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Description d'une nouvelle espèce de dorthèsia existante aux environs de Paris

D'une nouvelle espece de Dortliésia existante aux environs de Paris; par M. Arsenne Thiébaut de Berneaud ; Secrétaire perpétuel.

En 1784, il a été créé en France un nouveau genre dans la famille des gallinsectes, ordre des hyménoptères, servant de passage des pucerons et des aleyrodes aux cochenilles. On en publia la figure dans le Journal de physique (1 ), et on lui donna le nom de Dortliésia , en l’honneur de Jacques-Anselme Dorthes, de Nîmes, observateur exact, judicieux, plein de zèle et de connaissances, qui le premier en découvrit le type aux environs de cette ville, sur les feuilles de VEuphorbia charades .

Cette sorte de gallinsecte qui a toutes les habitudes des cochenilles, n’étant point très - commune, même dans le Midi, je crois devoir en donner la description d’après les notes fournies par Dorthes lui-même (2).

Ainsi que l’adjectif qui suit son nom l’indique, le Dortliésia characias vit sur la tithymale rougeâtre (Euphorbia characias) , et à son défaut, sur l’euphorbe velue (Euphorbia pilosa), dont il pompe le suc laiteux. Quand ces deux plantes lui manquent, il s’attache

(1) Journal de physique, t. XXIV, p. 171 à 173.

(2) Journal de physique, t. XXVI, p. 207 à 211.

bien à toutes sortes d’autres végétaux, mais il y languit, il ne parvient point à sa grandeur naturelle, et la ponte, si elle a lieu, n’est jamais aussi considérable.

Il est muni de six pattes d’un brun roussalre, à quatre articulations, dont les deux premières paires sont attachées au corcelcl et les deux postérieures à l’abdomen. Sa tète est séparée du corcclet; les antennes sont sétacées, d’un brun roussâtre,et aussi longues que le corps. Dans les individus males, observés par Dortiies, la trompe manquait, c’est ce qui lui a fait dire, ainsi qu’à ceux qui l’ont copié sans le nommer, que dans l’état parfait il ne prend point de nourriture, ce qui est une erreur (i),et que, au lieu de trompe, il avait une petite ouverture dans l’entre-deux des pattes antérieures, ainsi qu’on la voit représentée sur la planche publiée par \c Journal de physique. Le mâle a environ 5 millimètres (une ligne et demie) de long, sans y comprendre les ailes, qui sont grandes, demi-transparentes, d’un gris de plomb, que l’insecte tient couchées sur le corps dans le repos et qu’il a souvent élevées dans le mouvement. L’ahdomen est garni, à son extrémité postérieure et supérieure, d’une houpc de filets blancs, soyeux, qui dépassent les ailes. Le corps est entièrement recouvert d’une matière blanchâtre, farineuse, que l’on peut enlever sans déranger aucunement les fonctions de l’animal. Cependant, celle

(1) Il arrive parfois que l’inseclc parfait n’a que l'indication de la bouche, surloul quand il est destiné à terminer sa courte carrière aussitôt après Pacte de la copulation. Cette circonstance csl tréscnsiblc ellez le hombyee à soie {Bombyx mori).

matière est assez consistante pour former de petits cylindres disposés deux par deux, et pour ollrir un ensemble très-régulier. Dépouillé de celle substance, le corps paraît rougeâtre; il est réduit d’un tiers, et laisse aisément distinguer les neuf stries transversales dont il est orné.

Chez la femelle, qui est aptère, qui a de 5 à 7 millimètres de la tête à l’anus, et dont les antennes sont très-courtes et filiformes, la matière blanche forme des appendices sur les côtés et quelques lames sur le dos. On ne lui distingue ni tête,ni corcelet. Son abdomen a parfois l’extrémité postérieure terminée par une masse solide et friable de longs fdets. Sa trompe est très-courte et inflexible. Elle n’est point privée d’yeux, comme on l’a gratuitement avancé.

Le mâle est très-ardent, il court, vole, ne demeure jamais en place. Dans l’accouplement, il se porte sur le dos de la femelle, et recourbe un petit aiguillon placé à l’extrémité de son corps, sous la houpe soyeuse, qu’il introduit dans la partie postérieure de la femelle.

Dès que la fécondation est consommée, il se retire au pied de la plante, sous des pierres; là, il s’enveloppe d’une matière cotonneuse, passe immobile quelques journées languissantes et meurt.

Il n’en est pas de meme pour la femelle. Après la ponte, elle subit encore quelques mues, mais moins fréquemment qu’auparavant. A l’approche de l’hiver, elle va se blottir sous de la mousse, ou bien dans la terre près des racines de l’euphorbe; mais aux premières chaleurs de la belle saison elle reparaît, prend

vigueur, donne naissance à une nouvelle postérité, et un mois après cette seconde ponte, elle termine son existence.

