ROI DU BOSPHORE-CIMMÉRIEN
Mer. le Chancelier de l’empire, Comte de Romanzoff, toujours attentif à saisir et à faire naître les moyens qui peuvent contribuer à étendre les connoissances utiles, à fournir des matériaux pour illustrer l’histoire de sa patrie, et à réunir les monumens qui y contribuent, s’est occupé pendant son dernier séjour en Tauride, à recueillir quelques restes classiques de l’antiquité.
Parmi les objets intéressans et précieux que Mgr. le Chancelier a rapportés de cette excursion scientifique, se trouve un nombre assez considérable de médailles grecques, dont
quelques unes sont très-belles et quelques unes même inédites.
Celle , entr’autres , d’un roi Spartocus a été jugee avec raison par S. E. digne de fixer l’attention des amateurs de la numismatique.
Afin de répondre autant qu’il est en lui aux internions de cet illustre protecteur des sciences, l’auteur de ce mémoire accompagnera la description de cette précieuse médaille de remarques sur quelques autres dont le même cabinet vient d’être enrichi.
L’avers de la médaille de Spartocus offre la tête de ce roi ceinte d’un diadème et tournée h droite. Le revers présente la légende BASIAF.nr [S]I7APT0K0T $ dans le champ, à droite , un monogramme et un coryte placé horizontalement et tourné à gauche. Cette médaille dessinée sur le frontispice, est en argent, et de la sixième grandeur d’après l’échelle de M. Mionnet.
La chevelure bouclée du roi est ceinte d’uri
diadème , dont les bouts tombent naturellement en arriére. Il paroit que Mithradate Eu» pator, roi du Pont, a été le premier roi qui se soit fait représenter avec un diadème dont les bouts assez longs flottent sur le coflf et en arrière : il fut imité en cela par son fils Pliarnace et par Asandre, roi du Bosphore.
Le revers porte un coryte * , auquel on a joint le carquois, ou l’étui des flèches, comme on le trouve dans plusieurs monumens de l’antiquité , et entr autres sur les revers de quelques médailles en grand bronze dont il sera parlé dans un mémoire qui paroitra incessamment J .
Cette médaille a été probablement frappée à Panticapaeum , résidence des rois du Bosphore dans leur district d’Europe. On voit sur les médailles en argent de cette ville 3 , ainsi que sur celles en bronze de différentes grandeurs , le même emblème de guerrier. J’ai observé, le premier 4, que c’étoit une erreur que d’appeler carquois l’étui de l’arc , nommé tory le par les anciens.
IO
One médaille de Soli en Cilicie 5 non* apprend comment on portoit le corvte. Il étoit attaché à une ceinture qui le laissOit tomber sur la cuisse gauche.
’ L’objet principal dans la description de la médaille de Spartocus, est de rechercher à quel prince elle doit appartenir, l'histoire nous ayant nommé quatre Spartocus qui ont régné sur le Bosphore. Douteroit-on que le roi figuré sur notre médaille ait été roi de ce pays? Mais le lieu où elle a été trouvée , Panticapaenm, le nom de Spartocus que présente sa légende , et le t3'pe du revers , prouvent ce fait d'une manière indubitable.
Mais sous quel Spartocus cette médaille at-elle été frappée ? Pour décider cette question j’aurai recours à deux médailles, l’une de
Leucon en bronze , l’autre en or de Paeri-
sade. Et comme toutes ces pièces se prêtent un mutuel secours , notre nouvelle médaille servira aussi de son côté à déterminer plus précisément le tems où furent frappées les monnoies citées de ces deux princes. La mé-
daiïle de Lencon (pl. I. m. i et a) se trouve au cabinet de Mgr. le Chancelier de l’empire 6 ; celle de Paerisade (pl. I. m. 3) est conservée dans la collection du Dr. Hunter appartenant à l’université de Glasgow, et elle n’est pas moins bien conservée que l’exem» plaire de Paris 7.
Quelques observations sur les chefs qui ont gouverné le Bosphore , depuis le commencement de cet état jusqu’à Spartocus IV , liées avec la comparaison des médailles frappées par des rois d’autres pays et qui étoient leurs contemporains, les anciens rois de Macédoine et Lysimaque roi de Thrace, me conduiront, non sans quelques détours nécessaires , an but que je me suis proposé.
Lorsque les Grecs s’établirent au Bosphore; l’administration fut entre les mains des Ari chaeanactides ; magistrats qui subsistèrent depuis la 73 Olympiade jusqu'à la 84, ou depuis
l’an de Rome 267 jusqu’à l’année 3io. Ce gou- , •
vernement étoit républicain 8 , et il se conserva jusqu’à Paerisade I. et Spartocus IV.
corime il est prouvé par les inscriptions de ces rois, dans lesquelles ces deux princes sont nommés archontes du Bosphore et rois des Sindes et des Maeotes. Mithradate Eupator et Pharnaoe son fils suivirent une politique trèssage et très-souvent observée dans l’antiquité9; ils laissèrent subsister la forme du gouvernement qu'ils avoient trouvé établi. Asandre nous en fournit une preuve , puisqu’ayant occupé le Bosphore après la mort de Pharnace , il n’en fut d’abord que l’archonte. Et son prédécesseur Pharnace , gratifié du Bosphore par Pompée , fut certainement mis en même tems en possession de Phanagorie et du district asiatique du Bosphore. Il est vrai que Pompée avoit , par reconnoissance , déclaré Phanagorie libre et autonome , parce quelle s’étoit révoltée la première contre Mithradate Eupator ". Mais je prouverai dans quelques observations sur lesmédailles delà ville de Chersonèse 13 , que ces privilèges, donnés par les Romains aux villes grecques , étoient de très-peu d'importance; il est cependant possible que Phanagorie ait joui aloVs de quelques immunités. Nous ignorons au reste si ,
après qn’Asandre fut nommé roi par 1rs Romains , le gouvernement du Bosphore subit quelque changement. Mais il n’y a aucun doute qu’Asandre archonte, avant d'être investi de la dignité royale, avoit été, comme Paerisade I, roi des Sindes et des Maeotes.
