa* kûs^Vieux, le lundi 13 septembre 1501. Il ne l'acheva que dans les pruniers mois de ld04, c^e»t«»à-dire en vingt^huit ou trente mois, et non en dixf^uit comme le dit Condlvi.

En effet) une délibération du 25 janvier 1504 (1), concernant la place à donner à la statue, commence par oes mots : *< Viso » qualiter statuaseu David est quasi finita. . . >^

On le voit donc, lorsque la commande du bronze destiné au maréchal de Gié arriva à Af ichel-Ange, le marbre était en pleine exécu*tion. Le dessin que nous avons décrit en coâmiençant, et à Toccasion duquel nous nous sommes livré à ce travail, qui s'agrandit à mesure que nous le poiirsuivons, doit avoir été Mi vers septeml»e 1€Q2. Si nous cher-^ chons à constater ee p(»nt avec une précision qui pourra paraître .presque puérile > c'est moins pour le fait en lui-même, que parce que nous y trouvons l'occasion de vérifier la par-^ fioite justesse ide l'observation suivante de Mariette : « Je ne sache aucun maître qui ait » terminé davantage ses études. Quand il

(1)- Notui aoimons totijonrsles dates suivantle calendrier rgnatB

n cherche quelqpie attitude, il jette avec inr-^ » pétuosité sur le papier ce que lui fournit >f son imagination, n dessine alors à grands *' traits, il devient en quelque façon créateur. » Mais veut-'il étudier la nature, pour la re^ » présenter ensuite avec vérité dans sa sculp- ^ tare ou dans sa peinture! U suit une tout au- » tre méthode, il caresse ce qu'il fait, il y met » plus d'ouvrage. Scm dessin n'est plus une rt esquisse, c'est un morceau terminé dans le- >* quel aucun détail n'est omis; c'est la chair >* même; aussi n'en fallait-il pas davantage » à Michel-Ange pour modeler. J'ai plusieurs » dessins où l'on voit encore les repères ou rt différents points que Michel-Ange y a mis, » et qui sont autant d'indices que ces dessins » lui ont servi pour modeler. »> En effet, autant la figure du David est, dans notre dessin^ hardiment et rapidement jetée , autant le bras qui se trouve à côté est conduit avec soin et avec sagesse. Le premier croquis est évidemment une première pensée, le second est une étude dans toute la force de ce terme, et l'on comprend fort bien que le maître s'en soit servi pour modeler.

Quand il s'agit d'un homme comme Michel-Ange, peut-il y avoir des détails trop minutieux! N'est-ce pas au contraire une chose heureuse, de voir les documents authentiques venir confirmer, par le rapprochement des dates et de la manière la plus concluante,

les études faites avec conscience sur les ouvrages des Mdtres, et sur leur manière de procéder?

En décembre 1503, Michel- Ange avait déjà avancé la figure du Maréchal. Cependant Pietro Soderini voyait bien qu'elle ne serait pas terminée dans un espace de six mois, comme Tartiste l'avait promis. U savait par expérience que les peintres et les sculpteurs promettent beaucoup et tiennent peu, et que d'ailleurs l'humeur de celui à qui il avait a&irè n'était pas toujours facile à d(»npter. — Mais voici la correspcmdance ; elle vaut mieux que nos analyses :

14 décembre 1502. Lettre des ambassadeurs : « Bicordiamo a V. S. far soUicitare » la figura del marescial di Gie, il quale la de- » sidéra assai, et mosirasi tanto c^ectionato » che meriterebbe molto piii. »

Réponse de la Seigneurie, 31 décembre 1502 : u La figura del maricial de X3ies si sol- » lecita ogni di, et si è pagata la maggior » parte del costo ; ma, corne voi sapete, dalle »» cose de pictori et sculptori si pub malpro- » mettere cosa certa; perô non vi diciamo w quando habbia ad essere facta. SoUiciterassi » con maggior instantia, et si farà ogni dili- » gentia di expediria presto, »

Le 13 janvier 1503, les ambassadeurs écri* vent : ** La figura del mariscial de Gies, purchè » si facci, per uno mese più o meno non dap»

» noia; purchè non sia dimenticata, ccrnie » questo signore ha dubitato jnit dunavolta. »

On voit que le Maréchal s'impatientait parfois et accusait d'ouUi le Gonfalonier, qui ré* pond, le 27 janvier : « La figura del maridal » non si intermette punto... »

12 avril, lettre de France: «Il marescial de ** Gie non pu6 più desiderare la sua figura,^ et » poiché la spesa- là condocta dove inten- » diamo essere suta tante volte promessa, n y, &. sene faccino honore mentre che pu6 » essere grato d dono. »

La réponse à cette lettre est du 30 du même mois : « La figura del maricial de Gie sarà » fomita a S. Giovanni, se il maestro Mo.

» (Michelagnolo) ci terra fermo la promessa?

»»- sua, la quale non è molto certa,. aiteso i » cervelli di simile genti ; et perché havessi » cagione di sollecitarla , hieri seli data nuovi »» danari... »»

Le Gionfalonier ajoute que la figure excédera la charge d'un mulet, et que la Seigneurie ne peut se charger du transport, si l'on adopte la voie de terre. Il vaudrait mieux que le Maréchal la fît charger sur une barque à Livoume. n termine ainsi : « Pensate et ordi- »» nate con dextreza qualche modo, che sene » habbi men briga che si pu6. »

Le 19 juin de la même année, les ambassadeurs reviennent à la charge : « £1 mari- » cial de Gie, che hora è Duca di Nimers " ( Nemours), per havâre preso per donna una » sorella di quel Signore che mori nel Reame »■ ha ordinato qui a Grandio Lorentino, mer- » cant&di questa terra, per la prima commo- » dità li facci levare la figura sua da Livomo ; " pero V. S. la faccino expedire presto e con- » durla là, che vi rispiarmerete et spesa et " brigha. »

La Seigneurie avait bien raison de dire qu'il ne fallait pas se fier aux promesses du statuaire. La Saint- Jean était passée , et la figure était bien loin d'être finie. Du reste, le Gonfalonier, qui en avait vu bien d'autres, commençait à trouver le retard tout naturel.

Il écrit le 19 juillet 1503 : u La figura del '> maricial di Ges si solecita, ma non si pu6 » pe)' la natura del Ihuomo et la qvxilità *r délia cosa expedirla in pochi di, etc. . . »

25 août 1503, 23 février 1504, nouvelles instances de la- part des ambassadeurs.

Enfin, le 1*' avril 1504, l'un d'eux s'exprime ainsi : « Lo amico del Davit soUecitava H et non senza cagione : vassene alli stati » sua et ancora che e' sia un pezo che io ne » habbi notitia, non nho prima voluto dare " adviso che io lo vegha , che domattina »♦ parte. »

^ ao —

vn.

