Genre Térébratule; Terebratula
Caractères génériques. Coquille inéquivalve, régulière , subtrigone ; attachée aux corps marins par un pédicule court, tendijipux; la plus grande valve ayant un crochet avancé, souvent courbé, percé à son sommet par un trou rond ou par une échancrure tantôt ovalaire, tantôt triangulaire, et aboutissant jusqu'au bord cardinal; à l'intérieur, un appareil apophysaire plus ou moins considérable , rameux ou fourchu, fixé à la petite valve et servant de soutien à l'animal.
Les Térébratules n'avaient point été distinguées par Linné, qui les confondait dans son genre fort indigeste des Ânomies. Bruguière fut le premier qui les proposa comme' genre dans le premier volume de l'Encyclopédie, et depuis cette époque il fut invariablement adopté par tous les zoologistes, et cela devait être, car il en est peu qui soient aussi bien caractérisés.
Lorsque ce genre fut créé, il s'en fallait bien que l'on connût un aussi grand nombre d'espèces qu'aujourd'hui; il présentait une juste relation entre les caractères qui lui furent donnés et les corps qu'il contenait : depuis, des formes nouvelles furent trouvées , et les coquilles qui les présentèrent offrirent
de plus quelques caractères de peu de valeur, qui se trouvaient en dehors des limites du genre. Au lieu de modifier légèrement la caractéristique, ce qui était très -simple, quelques observateurs aimèrent mieux créer des genres nouveaux; ils détruisirent l'ensemble du genre, lorsqu'il aurait fallu seulement y établir des groupes. On fut donc obligé, et M. de Blainville en donna l'exemple , de reprendre les genres nouveaux pour en former autant de sections sous-génériques des Térébralules. C'est ainsi que les genres Magas, Strygocépliale, Pentamèré, etc., reprirent la place qu'ils auraient dû toujours avoir. Ce retour vers un arrangement plus naturel était nécessaire ; mais nous pensons qu'il peut devenir plus parfait, en ce que nous croyons que ces genres mêmes , pris à titre de groupes , ne sont pas fondés sur des caractères convenables. Nous voyons qu'en effet ils sont fondés tantôt sur la forme de l'appareil apophysaire, tantôt sur celle de la fente ou du trou du crochet II est bien certain que , s'il était possible d'observer les osselets intérieurs de toutes les espèces de Térébratules, on pourrait arriver à des groupes très-naturels et peut-être à des genres ; mais il s'en faut de beaucoup que l'on arrive jamais à un pareil résultat. Le plus grand nombre des espèces de Térébratules sont connues à l'état fossile, et sortent des couches solides de la terre; couches qui, en les remplissant, ont rendu impossible ou du moins très -incomplète l'observation de leur intérieur. Il ne reste donc au conchyliologue qu'un seul caractère important, toujours assez facile à observer;
c'est la forme de Touverture du crochet de la grande valve, et nous croyons qu'il peut conduire à des groupes qui, bien qu'artificiels jusqu'à un certain point, présentent cependant, à ce qu'il nous semble, un ensemble plus satisfaisant : c'est ainsi que par ce moyen nous trouvons dans l'universalité des Térébratules, abstraction faite des genres nouveaux , deux genres bien tranchés, les Térébratules, qui ont le crochet constamment ouvert, et les Productus, qui n'ont jamais aucune trace d'ouverture. Ce caractère des Productus nous conduit nécessairement à penser que les animaux de ce genre étaient dépourvus du tendon qui, dans les Térébratules, fixe la. coquille aux corps sous-marins. Cette circonstance entraîne avec elle Tidée d'une organisation différente entre des animaux qui vivent fixés et d'autres qui sont libres. Si cette conclusion, déduite par analogie, est fausse, au moins il n'y a rien qui puisse le prouver, et nous ne voyons pas pourquoi on rejetterait le moyen qu'elle offre de former dçux genres sur des caractères d'une grande constance. Si Ton compare leur valeur à ceux du genre Spirifer ou du genre Pentamère, par exemple, on s'apercevra qu'elle est bien supérieure, puisque dans les Spîrif^res nous trouvons des espèces à crochet perforé , à crochet fendu, 61 d'autres qui n'ont aucune ouverture à cette partie. Les spires branchifferes appartenaient trèsprobablement à un fort grand nombre d'espèces de la famille des Térébratules : nous les retrouvons plus ou moins développées dans les Orbicules , les languies et les Térébratules, dont on a pu voir les ani-