Alexandre I, fils d’Amyntas, et Perdiccas II. gouvernoient en Macédoine pendant que le Bosphore étoit administré par les Arcliaeanactides. B est vrai que les historiens leur donnent le titre de rois; mais ces prétendus rois n’étoient probablement que des magistrats, comme l’étoient les Archaeanactides et leurs successeurs au Bosphore. Nous possédons des médailles de ces chefs de la Macédoine que j’ai nommés, mais on n’y trouve ni le titre de roi, ni leurs portraits. La franchise avec laquelle les lois permirent aux Macédoniens d’adresser à Philippe père d'Alexandre, des observation* contraires à ses ordres , atteste qu’ils jouissoient d’une certaine liberté; peut-être futelle limitée à la suite des grands et heureux exploits , qui engagèrent , à ce qu’il paroit , Philippe à prendre sur ses médailles le titre
de roi inusité jusqu'alors sur la monnoie macédonienne.
Les chefs macédoniens Archélaus I , Pausanias , Amyntas II. et Perdiccas III. ne portent pas sur les médailles qu’on leur attribue le titre de roi , et ces médailles ne sont pas non plus ornées de leurs portraits. Si leurs contemporains au Bosphore, Spartocus II, Satyrus I. et Leucon ont fait frapper des monnoies, il est sftr, quelles étoient sans leur effigie, et sans la qualification royale. La même remarque , quant à l’image, s'applique à Spartocus III. et Paerisade I. qui vivoient du tems de Philippe II, et d’Alexandre le grand; ainsi qu’à Satyrus Il , Ëumélus et Spartocus IV , qui gouvernoient le Bosphdre après la mort d’Alexandre. Les médailles de tous ces princes, s’ils en ont fait frapper, ne portoient pas plus leur portrait qu on ne yoit l’effigie de Philippe, d’Alexandre et de ses successeurs , Philippe Aridaeus , Cassandre, Philippe IV, Antigontis, et Antigonus Gonafas sur les médailles qui leur appartiennent.
Je remarque ici en passant, que de Boze'4, suivi par Cary tS , étoit dans ’ l’erreur lors-
qu’il disoit, qu'il y a beaucoup d’apparence que Paerisade I. ne fut pas le seul héritier
des états de son frère Spartocus, et qu’il fut
obligé d'en céder une partie à ses frères Satyrus et Gorgippus. Paerisade peut avoir chargé ses frères de missions et d’affaires , mais je doute qu’il les ait fait participer à son gourf yernement ; et il fit très-bien sans doute , car l’exemple des trois fils de Paerisade ,G prouve, combien il auroit été dangereux de partager son pouvoir. C’est par une seconde erreur que. de Boze a rangé le frère de Paerisade, qu’il nomme Satyrus II , dans la suite des rois du Bosphore *7 ; cette place appartient h Satyrus II. fils de Paerisade, qui n’a régné que g mois , et qui a été omis aussi dans la suite de ces rois par Cary.
C’est un fait contesté par quelques antiquaires , mais qui n’en a pas pour cela moins de certitude , qu’aucune médaille d’Alexandre le grand frappée de son vivant, n’offre son portrait. L’opinion contraire a été soutenue par plusieurs numismates , parce que la tête dUercule jeune , couverte de la dépouille du
lion se tronve sur la plupart des médailles de ce roi. Hardouin ‘ 8 , Pellerin >9 et Gessner 30 , voyoient dans ces têtes le portrait d’Alexandre le grand , et leur opinion fut adoptée par le Blond 31 , Barthelemi 33 , Fea 3î , Cousinery 3 4 et Clarke 3Î . Le Blond et Clarke concluoient mal en disant que , puisque des têtes cornues représentent le portrait d’Alexandre , les têtes couvertes de la peau du lion doivent être aussi son portrait.
Frôlich 36 , Neumann *7 , et Eckhel 3 ® ont pensé différemment ; ils ont observé que l’on rencontre ces mêmes têtes , absolument avec les mêmes traits du visage , sur les médailles d’Ainyntas II , et de Perdiccas III , et même
sur des tétradrachmes que Pellerin avoit attribués à Philippe II. Eckhel ajoute que l’on voit la même tête d'Hercule imberbe , non seulement sur les médailles d’Amphipolis , Philippi et Pydna , villes de la Macédoine , mais aussi sur la monnoie de Cos, de Leucas, et de Gades , villes qui n’avoient aucun rapport avec Alexandre. L'opinion de Neumann et d’Eckhel
a été suivie par MM. Sestini 3 9 , Fauvel , et Chaussard 3l .
