PARIS
Chez F.-'G. LEVRAULT, rae de la Hatp*, ii.° 81;
STRASBOURG) mtme maison, ra« det Jaib, n.* 33;
BRITXBIXBSf Librairie paritienne, me delà Magdeleine, ii.*438.
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ATANT-PBOPOS.
&/l. Rëzet^ jeune gëcdogue plein de zèle pour la science qu'il cultive^ voulant joindre à son Traité de géologie les descriptions et 1^ figures d'an ceHaiii nombre d'espèces caractéristiques qu^ilcite dans le cours* de son travail ^ iious a prié de nous charger de cette partie de sa publication.
M. Rozet nous a en conséquence envoyé la liste des espèces^ et notre tâche s'est bornée
à la suivre rigoureusement. €omme ce petit travail est une partie accessoire' au Traité de géologie 9 nous pensons que l'ordre zoo*
logique doit être préféré a celui de superposition des terrains , et voici pourquoi : les mêmes genres se trouvent à différens étages ; il y en a même quelques-uns qui parcourent
toute la série géologique et qui se trouvent
encore actuellement vivans : plusieurs des espèces qu'ils renferment sont chacune caractéristiques d'une formation en particulier. £n suivant l'ordre géologique, il faudrait d'abstenir de r^bxioiis souvent nécessaires pour chaque g^Eire considéré dam son eq^ 9imùAé^ ou bien les répéter à l'occasiop des es|>èoes9 ou, ce qui sarait plus desavantagaix, faire de continuas renvois. L'ordre soologiquQ ne présente pas ces inconvâiiens; nous avons dû le pr^érer.
Nous avons cru nécessaire de faire précéder là description des espèces àe qudques réflexions génarales ^ur la définition de quelques-uns des mots ks plus employés dans l'étude des fossiles. Une définition exacte est
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un moyen excellent d'éviter beaucoup d'erreurs. Nous ayons dû en conséquence examiner avant tout, si toutes étaient dans cette condition , et chercher à les y ramener lorsqu'elles s'en étaient écartées.
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JLh est maintenant assez prouvé que l'étude des corps organisés fossiles est d'une haute utilité à la géologie^ pour que nous ne soyons pas obligés de revenir sur ce sujet) qui a été traité d'une manière plus appro-» fondie que nous ne pourrions le faire icL Personne ne conteste d'ailleurs l'immense avantage que peut oJETrir la connaissance des fossiles appliquée à l'his* toire des couches qui les renferment. Refuser le& secours de cette science à la géognosie telle qu'on l'entend aujourd'hui, ce serait vouloir, par exemple, faire l'histoire des peuples anciens sans leurs médailles et sans leurs monumens. Aussi peut-on dire que la géognosie a acquis une certitude, ime impor* tance, toutes nouvelles, depuis qu'elle sut faire un juste emploi de la zoologie.
La nouvelle carrière qu'elle parcourt maintenant lui a assuré de plus grands résultats en quelques années, qu'un siècle de recherches et d'études qui n'avaient pas de point de départ ou de base assurés*
Ce fait incontestable suffirait bien pour convaincre ceux des géologues qui, sans rejeter tout-à-fait les connaissances zoologiques de la science qui les occupe» ne leur donnent cependant pas toute l'importance qu'elles méritent. Si nous voulions jeter un regard scrutateur sur l'histoire de la science, il nous serait facile de démontrer que les plus beaux faits dont elle s'est enrichie, datent de l'époque où elle s'est alliée à la zoologie, et sont pour la plupart le résultat plus ou moins immédiat de celte alliance.
On peut donc dire aujourd'hui, point de géologie sans zoolo^e.
Il semblerait, d'après cet axiome, que le géologue, déjà suffisamment occupé de longues et laborieuses recherches , doit encore se livrer à des études non moins longues et non moins pénibles sur la structure des animaux ; mais il n'en est pas ainsi , et sans être absolimient étranger à la zoologie, le géologue n'a pas besoin d'y être versé profondément; il doit savoir assez de 'cette science pour distinguer les corps organisés qui se rencontrent dans les couches de la terre pour les rapporter à leurs genres, les séparer en espèces dans chacun de ces genres , pour pouvoir par la citation nominative de ces espèces caractériser, par leur abondance ou leur constance^ la couche où elles se présentent.