Ici nos correspondances cessent de parler de la figure, et les ambassadeurs laissent quelque répit à la Seigneurie et à Biichel- Ange. Le Maréchal de Gié avait-il donc tout à coup renoncé à ce bronze, qu'il sollicitait depuis ti*ois ans avec cette fwrià, francese qui a de tout temps étonné les Italiens. Hélas ! non. Il avait perdu son crédit à la cour, et ce départ pour ses États n'était que le premier échelon de sa disgrâce. La reine Anne- lui en* voulait fort, et devait rapidement lui faire descendre tous les autres. On peut voir dans^ Brantôme comment cette princesse, **fort npromie à la vengeance et qui pardonnent n malaisément quand on Vavoit offensée de » malice , » fit expier au pauvre Maréchal la velléité qu'il avait montrée, pendant une maladie du roi Louis XII , de « contrefaire le » bon officier et le bon valet de la couronne ^ »en arrêtant entre Saumur et Nantes trois ou quatre bateaux que la reine, en femme prudente, avait fait charger « de tous ses plus «précieux meubles ^ bagues y joyaux et ar- » gent , pour les transporter en sa ville de M Nantes. »

La République florentine et ses envoyés paraissent donc mettre dans un oubli pro^fond le Maréchal de Gié. Il n'est plus ques-

tion de lui dans la correspondance qu'api^s quelques années, et pour mentioimer sa con^ damnation définitive devant le parlement de Toulouse, sous prétexte de «concussions et "pilleries, ainsi qu'aucims gouverneurs y » sont sujets. » (Brantôme.) Quant au David de bronze il ne fut pas tout à fait abandonné , et nous verrons tout à l'heure que la Sei- ^eurie le fit» par la suite» mener à bonne fin. Mais c'était pour pn autre, et Texilé put s'appliquer dans toute son amertume le << sic vos non vdbis. »

Le contre-coup de la vengeance d'Anne de Bretagne dut se faire sentir à Florence , en permettant à Michel-Ange de laisser dormir un peu cet ouvrage, déjà avancé. Mais il ne faudrait pas croire qu'il restât pour cela inoccupé. Tout nous fait penser au contraire que son activité était alors des plus remarquables, et nous sommes tenté de ne pas prendre à la lettre le passage.de Condivi qui nous apprend (XXIXI) qu'il resta à cette époque quelque temps sans travailler de son art, à cause de son goût pour la poésie : Essendosi dato alla lezione de' poeti ed oratori volgari , ed a far sonetti per suo diletto, La poésie fut^ en efPet, une des passions les plus constantes de

Michel- Ange; mais nous croyons que tout en faisant des sonnets, il avait aussi ses heures pour la sculpture. Voici, ene£fet, une rapide énumération des travaux qui , outre la figure destinée au Maréchal, étaient en cours d'exécution dans son atelier, au moment où nous sommes parvenus.

Le Dttvid de marhre fut, comme nous l'avons vu , terminé dans les premiers mois de 1504. Ce colosse fut mené à grand'peine à la place qu'il devait occuper, et où il arriva seulement le 8 juin (Gaye, n, 464). L'historiette racontée par Vasari, et qui nous montre Michel- Ange se moquant si agréablement de son ami le gonfalonier Soderini , prouve que l'artiste donna les derniers coups de ciseau sur la place même. La mise au jour de cette statue fut un événement pour Florence ; et Ton ne s'étonnera nullement de la sensation qu'elle produisit , si l'on songe à la grandeur et à la difficulté de l'œuvre, et au beau fini que Michel-Ange avait cherché dans l'exécution. Car il mettait alors le plus grand soin à terminer sa sculpture, tandis que presque tous les ouvrages de son âge mûr et de sa vieillesse ne sont que des ébauches plus ou moins avancées. Le travail du marbre était , non moins que la poésie, et sans doute à un bien autre degré que la poésie, son occupation favorite; c'était un des besoins de sa vie, et nous le voyons plus tard, vieux

«t déjà infiraoe, garder, toujours daBS un ooin de sa maiscm quelque bloo pour occuper ses moments perdus et pour distraire ses insommes. Il ne faut pas d'ailleurs Tou* blier ; si Michel*Ange avait des cddes , il n^aimait guère à s*en servir, et ses marbres sont réellemeni le travail de sa main. — Le proUicienf tel que nous le connaissons et que nous le voyons opérer, était alors à peu prés IncQmnu. Les choses se sont bi»i perfectionnées, et.il ne serait pas impossible de trouver, de nos jours , des sculpteurs en renom qui n*ont de leur vie touché à un marbre. Nous ne pouvons nous lasser, quant à nous, d'admirer ce prodige.

Outre le colosse, il faut raj^rter à cette époque de la vie du maître, deux bas-reliefs en marbre, de forme circulaire, qu'il fit pour, deux de ses concitoyens » -et qui ne furent pas entièrement ^achevés; et une Vierge avec Tenfant, aussi en bas-relief, qu'il coula en bronze et qui fut envoyée en flaaike. Cest i^core vers 1^04 1 si neus nous en rapportons au récit de Vasari/etde CkuMiivi, epernon las-ciare affaito la pittura, dit ce dernier, que fut exécuté, pour Agnolo Doniv le tableau rond de la Tribêune, à propos duquel l'artiste, dans sa fierté blessée, joua un tour si impitoyable à l'avance de son Mécène.

Gaye nous fournit une date précise pour un autre ouvrage.d'une importance extrême,

commandé à BIDchel<»Ânge pour romement de Sainte-Marie-des-Fleurs. n s'agit des douze apôtres en marbre dont Ck>ndivi avait parlé, et qui devaient remplacer les peintures de Lorenzo di Bicci. Far un acte du 24 avril 1603, Michel-Ânge s'était engagé à finir ces douze figures dans l'espace de douze ans , en en livrant une au moins chaque année. Le texte ajoute : « Et predicta omnia et singula n suprascripta promisit dictus Michelangelus H foœre et observare diligenter et absolute ex " parte sua , remota omni cavillatione et seu »contradictione, secundum consuetudinem » et usum boni et perfecti sculptons et arti- M ficis et eius industriam et magisterium et Hingenium... n On peut voir par les détails de l'acte, qu'il serait trop long de rapporter, quelle importance les Florentins attachaient à cette commande , et quelles facilités on accordait au sculpteur, jusqu'à foire bâtir tout exprés une maison, qui deviendrait sa propriété à mesure qu'il livrerait les statues. On foisait évidemment tout ce qui était possible pour l'intéresser à suivre avec ardeur et à terminer ce grand travail, qui fut cependant bientôt abandonné. Il avait ébauché une seule figure, celle du saint Mathieu qui orne actuellement l'Académie des beaux-arts à Florence.

Enfin les détails authentiques mis au jour par l'infotigable docteur Gaye prouvent que pendant les trois derniers mois de 1504 et les

deux premiers de 1505, Mlchel-Ânge travaillait au fameux carton de la guerre de Pise. Ce chef d'oeuvre fut, chacun le sait, exécuté en concurrence avec la bataille d'Ânghiari, de Léonard, dont il devait être le pendant, et ser« vit à rétude de tous les artistes qui devaient être plus tard les Maîtres du xvi* siècle. Nousn'en parlerons ici que pour jeter à notre tour Tanathème sur celui dont la main sacrilège osa, dans un moment de troubles politiques, le mettre en pièces. U est juste aussi d'apporter notre part d'admiration à la belle estampe de Marc- Antoine, qui nous en conserve un fragment : fragment dont le dessin est si savant et si pur , que l'on serait tenté de croire que le graveur s'est servi d'une des études faites vers 1506 ou 1507 , d'après l'original , par son protecteur et son ami, Raphaël d'Urbin.