Yisconti 3a a porté , sur nos têtes d’Hercule jeune couvertes de la dépouille de lion, presque le même jugement que le Blond et Pellerin. Cet antiquaire , voulant de toutes les manières enrichir de. portraits son iconographie grecque, a prétendu, contre le sentiment d’Eckhel et contre celui de tous ceux qui examineront ces médailles sans prévention, que „si des têtes d’Hercule , semblables les unes aux autres , ont été gravées sunla monnoie d’autres rois de Macédoine, et que si celles qui l’ont été sur la monnoie d’Alexandre ne se ressemblent pas toutes , il en résulte nécessairement qu’on ne peut regarder toutes ces différentes têtes comme autant de portraits d’Alexandre: mais que rien ne prouve que quelques unes ne puissent pas être son portrait. “ Je réponds à cette remarque de Visconti : que si dans le grand nombre de ces médailles on trouve des traits de la physionomie d'Hercule plus ou moins différens et plus ou moins caractéristiques , cela ne provient que du plus ou du moins diiabi-
leté de ceux qui en ont gravé les coins. Apres avoir lu la remarque de Visconti , on s’attend à trouver cités des exemples des tétradrachmes d’Alexandre frappés en Macédoine, c’est-àdire, des tétradrachmes qui ne portent pas des marques décisives qu’ils doivent être attribués à des villes situées hors de la Macédoine. Mais quel est notre étonnement lors- «
qu’il nous dit 33 : ,, en examinant le grand nombre de médailles de celte espèce qui sont conservées dans le cabinet de Paris et dans ceux de quelques amateurs , je reconnois les traits d’Alexandre «sous ceux dHercule , sur les tétradrachmes frappés à Rhodes , et sur d'autres frappés dans une ville de Phoenicie qu’on croit , avec beaucoup de probabilité , être la ville d’Acco, appelée dans la suite Ptolémaïs." Nous voyons, par cette remarque , que Visconti n’ayant pu trouver dans le grand nombre de tétradrachmes portant la tête d’Hercule , et frappés probablement dans la Macédoine , aucun qui présente quelque ressemblance avec l’effigie connue d’Alexandre, s’est cru forcé, pour sauver son hypothèse, de l’appuyer sur deux pièces frappées dans Pile
de Rhodes et à Aco en Phénicie. Mais quoique ces monnoies qui sont étrangères h la Macédoine , ne puissent pas être admises comme témoins dans nos recherches, elles ont été produites par Yisconti à ce titre, par ce que les têtes qu’elles offrent , étant d’un travail assez médiocre , n’ont aucun caractère.
Mais des têtes médiocrement exécutées et sans caractère pourroient-elles servir de preuves à Yisconti, lorsque ., sur celles qui sont d'un travail plus parfait , pour me servir des termes de M. Chaussard 34 , l’exagération des muscles , une expression de force très -prononcée suffisent , indépendamment des autres caractères, pour faire reconnoitre Hercule par quiconque a l’habitude d’observer les monumens de l’antiquité. “ Le défaut de caractère des têtes d'Hercule dans quelques exemplaires des médailles d’Alexandre , ne peut pas nous engager à y trouver les portraits de ce roi. Car il est clair que toutes ces têtes, sans exception, doivent être ou celles d'Hercule , ou celles d’Alexandre.
Visconti, pour rendre son opinion plus pro-
bable , ajoute la remarque suivante 35 : „L’antiquité paroit avoir partagé l'opinion que j’énonce , c’est-à-dire que quelques têtes coëffées de la peau de lion, et gravées sur la monnoie d’Alexandre, étoient son portrait. Je n'établi* point cette assertion sur des monumens d'un tems bien postérieur à son régne , je l'appuye sur des médailles d’une époque assez rapprochée de la sienne. Pour me servir d'exemples qui ne soient pas contestés, je citerai les monnoies d’Alexandre Bala , roi de Syrie. Ce prince, sans doute pour tirer avantage du nom qu’il portoit , voulut faire ressembler sa monnoie à celle du conquérant de l’Asie, et fit graver sur ses médailles de bronze sa tête coëffée d’une peau de lion , à l imitation d’Alexandre le grand. Il paroit évident par cette observation que l’opinion générale parmi les Grecs de l’Orient à l'époque d’Alexandre Bala, étoit que la physionomie d’Alexandre étoit empreinte sur sa monnoie avec le costume d'Hercule. Les médailles de Ptolémée Alexandre, neuvième roi d’Egypte, et celles d’Alexandre II. roi d’Epire peuvent confirmer jusqu’à un certain point celte même opinion'*
etc. : J’observe contre Visconti que si la tête couverte de la peau de lion étoit le type constant des médailles d’Alexandre Bala, et si cet acoutrement étoit ressemblant à celui qu’ont les médailles d’Alexandre le grand, l’observation de ce savant prouveroit qu’Alexandre Bala avoit imité les dernières , mais non pas que la tête figurée sur les médailles d’Alexandre Bala soit celle d’Alexandre le grand. Mais l’argument de Visconti se trouve renversé totalement, si l’on examine la monnoie d’Alexandre Bala 36 :
i. La tête de ce roi de Syrie est tout-à-lait autrement coëffée que celle d’Hercule sur les médailles du conquérant macédonien.
3 . Cette coëffure n’est pas le type constant de ce roi. Car Alexandre Bala est aussi représenté coëffé d’une tête d’éléphant 37 ; le plus souvent les avers de ses médailles portent sa tête diadémée ; quelquefois elle est casquée ; d’autres avers offrent des têtes de divinités. Les médailles de Ptolémée Alexandre, et celles d’Alexandre II, roi dEpire , citées par Vis-
conti , n’ont pas plus de valeur pour prouver l’assertion de ce savant que les médaillés d’Alexandre Bala.
Quelques beaux médaillons en argent de Sé-
leucus I. offrent la même tête d'Hercule jeune couverte de la dépouille de lion , que nous voyons sur les médailles d’Alexandre 38 . Connue ces dernières , les têtes sur les médailles de Syrie ne doivent pas être prises pour des têtes d’Alexandre le grand , ni pour celles de Séleucus I , ainsi que l’a fait l’éditeur des médailles de M. Duane 3 9 , et M. Mionnet «voit raison de les nommer des têtes d’Hercule 4°.