Cette tache ne laisserait pas que d'être assez pénible et pourrait bien encore décourager les personnes qui ont le goût de la science , si elles n'étaient averties que la plus grande partie des fossiles, dont la connaissance est nécessaire, sont des dé-
pouilles de testacées , de mollusques et de zooj^hjtes .* les restes d'animaux vertébrés sont généralement trop rares pour qu'ils puissent habituellement servir de caractères vulgaires , de sorte que les connaissances zoologiques les plus indispensables pour le géolo^ gue, se réduisent à la conchyliologie et à la zoophytologie; encore n'est-il pasi obligé de tout connaître, de tout embrasser dans ces deux sciences , et on le concevra facilement, puisque rien ne lui est nécessaire que les fossiles. Toute la nature actuelle n'est pour lui qu'un terme de comparaison; et comme elle produit aujourd'hui des êtres qu'elle ne produisait pas autrefois, ou que des circonstances particulières ont mis à l'abri de l'enfouissement et de la fossilisation, il suit que pour le géologue la connaissance de ces types d'organisation lui est beaucoup moins nécessaire. S'il voulait même réduire ses connaissances zoologiques à ce qui lui est strictement indispensable, il pourrait se contenter de connaître les genres et les espèces caractéristiques de chacune des couches connues du globe; mais alors, gêné dans ce cadre rétréci de ses connaissances, il se trouverait arrêté au premier pas qu'il voudrait faire dans le champ encore si vaste des découvertes.
Nous ne prétendons pas , dans un travail aussi abrégé que doit l'être celui-ci, exposer toutes les connaissances conchyliologiques qui sont nécessaires au géologue; il faut, pour atteindre ce but, rassembler tous les genres fossiles , décrire et figurer toutes les espèces qui sont caractéristiques dans chacun de ces genres. Pour entreprendre un ou*-
vrage comme celui-là, il faudra d'abord s'entendre sur la définition exacte de ce que Ton nomme fossile caractéristique; il faudra savoir si ce corps sera pris pour ainsi dire au hasard et arbitrairement, ou bien si, pour parvenir à sa connaissance, on suivra une règle invariable, posée une fois pour toutes. Il faudra aussi s'entendre définitivement sur le mot fossile^ que chaque personne emploie à sa manière avant de l'avoir rigoureusement défini, d'où résulte nécessairement une confusion qui deviendra telle qu'à la fin on ne pourra plus se comprendre. On a établi des distinctions fort utiles entre pétrification , fossiles , empreintes , moules , contre^empreintes , qui accusent les états divers où peuvent se trouver les corps organisés ; mais il nous semble qu'on doit avoir xme expression qui dans sa définition comprenne par son universalité toutes ces modifications qu'un corps organisé peut éprouver dans le sein de la terre. Nous pensons que le mot fossile, employé exclusivement à cet usage, remplirait le but et* ne laisserait aucune chance à l'équivoque.
On entend généralement par fossile un corps organisé dont les parties solides, déposées dans le sein de la terre, se sont conservées intactes dans leur structure organique. On doit faire observer que la composition chimique est toujours altérée, puisque le séjour plus ou moins long d'un corps organisé dajis la terre lui enlève presque toutes les parties animales qu'il contenait. Il n'est pas difficile de s'apercevoir que cette définition n'est point suffisante et voici pourquoi : un corps organisé peut
se trouver dans des circonstances telles que dans certains lieux il soit à l'état fossile ^ selon la définition précédente ; que dans d'autres localités il soit spathisé, et conséquemment à l'état de pétrification; dans d'autres, enfin, qu'il n'ait laissé que son moule ou son empreinte : il suit de là que, pour parler du même corps, il faudra le désigner par une série d'épithètes, et si l'on n'en emploie qu'une seule, comme cela arrive le plus souvent, on concevra facilement quelle incertitude on laisse dans l'esprit.
Sans doute que depuis long-temps on aurait réformé cette manière vicieuse de définir, si on l'avait soumise à un raisonnement sévère : pour ne pas &ire la mèoM faute, nous proposons de généraliser davantage l'acception du mot fossile et de lui donner la définition suivante : un corps organisé fossile est celui qui a été enfoui dans la terre à une époque indéterminée , qui y a été conservé ou qui y a leussé des traces non équivoques de son existence.