inaux. Une circonstance aussi fortuite qiie celle dé leur cohservation à Fétat fossile ne doit pas paraître suffisante pour rétablissement d'un genre; aussi il 9 dû en résultei" un mauvais genre, l^ous répéterons ici ce que nous avons dit ailleurs , que ce n'est pas dans un opuscule comme celui*ci que des change-' mens dans la méthode doivent se faire; mais nous croyons nécessaire de les indiquer, d'en montrer la nécessité, pour que plus tard leur retranchement ne soit plus un sujet d'hésitation ou de discussion^ Nous signalons aussi le genre Strophomène, qui^ parmi ceux, démembrés des Térébratules , ne peut être adopté quant à présent , n'étant formé que sur l'empreinte extérieure des valves.
La di^ribution des Térébratules fossiles pourra offrir par la suite à la géologie des données importantes ; mais il faudrait que les nombreuses espèces de ce genre fussent bien connues, et la science attend encore un travail général sur ce genre important. Des difficultés nombreuses, quelquefois même insurmontables dans l'état actuel de la science, se présenteront à celui qui voudra l'entreprendre. Il en est de ce genre comme de tous ceux qui ont uni grand nombre d'espèces : On les voit passer les unes aux autres par des nuances insensibles; «et comme il est impossible, dans le plus grand nombre des cas, d'observer l'appareil apcfphysaire, qui seul pourrait donner de bons caractères, on est obUgé de limiter les espèces d'une manière arbitraire, et de laisse!^ ainsi du vague sur leur définition.
PL. 9 ? fig- 3.
i. Térébratule a huit Phis; Terebraiula octor
plicatUy Sow.
T. testa oçato " transversd j utrinque gtbberula rotundatây longitudinaliter tenue costata^ margini^ bus inniedio valdè sinuosis^ octoplicatis,
Sow., Min. Conch,^ pi. 118, fig. 2.
' Brongnîart, Géol. des environs de Paris, pi. 4^ fig. 8, ay by c.
Coquille plus large que longue, très - bombée , très -inéqui valve, arrondie dans tous ses contours; la valve supérieure est plus convexe que l'inférieure; celle-ci est terminée postérieurement par un crochet peu saillant, qui présente au sommet un très-petit trou arrondi; les bords des valves sont finement dentelés et leur milieu offre une sinuosité profonde, qui est d'une largeur a^sez constante pour n'avoir jamais plus de huit côtes, et par conséquent, sur cette partie correspondante du bord, n'avoir jamais plus de huit dentelures.
Cette coquille est lisse sur les crochets , mais à peu de distance naissent des côtes longitudinales rayonnantes, qui aboutissent aux bords : ces côtes, au nombre de vingt-six à vingt-huit, sont symétriques; neuf ou dix se comptent sur les parties latérales, et huit dans la partie -moyenne, circonsr crite par la sinuosité des bords. Toutes les côtes sont arrondies, peu saillantes, séparées entre ellea
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par une strie très-éiroite. On parvient quelquefois à vider cette coquille, et on n'observe dans la valve supérieure ni lame médiane ni apophyses qui pussent en naître : il parait qu'elles étaient courtes et que leur point d'attache se faisait de chaque côté de la charnière.
La Térébratule à huit plis se trouve exclusivement dans la craie blanche : nous la connaissons dans ce terrain en France, en Allemagne et en Angleterre ; elle peut le caractériser, car il paraît qu'elle ne dépasse pas ses limites.
i5. Genre Productus; Productus.