Les médailles d’un Leucon, roi du Bosphore, dont le cabinet de Mgr. le Chancelier possède deux fort beaux exemplaires , achèvent de prouver la fausseté du raisonnement de Yisconti. L’avers de ces médailles en bronze porte une tête couverte de la peau du lion, copiée sur une des médailles d’Alexandre le grand. Il n’y a aucun doute que cette tête ne soit celle d’Hercule, car quel intérêt le roi
du Bosphore auroit-il pu avoir de placer sur sa moanoie la tête du roi de Macédoine ?
Enfin Visconti, peu content de ce qu'Eckhel n’avoit pas reconnu le portrait d’Alexandre dans les têtes couvertes de la peau de lion, fait cette remarque 4 1 ; „ce savant, presque étranger aux grands momimens de l’antiquité, a dédaigné dans son examen les lumières qu’il auroit pu emprunter de l’archéographie. " Je réponds à cela : que si Eckhel n’avoit pas autant de pratique dans les monumens de la sculpture , nommés par Visconti les grands monumens de l'antiquité, qu’en numismatique, on seroij fondé à dire de Visconti lui - même que , s’il n’étoit pas tout-à-fait étranger aux petits monumens de la numismatique , au moins il n’y excelloit pas. Mais remarquons , que le jugement d’Eckhel sur la tête des médailles d’Alexandre couverte de la dépouille de lion , ne pouvoit être motivé, ni par le plus, ni par le moins de pratique dans les productions de la sculpture. Thorwaldson et Canova mêmes consultés, n’auroient pas pu affirmer, que ces têtes possèdent la moindre ressemblance ni
avec le buste en marbre d’Azara , ni avec le portrait qu’offrent les petites médailles en or et en argent, citées ci dessous 4 J . Quant „aux lumières qu’Eckhel auroit dû emprunter de l’archéographie ", il faut observer que ce savant n’en possédant pas moins que Visconti , n’a jamais manqué d'en faire usage quand sa matière l’exigeoit. On voudra bien être persuadé que ces remarques sur Eckhel et Visconti n’ont pas pour but de déprécier le haut mérite de ces savans. Si Eckhel avoit moins de pratique dans quelques branches d’antiquités que dans d’autres, il faut avouer qu’aucun antiquaire ne l’a jamais surpassé, ni en érudition, ni en justesse de raisonnement, ni en profondeur de critique. A l’égard de l’expression , dont s’est servi Visconti dans le passage cité, on pourroit remarquer que ce qu’il a nommé grands monumens ne seroit compris par les Stuart , Hirt , et Klenze qu’au nombre des petits monumens.
Si l’on s’étoit trompé en prenant la tête d’Hercule pour celle d'Alexandre , on n’a pas été plus heureux en croyant trouver sur les
médailles de Lysimaque le portrait de ce roi de Thrace. Les mo nu mens dont il sera question ici, sont les médailles en or et en argent de Lysimaque, dont l’avers présente une belle tête d'homme avec une corne de bélier, et un diadème. Ange Politien 4 3 , Coelius Hlwdiginus 44, Spanheim 45 f de la Chausse 46, Beger47, Gori4 8 , Gessner4i>, Eckhel 5 °, Visconti 5 ‘ , et M. Mionnet 5 », ont cru reconnoitre dans ces têtes le portrait de Lysimaque. Spanheim supposoit que Lysimaque avoit emprunté d’Alexandre cette corne de bélier, et Eckhel croyoit que ce type étoit propre à Lysimaque comme descendant de Bacchus 53 . L’opinion de tous ces antiquaires étoit fausse , et Eckhel se trompa de nouveau en rapportant cette corne à Bacchus , car ce dieu n'a jamais été représenté avec des cornes de bélier. Cette erreur d’Eckhel a été adoptée aussi par Visconti 5 i. Tout aussi bien que le savant antiquaire de Vienne 55 , Visconti croyoit que la tête d’un jeune homme ornée d'une corne de bélier, qu’on voit figurée sur une médaille de Nuceria Alphaterna , ville de Campanie, étoit celle de Bacchus 56 . Si dans cette médaille les
cornes de bélier «ont un des symboles de Bacchus , comment sur celles de Lysimaque peuvent-elles être tin attribut de Jupiter Ammon s 7 ?
L’explication erronée de la médaille de Nuceria proposée par Eckhel avoit été précédée d’une autre qui n’est pas plus admissible : Barthelemi y avoit vu la tête d’Alexandre le grand 58 . 'Par une méprise semblable, Clarke prétend que sur des médailles de Cyrène, une tête barbue portant une corne de bélier est plutôt le Bacchus indien que Jupiter Ammou 5 9.
Si c'étoit une erreur que de voir sur la monnoie de Lysimaque le portrait de. ce roi de Thrace , d’autres litérateurs et numismates, comme Fulvio Orsini 6 ®, Jean Fabre 6 *, Agostini 6 ’, Maffei 65 , Canini^, Nonius 65 , Hanthaler 66 , Wachter 6 », et de Choiseul-Gouffier 68 , avoient nommé Alexandre la tête en question.
Wachter a observé très-judicieusement que Lysimaque a préféré de placer sur sa monnoie la tête du conquérant macédonien plutôt que
d’orner la sienne de l’emblème qui rappeloit l’origine divine d’Alexandre, ce qu’aucun des successeurs de ce roi n’a jamais osé de faire. L’opinion des auteurs cités , la seule qui soit juste et raisonnable , a été suivie par le Blondi, Fauvel 7° , et Clarke î'.
Visconti , pour prouver que la tête ceinte du diadème et ornée d’une corne de bélier que l’on voit sur les médailles de Lvsimaque, n’est autre que le portrait de ce roi , allègue en preuve une médaille en argent d’Amastris rein«r*de Héraclée ' a . On voit sur cette pièce une tête couverte du bonnet phrygien, ceinte d’une couronne de lauriers. Mais rien ne prouve que ce soit un portrait de Lysiuiaque. Cette tète est plutôt le portrait de la reine Amastris. C’étoit du moins l’opinion des numismates antérieurs à Visconti, tels que Spanheim; 3 , Petit "4, Rasche ? 5 , et autres; elle peHt être aussi l’effigie du dieu Lunus : par conséquent elle ne prouve pas que les têtes avec la corne des médailles de Lysimaque soient le portrait de ce roi.