Pour le géologue, aussi bien que pour le zoologiste , l'empreinte d'un corps a autant de valeur pour constater son existence que ce corps lui-même qui se trouverait entier ; car il a bien fallu que ce corps existai pour laisser son empreinte , et c'est cela jus^ tflment qu'il importe de mettre hors de doute avant dé faire le moindre raisonnement : un exemple montrera mieux la justesse de ce qui précède. On sait quç le. genre Catillus est caractéristique de la craie; mais cette substance se présentant quelquefois sous des aspects très --divers, elle serait méconnaissable dans le^ lieux surtout où les fossiles ont été dissous
(6) et n'ont laissé dans la roche que leur empreinter Une empreinte de Catillus bien caractérisée^ aura autant de valeur aux yeux du géologue pour former sonopiQion , que la coquille elle-même , et en disant dans telle localité on trouve un Catillus fossile, quoiqu'en réalité il n'y ait que son empreinte, on ne détruit pas la justesse de notre définition; elle s'applique dans ce cas, par une abstraction très-» commune dans nos procédés de raisonnement, non plus à un corps, mais à son équivalent, ce qui re^ vient absolument au même, quant au résultat. Nous avons discuté cette manière de voir avec M. G Prévost, qui depuis long-temps avait les. mêmes idées: nous le citons, parce que l'assentiment d'un savant aussi distingué et connu par la justesse de son ju? gement, est pour nous d'un grand poids dans une question de cette nature,
Nous avons prévu une objection que l'on peut Ëdre à notre définition, c'est qu'iin corps enfoui depuis peu de temps étant compris dans cette définition^ doit être désigné par le mot fossile aussi bien que celui qui est dans des couches très -anciennes. Nous dirons d'abord que nous ne voyons^pas pourquoi il en serait autrement. Une coquille déposée hier dans une couche de sable ou dans la vase du rivage, se trouve précisément dans le même état que celle qui a été enfouie il y a des centaines ou des inilliers de siècles, le lendemain de son enfouiss(9ment. Ia différence qui existe entre elles est donc l'espace de temps qui sépare les deux époques de tdépot; dans le sein de la terre: l'une est fossile, parce
qu'elle a été déposée à une époque si éloignée que nous ne pouvons en déterminer la limite; l'autre , au contraire, ne l'est pas, parce qu'elle a été déposée hiec Cette coquille cependant serait xm fossile pour les géologuies à venir; mais quand nous sera -t- il permis de dire qu'elle est fossile? Est-ce dans cent ans, dans vingt siècles? Qu'on nous marque une époque fixe, et nous pourrons l'ajouter à notre définition, et dès -lors il sera bien entendu qu'audelà de telle époque il n'y aura plus de fossiles. Mais que sera-ce donc que ces amas de corps organisés qui, avec tous les caractères des fossiles, sont mis dans une autre catégorie parce qu'ils semblent plus modernes qu'eux? Ce sont, répond -on, des subfossiles ou des fossiles modernes. Pour nous, qui nous restreignons rigoureusement dans des d^nitions,.nous ne trouvons point de sens à ces mots qui, en dernière analyse, équivalent à ceux-ci : fossiles qui ne sont point fossiles. Tel est le résultat absurde auqud on arrive de toute nécessité en joignant à la définition de fossile une époque déterminée ou un^ idée d'un certain temps écoulé. Si ridée de fossile, selon la définition la plus vulgaire, entraine avec elle celle d'une ancienneté déterminée, il' devient évident que l'on ne peut dire fossile mo-, derne^ puisque les deux mots expriment deux qualités qui s'excluent mutuellement; car un corps ne peut être ancien et moderne tout à la fois. Ce raisonnement confirme la justesse de notre d^niiion et il renverse l'ancienne; et d'ailleurs, si c'est le temps qui fait les fossiles, nous pouvons dire ri-
goureusement qu'il en fait .chaque jour, puisque, chaque jour 8e déposent dans les couches les plus modernes des corps organisés, qui chaque jour s'altèrent, vieillissent et deviennent de plus en plus fossiles par les altérations qu'ils subissent.
L'objection que nous nous étions faite est, comme on le voit, plus spécieuse que juste : elle se résout à xme idée relative à la longueur du temps nécessaire pour faire un fossile; mais comme il est im* possible de fixer ce temps d'une manière rigoureuse, on est bieu forcé d'admettre daus toute son étesdue la définition du mot fossile.