Ce sont là, il faut bien le reconnaître, des travaux d'une haute importance, et l'on ne peut s'étonner que l'artiste qui les menait de front, ait été retenu à Florence jusqu'au commencement de 1505, ainsi que le prouvent nos documents, et par conséquent un an de plus que ne l'ont dit ses biographes. Jules II était monté sur le trône pontifical le 30 octobre 1503. Appela-t-il aussitôt le grand artiste près de lui comme le lait entendre Con-

divit Rien ne le prouve; mais si le fiEut esl vrai, Midiel-Ânge n*obéit pas immédiaitement à cet appel , puisque nous le trouTons ^encore à Florence le 28 février 1505 ( Gaje^ II, 93) , recevant imesŒiime de 280 livres à valoir sur les travaux de son carton.

Si après avoir fait accepter au Pontife le projet magnifique du monument destiné à sa sépulture, il passa au moins huit mois à Carrare pour y choisir ses marbres, ainsi que l'affirment Condivi et Vasari , son séjour à Rome ne put cette fois être en tout de plus de sept à huit mois. Il était en efiet à Florence au commencement de juillet 1506. Il eut donc à peine le temps , depuis son retour de Carrare jusqu'à la fin de juin , d'ébaucher, sous les yeux de Jules II, une ou deux des nombreuses figures qui devaient orner ce tombeau gigantesque , et qui furent disper^ sées par la suite, lorsque le projet primitif fut abandonné. La majeure partie de ce qui fut fait est évidemment l'ouvrage d'une époque postérieure.

Nous voici arrivés au moment de la vie de notre héros où se place l'histoire de sa que^ relie avec Jules H. C'est un épisode trop curieux, pour que nous ne nous y arréti<»is pas un moment.

On se ferait difficilement une idée vraie des rapports qu'avaient les artistes d'autrefois avec les princes qui les protégeaient, si Ton acceptait sans examen certaines idées assez généralement reçues, d'après lesquelles leur sort pourrait être considéré comme inférieur à celui qui leur est réservé de nos jours. Nous avons même souvent entendu dire, dans un sens d'ailleurs bienveillant, pour expliquer leur amour du travail et leur facilité à produire œuvres sur œuvres, qu'ils étaient owvriers plutôt qu'artistes. Nous doutons fort, quant à nous, de la justesse de cette appréciation, et nous croyons que, même pour les artistes du xrv» et du xv« siècle, la fantaisie, l'indépendance, l'admiration des grands de ce monde étaient, non moins qu'aujourd'hui, des biens hautement appréciés et pour ainsi dire des conditions d'existence. N'est-ce pas une grande figure que celle de Giotto , ce père de l'art moderne, appelé successivement, avec sa cohorte d'élèves, dans toutes les villes de l'Italie et môme en France, pour y créer chaque fois des merveilles nouvelles! Si l'on parle àHndépendance^ est-il ime vie plus étrange, plus agitée que celle de Fra Filippo Lippit Quant à Beato Angelico, dont l'existence fut aussi pure, aussi calme, aussi contenue que celle de Lippi fut orageuse, on peut, on doit dire de lui que c'était un saint : mais, malgré cette application non

interrompue à ses travaux, malgré cette pro* duction infiatigable de chefs-d'œuvre si variés^ quoique dérivant du même principe et pour ainsi dire coulant de source, en quoi ce peintre d'une intelligence si élevée et si exquise, ce pieux moine dont le pape Eugène IV suivait les conseils poiu* donner à Florence \m évoque qui devait plus tard être canonisé, en quoi peut-il é^tre comparé à un ouvrier!

Lorsqu'on arrive au XYi* siècle, les preuves abondent, et l'on ne peut assez admicer avec quelle sollicitude, avec quel amour chaque ville, chaque souverain, chaque seigneur checchaient à l'envi à accaparer les ouvrages des maîtres célèbres, et à attirer à leur service ces hommes singuliers (en prenant ce mot dans son ancienne et plus noble acception). La correspondance de la Seigneurie de Florence est pleine de détails concernant ses architectes, jses ingénieurs , ses sculpteurs ou ses peintres , qu'on cherche à lui emprunter de tous côtés, et, grâce à Dieu« les sois de France sont au nombre des solliciteurs les plus chaleureux et les plus persévérants.

On ferait un beau li^Te de l'histoire des arts à cette époque, prise de ce point de vue. On y verrait figurer au premier rang la lettre écrite par la duchesse d'Urbin au gonfalonier Soderini, pour lui recommander, en des termes tels qu'une mère n'aurait fu. .en trouyer d'autres, un jeune hoiume (]e vingt et un

sur des porporiiQns jusque-là inconnues, Téglise Saint-Pierre. Il attirait à Rome , pour décorer les chambres papales, les peintres les plus en renom, qu'il devait bientôt après renvoyer, et dont il devait même effacer les travaux, sans scrupule, pour confier le tout à Raphaël. Enfin, le projet de tombeau que Micbcl-Ânge lui avait soumis , et qu'il avait accepté avec enthousiasme, prouvait bien qu'en ce qui concernait la sculpture, il ne portait pas son ambition moins haut que pour l'architecture et la peinture.

La vue des marbres en si grand nombre , que Michel- Ange avait rapportés de Carrare, et qui remplissaient la moitié de la place Saint-Pierre, réjouissait le Pape. Il s'était pris d'amitié pour son sculpteur, et avait fait même établir xm pont-levis pour pouvoir se rendre, à sa fantaisie et sans être vu , dans l'atelier où il travaillait. Là^ tout en admirant la hardiesse et la légèreté avec lesquelles l'artiste conduisait son ciseau |1) , il le traitait familièrement et comme un ami. « Più e più » volte r andô fin a casa a trovare, quivi seco » non altrimenti ragionando e délia sepoltura

(1) BtaiBe de Vlgen^re qui avait TaMIchel'Ange, « bien w qae ftgé de plus de soixante ans et encore non des plw M roboBtes,» trayailler le marbre, en avait gardé le plus vif souvenir. Noos ne reproduisons pas ici ce passage intéressant de ses annotations aux tableaox de Philostrate, parce qu'il est trop connn.

artistes jaloux. Jules II était-il homme à craindre de ne pouvœr mener de front deux entreprises de ce genre, et à se dégoûter d'une idée si noble, lorsqu'elle avait encore sur son esprit toute la puissance de la nouveauté!

L'heure du désenchantement qu'amènent les grandes dépenses ne pouvait encore être arrivée. D'ailleurs si le Pape s'était trouvé ainsi refroidi à l^égard de sa sépulture, aurait-il envoyé cinq courriers après le sculpteur, auraitil adressé bref sur bref, fût écrire lettres sur lettres à la Seigneurie de Florence pour le redemander!

Quant à Vasari , il ne fait intervenir Bramante que pl\is tard. Mais son récit, en ce qui concerne la fuite de Michel-Ange, est encore phis embrouillé. Il se contente de deux on dit contradictoires, auxquels il mêle nous ne savons quelle histoire delà chapdle Sixtine qui n'avait rien à y voir, puisqu'il n'était encore nullement question des^ peintures de la voûte, n n'a pas Tair de croire hii-méme à ce qu'il raconte, et, comme s'il voulait mettre sa conscience en repos , il termine ainsi : « Bas- » ta, che nelV un modo o tielV altro eg^l H ebbe sdegno col papa, ë poi paura, che se » gli ebbe a levar dinnanzi. »

Il nous paraît donc à peu près impossible aujourd'hui de pénétrer le véritable motif de cette rupture subite. Le refus d'un valet de bas étage de laisser entrer Michel- Ange dans

fappartement du pape, refus qui lui fut s^ pénible, ne put être évidemment que l'étincelle qui amena Texplotiien de sa colère. Cette circonstance que Condivi et Vasari avaient sans doute entendu raconter au Maître luimême dans sa vieillesse , dut être précédée' d'une discussion quelconque entre le pontife et Fartiste, et C'est le sujet de cette discussion qu'il nous importerait de connaître.

