‹ Description culture et taille des muriersChapitre 71 sur 85 · PLANT'ATION DES MURIERS · texte numérisé non relu

PLANT'ATION DES MURIERS

Dans l'antiquité, on ne connaissait en Europe que le Mürier noir. Les anciens naturalistes, tels que DIOSCORIDE (chap. 143) et PLINE (livr. Xv, ©. p. 24), ne mentionnent pas le Märier blanc, et leur silence ne peut être une omission; car en 1570, MERCURIALI, médecin de Forli, n’attribuait la lenteur des progrès de l'industrie séricicole dans son pays, qu’en ce que le Mürier noir avait une végétation trop tardive, et que sa multiplication était trop difficile.

Il paraît donc bien certain, dit M. DE GASPaRIN, que l'introduction du Mérier blanc accompagna celle du ver-à-soie, qui eut lieu sous le règne de JuSTINIEN. Cet insecte precieux fut importé à Constantinople, en 552. A cette époque mémorable, l'industrie de la soie, arrachée aux mystères dont la couvraient les peuples de l'extrême Orient, fit des progrès rapides en Grèce, et ce n'est que par une marche fort lente qu’elle a fini par atteindre les limites actuelles. (Voir, pour plus de développement, le Recueil des Mémoires d'Agriculture, vol. 3.)

Cette branche d'industrie est devenue tellement importante pour la France qu'elle produit pour 19 millions de francs de feuilles

S de Müriers.

L'industrie de la soie ajoute 23 millions.

14 MMOMDN.:.. /rue.. 270 id.

Latal.s4.44 3142 millions.

£e qui forme le tiers du produit de ses vignes (936 millions).

PLANTATION DES MURIERS. 239 1° Le Mürier blanc ne supporte pas la température de moins 25° centigrades. ;

90 Il ne vit pas dans les pays où la température moyenne ne reste pas au moins trois mois, à plus 12°,5 après la récolte des feuilles, temps nécessaire pour que les nouvelles pousses puissent se consolider.

3° Les Müriers ne peuvent supporter de fréquentes gelées blanches au printemps.

4° Ni des gelées blanches tous les mois de l'année, ce qui s'oppose aux pousses herbacées de l'arbre.

5° Ils ne peuvent réussir dans les pays habituellement nébuleux, et dans les lieux ombragés, où l'arbre manque de lumière, et où ses feuilles fixent peu de matière solide (moins de 0°,30).

6° Il vit mal dans les contrées soumises aux effluves marécageuses, aux maladies miasmatiques.

Le Mürier reconnaît aussi des limites économiques: ce sont celles où la production cesse de donner une rente du terrain notablement supérieure à celle des autres genres de culture,

Quand la végétation du Màrier s’arrête en automne, les branches de l’année présentent trois états différents : leur sommet est encore herbacé et est détruit par les premières gelées ; au-dessous est une portion un peu ligneuse, souvent verdâtre, qui périt si le froid est un peu intense; enfin, la partie dont le bois est bien formé (aouté), dont l'écorce est grise, porte les bourgeons assez solidement conformés, et qui formeront l’'embranchement de l’année suivante.

La partie herbacée est d'autant plus longue que la tige est moins élevée, qu’elle est plus près de terre et a reçu moins de chaleur dans l'arrière saison.

M. DE GASPaRIN à fait le calcul que le rameau de l’année ne passe à l’état vert qu'après avoir reçu 170° de chaleur en huit jours, au mois d'octobre, à Orange (en ajoutant chaque jour les maxima de chaleur); en treize jours, à Paris, sur des jets de 4 à 2 mètres.

La partie herbacée ne passe de l’état vert à l'apparence ligneuse

240 PLANTATION DES MURIERS.

(aoutée), qu'après avoir reçu 450 à 560° de chaleur moyenne, selon les variétés.

Dans la France méridionale, après la cueillette des feuilles, qui est terminée quarante jours après l’incubation des œufs des vers-àsoie, la masse des arbres recommence à développer ses nouveaux bourgeons.