^ '^mi' ■».«• • o *■ * Vs»
Une autre médaille sur laquelle Visconti veut appuyer son raisonnement , forte line tête ceinte d’un diadème et n’a pas la corne de bélier. Elle est de Lysimacliia 7 6 , ville fondée par Lysimaque dans la Chersonèse de Thrace , et il n'y a pas de doute qu'elle ne nous offre le portrait de Lysimaque. Or cette tête 11 e possédant aucune ressemblance avec celles des médailles de Lysimaque dont il est question, il en résulte que les dernières ne peuvent pas être prises pour des portraits de ce roi.
Les têtes d’Alexandre sur les médailles de Lysimaque possèdent un grand caractère et un air sublime. Les cheveux s’élèvent au milieu du front, et retombent en arriére, tels que nous les voyons dans les monumens qui représentent Jupiter. Tout nous annonce que le sculpteur, qui étoit certainement un des plus habiles, avoit voulu exprimer dans l’original qui servit de modèle aux médailleurs, qu’Alexandre devoit être regardé comme fils du chef de l’Olympe. Aucune de ces médailles n’a été dessinée et gravée avec autant
de vérité, d’expression et de goût, que celle qui a été publiée par Clarke 77. Pour donner à son opinion quelque probabilité, Visconti avoit fait graver des exemplaires les moins beaux, d’un travail médiocre et n’ayant absolument rien du beau idéal 7®.
J'ajouterai à ces remarques, qui prouvent combien est mal fondée 1 opinion de \isconti, un autre argument qui milite contre lui. Si Visconti convient avec tous les antiquaires, qu’on trouve sur les avers des petites médailles en or et en argent dont le revers est, tantôt un lion, tantôt un lion monté par un amour 79 , le véritable portrait d’Alexandre le grand 80 ; si ces portraits, quoique exécutés d’après un original différent, ont une grande ressemblance avec les têtes en question des médailles de Lysimaque; comment peut-il trouver sur ces dernières un autre portrait que celui du roi de Macédoine? Comment peut-il douter que les unes aussi bien que les autres représentent le même personnage? Au reste, les petites médailles en or et en argent que je viens de citer, ne peuvent pas détruire le
fait, qu’aucune médaille d’Alexandre le grand, frappée de son vivant, n’offre son portrait, puisqu'on sait qu’elles ont été exécutées plusieurs siècles après lui.
On ne peut qu’approuver l’explication que Yisconti a donnée d’un beau camée du cabinet de France, lorsqu’il y a reconnu les traits de Lysimaque 8l . C’est le lion figuré sur le casque qui aura engagé Yisconti à prendre pour ce roi de Thrace ce portrait d’un homme d’âge avancé. Mais le manque de ressemblance avec les têtes que portent les médailles de Lysimaque, est un fait contraire à l’hypothèse de Yisconti.
Ce savant termine ce qu’il dit sur les têtes jk qu’il attribue à Lysimaque par l’observation
suivante® 2 : „Les ichthyologues grecs parlent d’un gros poisson connu dans l’archipel sous le nom de cnos, bélier. Sa tête est marquée d’une raie de couleur blanche, qui donne l’idée des cornes de bélier. Elien en décrivant cette raie des béliers marins, ajoute que les mâles ont la tête entourée d’une espèce
de diadème qu’on diroit être, celui de Lysimaqiie ou . d’Antigonus , ou de quelqu autre roi de Macédoine. Nous apprenons par Pline que cette bande avoit l'apparence des cornes de bélier; nous voyons qu’Elien la compare au diadème de Lysimaque et des autres rois de Macédoine; nous venons de remarquer sur les médailles de Lysimaque des cornes de bélier attachées à son diadème; comment nous refuser à l’évidence qui résulte de ces passages et de cette comparaison ? “ Observons que cette évidence n’est pas aussi grande que Visconti a voulu nous le persuader. Pline ne parle pas de diadème , et le passage d’Elien ne prouve autre chose si non que de son tems et plusieurs siècles après Alexandre, on croyoit que les tètes cornues sur les médailles de Lysimaque étoient le portrait de ce roi, mais il n’en résulte pas qu’on avoit raison de le croire. On peut affirmer que ceux qui dans ces tems postérieurs n’avoient aucun intérêt de faire des recherches historiques et numismatiques sur les anciennes coûtumes, ne pouvoient pour la plupart, en voyant des monnoies de Lysimaque, balancer à croire que la tête qu’ils y
voyoient n’appartint à celui dont ils lisoient le nom sur le revers. Visconti n’a donc rien prouvé par cette remarque.
Je dirai encore un mot sur deux monumens que Visconti a produits comme des portraits d’Alexandre. Le premier est le buste, portant le nom de ce prince: il appartenoit au célèbre éditeur des oeuvres de Mengs, Azara 8î . Depuis Mengs et Winkelmann jusqu'à Visconti ce buste a reçu trop d’éloges.
Malgré l'admiration que ces auteurs lui ont prodiguée, c’est un ouvrage bien médiocre.