Après tout, entre ces deux caractères également invincibles, les chocs devaient être fréquents. La |>arole de Jutes n était brusque el souvent diu^; sa volonfé était terrible comme sa colère. Il ne souffrait ni retards ni empêchements: D aimait Michel-Ange sans doute , et au besoin il le défendait avec son impétuosité habituelle contre ceux qui ne le traitaient pas avec les égards dus à un grand artiste, ûDeds C^était i, la condition que l'artiste tremblerait' comme tous les autres devant lui. De son côté, Michels-Ange était ombrageux et souvent irritable, t^lein de confiance dans sa foi^ce, vivant seul dans l'es hauteurs de sa pensée,- it ne supporlait ni les conseils ni les critiques; enfin il aimait par-dessus tout à li^ôtrevu de persûnne'pendant qu'il travaillait, et à ne pas miontrer ses ouvrages inachevés.

Que de causes de dissentiment ! (1)

(1) Le champ étant libre poQT les conjectures, nous eniUMerderonfl une. Qa'oà yeniUe.Uen comparer an récit si

XUI.

Quoi qu'il en soit | car nous sommes bien forcé de sortir de ce pas difficile par le même expédient que Vasari^^ il est certain que Mi^

eonftis de Vasarl, le passage salvant, qnf Tient pen après, et qui, d'après le texte, se rapporte aux pèintnres de la chapelle : « Era papa OtoUo molto desSderoso di yedere le » imprese che e* faceva ; per il che di qnesta cbe gli er» » nascosa yenne in grandissimo desiderio. Onde volse on n giorno andare a vederla, e non gH fti aperto, che Micheln agnolo non avrebbe Tolnto mostrarla. Per la quai eoea n nacqne il disordine, corne $' i ragumto, ehé s* êbbe a par" » tire di RoTîiay non volendo moMrarlaal papa.#., etc. n

On ce passfl^e n*a aucnn sentf, on il a trait k la querelle à la Boita de laquelle Michel- Ange s'enfuit de Rome. Nons l'ayons déj)k dit, )k cette époque Jules n ne pensait pas encore k la chapelle Sixtine. N'est-il donc pas permis de supposer que Vasari, confondant et mêlant ensemble les récits qu'il arait entendu faire kMfchel- Ange de ses querelles avec le Pape, a parlé de la chapelle^ tandis qu'il s'agissait réeir lement de Vatelier dans lequel Jules II aimait tant à se rendre pour voir travailler son sculpteur, et dont un beau jour Michel-Ange, dans un moment d'humeur, lui aurait, refusé l'entrée? Le litre dieVastti, ^'ailleurs si précieux, est plein d'erreurs de ce genre.

Cette interprétation nous parait d'autant plus vraisemblable, que nous voyons, quelques lignes plus loin, le Pape montant, avec l'aide de Michel-Ange, sur l'échafaudage, pour voir la Aresque commencée; ce- qui fMme une contradiction de plus avec le passage que nous venons de citer, s! réellement il s'applique k la chapelle., w n papa che t' era ti poi andato a tedere àlcune Yolte per certe seale a piroll rt aiatato da Michelagnolo. ,.rt

t^el-Ai^ quitta Rome dang ies derniei*s jours de juin 1606 avec une précipitation inouïe. Cette fuite effrénée ne prit fin que lorsqu'il se trouva en sûreté à Poggibonzi, sur le territoire florentin. C'est en cet endroit que le r^oignirent les courriers du Pape. Mais ni leurs menaces ni leurs priépès ne purent le décider à rétrograder. Il consentit à grand'peine à répondre un mot aut lettres qu'ils avaient apportées et continua sa route vers Florence, où nous le trouvons étobli dans les premiers jours de juillet.

C'est du 8 de œ mois qu'est daté celui des brefs de Jules II qui est parvenu jusqu'à nous. Il est adressé aux magistrats de Florence et est conçu en ces termes {Letterè pittoricfae m, 320 ) : M Dilecti Ôlii,- saiutem et apoetoli- » cam bôiedictioneih. Michael Angélus scuip^ n tor qui a nobis leviter et inconsulte disces- «< fit, redire, ut accepimiiSj- ad nos timet, cui i> nos non succensemus : novimus ht^iismodi » hominum ingénia. Ut taniiën^jfmnem suspi- » cionem deponat, ésvdtidnëlin vestnun horta- ^« mur, velit ei nominé nôstro promittere, quod » si ad nos redierit^ ilkésus inviolatusque V erit, et in ea gratia ttpdstiliicanos habituros, n qua habebatur ante discessum. n

Ce bref n'indique pis une bien grande co-^ 1ère de la part du Pape; sa mauvaise humeur ne se traduitque par quelques mots assez dédaigneux qui s'adressent aux artistes en gé»

néral. Il promet, du reste, Toubli du fasse.

Mais l'exaltation de Michel-Ânge était loin d*ôtre calmée. H est certain qu'elle fut ex-* tréme. Il alla jusqu'à vouloir s'expatrier et partir pour Constantinople. Outre le récit des deux historiens, une lettre de Pierre Soderini témoigne des terreurs et des agitations de notre artiste. EUe fut écrite dans le courant de juiUet(GayeII, 83).

« Michel Âgnolo iscultore è in modo impau* n ritOy che non obstante il brève de N. S. sa- » rebbe necessario che il Ritio. di Pavia fo^ » cesse una lettera, soscripta di mano propria » a noi, et ci prometessi la sicurtà sua et inle" *> sione; et noi habbiamo adoperato et operia* M mo con tutti mezzi da &rlo ritomare , certi-^ *f ficando la S. V. che si non H ta dotcemente, H se anderà via di qui, corne già ha voluio f^fareÛMevolte. »*

Michel-Ânge n'était pas de ces artistes quereUeurs et hautains qui parcourent le monde répée au poing, comme Torrigiano et Benvenuto Cellini. Plongé tout entier dans les travaux ou dans les méditations de son art, il était le plus souvent sombre et sauvage ; mais d'ailleurs très-prudent. Dans sa colère il était intraitable; mais une fois le moment passé, son naturel reprenait le dessus. . . « Dal medesimo

é nato |Ck)ndivi LXyni) ch'egli sia stato

T anco timido ; salve nel giusto sdegno, quan- » do a lui, ad altri si foccia ingiuria e torto

ff contra '1 dovere : nel quai caso/nà éCanim^ f pigUa, che qitei, che son tenuti œrragiosi: « nell* altre cose è poi pazientissimo, n II avait déjà, dans sa jeunesse, montré quelle était sa pnid^ce en quittant Florence quelque temps avant l'expulsion de Pierre de Médicis, dont un songe de son aim le musicien Cardiere Tavait miraculeusement averti. Il devait plus tard, pendant le siège, donner une preuve bien plus décisive encore du soin tout particulier qu'il prenait de sa propre conservation, en abandonnant précipitamment sa ville natale, lorsqu'il était un des magistrats chargés de la défense.