U ne su^t pas qu'un corps organisé soit enfoui dans la terre pour qu'il devienne fossile, il faut encore qu'il se trouve dans certaines circonstances indispensables pour sa conservation ou pour qu'il puisse laisser des traces de son existence. Qn remarque que c'est dans l'eau que se sont dép'osés les corps organisés qui sont devenus fossiles: il a fallu qu'ils fussent soustraits aux influences atmosphé* j^iques, qui pour les corps privés de vie sont essentiellement destructrices, et il parait que ce liquide a été dans presque tOus les cas l'agent conservateur des corps organisés, en les enveloppant d'une ma^ tière imputrescible. La nature des couches dans lesquelles ils sont déposés, a aussi une grande influence sur leur conservation. C'est ainsi que dan^ les couches calcaires et . calcarép - argileuses ils su^ bissent moins d'altération en général que dans celles de toute autre composition.
Les corps organisés fossiles uq, s'offrent pas tou*^
jours dans le même état : tantôt ils sont libres dans des couches de sable, de marne ou d'argile, et y sont conservés dans l'état, où ils étaient lors de l'enfouissement»; tantôt fls sont engagés dans des cou* ches solides, où ils ont le plus souvent subi des altérations diverses.
On nomme fossile pulvérulent ou pourri, celui qui -non-seulement a perdu la matière animale qui réunissait &es molécules, mais a subi encore ime autre décomposition, de laquelle résulte une désagrégation complète des molécules et la pulvérulence du corps fossile lui-même.
Si après la désagrégation la dissolution s'opère en entier, on ne trouve que l'empreinte ou le moule intérieur du corps fossile; on nomme empreinte la représentation de la surface extérieure, et moule intérieur la représentation d'ime cavité , si ce corps en avait une. On peut trouver réunis pour un. seul corps fossile et Stpn nioixle et son empreinte ; par exemple : une coqu^ , enfouie dans une couche durcie a été remplie de la pâte de cette couche, qui a pris en même temps l'empreinte de sa formé extérieure ; la coquille étant dissoute après la solidification de la couche, laisse. intact son moule intérieur, compris dans une cavité dont la surface est l'empreinte exacte de sa forme et de ses acoidens extérieurs, i •
Lorsque la dissolution, du fossilof a eu lieu , et qu'il s'est infiltré dans la cavité qu'il a. laissée vide une matière étrangère, inorganique, qui s'y est' moulée de telle sortes qu'elJb représeole avec la plus grande
exactitude le corps fossile lui-* même , on nomme contre-empreinte le résultat de cette opération tout* à -fait comparable à celle d'un mouleur, qui d'un moule obtient une statue de plâtre absolument semblable à celle sur laquelle le moule a été fait. La . contre-empreinte peut être produite par des matières pulvérulentes tombées dans la cavité par une fente et agglutinées entre elles par un ciment. Souvent elle est occasionée par l'infiltration d'un suc pierreux, par une sorte de suintement dans la cavité qu'a laissée le corps; dans ce cas une cristallisation confuse, quelquefois géodique, a toujours lieu.
U ne fitut pas confondre cet état cristallin avec la spathification, qui n'appartient qu'à certains corps fossiles qui présentent toujours la même structm*e, quelles que soient les circonstances où ils se sont trouvés pour devenir fossiles. U y a de fortes présomptions pour croire que l'organisation donnée à ces corps par les animaux qui. les habitaient, a eu une grande influence «ur l'état particulier où on les trouve, quoiqu'ils se présentent toujours cristallisés*. Nous ne pensons pas qu'ils aient été dissous, puis remplacés par une matière étrangère; nous crayons qu'étant poreuo^, leur.imbibition d'un suc 'cristallin calcaire a pu déterminer un arrangement nouveau des' molécules organiques, bu bien les a envahies pour ainsi dire de telle sorte qu'elles n'ont pu s'oppo^ri à la cristaUisatioti, mais l'Ont déterminée dans une forme constante. Les échinodermes fossiles nous ofrent xm exem^de frappant de ce que nous enteidons par fossile spathifîé ; on les trouve toujours
cristallisés en lames rhomboidales lorsqu'on les brise , quelle que soit la nature de la roche dans laquelle ils sont contenus. Ce fait s'explique par la force de cristallisation , qui est telle que les corps étrangers ne peuvent rempècher. Le grès de Fon-» tainebleau en est un exemple très-remarquable, qui est bien concluant en faveur de notre opinion. La spathification «st donc un état particulier différent de la contre-empreinte par cristallisation.