Le Blond 8 4 et Clarke 85 ont jugé que l’authenticité de ce monument, regardé comme portrait d’Alexandre, étoit très-douteuse. Le dernier éditeur des oeuvres de Winkelmann, M. Meyer 86 , grand connoissenr en monumens de l’art de l’antiquité, n’est pas d’accord avec Visconti sur plusieurs questions relatives à ce buste. Le renflement du muscle mastoïdien du coté gauche, que Visconti prétend avoir remarqué 8 : , seroit inutile s’il y étoit réellement exprimé, puisque la tête ne se porte pas à l’épaule. Ayant plusieurs fois examiné ce
tt
monument, je n’ai vu dans la physionomie ni rien de terrible 88, ni aucune ressemblance «vec le roi des animaux ®9. Le second monument que Visconti donne pour un véritable portrait d’Alexandre , est un camée tiré du cabinet de l’impératrice Joséphine 9°. Cet auteur a tort en nous disant, „qu’il est vraisemblable que ce camée est un ouvrage de Pyrgotêle et que le profil de cette pierre nous donne la forme du nez qui manquoit à la tête en marbre. “ Le travail de ce camée, à en juger d’après l’estampe, est si timide, il est exécuté dans une si petite manière, qu’il n’y a pas de doute que ce morceau ne soit une production moderne. Au surplus, la manière inusitée dont cette tête est ceinte du diadème, suffiroit seule pour rendre ce camée suspect. Je présume que si Visconti n’avoit pas cédé à quelques considérations relatives à l’empereur Napoléon et son épouse, il auroit autrement jugé et du buste et du camée. Mais de pareils motifs ne doivent jamais diriger l’opinion de celui qui veut écrire pour la postérité.
Pour faire sa cour à son souverain, Visconti s’est éloigné de la vérité encore plus d’une fois. Supposant que Napoléon verroit avec plaisir dans l’Iconographie le portrait d’un des plus célèbres guerriers de l’antiquité, celui d'Hannibal, il baptisa de ce nom un buste en bronze 9' , sans qu’il eut pour prendre cette liberté aucune raison suffisante. Il est beaucoup plus probable que ce buste est celui du roi Juba I. Si l’on veut également examiner le chapitre qui traite de Thémistocle, on trouvera que Visconti n’a rien prouvé de tout ce qu’il avance relativement aux portraits de ce fameux capitaine qu’il croyoit indispensables à sa galerie. Les deux pierres gravées 9» qu’il donne pour son effigie , repré-
sentent Byzas ; ce sont absolument les mêmes traits qui caractérisent les têtes qu’on voit sur les avers des médailles de ce fondateur de Byzance, avec son nom à côté. Le dauphin qui est au dessous de l’une de ces têtes, fait allusion à l’exposition heureuse de la ville de Byzance sur le bord de la mer. Visconti attribue encore à Thémistocle un buste en marbre, sans appuyer son assertion d'au-
cune preuve; ce buste, au surplus, n’a aucune ressemblance avec les têtes de Byzas sur les pierres gravées qu’il a citées. Il résulte de tout ce que j'ai dit:
1. Qu® jusqu’à la mort d’Alexandre le grand on ne trouve sur aucune des médailles des rois de Macédoine le portrait de ces rois.
J’ajoute qu’à très-peu d’exceptions près, cette remarque s’applique aux médailles des rois qui ont régné en Macédoine après Alexandre le grand.
2. Qu’aucune médaille que Lysimaque a fait frapper, ne porte son portrait; et que les têtes qu’on voit sur les médailles nombreuses de ce roi en or et en argent, sont, sans exception, des portraits d’Alexandre le grand.
Ces deux observations nous fournissent le moyen de fixer l’âge de la médaille de Spartocus nouvellement découverte, et celui* des médailles de Paerisade et de Leucon. Chacune de ces trois pièces prise isolément, contribuera à nous faire dfterminer le teins à-peu-
prés auquel appartiennent les deux autres, et pour préparer cette explication mutuelle de nos trois monumens, les détails préliminaires dans lesquels je suis entré, étoient nécessaires.
La médaille en or de Paerisade que de Boze a publiée le premiers 3 , étant une imitation de celles de Lysimaqne, ne peut pas, comme M. Cousinery l’avoit déjà remarqué avant Visconti, être attribuée à Paerisade I. puisque ce dernier étoit déjà décédé lorsque les successeurs d’Alexandre le grand prirent le titre de roi, et qu’en vertu du privilège attaché à cette dignité, ils commencèrent à battre raonnoie. A ces raisons indiquées dans deux mémoires cités dans la notes!, il faut ajouter que Paerisade I, n’auroit pas osé placer son portrait sur sa monnoie, parce que ni Philippe, ni Alexandre le grand, ses contemporains, ni aucun rôi d’autres pays l'avoient fait jusqu’alors. Il n’est pas probable non plus que Paerisade I. ait voulu prendre le titre de roi, puisqu’au Bosphore il n’étoit qu’archonte, et que sur beaucoup de médailles Philippe et Alexandre n’ont fait *graver que leur nom,
omettant le titre de roi. A cette occasion Visconli est tombé dans une grande erreur, en prétendant que la médaille en question à été frappée sons le fils de Spartocus IV, Paerisade II, ce roi dont j’ai prouvé l’existence en publiant la copie correcte d’une inscription antique 9 S . Il u’y a pas de doute que le roi nommé dans cette inscription ne soit Paerisade II, puisque par plusieurs raisons le monument est de son tems. Mais la médaille du cabinet de Paris ne peut pas appartenir à ce Paerisade II. comme le croit Visconti:
i. Parceque Paerisade II. fils de Spartocus IV. devint roi du Bosphore, après la mort de son père, l’an de Rome 47° , avant notre ère 284. Lysimaque décéda trois ans après, l’an de Rome 473, avant notre ère 281, après avoir gouverné ses états sous le titre, de roi, pendant 25 ans. Il s’en suit que, du vivant de Paerisade II. les médailles de Lysi- - maque ne pouvoient pas être comptées parmi des objets vieillis ou oubliés, et que Paerisade II, s’il avoit voulu imiter une médaille du roi de Thrace, n’auroit pas placé son
portrait sur sa monnoie, mais plutôt la tête d’une divinité, comme l’avoient fait Philippe, Alexandre le grand , et Lvsimaqne. Nous avons vu que toutes les médailles que Lysimaque a fait frapper portent la tête d’Alexandre, ornée des attributs de Jupiter Ainmon qu’il regardoit comme fondateur de son empire. Les médailles des rois de Macédoine et de Thrace, ayant été imitées par les rois du Bosphore, il n'est pas probable que les derniers se soient écartés de leurs modèles, par rapport à l’objet principal, la tête de l’avers.