Ainsi, pour déterminer le nombre d’entre-nœuds (ou de feuilles que l’on pourra encore obtenir dans une localité, il faut ajouter quarante jours à la date du jour où l'on met à l’éclosion, et ensuite calculer ce qui reste de degrés de chaleur moyenne jusqu’au moment où la température tombe à + 13°5. En retranchant du total, 400 sur la somme de chaleur nécessaire au développement des bourgeons après la cueillette, 500 pour la partie verte qui ne se conserve pas, et en divisant le reste par 56, on aura lé nombre d’entre-nœuds que les rameaux conservent pour l’année suivante et

qui résisteront à l'hiver. Ainsi :

Stockholm.

A Palerme. | Orange. Paris. Berlin.

Commencement de l’incu- Dati" meurt 20 mars | 20 avril | 4° mai | 20 mai | 2 juillet Fin de l'éducation ....... 23 avril | 4° juin | 45 juin |1°* juillet} 20 août

Époque où la température

descend à plus de 13°,5.115 octob. [25 octob.| 5 octobre) 20 sept. | 20 août Somme de température

moyenne pendant cet

INMerVaMe rer ee. 4351,59 | 2980,60 | 1903,56 | 1548,50 » Dontilreste en retranchant| 3751,59 | 2380,60 | 1363,56 | 1548,50 » Qui, divisée par 56,donnent

le nombre de feuilles dé-

VEIODDÉESS che cer 67 42 2% 16 »

On concevra facilement que si on laisse sur la base de chaque rameau de l’année précédente trois ou deux rameaux du premier printemps sans l’abattre et sans en cueillir les feuilles, comme nous

PLANTATION DES MURIERS. 41 le conseillons par la taille annuelle en juin, ces rameaux pourront bien facilement en développer autant de vigoureux, tout en gagnant les quarante jours évalués depuis le temps de léclosion jusqu'au moment de la montée, et que le rameau de l’année précédente aura bien le temps de cicatriser cette branche. Conséquemment, un jet qui aura duré du premier moment de l'incubation et quarante jours après, quarante Jours pendant lesquels l'activité printanière de la végétation a bien eu Le temps d'agir.

Il nous semble donc :

4° Que tout doit concourir à faire adopter la taille annuelle sur . rameau de l'année précédente, sur lequel on aura laissé les deux ou trois rameaux poussants, qui se développeront dans leur entier.

2° A ce très-grand avantage, on doit en ajouter encore un autre, celui de faire bien plus rapidement la cueillette des feuilles.

3° La non suspension de circulation de la sève et, par suite, le non engorgement des tissus.

4° Quant à lataille, ne s’opérant plus que sur des rameaux d'un an, elle sera plus facile à se cicatriser, que par la taille bisannuelle ou trisannuelle.

Le Mürier noir, le blanc et le multicaule sont presque les seuls que l’on emploie de nos jours pour élever le Bombix du Mûrier. Le Mûrier noir, notre ancien compatriote, a presque partout été remplacé par le blanc, dans les contrées surtout où l'industrie de la soie est considérable. La lenteur de sa croissance, le peu de longueur annuelle de ses rameaux, la difficulté de le propager et la grosse soie qu’il produit, l'auront probablement fait abandonner.

La persistance de l'emploi du Mürier noir en Sicile, dans les Calabres, les Canaries, ‘et la préférence des sériciculteurs de ces contrées vient probablement, comme le pense M. DE GASPARIN, de ce que le Mürier blanc et le multicaule sont trop exposés à la gelée à cause de leur précocité, inconvénient que ne présente pas

le noir:

242 PLANTATION DES MURIERS.

Il parait bien prouvé actuellement que les vers-à-soie nourris avec le Mürier multicaule produisent de la soie très-fine, mais en même temps très-résistante; que les diverses variétés du Märier blanc en forment de moyenne grosseur, et que le noir produit des soies de Sicile, qui sont utilisées de préférence pour les galons.

D'un autre côlé, la moins grande précocité du Mürier blanc dans le Midi que dans la Sicile et dans les Cevennes, et en outre la grande facilité de sa multiplication, auront fait préférer le blanc au noir.