Il sentait donc bien à quel point le Pape pou-^ vait être offensé, et il n'osait retourner près de lui. La colère avait fait place à la crainte, et Pierre Soderini avait grand'pelne à le rassurer en lui disant qu'au fond le Pape était bon et qu'il l'aimait; que s'il désirait si vivement son retour, c'était pour lui faire du bien et non du mal. D'autres fois ^ le gonfalopier savait lui parler plus sévèrement : « Tu bai n fatta, s'écriait-il, uria prova col papa^ che » non Varebhe fatta un Redi Francia; per6 » non è più da farsi pr^;are. Noi non vogliav-inp per te far guerra con lui , e metter lo

^ stato nostro a risico; perô disponti a tof- H nare. « { Condivi XXX ).

En même temps le Soderini écrivait au car> dinai de Yolterre le réstiltat de ses démarches auprès de l'artiste. « Habbiamo havuto a noi » Michel Agnolo, e non manchato di diligentis » alcuna per persuaderli divenire di costa; et M in somma Thabbiamo troVato ad non se vo^ » 1ère fidare, perché la S. V. non ne promette » cosa alcuna certa. Noi andremo conti-^ » nuando, et essendo lui pure vario, lo por-^ »' remo ricondurre, etc. »

Un mois après , Pierre Soderini crut avoir décidé Michel-Ange à se rendre aux désirs du Pape; car no\is trouvons dans Gaye une lettre du 31 août 1506 adressée au cardinal de Pavie : « Michel Agnolo Buonarotti , » sculptore, cittadino nostro» et amato granit démente da noi, sarà exhibitore délia pre^ >* sente, quale viene alla Santità di nro Signore *y persuaso da noi...., etc. Viene con bono » animo, et noi preghiamo efficacemente la S. » V. Rma prima di raccomandarlo alla Santità )t del papa, poi di favorirlo in tutto quelle cbe » li sarà necessario » significandoli che per » uno piacere non potremo ricevere el mag^^ )' giore y nè'havere più grato ogni bénéficie o >' commodo, che sarà conferito in lui , perché » lo amiamo sommamente, et li desideriamo » ogni bene. »

Il serait impossible) ce nous semble, dlma^

giner une lettre de recommandation écrite avec plus de cœur que cette lettre de la Sei-» gneurie de Florence. Rien ne nous semble plus curieux et plus touchant à la fois, que de voir les soins dont les chefs de la République entouraient ce concitoyen illustre, et les précautions qu'ils prenaient pour qu'il fût bien reçu à la cour du Pape. Rien ne prouve mieux à quel point on était fier de sa gloire et de Thomieur qui en rejaillissait sur la cité.

Cependant cette lettre ne fut pas remise.

Michel-Ânge ne put se décider si vite à se présenter devant le regard de Jules U, et resta deux mois de plus à Florence. Il y resta en tout cinq mois , et non trois comme l'ont dit Condivi et Vasari. — Il termina pendant cet espace de temps le grand carton de la Guerre de Pise, qui fut exposé publiquement et obtint l'admiration générale. Il est probable aussi qu'il eut à s'occuper de la grande entreprise des Douze apôtres en marbre, qui tenait tant au cœur des Florentins.

Jules II avait pris la ville de Bologne et y était entré en triomphateur. Mais à Bologne comme à Rome, il pensait toujours à Michel-^ Ange, et voulait le voir revenir près de lui i Le 91 novembre 1606, le cardinal de Pavie

ébrit à fà Seigneurie : « Perché la Santità de' »t nostro signore desidera assai la venuta «» qui de maestro Michel-Angilo , aculptbrër » fiorentino, per volere fare alcune opère qui *» in Bologna, pregiamo V. Excellentie vo^ N gliano mandarlo qui da sua Beatitudine » quanto piii presto possibile; che vera- » mente faranno cosa molto grata ad quella , » ed anchora noi lo receperemo in piacer sin- » gular de V. Ilï. 8. — ... »»

Il n'était plus possible de résister à de pareilles instances, et Michel-Ange dut se résigner à partir pouf âblogne. Mais Pierfé S6dérim ne le lldsse pas se mettre en route sans penser à Taccueil qui doit lui être fait. D lui donne deux lettres , l'une pour le caïdinal de Volterre, l'autre pour le Cardinal de Pavie.

Toutes deux sont datées du 27 novembre.

Voici la première :

« Lo apportatorè sarà Michel-Agnolo, seul- *> lore^ à qualesi manda per compiacere e H satisfiEure alla Santità di nostro signol^. Noi- >* œrtifichiamo la S. V. lui essere bravo gio^ » vane , et nel mestieri swo Vunico in Italia , n foTse etiam in univérso. Non possiamo più » strectamente raccomandarlo : lui é di modo f checoUe buone parole et colla carezza, sefli n fonno, farà ogni cosà; bisc^a monstrargli jf amore, et farli favore» et lui farà cose che I* si maraTiglierà chi le vedrà. Significando n alla S. y. che ba principiato una storia per

» il pubblico che sarà cosa admiranda, et co> » si XII apostoli di braccia 4 1/2 in V Tiino , " che sarà opéra egregia. Iterum alla ë. V.

" quelo più possiamo lo raccomandiamo. Die " XXVn novemb. 16i)6.

» Michel-Agnolo dicto viene in sulla fede »» nostra, »»

Celle adressée au cardinal de Pavie est conçue en termes analogues et non moins chaleureux.

Que ces lettres nous paraissent belles ! Avec quelle conviction le Gonfalonier fait valoir le talent sans rival de son ami ! Quelle adresse ne met-il pas à dire que les caresses et le»

bonnes paroles seront toutes-puissantes suv son génie I

Ce fut donc vers le 1*' décembre lô06, que Michel- Ange alla se jeter aux pieds du Pape à Bologne. Condivi nous a laissé de cette entrevue un tableau saisissant et qui paraît plein de vérité. Il n'y omet rien , ni l'abord menaçant du pontife, ni l'attitude suppliante, ni les paroles de soumission et de repentir du sculpteur. Unévéque, qui se trouvait présent, voulant venir en aide à Michel-Ange, se mit à l'excuser à sa façon , disant au Saint- Père queues artistes étant tous des ignorants , la faute était pardonnable. Mais cette maniëre d'excuse n'était pas du goût de Jules II.

Toute sa colère se toiuna sur le pauvre évéque : TU g^lidï villania, s'écria-t-il , che

non diciamo not. Lo ignorante sei tu.., et it le chassa hors de sa présence. — La diversion fut heureuse pour Michel-Ange. Le Pape s'étant approché de lui» lui pardonna, lui donna sa bénédiction,. et lui commanda sa statue en bronze.

Michel - Ange se mit à l'œuvre , avec une ardeur remarquable : car cette statue, dont les proportions étaient colossales, fut mise en place le 18 février 1508 ^ Quatorze à quinze mois lui suffirent donc pour la modeler , la jeter en bronze et la réparer.

Après avoir terminé ce grand ouvrage, dont rien n'est parvenu jusqu'à nous , il revint à Florence, où nous le trouvons le 18 mars 1508 (Gaye , II, 477). Le carton de Pise à transporter sur le mur , les douze apôtres à continuer , tels étaient les travaux qui devaient l'y retenir. Mais Jules n tenait à son Michel-Ange; un nouveau bref l'appela à Rome, où il était établi à la fin de juin (Gaye, II , 101 ) , et où il ébauchait sans doute déjà , pour en décorer la voûte de Ift chapelle Sixtine , les majestueuses histoires de la Créa^ tion.

xvn.

£n suivant le grand artiste florentin dans les phases diverses de sa vie , si agitée alors, nouf avons momentanément perdu de vue le bronze qui forme le sujet principal de notre titivail. Nous y revencH^ pour ne plus le quitter.