2 . La médaille en or du cabinet de Paris ne peut pas appartenir à Paerisade II; les médailles de Leucon le prouvent. Leucon mourut l’an de Rome 4oi, avant notre ère 353, et Alexandre monta sur le trône, l’an de Rome 4*8, avant notre ère 336. Les médailles de Leucon étant évidemment imitées de celles d’Alexandre le grand, il s’en suit que celui qui les fit frapper n’a pas été le roi Leucon antérieur à Alexandre, cité par les auteurs et dans les inscriptions , mais un
Leucon postérieur qui a régné, comme je l’ai déjà observé ailleurs» 6 , dans l’intervalle des 170 ans à-peu-près, pendant lesquels les noms des princes 11’ont pas été conservés par l’histoire 97. L’imitation des médailles d’Alexandre le grand qu’on remarque sur la monnoie de Leucon rend très-probable qu’elles appartiennent plutôt à un des premiers rois dont les régnes ont rempli l’intervalle cité, à Leucon IL par exemple, qu’à quelqu’autre roi plus éloigné du siècle d’Alexandre. Une autre conséquence, c’est que la médaille en or dont il est question est d’un Paerisade ÎIL postérieur à Leucon II, et voici les raisons qui empêchent qu’elle puisse être de Paerisade le dernier. D’abord le style et la fabrique des médailles de Leucon sont plus beaux et tiennent plus de l’antique que celles de Paerisade. Ensuite il n’y a aucune vraisemblance qu’on ait commencé au Bosphore à imiter les monnoies de Lysimaque, et qu’on ait pris quelque tems après pour modèle une monnoie plus ancienne, celle d’Alexandre. Tour faciliter au lecteur la comparaison des médailles de Leucon et de Spartocus, avec celle de, Paeri-
sade, j’ai ajouté à la gravure des deux premières , celle de Paerisade , dont le dessin a été exécuté sur l’exemplaire qui se trouve dans la collection du Dr. Hunter à Glasgow (pl. I. m. 3).
Il paroit que, jusqu'au régne d’Auguste, les rois du Bosphore ont imité la monnoie de Macédoine et celle de Thrace. Même après Pharnace II. ces princes n’ont pas adopté l’ére du Pont, et ce n’est que dans les médailles en or, qui sont peut-être de Sauromate I 9*, qu’on en remarque l’usage qui, par bonheur pour la chronologie, a été continué depuis Rhescuporis IL jusqu'à la fin de cette monarchie.
La précieuse médaille de Spartocus du cabinet de Mgr. le Chancelier de l’empire ne peut pas être de Spartocus L ni de Spartocus II. parce qu’elle est d'un style beaucoup moins ancien que celui des monnoies des rois de Macédoine contemporains , Perdiccas II.
et Archelaus I. Au surplus, la médaille de Spartocus porte le portrait de ce roi, et il
a été observé ci-dessus que les anciens rois grecs ont, pendant long-tems, fait frapper leur monnoie, sans l’orner de leurs portraits. Notre médaille ne peut pas non plus appartenir à Spartocus III. ni IV. contemporains de Perdiccas IH. et de Lysimaque, puisque dans ces tems on n’étoit pas dans l’usage de placer le portrait du prince sur les médailles : d’ailleurs à juger d’après le style et le goût du travail, la médaille de Spartocus doit être postérieure à celles de Lysimaque et à celle de Leucon, dont l’âge a été fixé par les observations précédentes, autant que les monumens qui nous sont restés le permettent.
Cette médaille de Spartocus démontre que la médaille en or de Paerisade ne peut pas être attribuée à ce Paerisade qui céda ses états â Mithradate Eupator, et qui doit être nommé Paerisade le dernier, parce qu’il est le dernier de ce nom dans la série des rois du Bosphore. La médaille en or du cabinet de Paris ne peut pas non plus être de ce Paerisade le dernier, parce que la médaille de Spartocus est d’un tems postérieur à l’époque
où la monnoie en or de Paerisade, du cabinet de Paris, a été frappée. Or puisqu’il n’y a aucun vuide dans la suite des rois du Bosphore après Paerisade le dernier, pour y introduire notre Spartocus, il s’en suit que ce Paerisade aussi bien que notre Spartocus , doivent avoir régné dans l’intervalle des 170 ans, dont nous avons parlé.
Si la médaille de Spartocus nous a servi, indépendamment des argumens' exposés plus haut, à appuyer ce qui a été dit concernant l’âge de la médaille en or de Paerisade; cette dernière fournit un motif de plus, pour croire que la médaille de Spartocus n’est pas de Spartocus IV. père de Paerisade II. Le goût du travail nous atteste qu’elle 11e peut être que postérieure à la médaille en or qui porte le nom de Paerisade.
