DEUXIÈME ESPÈCE
MURIER MULTICAULE (MORUS MULTICAULIS , PERR. inst. agron. de from. janv. 1830. SERING. pl. vi, fig. 6, et pl. xvrIT. SPACH, suit. Buff. 11, p. 46, 1842).
ARBRE ou arbuste à rameaux très-élancés ; foliation plus précoce que celle des autres espèces.
FEUILLES les plus grandes de l'espèce, très-minces, fortement bullées dans la jeunesse de la plante, surtout rarement lobées, plus fermes et presque planes quand l'arbre est ägé.
ÉPIS CARPELLÉS ovoïdes, courts,
SÉPALES circulaires, plus minces d’abord et beaucoup moins appliqués que dans les autres espèces, passant assez brusquement au rouge foncé.
CARPE surmonté d’un style court, mais très-manifeste, et de deux stigmates, minces ef très-finement papilleux et longs.
FRUITS en épis oblongs, rouges foncés ou noirâtres, insipides.
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Le port qu'a donné PERROTTET de son Mürier multicaule, ainsi que les analyses, sont évidemment de nulle valeur, à moins qu'ils ne doivent être rapportés à son Mürier intermédiaire, que je connais mal. Je crois l'analyse qu'il adonnée de son Märier indica plus juste, toutefois en le citant comme synonyme de mon Morus stylosa. Quant à son Morus intermedia, je pense qu'il faut le rapporter au Mürier blanc Lhou.
J'ai encore vu dans cette variété des épis anthères et d’autres carpellés sur le même arbre, chez MM. AUDIBERT! et HERg. SERINGE |
La propagation de celte remarquable espèce se fait, comme toutes celles à jets longs et un peu herbacés d’abord, de bouture.
A l'époque où elle apparut en France et où ampleur de ses feuilles séduisit les horticulteurs, MM. AuDiBERT la multiplièrent à profusion. Ils se contentérent pour cela de couper les rameaux entre chaque bourgeon et de les disperser dans des sillons peu profonds, qu'on recouvrit d'une couche de terre legère. Chaque fragment développa des racines près du bourgeon, qui lui-même s’allongea bientôt en branches.
Cette espèce, si distincte de toutes les autres, paraît provenir, d’après M. HEDDE, du Fokien, d’où elle a été transportée, en 1593, aux Philippines par le Jésuite SEDENIO Ou SEDEGNO, qui la planta dans la province de Bisaye, partie des îles Philippines. Il essaya d'y introduire aussi les vers-à-soie, mais sans succès.
M. HEDDE a vu cette remarquable plante à Java parmi les plantations de Ghendrie, département de Rembang, province de Samarang, dirigées par M. ROLLIN CONQUERQUE, élève du vénérable CAMILLE BEAUVAIS.
Ce même voyageur a aussi vu cette belle espèce à Pondichéry, où il pense qu’elle a été introduite par PERROTTET.
Il l’a retrouvée dans le Jardin de l’Archevêché, à Manille, et dans l'habitation de M. BARROT, consul-général dans la même ville. La plantation avait été faite par M. HÉBERT, qui est mort à Malte, revenant en France (1839).
“MURIER MULTICAULE. 215
M. HeppE pense également que le Mârier mullicaule à été
introduit à Bourbon par PERROTTET, en 1839; il dit aussi qu'un
Morus philipinensis a été apporté à Bourbon en 4837, par
LE VAILLANT, capitaine de {a Bonite, et qu'il a été transporté de Bourbon au cap de Bonne-Espérance.
Pendant son séjour à Manille, notre voyageur vit, en compagnie de M. AzaoLA, dans le Jardin Botanique de la Société de cette ville, un pied de ce Mürier dans un piédestal, reste d’un monument élevé à ANTONIO PINEDA, savant botaniste, mort victime de ses recherches scientifiques (vers 1792).
M. HÉBERT, élève de CAM. BauvaIs, avait aussi planté le Mürier multicaule : M. HEDDE en vit encore, en4184%5, des tiges très-fortes ; ses feuilles, toutes cloquées, avaient de 30 à 32 centimètres.
PERROTTET paraît avoir rapporté en France le Mürier mullicaule en 1821; il l'a pris à Manille, dans les Philippines, croyant qu’il venait d'abord de Canton, tandis qu'il nese trouve que dans le Fokien, qui est dans l'archipel Indien, à plus de 100 milles de Canton, et où il est très-rare de voir un Cantonnais. Il se pourrait très-bien que les Fokiens eussent porté cette variété dans tout l'archipel Indien.