De 1504 à 1508, la Seigneurie de Florence ne parle plus du David de bronze promis au maréchal de Gié, et déjà si avancé en avril 1504 , ainsi que nous l'avons vu plus haut. IL est permis de présumer que Michel- Ange , sans l'abandonner tout à fait, n'y travailla qu'en passant et à ses moments perdus , pendant les quelques mois qu'il passa à Florence. Le pauvre maréchal n'était plus en position d'en solliciter l'achèvement.

Cependant cette figure n'était pas oubliée en France , et dès 1505, une lettre de l'ambassadeur de la République à la coiur de France en fait mention, dans des circonstances que notre récit ne saurait omettre.

Cette lettre adressée à la Seigneurie le 27 septembre , est malheureusement beaucoup trop longue pour être rapportée ici en entier, et nous devons nous contenter d'une analyse , en engageant le lecteur à recourir à l'original (Gaye,n,77).

L'ambassadeur Francesco Pandolfini parle à la Seigneurie de certains payements que la France réclame des îlorentins avec ime vi- \aciiA extraordinaire. A ce sujet , et voyant que les affaires qui lui sont confiées ne marchent pas aussi bien qu'il le désirerait, il croit devoir s'exprimer avec toute franchise et dire toute la vérité , bien convaincu que les chefs de la République sauront, avec leur prudence accoutumée, aviser au meilleur parti à prendre. 11 avait d'abord cherché à s'adresser dîrectSement au- roi Louis XIî,pensant que s'il parvenait à le convaincre , tout se trouverait arrangé. Mais il s'est bien vite aperçu qu'il fîEdsait fausse route ; car le- Roine veut pas se'méler du tracas des affaires, et se laisse gouverner en tout. «*.... El Re* »» non vuole briga atcuna , e si lascia' in « ogni cosa da altri ghovemare, et cum » quattrô parole, dove sia occasione, altri » lo volta al suo modo. » Il s'en est bien aperçu pour ces sommes que l'on réclame, car le Roi, qui montrait d'abord une grande douceur dans cette affaire, a été poussé par quelques-uns de ceux qui l'entourent, et maintenant il en parle avec grande insistance. Ce matin mêmey Sa Majesté a dit, en présence de beaucoup de monde : « Il faudra »» de toutes façons que les Florentins payent .t l'argent qu'ils doivent.» L'ambassadeur, sachant donc que le trésorier Robertet est iin^

,de ceux dont l'influence a le plus agi en cette occurrence sur Tesprit du Roi, s'est mis d'oc-cord avec un homme appartenant au dit Robertet, et possédant toute sa confiance. — Cet homme a parlé à son maître de l'affiEiiire du paiement, et voici quelle a été la réponse de Robertet (ici nous reprenons le texte original) : «< lo non praticai mai e maggiori igno- ^« ranti et più ingrat! che sono e S. Fiorentini. ff In questa corte fuor dellegato e di me, non è altri che guardi in viso uno italiano ; io so bene le punte che io ho tenuto, et quello ho » facto in benefîcio loro, et corne sono state » di poi ricpnosciute lopere mia. Io habbi

V questo (mcmsirando uno anello havea in

V dito] nella ribellione darezo, et ho avuto al » tempo çli Niccotô uno baccinuzo dargento.

" Questi denari, diché e' sono debitori, non è » per lo stato di questo re ; et non era gran

cosa aspectare duo fîere, che non si potendo perdere non portava molto. Ma elli pagheranno ad ogni modo, che sono gente da pigliare poche brige per loro, per essere in-

grati et sconoscenti Guardate che amici

sono : Havevon fdcto far per ilmarescial di Gie un Davit, et visto che è caduto délia gratia di questa maestàf non gliel hanno mandato; che molta piii commendatione harebbono hdvuta che prima, monstrando ' non andare cum lafortuna. Non si maravigiino poi che non habbino fiw a ^ui

» rihavuto Pisa Lo ambasciatore si é

>» persuaso circaquesti danari potere disporre »♦ senza noi il re, e vedrà la experentia. Las-

» ciatelo pure hora venire et vedrà se il re,

M vero il legato et io harà astipulare la M cosa. Et sono huomini da pigliai-e poche « brighe per loro, etnonhaimo mai saputogho- »♦ vemare in questa corte : che mille A (1) lanno » harebbon facto più fnicto che tucto quello » hanno speso fino a qui et pagato a questa »» maestà. Et tucto nasce dalla strecteza del H gonfaloniere, etc., etc. ; cimi moite altre » parole simili. »

Le confident du Trésorier et de l'Ambassadeur finit en disant que si l'on donnait à Robertet quatre à cinq cents écus par an , on en tirerait un fruit merveilleux. « Tanto fructo » chemaraviglieresti. »

xvm.

Nous voyons apparaître ici le fameux Florimond Robertet^ secrétaire des finances sous les rois Charles YIII^ Louis XII et François I*'. C'était un des hommes les plus puissants de France. On disait même qu'il gouvernait tout le royaume. Plus heureux ou plus habile que le maréchal de Gié, il sut conserver sa faveur jusqu'au bout.

(1) Ce «igné remplace le mot scudi.

Malgré quarante ans d'exercice, malgré ses grandes richesses, il mourut, chose bien rare à cette époque pour un secrétaire des finances, honorablement et dans son lit. C'est que 8a réputation de probité était grande. Il savait s*en faire gloire « et ses armes en font foi. Un jour, devant Louis Xn, on parlait vivement des exactions des gens de justice et des traitants : Toutes plumes volent, dit le Roi. — Fors ungne, sire, fors ungne, dit gravement Robertet en montrant la sienne. Et le Roi, pour lui rendre justice^ voulut qu'il chargeât d'un vol de sable ses armoiries, qui étaient d'azur à la bande d'or avec trois étoiles d'argent, et qu'il prît pour devise : Fors ungne, (Voyez Mémoires de la Société des sciences et des lettres de Blois, t. IV.)

Nous prions le lecteur de concilier, comme il l'entendra, celte belle devise et ces prétentions à la rigidité., avec la lettre dont nous venons de citer quelques fragments. Le mot voler, sur lequel roulait la plaisanterie du bon Louis XII,, a toujours été assurément un mot mal séant et mal sonore. Accepter ou demander une bague, un bassin d'argent, une statue ou quelques centaines de ducats en échange de quelques services^ c'était chose bien naturelle; et les Plœientins, qui avaient de grosses affaires à traiter à la cour de France, manquaient à tous leurs devoirs en ne prévenant pas les désirs du Trésorier, et

même du Légat (qui n'est autre que le grand George d*Amboise). Mais ce n'était pas là voler t et le terme dont s'était servi le Roi eût paru fort iiijurieux à Robertet qui, on le voit, menait assez rondement ces sortes d'affaires. Nous ne savons au juste conunent cela s'appelait au XYi* siècle. En France, il y a quelques années, on avait trouvé un mot parlementaire et très-convenable : l'abus des influences.

Quant au reproche fait à la Seigneurie, de ne pas avoir envoyé le David de bronze au maréchal de Gié, parce qu'il était tombé dans la disgrâce de son maître, et d'avoir ainsi prouvé que les Florentins ne savaient pas se montrer au-dessus des caprices de la fortune, on ne peut méconnaître que le Trésorier n'ait exprimé là une idée très-noble et très-généreuse. Cependant, en y réfléchissant im peu, et en voyant bientôt après le même Robertet solliciter de la République le don de ladite statue, on est tenté de supposer qu'il y avait chez lui une arrlère-x>ensée, et en conséquence, le sentiment qui l'animait paraît, tout compte fait, moins héroïque.