U est certains corps fossiles ^pii ne sont jamais dissous, même dans les couches où tous les autres fossiles ont disparu. U y en a d'autres qui ne sont dissous qu'en partie, c'est-à-dire qu'une partie d'une nature particulière disparaît lorsqu'une autre résiste constamment. Nous avons mis ce fait hors de doute pour certains fossiles- remarquables appartenant aux mollusques testacés (Podopside,Radiolite, Pip^urite); enfin, il est une troisième classe de fossiles, qui se dissolvent complètement. Ces différences tiennent, selon toutes les apparences, à une combinaison organique des molécules. Les fossiles qui peuvent être dissous complètement, contiennent moins de matière animale que ceux qui ne le sont jamais; tandis que ceux qui sont dissous en partie, sont composés de deux couches : l'une qui disparaît toujours, semblable aux premiers fossiles; tandis que l'autre, indissoluble, est semblable aux seconds.
Il y a une expression depuis long - temps employée et que nous rejetterions volontiers du vocabulaii^e de la science des fossiles , parce qu'elle est devenue vague par un trop fréquent usage, si nous
ne pouvions l'appliquer à ceux dés moules extérieurs qui conservent Fapparence de l'organisation intime des corps, comme dans certains bois silici-? fiés. Qu'entend -on en eflFet par pétrification? La [dupart des auteurs donnent la définition la plus vulgaire, là. transformation en pierre d^an corps organisé. A prendre la définition à la lettre , le mot pétrification deviendrait d'une application très-rare et très-restreinte; mais par une extension blâmable il a suffi qu'un fossile soit engagé dans une couche pierreuse pour qu'il reçoive le nom de pétrification, quel que soit d'ailleurs son état; on l'applique même à un moule, à une empreinte, pourvu qu'ils se présentent dans une couche dure. Les limites géologiques n'ont pas été un moyen de séparer les corps dits pétrifiés des autres fossiles. Il existe des pétrifiontions aussi bien dans les terrains tertiaires que dans les terrains les plus anciens.
On voit par ce qui précède que le mot pétrification a été employé de deux manières différâtes, d'où, est résulté nécessairement une confusion. toutes les fois qu'il a été mis en usage sansi xme définition préalable. Pris d'une manière générale, il devient presque synonyme de fossile, mais a de plus le grave inconvénient de laisser du doute dans l'esprit, puisqu'à l'égard d'un corps dit pétrifié, l'on p«it demander est-ce un moule, une empreinte, une contre-empreinte ou une spathification ?
En spécialisant davantage la définition, on entendra par pétrification xm état , une manière d'être où une modification d'un corps organisé fossile; manière
d'être telle qu'il paraît que, pour qu'elle. eût lieu, les molécules organiques ont été remplacées une à xme par la matière inorganique; il a bien fallu que cela se fît de la sorte pour que le corps pétrifié ait conservé toute son organisation. Dans les bois pétrifiés et changés en silex, le tissu cellulaire et les trachées elles-mêmes sont conservés, comme dans l'état de vie : certains polypiers de la famille des Alcyons offrent le même phénomène.
Nous avons dit précédemment qu'il était nécessaire de se fixer sur ce que l'on doit entendre par espèces caractéristiques des terrains: c'est en général d'une manière arbitraire et approximative que l'on est parvenu à leur connaissance ; aussi n'est-on pas toujours d'accord à ce sujet, ce qui tient sans contredit à ce que l'on n'a pas encore de principe arrêté pour les chercher et les déterminer d'une manière absolue. Entre plusieurs exemples que nous pour^ rions facilement donner, nous citerons ce qui a lieu pour la craie. Cette formation est très -vaste, comme on le sait, et contient un grand nombre de fossiles; et suivant l'habitude, chaque géologue qui a observé une certaine étendue de cette formation, a donné comme caractéristique la coquille qui s'est le plus fréquemment et le plus constamment offerte à ses yeux ; mais comme cette coquille n'est pas universellement répandue avec la même abondance, que quelquefois même elle n'existe pas dans un autre bassin crayeux , il s'ensuit qu'un autre observateur, en examinant la formation de craie dans un autre point, fort éloigné du premier, donne aussi la co-
quille qu'il observe le plus fréquemment comme caractérisant la craie. C'est ainsi que le CatiÙuSj le Belemnites mucronatus , la Gryphœa columba j des Ananchiies , etc. , ont été présentés pour spécialiser, soit des parties déterminées de cette formation, soit toute la formation elle-même; et comme on s'est bientôt aperçu que chacune des coquilles caractérisait une partie, on les a rassemblée)» et on les a offertes toutes à la fois pour déterminer la formation entière par leur ensemble : il suit de là que ce n'est plus un seul fossile qui caractérise une formation dans son ensemble, mais au contraire tous les fossiles caractéristiques de toutes les cou** ches ou de toutes les localités.