D'ailleurs, 1l est bien prouvé quele Mürier multicaule est plus précoce que le blanc; parmi les variétés de ce dernier, le plus printanier est la variété Moretti, ensuite celle à feuilles minces. En général, ceux tenus très-bas sont aussi plus tôt feuilés que les mivents, et surtout que les grands arbres. D’après cela, l’éducateur intelligent pourra profiter de ces observations pour avoir des uns et des autres ; il abritera, s’il le juge convenable, quelques mètres de haies, et trouvera, de cette manière, les moyens de préserver de la gelée les Müriers qu'il aura placés au Midi et qu'il veut utiliser les premiers.

il nous paraît très-diflicile, si ce n’est impossible, d'apprécier la quantité réelle de matière nutritive que contient telle ou telle espèce de Mürier, ainsi que leurs diverses variétés; car, pour faire toutes les recherches exactement comparatives, 1l faudrait que toutes fussent cultivées dans le même sol, parfaitement au même âge; et lors même que nous aurions des comparaisons rigoureuses, nous ne pourrions séparer exactement les proportions de la matière utriculeuse de celle de la partie fibreuse.

Quoi qu'il en soit, voici le résultat de quelques recherches faites par M. ROBINET :

PLANTATION DES MURIERS.

Consommation sur {00 de feuilles.

Épaisseur de la feuille (poids de d% millim. carrés ).

sur 100 parti

Muürier blanc mince.... 10.62 13,2 | 55 18.550 5.60 — —usMohétii-s\. 9,90: 12245 51 |15,390| 5,31 — es PI OSE ET €. 14,65 | 23,7 | 46 117,460! 5,45 —. maullicaule..:.. 8,90 | 17,2 58 116,270! 5,25

Quant à la conservation des feuilles en magasin, voici les résultas indiqués par M. DE GASPARIN :

Le Mürier dit d'Espagne est celui qui réussit le mieux dans les terres grasses et fortes du Midi. Il donne une grande quantité de feuilles épaisses et pesantes.

Le Mürier blanc rosé produit une moins grande proportion de feuilles, mais bien préférables : elles se conservent très-facilement.

Le Mürier multicaule ferme, dit hybride, résiste assez bien aux froids du Midi, ses feuilles sont d'une moyenne épaisseur et ne se fanent pas facilement. od

Le multicaule à ses feuilles très-fines , susceptibles d'être déchirées par les vents (dans le Midi et lorsqu'il est en arbre). IL est très-précoce ; il ne résiste pas à la température de moins 14° centigrades. .

. Le même savant agronome a obtenu les résultats ci-dessous de l'analyse des feuilles d'un jeune rameau de Mûrier greffé, complètement développé :

244 PLANTATION DES MUAIERS.

PR Ut is ES 68,6 Cataome nc. dr és 13,720 HNANUPEnR SE 6 re 4,760 OXISENG. 4 LUE à 13,080 AOC LS Me does nn 4,589 Cebdre, Lu ent 1,950

La première attention que l'on doit avoir lorsque l'on veut planter des Mûriers, c’est de faire choix du sol. Le plus avantageux est un terrain sablonneux ou graveleux , plutôt see qu’humide, pourvu qu'il soit perméable, ou enfin un terrain calcaire. Dans ces sols, les Müriers n’y produisent pas des feuilles trèsgrandes et très-épaisses , les rameaux sont moins vigoureux, mais elles sont préférables. À poids égal, les moins grandes et les moins épaisses sont bien meilleures : les premières contenant beaucoup trop de parties aqueuses. Les terrams humides où argileux produisent des feuilles d'une valeur nutritive bien inférieure , malgré que les arbres soient souvent d’une belle apparence.

Le choix du terrain étant fait pour une plantation d'une certaine étendue, il convient de le préparer économiquement, tout en mettant les raëines des arbres dans les meilleures conditions possibles. Comme le sol convenable pour le Mürier est sablonneux ou légèrement caillouteux, et en général peu adhérent, on fera le travail préparatoire à la charrue , en creusant le plus possible. Le sillon fait, on fera passer une seconde charrue, où des hommes remueront le fonds à la houe, à la triandine ou à la bêche.

Si le sol est très en pente, et qu'on ne puisse faire agir la charrue dans le sens transversal , on se contentera de faire des creux très-profonds.