Il est d’ailleurs certain que le Mûrier multicaule était à Lyon avant le retour de PERROTTET, Car M. RasT-Maupas le possédait déjà ; il l'avait donné au Jardin Botanique de Lyon, où j'en ai vu, il y à 24 ans, des individus d’un assez gros volume, qui ont tous péri par un de nos hivers rigoureux. M. MAD10T, ancien Directeur de la Pépinière départementale {à l'Observance de Lyon, près de l'École impériale Vétérinaire), l'avait déjà vu l'an VII de la République (p. 98), dans le jardin de M. NEYRARD, à Vaise.
Quoi qu'il en soit, ce Mürier multicaule n'a été utilisé en Europe, pour la nourriture des vers-à-soie, que depuis PERROTTET, et malgré qu’il soit abandonné par le plus grand nombre des éducateurs de vers-à-soie, il pourrait être utilisé facilement en le cultivant en prairies comme MATrH. BONAFOUS l'avait conseillé, en le fauchant
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de grand matin, et transportant aussitôt les rameaux à la cave, sans en froisser les feuilles.
D'ailleurs, élevé en grands arbres, les feuilles en deviennent plus unies, plus fermes et perdent leur bullation.
En le soumettant à la taille en vert, on en retirerait un très-bon parti dans les contrées où ses feuilles minces et très-tendres ne sont pas déchirées par les vents impétueux. Elles auraient aussi l’avantage de ne pas fournir un aliment si charnu aux vers.
Rien n'empêcherait encore, vu leur extrème précocité, d'utiliser les feuilles pour la première éducation, si elles ne gèlent pas, et d'employer la seconde coupe à la fin, époque où l’on en manque très-souvent.
Il est arrivé à cette variété ce qui se présente toujours quand une chose a été vantée à l'excès, elle est presque abandonnée, quoique dans certains cas elle pourrait être parfaitement utilisée. (Voir les articles Plantation et Taille).
Il est vraiment à regretter que ee Mürier soit négligé par beaucoup de cultivateurs, et qu'il ne soit pas cultivé en haies, même passagères, Si je puis m'exprimer ainsi, au moins jusqu'à ce que l’on ait obtenu une plantation que l’on puisse considérer comme en plein rapport. Aucune plante ne sera jamais d’une utilité aussi continue. On peut l'obtenir en profusion par des bourgeons semés dans le sol, elle est utilisable dès la seconde année; elle peut être taillée (massacrée même), et elle produit encore. Cette plante peut servir très-avantageusement {en l’abritant) à l'alimentation des deux premiers âges, elle est dans les conditions les plus favorables pour les jeunes vers. Quand ils sont plus forts, on a recours aux haïes, aux mivents, et à lafin de l'éducation, ses feuilles, qui ont eu le temps d'être remplacées, viennent encore souvent à votre secours dans des moments de pénurie.
La soie qu’elle produit est fine, très-élastique et d’une excellente qualité. Mais on dit: ses feuilles sont déchirées par le vent? Laissezle en nain, plantezle un peu serré, traitezle presque en prairie, comme le conseillait l'excellent MATTHIEU BONXAFOUS, mais n'oubliez
MURIER MULTICAULE. 217
pas que cette plante peut dans quelque temps couvrir un terrain, être utilisée de suite et à peu de frais, et que si vous avez une planlation qui vous paraîtra plus importante, vous pourrez l’arracher, ce dont vous vous repentiriez encore.
Voici, sur le Mérier multicaule, les idées de l’homme que nous venons de citer, quia consacré généreusement sa vie à l'étude du Mürier et du ver-à-soie, et qui a rendu des services signalés à cette belle industrie :
1° La culture du Mürier multicaule en nain peut convenir à des localités dont la couche de terre n’a pas assez d'épaisseur pour que de grands Müriers y réussissent.
2° Des enfants et des femmes âgées peuvent en cueillir les feuilles sans aucun danger et très-promptement.
8° La végétation plus précoce des Müûriers en taillis permet d'avancer l'éducation des vers-à-soie et de les préserver des fortes chaleurs.
4° L'absence ou la rareté des fruits facilite l’épluchement des feuilles, met la litière des vers-à-soie à l'abri d’une fermentation que la présence de ces fruits excite.