Si cette m^inière de procéder présente quelques avantages, en rendant les observations plus faciles, elle a aussi des inconvéniens qu'une autre méthode pourrait feire éviter: l'un de ces inconvéniens, c'est de multipHer beaucoup les espèces caractérisantes , par cela même d'en diminuer la valeur et de ne pouvoir en borner le nombre à mesure que les observations deviennent plus nombreuses et plus spéciales.
Il nous semble que, pour caractériser uneforma^ tion, ce n'est pas le fossile le plus commun qu'il &ut chercher exclusivement, mais le plus constant, celui qui se trouve dans ses diverses couches et qui ne dépasse jamais les limites de la formation ellemême, qui lui appartienne et n'appartienne qu'à elle* Nous croyons qu'après un travail qui pourrait être long et difficile, on parviendraità déterminer, suivant
ce principe, le fossile caractérisant chacpie formation prise dans son ensemble; et si l'on voulait descendre à des spécialités, il serait plus facile alors de déterminer les fossiles caractéristiques de chaque couche.
Nous avons commencé ce travail pour l'ensemble des terrains tertiaires, et déjà nous sommes parvenu à quelques résultats satisfàisans : un très -petit nombre de fossiles, par exemple, nous sujffisent pour caractériser tous les terrains marins supérieurs à la craie; tous ceux que nous connaissons jusqu'à ce jour, nous ont offert plus ou moins communément la lucine divergeante, luciiia dk^aricaia^ljanoik. Nous l'avons vue aux environs de Paris, dans les faluns de la Touraine, à Bordeaux, Dax, dans tous les terrains tertiaires d'Italie, et dans ceux d'Allemagne et d'Angleterre. Pour nous , l'ensemble de ces terrains tertiaires se trouve aussi bien caractérisé avec cette coquille , et quelques autres qui sont dans le même cas, qu'avec la réunion de près de cent espèces que l'on prendrait des diverses formations de ce terrain. Si ensuite nous voulions spécialiser et caractériser, d'après le même principe, les formations en particulier, nous trouverions encore dans chacune d'elles quelques espèces caractérisantes à la manière de celles que nous venons de citer. C'est ainsi, par exemple, que les terrains marins parisiens sont caractérisés dans leur ensemble par le Cardium porulosum et quelques autres espèces , qui se rencontrent depuis les couches les plus inférieures jusque dans les dernières. Si de plus nous
voulons prendre chaque couche en particulier, nous y observerons encore des espèces qui leur sont particulières , qui commencent et qui s'éteignent avec elle^; la Cucullée crassatine^ par exemple, pour la partie la plus inférieure du calcaire grossier parisien.
Ce petit nombre d'exemples doit suffire pour faire comprendre quel est le principe que nous proposons de substituer, autant qu'on le croira avantageux , à la méthode arbitraire actuellement mise en pratique; cela aurait le double avantage de diminuer le nombre dés espèces dites caractéristiques, et d'un autre côté, A% donner beaucoup d'importance à celles qui seraient reconnues pour telles. Nous n'ignorons pas qu'une semblable réforme, toute désirable qu'elle soit , ne pourra se faire que lentement, puisqu'elle ne sera que le résultat de la connaissance complète de toutes les observations Êdtes sur chaque formation en particulier.
Lorsque l'on commença à étudier avec soin les fossiles des terrains tertiaires, on dut éprouver un grand étonnement en reconnaissant qu'un certain nombre d'entre eux avaient la ressemblance la plus par&ite avec les espèces actuellement vivantes; c« fut parmi les coquilles surtout que se montrèrent d'abord ces ressemblances. Ce fait parut si extraordinaire, que* le plus grand nombre des sa vans ne voulurent pas y croire ; mais Faujas établit une liste des espèces, et chacun put dès -lors se convaincre de la réahté et de la justesse de l'observation.