En général, on fera mieux de planter les arbres ou les arbustes PLUTOT JEUNES que gros. En les arrachant, on peut mieux préserver leurs racines. Il ne faut jamais couper que celles qui sont cassées

PLANTATION DES MURIERS. 245 ou déchirées , et ne toucher aux branches que dans le cas où elles seraient trop rapprochées ; mais il faut surtout avoir soin de ne pas tailler le sommet.

En outre, si la place qui doit recevoir les Müriers est disponible, que la plantation ne soit pas exposée à être endommagée par une cause quelconque, les plantations jeunes sont préférables ; mais, pour la vente, ce n'est que la troisième année de greffe (au printemps) que les arbres sont vendus, lorsqu'ils ont de 20 à 25 centimètres de diamètre.

Malgré que nous conseillons des plantations de Müriers à larges feuilles (obtenus de semis de greffes), et que nous préférions des nains et des minains, dont on jouit promptement et que l’on peut détruire au bout d’un certain nombre d'années, pour faire d’autres plantations ailleurs, toujours à meilleur marché qu'avec de grands arbres dont on ne peut assez tôt jouir, voici les résultats de sérieuses observations faites par M. le comte DE GASPARIN, trop compétent sur ce sujet pour ne pas faire connaître les résultats de ses nombreuses remarques, et d’une longue expérience acquise dans une contrée essentiellement séricicole.

Le plant de Mürier à plein vent, greffé, se vend sur les lieux 1.25 c. pièce. Le cultivateur intelligent l’obtiendrait par lui-même à 40 c., et les nains à 25. Le plant du Mürier blanc Lhou et ses variations, celles du Mürier blanc Moretti, du Märier multicaule, surtout la variété dite hybride, provenant de boutures ou de semis (individus à larges feuilles), reviendrait au producteur de 5 à 10 c., suivant l’âge.

Si l'on devait faire une plantation de grands Mûriers, comme on le pratique ordinairement, voici les dépenses qu'elle nécessiterait par hectare {dans le Midi) :

240 PLANTATION DES MURIERS.

Plantation de Müriers en plein vent, à 7 mètres en fous sens.

1° Préparation d’un hectare de terre. ...... 120 » 2° Valeur de 204 Müûriers à 35 cent........ T1 40 3° Plantation à 40 cent. pièce . ........... 20 80 4° Culture pendant trois ans ............. 360 » 5° Rente du terrain pendant trois ans...... 210 »

Frais annuels.

i° Amortissement : la plantation devant durer

SOixAntE. ANS: 7 MAPS RIRES 32 91 PECULIUrTES ARDTPES 221 PRE Re FM DEV CU RE TO ARE pans Salou 25 50 4° Engrais moyen dosant 160 kil. d'azote... 256 » D henie de A TEFr Per. EE Ca 70: »

Produit moyen comme dessus, 13,990 kil. de feuilles de printemps, diminué de 0,05 pour chance de pertes, ci 43,291 kil. AE ES 1 CODAGE: LS CR en 930 37

hésite nets LE 2e RES

Plantation de nains à 4 mètres.

APTE DAMON LESC PR PE RER Re AETE 120 »

SUD MHTIÉLS SE PS, CNRC 156 25 APODOTIEN EEE, 276 25

PLANTATION DES MURIERS. 247

HODÉNEPRINENSS. LE 3 276 25 a PAntationracents ET eT. 125 »

4° Culture pendant trois ans.............. 360 » DÉS UMP TEAM US EN gr AOL Pire, 210 »

Frais annuels.

l-AMOorUsSements Tien: CLR ARE 54 12 PACE EE OT NS RE UT A TE CRD, Ce 73 TA DRAUIe A ACCEDER ES NUE Re 62. 50 RSR FAI EN Dee ia PE es L 256 »

PAREIL der Id terre NS AN PIE NEUTRE 70 »

Produit maximum 30 kil. 63 par hectare, réduit au prix moyen pour chances 25 k.12, et par 625 arbres, 13,700 k.. 14099 »

Réstemets:: A A d'tar 582 68

Plantation de Müriers à 2 mètres l’un de l’autre.

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