Les documents qui nous ont été conservés ne contiennent pas la réponse qui dut être faite par la Seigneurie à la curieuse lettre de

l)ronze était coulé, mais il fallait le répan^f, et Condivi nous apprend Timportance que Michel-Ange attachait à ce dernier travail (XXH).

La Seigneurie pensait encore que Jules II voudrait bien permettre à Michel- Ange de quitter Rome pour quelques semaines. £lle voulait lui faire donner la dernière maifi au David , et aussi Tenvoyei* à Carrare pour dégrossir un bloc colossal appartenant à la République, et dont le marquis de Massa réclamait Tenlèvement.

Mais Jules II ne pouvait consentir à se séparer ainsi de Michel-Ange. H était trop impatient devoir terminer la voûte de la chapelle, pour accorder des vacances à son sculpteur, devenu peintre; Pierre Soderhai écrit, en effet, le 16 décembre 1506, au marquis de Massa , la lettre suivante :

u — £ non si è mandate ad fare bozzare il V marmo, perché la S. ai nostro Signore non >* ha mai permesso a maestro Michelagnolo^ '» nostro cittadino, che si transferiscka pér »• iîisino qui solamente per 25 giomi (1). fit r noTi^Bsendohomo in Italia apto ad escpedlre ^una opéra di cotestaqualità, è necessario

(1) Remarquons en passant cette assertion si formelle do Gonf&lonier, qai suffirait )i démontrer, si cela ëtalt nëees- Mire , rinexaetttode du féeit fait par VasaH de la faite de Miehel-AAfe , tnetaetttode ^e le Uographee'eet Ivi-ttdKe ,^^«rji^ de rendre évidente par tant de contradictions.

«Kcfae tmsolo, et non «Itri, là vengba ftd vedere » et diiizsarla, perché ogni altrp ncm mpendo y* la fanicuia sua lo potrebbe guastare »

Quel admiraUe ministre des beaux-^arts c'était que Pietro Soderinil Avec quel soin et quelle intelligence il^ savait traiter ces ques^ fions délicates 1

Il fallut donc renoncer à faire dégrossir par Michel-Ange le marbre gigantesque dans lequel il devait tailler un groupe d'HercuJe et <îa Cacus (Gaye^ H, 98|. Noua présumons que c'est ce même l^ qui. fut plus tard livré à B'accio E^andiuelli.

Ce fut aussi à la dbrniére extrémité que P. Soderini , ne pouvant tirer pour quelques jours Michel-Ange des mains puissantes qui le taraient I se décida à faire réparer le David pftr un autre artiste. Le 24 août 1508 , il écrivait ^core : << Il Davit si farà finire a Michelta^olo, et ci barà ad essere per di qui M-ad Ognisanti... et se S. Slgnoria si contenta na baverlo cosi^imperfetto, corne adviserete, «f et noi lo invieremo subito *

Ces derniers mots nous prouvent surabondamm^at que ce qui restait à faire à la statue ne pouvait être autre chose que la réparuare. La lettre suivante , du 14 octobre , n'est pas moins explicite ; nous devons regretter seul^Qoent que P. Soderini taise le nom de l'artiste qu'il charge de donner la dernière main à. l'œuvre de Michel*Ange :

« n Davit si fia rinettaref et con difficultà » si è trovato chi sappiJlnirlOf che pur vi è nda fore qualche septimana. Se sarà possin bile expedirlo avanti Ognisanti , si ne farà "diligentia; se non, non passera inveruno » modo mezzo novembre che sarà expedito ; »cosi potete largamente assecurare; et se » mandera alla volta del ponte adhéra per con- » durlo a Livomo. Pesa dalle 700 aile 800 ii-. »bre, e per6 bisognerà mandarlo dal ponte » adhéra in là con 2 carri, il chè sarà difficile ; » pure sene feurà diligentia. >»

De son côté Robertet mettait une grande insistance à réclamer la figure qui lui avait été promise , et la correspondance , à ce sujet, dut être très-active entre Soderini et les ambassadeurs. Outre les nombreux fragments que nous possédons, et dont nous transcrivons quelques-uns , nous voyons que plusieurs lettres qui y sont mentionnées ne sont pas parvenues jusqu'à nous. Nous regrettons vivement, entre autres, la perte de celle à qui la suivante a servi de réponse :

i< Magnifie! et Excelsi Domini D. mei ob-.

»i servandissimi. Par exeguire quanto V. Ex.

»S. mi commettono per una loro de' 5 del> » présente, sono stato cùm mons. Rubertet,

y»'i1 quak) inleso tutto, si tiene benisdmo yy$aHsfacto di quelle , et le ringratia et rac- "«omandasi a epse. Bipoi mi ricerchô strec^^ ntam^ite <hio pregasBi Y. Ex. S. si degnas* " sino per loro gratia largtrlî quel Davit, che '> già ai fece costi ad instantia del mareschal M di Ges , mostrando desiderarlo grandementê » per metterio n Bles^ in uno Ccriile duno ''^mtopa^uzo murato H nuavo, e che lo rice-^ »> verà in piacere. lo conforto quelle a cofoinpiacerfielo. 6î piib dire T. TSx.. S. non hab- »l»iio appresso a questa Maestà altro favore if dhe il sno; et se non fosse lui , le cose loro » siu:<Gl>bano hoggi «mcbora in peggio termine »' non sono. Da Loviers^, xxim Sept. 1608.

»* Servitor JoHÂimBS Rodulphus, orator. »

Ou nous nwis trompons fort , ou -la preliiière partie de cette lettre fait allusion à quelques saTices rendus 4 la Seigneurie par Kobertet , services pour lèsq^i^s' le Gonfo.lonier a:vait dHffgé 1* Ambassiid&ur d'exprimB* au Trésorier t<>utê Ui fpc&h/fùmsance de la République florentine, t^s rétxiercîmeaits du puissant secrétaire d*État {nrouvent qu'il trouva fort convenable Texprossion de ces sentimeiits. — Le mot îargirii i qui vient en^ suite, nous paraît àus^ très - significatif . Nous en cenduons que , 4e même que le maréchal de Oié, et comme lui uniquement poui' la forme, le Trésorier avait d'abord propoté de passer les frais de lat âgure, mais que dans

un moment d'expansion et de satisfaction des deux parts, il crut pouvoir la demander aux Florentins en pur don. La Seigneurie ne pouvait, au reste, se méprendre sur les in-* tentions de Robertet.

Nous ne savons si elle fit une réponse officielle à la dmnande que nous venons de lire; mais elle écrit, le 26 octobre : « U »Davit sarà expedito fra 8 di, et si vedrà nmandarlo a Cascina, et dapoi a Livomo.

n Et sarà grande difficultà condurlo da Cas- » cina a Livomo , perché bisogna vada per » carro, et il paese é maie siciuro et le strade » ropte : pure vi si farà condurre se si dovessi H farlo portare alli homini. » Nous possédons la réponse faite à cette dernière lettre par les ambassadeurs ; elle est datée du 18 novembre 1608:

M AUi.x del présente ricevemo la di Y. £x.