Le doute que l'on avait éprouvé fut cause que, forcées par l'évidence, les personnes qui ne voulaient
(17) pas d'abord admettre l'analogie, exigèrent, pour qu'elle fût véritable, qu'il n'y eût pas la moindre dijBTérence entre les individus vivans et fossiles, que l'on y trouvât le même nombre de «tries, de tubercules, etc.
I^'un autre côté, quelques zoologistes, qui savent combien les espèces sont variables lorsqu'elles sont soumises à des influences plus ou moins prolongées de, chaleur, de lieux, etc., donnèrent une plus grande extension à l'analogie et la poussèrent quelquefois un peu loin. Lorsque les discussions qui résultèrent de ces nouvelles observations cessèrent, on reconnut qu'il y avait trois degrés d'analogie , et c'est à M. Defrance que l'on dut cette heureuse distinction : dans le premier elle était parfaite, et l'on n'y comprit que les espèces dont les individus, dans les deux états, ne présentent pas la moindre différence; on leur donna le nom A' identiques. Dans le second^ qui reçut le nom d! analogues proprement dits^ on rangea les espèces telles qu'elles se présentent avec leurs variétés. On sait que dans le plus grand nombre deux individus, soit vivans, soit fossiles, ne présentent pas toujours une ressemblance par&ite, on ne pouvait donc raisonnablement exiger des individus fossiles une ressemblance plus grande avec les vivans que les vivans entre eux; ce serait manquer aux principes de la zoologie, que de rejeter ces analogies , qui sont les plus nombreuses. Enfin , on nomma subanalogues , les espèces qui n'ont qu'une analogie éloignée , qui est hors des limites que l'on donne aux variétés d'une même espèce.
On s'aperçut qu'il existait non-seulement de l'analogie entre les espèces fossiles et vivantes , mais encore entre les espèces fossiles de localités différentes, quelquefois très-éloignées. L'étude de ces analogues devint d'une grande importance pour la géologie, puisqu'il a suffi que des terrains en apparence différens, présentassent les mêmes espèces pour qu'ils fussent jugés de même époque, sans que cependant les superpositions en aient donné les preuves matérielles. Quant aux analogues vivans , ils présentent non moins d'intérêt pour les résultats qu'ils offriront par la suite , quand leur étude sera plus complète; on pourra alors, par une série de conséquences, démontrer les âges relatifs de terrains ou de formations qui ne se rencontrent jamais en superposition.
Les coquilles fossiles, aussi bien, que celles qui sont encore actuellement vivantes, se partagent en deux grandes classes, selon qu'elles sont composées d'une ou de deux parties.
On nomme univalves, celles qui sont formées d'un test patelliforme ou spirale, dont un seul suffit pour l'animal qui l'habite. On nomnie bivalves, les coquilles formées de deux parties opposées, réunies entre elles le plus souvent par une charnière à ligament et rarement par des muscles seulement. ^
M. Lamarck avait pensé que les coquilles bivalves
1 Ce n^est pas dans un ouTrage comme celui-ci qu^on doit t^attendre à trouyer la définition des mots employés dans la conchyliologie. Nous renvoyons pour cela aux traités complet» de cette science.
et les moUusques qui les habitent devaient former dans le règne animal une classe distincte de celle des mollusques proprement dits ; il avait donné le nom de conchifères à cette dasse qui, sans être aussi fortement séparée dans les autres méthodes , avait reçu le nom de mollusques acéphales.
N'ayant à mentionner qu'un petit nombre des genres de cette classe, qui en. contient plus de cent, nous ne pouvons entrer dans les détails de classification et de distribution méthodiques qui seraient nécessaires dans un traité complet sur les coquilles ; nous renvoyons en conséquence aux ouvrages les plus méthodiques, en attendant que pour l'élude des fossiles et son application commode à la géologie la science possède un traité complet ou un manuel dans lequel tous les genres connus à Tétat fossile seront rigoureusement déterminés.
En suivant l'ordre méthodique de M. Lamarck , nous mentionnerons les genres suivans, qtii contiennent une ou plusieurs des espèces caractéristiques figurées :
i. Cardium. 9. Auicula,
a. Pectunculùs. 10. Plagiostoma,