PI. III
L'unique exemplaire connu de cette espèce a été capturé dans une nasse, placée par M. Henri Gadeau de Kerville dans la région d'Omonville-la-Rogue (Manche), à la profondeur de 55 mètres. C'était une femelle ovifère, longue de » millimètres dans la position où elle est figurée (fig. 1), portant 48 œufs entre ses lamelles incubatrices.
Le corps, examiné en dessus, paraît remarquablement obèse, sa largeur atteignant tout près de la moitié de sa longueur. Une carène dorsale existe tout le long du méso-
some et du métasome. La tête, très-courte, à peine aussi longue que le premier segment du mésosome, ne porte pas de projection rostrale et présente des lobes latéraux peu saillants, arrondis à l'extrémité. Le quatrième segment du mésosome est de beaucoup le plus long. Les segments du métasome augmentent progressivement de longueur, du premier au troisième. L'urosome est très-court. Les plaques coxales de la première paire, très-petites, quadrangulaires, sont en grande partie cachées par les plaques coxales de la deuxième paire, qui affectent une forme à peu près triangulaire. Les plaques coxales de la quatrième paire, extrêmement développées, régulièrement arrondies au bord postérieur, se prolongent en arrière jusqu'au niveau de l'extrémité du sixième segment du mésosome. Les plaques épimérales du troisième segment du métasome, fortement prolongées en arrière, sont arrondies à l'extrémité.
Les yeux, très-grands, ovales, occupent la majeure partie des faces latérales de la tête. Les antennes supérieures (fig. 7) atteignent à peu près la longueur de l'ensemble de la tête et des trois premiers segments du mésosome. Le premier article du pédoncule, très-volumineux, beaucoup plus long que l'ensemble des deux articles suivants, présente, à son extrémité antérieure, un prolongement obtus qui déborde sur l'article suivant. Le second article se prolonge de la même façon sur le troisième, qui n'atteint pas la longueur du premier article du flagellum. Ce flagellum comprend douze articles beaucoup plus longs que larges. Il n'existe pas de flagellum accessoire. Le dernier article du pédoncule et les trois premiers articles du flagellum portent, au bord postérieur, quelques touffes de cils assez allongés. Les antennes inférieures sont de la longueur des antennes supérieures. Le cinquième article du pédoncule est plus grêle et un peu plus court que le quatrième. Le flagellum comprend dix articles, garnis de quelques soies trèscourtes.
La lèvre antérieure (fig. 2) présente deux lobes d'inégale
taille, séparés par une petite échancrure. Les lobes internes de la lèvre postérieure sont séparés sur un tiers environ de leur longueur, tandis qu'il sont complètement séparés dans le genre S/enothoe, et coalescents dans les genres Proboloides et Melopa. Les mandibules (fig. 3) ne présentent ni palpe, ni tubercule molaire. Le bord tranchant est armé de dix dents aiguës; le bord interne porte une rangée de douze épines barbelées. Le lobe externe des mâchoires de la première paire (fig. 4) est armé de nombreuses épines assez grêles et simples. Le lobe interne ne porte ni soies, ni épines. Le palpe, uniarticulé, se termine par une rangée d'épines. Les lobes des mâchoires de la deuxième paire (fig. 5) sont d'égale taille et diffèrent à peine l'un de l’autre; ils portent une touffe de fines épines à leur extrémité. Les lobes internes des maxillipèdes (fig. 6), séparés jusqu'à la base, se terminent chacun par deux longue soies spiniformes. Les lobes externes manquent, comme chez toutes les S/enothoidæ. Les palpes, très-robustes, garnis de longues et nombreuses soies, se terminent par un article dactyliforme, finement cilié au bord interne.
Les gnathopodes antérieurs (fig. 8) sont relativement robustes. L'article basal, large et quelque peu dilaté en son milieu, atteint à peu près la longueur de l'ensemble des quatre articles suivants ; son bord antérieur est garni d’une rangée d'épines. L'article méral porte, au bord postérieur, une rangée de neuf longues épines. Le carpe, très-court, triangulaire, porte quelques épines plus courtes. Le propode est quadrangulaire ; son bord palmaire est armé d'une rangée de six longues épines. Le dactyle, très-robuste, légèrement courbé à l'extrémité, est finement denticulé sur la dernière moitié de son bord interne.
Les gnathopodes postérieurs (fig. 9) sont plus robustes et plus allongés que les gnathopodes précédents. L'article basal, assez fortement dilaté à l'extrémité, porte une rangée d'épines au bord antérieur. L'article méral, subtriangulaire, se prolonge en pointe aiguë jusqu'au niveau de l'extrémité
du carpe. Le propode, à peu près rectangulaire, est bordé de soies et porte quelques épines au bord postérieur. Le dactyle, faiblement courbé, dépasse un peu le bord palmaire en longueur.
Dans les pattes des troisième et quatrième paires, l'article méral se prolonge antérieurement jusqu'au niveau du milieu du carpe. Le bord postérieur du propode est garni d'une rangée d'épines.
L'article basal des pattes de la cinquième paire (fig. 10), assez étroit, n'est pas dilaté en arrière; son bord postérieur est garni de nombreuses épines. L'article méral, beaucoup plus large que les articles suivants, se termine en arrière par un prolongement triangulaire, qui atteint presque au niveau de l'extrémité du carpe. Ce dernier article n'a pas plus de la moitié de la longueur du propode; tous deux portent une rangée d'épines au bord antérieur. Le dactyle est fort et recourbé.
Les pattes des deux dernières paires, courtes et trèsrobustes, sont à peu près semblables entre elles. L'article basal, légèrement convexe au bord antérieur, très-fortement convexe au bord postérieur, est un peu plus long que large dans les pattes de la sixième paire, tandis qu'il est aussi large que long dans celles de la septième paire (fig. 11). porte, au bord antérieur, quelques fortes épines qui existent également dans les quatre articles suivants. L'article méral, très-dilaté, se termine en arrière par un large lobe triangulaire, atteionant au niveau de l'extrémité du carpe. Le propode est plus de deux fois aussi long que le carpe. Le dactyle, fort et recourbé, atteint plus de la moitié de la longueur du propode.
Les lamelles branchiales sont beaucoup plus développées que chez les autres formes de la famille des Stenothoidcæ. Dans ‘les snathopodes postérieurs, ces lamelles sont presque aussi longues que l'article basal. Dans les pattes de la cinquième paire, elles atteignent les deux tiers de la longueur de cet
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article et dépassent de beaucoup les dimensions des lamelles incubatrices.
Le pédoncule des uropodes de la première paire (fig. 12) est garni de nombreuses épines, disposées sur deux rangs. La branche interne, un peu plus courte que le pédoncule, dépasse légèrement la branche externe en longueur. Le pédoncule des uropodes de la deuxième paire (fig. 13) porte deux rangées d'épines. La branche interne, notablement plus longue que la branche externe, est à peu près de la longueur du pédoncule. Dans les uropodes de Ia troisième paire (fig. 14), le pédoncule porte cinq petites épines. La branche unique se compose de deux articles d'égale taille, dont l’ensemble dépasse un peu le pédoncule en longueur. Le telson (fig. 15), ovale allongé, porte deux paires de petites épines, situées au voisinage de la partie basale de ses bords latéraux.
J'ai grand plaisir à dédier cette intéressante espèce, type d'un genre nouveau, à M. Henri Gadeau de Kerville, le zélé naturaliste qui poursuit avec tant de succès, depuis un certain nombre d'années, ses recherches sur les faunes terrestre, maritime et marine de la Normandie.
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