» S. di XXVII del passato. Inteso il tenore di » epsa, siamo stati con il thesauriere Rober* » tet, et iattoli intendere corne presto sarà » fomito il David , et finito che sarà Y. Ex. » signorie.le faranno condurre a Livomo. £1 » che li è suto grato et molto accepto. Et dice N-ordinerà a Pie Janni lo levi, per collocarlo n in nella corte délia sua casa di Blés in sur n . una colonna dimarmOf et di intomo met- » tere le arme délia Republica di F. Ex. Sin gnoria, »»

£nfinle6novembrel508 le gonfalonier écrit:

>r II Davit bel nome di Dio in questa mata" » na è incas8ato e andato al porto.... etc. »

Il donne des ordres à ses (Commissaires sur la route poiur que le bronze arrive le plus tôt possible à Livoume. Toutes les mesures étaient bien prises ; car dans le mois de décembre suivant, une lettre de France contient ces mots : « Del David mostrô Robertet ha-' y vere notitia per altra via , fussi levato da » Idvomo, et che era hella co^a : dichè ne » tanto allegro del mondo» *r

Voici donîc le bronze embarqué* à Livoume et remis entre les mains des agents du Trésorier, qui en était tout joyeux. La Seigneurie pensait bien n'en plus entendre parler. Elle connaissait mieux que qui ce fût toute la valeur de son présent.

Il paraît cependant que • Robertet tenait beaucoup à mettre sa statue sur une colonne de marbre , dans la cour de sa maison de Blois, comme les ambassadeurs Tannonçaient dans leurs lettres , et qu'il eût été fort aise de recevoir, avec le bronze, le piédestal en question. Il comptait trop sur le bon goût du Gonfalonier, pour ne pas être certain que venant de cette source , Taccessoire serait dw gne du prindpaL

^tell partît même qu'un deatgente de la Seigneurie avait pris sur hii d*en^ parler au Trésorier, qui sans doute fit Taloir œtte circonstance près du Oonfiiloiiier. Mais P. Soderini nerentendaitpasainsi, etnecadiantpaii la nHUivaise humeur que hxi avaitcausée Tix^dis» crétion de son agent, il écrit en ces termes aux andbassadeurs , le 4 janvier 150d :

<« Noi ci maravigliamo c^ Giovanni Giro*n^lami habbi parlato di una cosa délia qualc H non habbi avuto ragionamento con ^so n noi f circa il fomimento del Davit , perché » qui non si è mai designato di farli alcuno )t fomimento et bisogna ad voler fargii il fomi-^ » mento havere di presentia y et fare fucto frcolie mesure ; et ooi qui non habbtamo le i*- cave de* marmi , et quelle colonne cbe sono ». poste in uso dd palaszo non aafébbe oonve« » ïàe[àRtoccBxe,che«igridefieifbiiaicieloet H tustamente. Ma si vorebbe die S. signoria » ricercassi dal marchese di Massa due o K 3 peszi di manno 4 et g«ite gliel condureb- "r boDO a Marsiglia , et di qui &cilmente ver- » rebbono a LioneetaKes. £ moditoci maravi* >« gliamo di Œovanni Girolami o di Nicdiafi , » perché f|^ non si è peosaio mai a foniiiniHi- » to alcuao» ne ci sono mmtni apti a ci6. Ma ». voleado S. signoria godera presto, biso^ >^gnerebbe fiur faredilegname, edipoicon n mtmoposato û^rliân^ uno fomim^tôc^^ r> venientO) che è una cosa ^egia, La figura

M del Pontefîce a Bologna li costa de' ducati » 3,000, enon è al paragone di questa. Se '• qui fossino le materie , corne non ci aono, si H potrebbe dire quello che non si pu6. Trac- » tatehora voi questa materia in quello modo fy che vi spare che vi sia la conservatione del " publico et del privato. »

On voit que le gonfalonier Soderini, sans se départir de sa prudence habituelle, car il savait que le Trésorier était tout-puissant, avait l'intention bien arrêtée de ne pas joindre au bronze Taccessoire intéressant que l'on l'éclamait.Du reste, en homme qui s'entend parfaitement aux questions d'art, il donne les meilleurs conseils à F. Robertet; et comme il prévoit bien qu'en sa qualité de Français, celui-ci voudra jouir Immédiatement d^ s»

statue, il va jusqu'à lui indiquer un moyen excellent de la mettre en place sans délai.

Nous ne pouvons cependant nous empêcher de remarquer qu'en vantant avec tant de justesse et d'à-propos le bronze de sen ami, le grand Michel- Ange, il se laisse aller un peu à l'exagération, lorsqu'il dit que la statue du pape à Bologne ne peut être comparée à la figure du David. Nous avons vu, en effet, par la commande que nous avons rapportée en commençant, que cette dernière statue avait un peu plus de quatre pieds de hauty tandis que le bronze du Jules II était gvBXià.trois fois comme nature.

La pbrase de Soderini ne peut se comprendre que dans un sens, c'est que le David était nu, et que le Jules II était drapé. Le GonfÎEdonier, en sa qualité d'ami de Michel- Ange et de Florentin du commencement du XYi* siècle, devait avoir une prédilection particulière pour les ouvrages où l'étude du nu dominait. C'était donc probablanent sous ce point de vue, que le David lui paraissait supérieur.

En présence de la réponse si explicite du Gonfalonier, la nouvelle prétention de Florimond Robertet devait tomber d'elle-même. En effet, un mois après, le 3 février 1509, les ambassadeurs écrivent :

M Circa il fomimento del Davit non occorre noire altro, perche non senè di poi ragio- »♦ nato. »

xxn.

Le palais dont parlent les ambassadeurs floroitins, et qu'en 1508 le Trésorier venait de faire construire à Bloia, existe encore, en grande partie du moins, et est bien connu sous le ncHn d'hôtel d'Alluye. Les voyageurs le visitent, les antiquaires en admirât la structure élégante, les détails gracieux et du meilleur goût.

Les pilastres de la cour portent toujours les armoiries de Robertet surchargées de la

plume ou aile qu'on appelle en blascm un demi-toit et la devise Fors ungne; mais te David de Michel-Ange ne 8*y voit plu».

Le Trésorier, par suite du refus de Soderini, renonça-t-il à le placer au milieu de cette cour, sur une colonne armoriée à Técusson de la république florentine^ comme c'était son intention? Nous n'en savons rien; mais il n'est pas douteux que ce bronze ne soit venu entre ses mains.

Malheureusement c'était un bronze, et si nous ne pouvons comprendre qu'un marbre plus ^rand que natuMi, envoyé en France vers la même époque, ait disparu sans laisser aucune trace, nous savons trop bien qu'avec du bdronze on fait des cloches ou des canons, et nous craignons que le David n'existe plus depuis longtemps. Nous n'ignorons pas qu'un savant antiquaire, M. de la Baussaye, a préparé un travail considérable 45ur l'hôtel d'AUuye; mais on nous a dit qu'il n'avait aucune connaissance de cette statue, et que les nombreux dociunents par lui dépouillés n'en parlaient pas. Il y a donc peu d'espoir à conserver.

Si nos tristes pressentiments venaient à être démentis par quelque heureuse trouvaille ; si ces lignes, écrites avec tant de plaisir sur un sujet si attrayant, contribuaient un jour à faire retrouver, dans quelque château des environs de Blois ce bronze ignwé et méconnu,

mais toujours palpitant de la vie qu'a dû lui donner Michel-Ange, ce serait pour nous une joie véritable.

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DUE J«'J 1 '72 m

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