Au moment de la ponte, qui a lieu vers les premiers jours du printemps, il se forme à la partie postérieure du corps une sorte de poche, dont l’intérieur, rempli d’un duvet cotonneux qui suinte de l’individu luimême, contient les œufs. C’est aussi là qu’ils éclosent. Dortiies en a compté jusqu’à cent. Comme ee sac paraît être une continuité du corps de la mère, on croirait, à voir sortir les petits vivans par le trou postérieur, qu’elle est vivipare; mais en ouvrant le sac, on trouve des petits nouvellement éclos et des œufs qui ne le sont pas encore.

Quand la larve a acquis assez d’accroissement, elle sort, ainsi que je viens de le dire, de son berceau portatif, qu’on pourrait comparer à celui du didelphe, et se répand sur la plante qui doit la nourrir. Un mois après, elle subit sa première mue : dans cette crise, les lamelles farineuses se détachent de son corps et laissent l’insecte tout nu. Il est alors couleur de chair et a la forme qu’il doit garder; mais bientôt, et c’est toujours dans la même journée, de nouvelles lames paraissent, grandissent et le recouvrent soixante-douze à quatre-vingt-seize heures après. Les pattes brunissent vers la fin de cette seconde mue. La troisième a lieu en septembre; c’est alors que les ailes viennent aux mâles : mais un très-petit nombre d’entre eux arrivent à cet état de perfection. Dortiies en a compté seulement quatre et très-rarement cinq sur deux ou tr#is cents femelles.

Divers entomologistes ont lait remarquer que la manière dont le Dorthcsia characias mâle termine sa vio éphémère, demandait de nouvelles observations, et qu’il convenait aussi d’examiner plus attentivement la femelle, son existence après la ponte étant un fait extraordinaire dans l’histoire des gallinsectes. Mais aucun d’eux, que je sache, ne s’est encore livré à ces recherches difficiles.

La découverte d’une nouvelle espèce de dorthésia dans les bois situés près de Paris jettera nécessairement un grand jour sur ces points encore en litige, et complétera l’histoire de ce genre jusqu’ici peu nombreux, puisqu’on en cite à peine trois espèces.

Déjà Olivier (i) avait annoncé avoir trouvé le dorthésia sur la ronce, aux environs de Paris, sans désigner, il est vrai, la localité, mais cette assertion n’a point été confirmée depuis. Il n’en est pas de même de la découverte faite par notre savant confrère M. Djelavaiix, le 24 mai 1824, dans les bois de Ville-d’Àvray; elle a été constatée sur le lieu même par tous les membres de la Société Linnéennc de Paris qui assistaient à la fête champêtre célébrée ce jour-là en commémoration de la naissance du législateur moderne des sciences naturelles.

Vous avez, Messieurs, imposé à cet insecte le nom de Dorthcsia Delavauxii, en l’honneur de celui d’entre vous à qui la science doit sa découverte, et vous m’avez chargé de le décrire.

(1) EncycL méthod l. VI, p. 99, tic L’Histoire naturelle des infectes , au mol Cochenille du characias.

Il vil sur la iaee inférieure des feuilles de la germandrée sauvage (Tcucrium scorodonia). Ses mœurs* scs habitudes et ses mues sont les mêmes que dans l’espèce dite characias. La tête, dans l*un cl l’aulre sexe, est visible, el armée d’une trompe d’un brun roussâlre, à la naissance de laquelle on aperçoit, h la loupe, des yeux bien distincts. Les antennes du mâle, plus longues que le corps, sont composées de neuf articles; celles de la femelle, qui sont très-courtes, n’en présentent que cinq. L’abdomen n’est point strié, mais découpé et comme frangé. Le mâle a en tout 7 millimètres (5 lignes) de long; ses ailes se relèvent h leur extrémité et dépassent d’un tiers la longueur du corps. La femelle est ovoïde et n’a que 5 millimètres (2 lignes); elle est aplère et ne prend point, comme la cochenille, la forme d’une galle après la ponte.

Sur les feuilles du Teticrium scorodonia , j’ai vu en même temps la femelle du Dorthcsia Dclavauxii, les premières enveloppes de la larve et l’insecte nu qui est d’une couleur carmin. J’ai cru y voir aussi la dépouille de la larve d’une coccinelle hexapode, couverte d’une poussière blanchâtre, qui s’insinue dans le sac ovifère de la femelle, sans lui occasioner de mal, pour y dévorer sa progéniture. En deux ou trois jours cette larve a terminé sa curée, elle sort du sac et va cherehei ailleurs d’autres victimes.

O11 a dit que la substance blanche dont est enveloppé le dorthésia était due, pour l’espèce dite charanias, à la partie résineuse du suc des euphorbes; mais peut-011 avancer la même chose à l’égard des feuilles de la germandrée qui sont très-amères, répandent, en

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