Tout concourt donc à prouver que la médaille en argent de Spartocus doit être placée parmi celles des rois inconnus qui ont occupé le trône du Bosphore pendant les 170 ans mentionnés. Il faut placer dans le même in-
tervalle la médaille en or de Paerisade «t celle en bronze de Leucon. Les régnes de ces rois dont l’histoire ne nous avoit pas révélé l'existence, et que nous ne connoissons que par des monumens numismatiques, seront, d’après les raisons que j’ai données, rangés de manière que celui de Leucon occupe la première place, celui de Paerisade la seconde, et celui de Spartocus la troisième. Quant aux deux premiers, la ressemblance frappante de leurs médailles avec celles d’Alexandre le grand et de Lysimaque, nous autorise à supposer que leurs règnes ont étéassez rapprochés des premières années de l’intervalle des 170 ans. Par rapport à notre médaille en argent, le goût du travail lui assigne une place un peu éloignée de celle des deux autres, de manière qu’elle peut bien avoir été frappée sous un Spartocus ,V, VI ou VIL
On ne doit pas s’étonner que les médailles des trois rois du Bosphore dont il a été question, ayent été frappées dans l’intervalle cité, et que jusqu’à présent on 11’ait fait la décou-
verte d'aucune des médailles des rois qui ont régné auparavant. Il paroit qu’au Bosphore qui étoit privé de mines, les métaux ont été plus rares aux premiers tems de la monarchie, qu’aprés l’établissement de la dynastie sauromate; il est probable même que les médailles des anciens rois ont été très-souvent fondues, pour servir à en frapper de nouvelles. Si nous possédons les médailles de Philippe, d’Alexandre et de Lysimaque en si grand nombre, nous en avons l’obb'gation aux riches mines de la Macédoine et de la Thrace.
Puisqu’il a été question des rois du Bosphore qui ont porté le nom de Leucon, je relèverai une grande méprise à laquelle a donné lieu cette ressemblance de noms. On a attribué à Leucon I. des actions honteuses qui sont d’un autre Leucon, son successeur long-tems après»». Leucon I. étoit un prince distingué , généreux , révéré dans toute la Grèce. Comment le confondre avec un Leucon que Polyen nous représente comme avare, avide d’argent et étranger à toute grande action? C’est ce Leucon qui surfrappa sa mon-
noie pour en augmenter nominalement la valeur 100 : c’est lui qui usa d’artifice pour s’em-
parer de l’argent des négocians to ' : c’est lui qui eut recours à la ruse contre ses officiers mutinés l0ï , moyen dont Leucon I. n’auroit pas eu besoin: ^c’est sous lui enfin que les Héràcléotes du Pont infestèrent le territoire du Bosphore luî , ce qu’ils n’auroient pas osé sous l’autre Leucon. Au reste, Polyen ne nous apprend ni le tems où le Leucon dont il parle a existé, ni le lieu où il a régné, et il est évident que tout ce qu’il en raconte doit s’entendre d’un roi de ce nom qn’il faut placer dans les 170 années de lacune historique que j’ai mentionnées déjà plusieurs fois. J’ajouterai que dans cet intervalle de tems la ville de Théodosie doit avoir été assiégée par un des rois du Bosphore et qu’elle fut délivrée par le stratégéme d’un certain Tynnichus d’Héraclée ,0 4 . Un stratégéme dont se servit Memnon, doit aussi avoir été exécuté contre un Leucon qui régnoit dans le cours des 170 années perdues pour l’histoire' 05 . Mais un ordre donné par un roi Leucon, dont le but étoit de réformer la discipline de ses troupes et
qui congédia à cet effet tous ceux qui s’étoient endettés au jeu ou par d’autres débauches, est bien de Leucori I. et digne de sa sagesse Io6 . C'est donc par erreur qu’un savant, dans sa nouvelle édition de Memnon'°7, rapporte à ce prince, non seujpment les actions qui sont réellement de lui, mais encore les faits plus ou moins odieux qu’on trouve dans Polyen, et l’infortune dont parle Ovide ,o8 . On est étonné de la manière étrange avec laquelle un auteur moderne ,0 9 a aussi confondu ensemble les deux ou trois rois qui ont porté le nom de Leucon, en mentionnant „ Leucon , si fort loué pour sa munificence par Démosthène ; dont plusieurs actions rapportées par Polyen , attestent la prudence consommée, et que Plutarque célèbre en plusieurs endroits à cause de sa sagesse
Je terminerai par une remarque sur un passage qui présente des difficultés: il est de Memnon l’historiographe d’Héraclée du Pont.
„Les Héracléotes, “ dit-il 1,0 , „pressés par les essiégeans commandés par Cotta, envoyèrent oncore une fois demander des secours et une
alliance aux habitans de Chersonèse et de Théodosie et aux rois du Bosphore. “ Ce fait doit avoir eu lieu vers la 176 et la 177 Olympiade, l’an de Rome 680-682. Paerisade le dernier ayant cédé ses états à Mithradate Eupator dans la 166 Olympiade, vers l’an de Rome 63g, il s’en suivroit que les Héracléotes s’étoient adressés à Mithradate. Mais comment la politique leur permettoit-t-elle de faire cette démarche? Ce roi étoit alors en guerre contre les Romains, et sans ressources pour secourir les Héracléotes. B faut donc supposer que ceux-ci s’adressèrent à Mithradate ou à ses lieutenans, avant ses malheurs, ou regarder comme une erreur la mention des rois du Bosphore.
Je dois remarquer en finissant ces recherches que les médailles de Leucon ne présentent entre elles que deux différences. L’avers porte bien toujours une tête d’Hercule jeune, et la légende du revers est bien constamment BAZIAEÜS AETK1ÎNOS. Mais sur les unes l’arc, figuré comme sur les médailles de Panticapaeum,. se trouve placé au dessus de la
massue; sur d’autres la massue se trouve au dessus d’un arc renversé. L’exemplaire décrit par M. Mionnet est de la 5' grandeur:
ceux que j’ai eu sous les yeux , sont de la 6 e et 7 '.
DBS ROIS DU