5° La végétation hâtive de ce Mürier et la promptitude avec Jaquelle il renouvelle ses feuilles, offrent la possibilité de faire deux éducations, ou de se servir au besoin des secondes feuilles pour la fin d’une éducation, sans altérer aucunement la vigueur de la plante, qui s'approche le plus possible d’une plante herbacée. Il peut, en outre, résister aux hivers, et repousse très-facilement du pied.
6° A l’aide de cette culture, les fermiers ou métayers, pendant la courte durée de leur exploitation, peuvent former*à leurs frais des taillis de Mûriers, et les petits propriétaires, toujours pressés de jouir, se livrer plus facilement à l'éducation du ver-à-soie. Ces petites productions, en proportion plus lucratives que les grandes, donneront en somme des résultats importants.
1° Les tiges et les rameaux que l’on taille pourront être employés
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à la fabrication d'un très-bon papier, en soumettant leur écorce à des procédés particuliers.
8° Enfin, cette culture, à la portée de tous, présente à la fois accroissement de produits, diminution de dépense, économie de terrain, et offre surtout le grand avantage de pouvoir s'étendre ou se resserrer en proporuon des besoins de l’industrie.
La multiplication du Mürier blanc en nain, quoique moins rapide, offre aussi des conséquences généralement trop peu senties.
Tout prouve d’ailleurs que le Mürier multicaule n’est pas plus délicat que diverses variétés du Märier blanc, puisque des Müriers multicaules presque submergés ont aussi bien nourri des vers que celles du Mürier blanc adulte, cultivé dans un terrain sec. Les vers nourris avec ce Mürier multicaule formèrent des cocons fermes et d'une structure parfaite, tandis que les autres restèrent mous et en partie inachevés.
Le dévidage des cocons a présenté une différence telle, que l'acheteur trouve que la soie obtenue du Märier multicaule présente des particularités tout-à-fait inconnues sous le rapport de la force, de la souplesse et du brillant.
Ilest donc bien a désirer que de nouveaux essais de culture et d'éducation soient faits, afin de voir si ce que l’on a avancé est bien réel et s’il faut continuer la culture de cette belle plante.
C’est au moment de mettre sous presse ce Cours sur les Müriers que j'ai fait pour la Commission des Soies de la Société impériale d'Agriculture de Lyon, et après avoir étudié très-attentivement ces arbres, que j'ai enfin trouvé dans la forme des sépales, et surtout dans le style et les stigmates, des caractères que je crois importants dans les Mûriers : j'en ai donné quatre formes qui sont tranchées. Il faudra faire de nouvelles recherches l’année prochaine sur le frais, et voir aussi s'il ne se trouvera pas quelques autres bons caractères sur la forme des anthères et sur le sommet du filet.
J'ai donné, planche vr, les principales formes du style et du stigmate de quatre espèces.
MURIER MULTICAULE BULLÉ. — M. MULT. PLANE. 219
Fig. 3. Mürier blanc, stigmates sessiles sur le carpe, papilleux sur leur partie convexe seulement.
Fig. 4. Mürier noir, stigmates sessiles, couverts de longues papilles sur toute leur surface.
Fig. 5. Mürier longstyle, stüigmates finement papilleux, portés par un style bien prononcé.
Fig. 6. Mürier multicaule, style plus court que les stigmates, très-minces et finement papilleux sur toute leur surface, sépales circulaires, tandis qu'ils sont ovales dans les autres espèces.
Var. 1. Mürier multicnule bullé (1) (Horus multicaulis cucullata, SERING. pl. XVI).
FEUILLES plus ou moins eloquées et bullées, minces, très-molles au toucher, surtout dans les jeunes individus. FruiTs ovoides rouge assez foncé (2).
Var. 2. Mürier multicaule plane (3) (Morus multicaulis planifolia ).
FEUILLES planes fermes, quoique assez minces, moins lisses que dans la première variété.
FRUITS ovoïdes-oblongs, d'un rouge très-foncé.
(1) Morus multicaulis, PERR. archiv. bot. v. 1, p. 228, fig. 1? (1833).
SpAcH, suit. Buff. V. 2, p. 46 (1842).
Morus cucullata, BONArF. mem. cult. Mér. 1831, p. 7.
Murier multicaule et M. multitige.
M. des Philippines.
M. Perrottet.
Morus bullata, BALs.
® Tout ce qui a été dit à l’espèce se rapporte essentiellement à cette variété, bien connue des horticulteurs et des sériciculteurs.
(3) Alürier multicaule hybride, Aunis. jard. Tonn. n° 83! 65! 123! 47! 48!