Caractères génériques, Cîoquille symétrique, équilatérale, inéquivalvej crochet de la valve inférieure grand, recourbé, jamais perforé ni fendu; charnière linéaire droite; dents? ligament?
Nous avons dit que parmi les nombreux démembremens faits aux dépens des Térébratules , iln'y avait que celui des Productus , étabh par M. Sowerby, qui pût être conservé comme genre, à cause de la valeur des cailactères qu'il offre : d'un côté nous voyons àes coquilles dont le crochet de la grande valve est toujours ouvert, elles constituent pour nous les Térébratules ; et d'un autre, celles de ce genre qui, avec une forme analogue à celle de certaines Térébratules , n'ont cependant aucune ouverture au crochet.
Les Productus ont pour le plus grand nombre une forme particiilière qui sert à les distinguer.
nous voulons parler de ceux qui ont la valve supé* rieure concaye et qui n'ont jamais le talon aplati, semblable à celui des Arches, que présentent d'autres espèces ; ces dernières ont d'ailleurs unre foniie qui leur est particulière , étant ^presque équivalves et également convexes des deux côtés.
La charnière des Productus est droite, linéaire, formant le plus souvent un angle dr.oit avec la ligne médiane et longitudinale qui, en passant par le crochet , partagerait la coquille en deux parties égales. D'après ce que dit M. Sovrerby , cette charnière serait simple, sans engrenage, et composée seulement de bords arrondis. Nous n'avons pu nous assurer de cela par une observation directe, mais il est croyable cependant, quand on songe à la grande analogie des Productus avec les Térébratulesy quand on songe surtout à l'appareil apophysaire dont ils sont pourvus, comme M. tlœninghaus l'a si bien démontré; il est croyable, disons-nous, qu'ils ont une charnièi e semblable à celle des Térébratules, et n'avaient en conséquence aucun ligament. Dans le cas où l'on supposerait à ces coquilles une charnière simple par approche, il faut nécessairement lui supposer un ligament, et dans le cas où il y en aurait un, il n'aurait pu être qu'interne ; car on ne trouve à l'extérieur aucune des traces que devrait laisser l'existence de cette partie. Depuis sa création, le genre Producte, que Lamarck n'a pas connu, a donné Ueu à deUx opinions fort différentes^ la première est celle de M. de Férussac : on trouve dans ses Tableaux systématiques des animaux mollusques le genre icjui
nous occupe dans la Ëimille des Huître, à côté des Anomies; il fîit en cela imité par M. Latreille qui, dans ses Familles naturelles, assigna à ce genre les mêmes rapports. M. de Blainville, au contraire, n'ayant peut-être pas assez fixé son attention sur la valeur des caractères des Productus, les a placés dans le genre Térébratule à titre de section. Cet arrangement a été complètement adopté par M. Rang, qui n'y a apporté aucune modification. Si nous n'adoptons pas entièrement cette opinion, du moins elle nous prête un appm pour la nôtre, puisque, tout en conservant le genre , nous le rangeons dans la famille des Brachiopodes; à côté des Térébratules.
Nous avons observé dans les Productus deux formes bien déterminées, qui peuvent servir utilement pour partager le genre en detix groupes : dans le premier, qui comprendrait les espèces dont les valves sont toutes deux convexes , viendrait se ranger un assez graiid nombre de spirifêres , ceux qui n'ont aucune ouverture au crochet j les autres rentreraient dans les Térébratules.
Le gissement des Productus est"^ remarquable : ils appartiennent aux plus anciens terrains qui offrent des corps organisés. C'est dans les terrains de transition jusque dans les schistes ardoises qu'on les trouve, et nous ne connaissons aucun £dt qui nous £isse croire qu'ils dépassent les limites supérieures de ces terrains.
PL. 9, fig. 6 et 7.