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Description d'une nouvelle espèce de Tinéite (Trichophaga coprobiella) provenant d'Obock (mer Rouge)

Description d’une nouvelle espèce de Tinéite (Ti'icliophaga coprobiolla) provenant d’Obock (mer Rouge)

Par E.-L. RAGONOT.

Cette intéressante espèce a été découverte par M. le D r Lionel Faurot, de Rennes, pendant son voyage au golfe de Tadjoura. En parcourant le plateau des Gazelles, au commencement de janvier 1886, l'attention de M. Faurot fut attirée par de singulières excroissances sur une crotte de chameau. Cette crotte, qui affectait la forme allongée et conique d’un obus, était longue de 55 mill., épaisse de 27 mill., cylindrique, conique à un bout, aplatie et un peu oblique à l’autre extrémité, d’un blanc jaunâtre sale ; elle était surmontée d’une dizaine de longs tuyaux ou cheminées bruns, groupés presque tous ensemble à la surface longitudinale supérieure, et ressemblant aux tubes des Serpalæ. Ces cheminées étaient longues de 18 à 38 mill., larges de 3 mill., plus ou moins courbées, cylindriques, et formaient évidemment le prolongement de galeries ou cavités internes.

En examinant attentivement ces cheminées, M. Faurot trouva un petit papillon posé contre le sommet de l’une d’elles et il remarqua que plusieurs tuyaux étaient surmontés de chrysalides vides. 11 rapporta la crotte, garnie de ses singuliers appendices, et quatre papillons en mauvais état ; il eut la bonté de me les faire remettre, l’année suivante, par l’entremise obligeante de notre collègue M. L. Bedel.

J’ai ouvert en partie la crotte et j’ai constaté qu’elle était remplie de poils gris ou blanc sale, qui forment un épais feutrage ; j’estime donc que la chenille ne vit pas, comme on aurait pu d’abord le supposer, sur les matières produites par la digestion, mais bien sur les poils que le chameau avale en se léchant, comme le font beaucoup d’animaux ; par conséquent, sa nourriture ne s’éloigne pas de celles de la plupart de ses congénères ; il est même possible qu’on retrouve la chenille sur des pelleteries et des lainages. Les tuyaux (qui sont formés de soie, mélangée

Séance du 28 février 1894 .

avec les déjections de la chenille, et de grains de sable) ont peut-être été construits parles chenilles pour leur permettre de remonter à la surface du sol, parce que les crottes étaient en partie enfouies sous le sable, et aussi, sans doute, pour aider à l’éclosion du papillon. Nous voyons souvent des chenilles, surtout chez les Phycites, qui se forment une longue galerie souterraine, soit pour descendre aux racines des plantes, soit pour se cacher le jour et remonter la nuit, afin de dévorer les feuilles des plantes, mais des tuyaux fixes, aussi bien formés que ceux trouvés par le D r Faurot, n’avaient certainement pas été signalés jusqu’à présent.

En ouvrant cette singulière habitation, j’ai trouvé une chenille morte et desséchée ; elle était d’un jaune d’os, l’écusson et la plaque anale cornés et luisants, couleur d’ambre ; la tête d’un brun-rouge luisant, avec la bouche noirâtre. Pattes couleur d’ambre, rougeâtres à l’extrémité.

La chrysalide est couleur d’ambre, plus foncée à son extrémité ; le bord de chaque anneau est armé de fines épines ou crochets, et le segment anal est surmonté d’une protubérance ou plaque cornée, aplatie, courte, en forme de dent, presque rectangulaire, également armée d’épines à son sommet, ce qui prouve qu’au moment de l’éclosion, la chrysalide remonte son tuyau en s’aidant de ses crochets.

Trichophaga coprobiella, n. sp., $. — 22 mill. — Ailes supérieures relativement plus larges que chez T. tapetzella, presque droites sur la côte, obliques sur le bord externe ; elles sont mi-brunâtres, miblanches, comme dans T. bipartitella ; la partie foncée s’étend de la base au milieu de l’aile, où elle est coupée en ligne verticale; elle est d’un brun uni semé de quelques écailles noires ; au delà, l’aile est blanche , mais presque entièrement recouverte de nombreuses marbrures grises , irrégulières, transversales, qui se réunissent souvent et sont plus distinctes sur les bords de l’aile ; les marbrures de l’extrémité de l’aile sont d’un brun roussâtre et la frange est roussâtre. Le pli discoïdal est plus blanc, surtout la cellule, qui est marquée à son extrémité d’une tache discoïdale noire , ronde et bien distincte . Le dessous de l’aile est ocracé et on voit à peine, par transparence, les marbrures, qui forment des taches un peu noirâtres.

Ailes inférieures jaunâtre pâle, transparentes, avec la frange jaune.

Tête et thorax blanchâtres ; antennes brunes ; palpes blanchâtre sale ; palpes maxillaires distincts. Abdomen ocracé grisâtre.

Le papillon ressemble beaucoup aux T. tapetzella L. et T. bipartitella Rag., et ses dessins participent de ceux de ces deux espèces, mais il se

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