‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 2)Chapitre 7 sur 87 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Examen des différentes voies qu*a suivies le commerce des Indes; avantages généraux et particuliers de celle de l'Egypte, par rancien canal de communication de la Méditerranée à la mer Rouge»

L'histoire des nations nous apprend que l'Inde est un des payslepkisaiideiiiieiiiait babîtà. La coDstilulion particalière de son sol très-^levë » la richesse de ses pro« ductioDS , la douceur de son climat , sufûraieat pour le

Siire conjecturer f mais les traditions les plus anciennes

nous représentent les Indiens œmme le peuple dont la civilisation et les lumières remontent aux siècles les plus éloignes. L'antiquitë des arts et des manufactures de cette contrée est elle-même aussi bien reconnue que leur supériorité* Ce sont tous ces avantagé réunis qui ont dû appeler de bonne heure chez les Indiens les nations moins £ivorisées de la nature, moins avancées dans leurs arts , et cependant aussi avides des jouissances du hue et des produits de l'industrie. Il a donc existé de tout temps des relations commerciales entre linde et les pays situés sur les bords de la Méditerranée et ceux qui occupent le nord de TEurope.

Ces communications ont changé de direction , selon que les peuples qui se sont adonne's à la navigation et au commerce ont changé eux-mêmes et se sont succédés sur différens points du globe. En jetant un coup d*œil rapide sur l'histoire des variations qu'a subies le commerce des Indes, nous nous trouverons naturdlement conduits à distinguer les principales routes qu'il a tenues dans les différens siècles , et nous apercevrons mieux,' par la comparaison, les avantagés de celle qui fait l'objet de ce mémoire.

Nous voyons d'abord les Phéniciens, qui, déjà maî- . très de la Méditerranée, disaient des courses au-delà du détroit de Gibraltar, s'emparer de plusieurs ports sur la mer Rouge ; aller chercher de là , dans l'Arabie et les Indes, de riches cargaisons ; les transporter par terre y des bords de la mer Rouge , à Rhinocolure ' sur laMédi?

DBS DEUX MERS. 3g

terranee; ensuite, les amener à Tjr', et les répandre chez les antres nations.

Les rois de la Palestine, voisins de la Phëniciey notamment Salomon , qui fut le plus riche et le plus puis» sant d*entre eux, se rëonirent aux Phéniciens pour partager ie fruit de ces expéditions. Ils tenaient avec eux la même rovtte pour conunercer en Arabie et sur les côtes orientales de l'A&ique, et jusque dans les Indes.

Les Ë^jyptiens , auxquels leurs lois et la fertilité de leur pays inspiraient une si grande aversion pour le commerce exlcrieiir et la navigation lointaine , se réveillèrent un moment de kiu* apathie, sous le règne de

Quand même on adopterait les doutes qui ont e'te élevés y avec quelque fondment , sur Texpédition de ce roi dàkis les Indes , on ne peut refuser de convenir , àu moins, que, sous ses deux successeurs Psamméticiius et Néoos *, le préjugé national n'ait été surmonté et qu on n'ait eu le projet d'activer particulièrement les relations avec TArabie et les Indes -, car ou travailla alors u la Gonstmefion d*un canal qni devait communiquer de la mer Rouge au I\il, ouvrage qui fait l'objet de nos recherches. On voit, d'après ces observations , que c'est fou jours la mfmevoie, c'est*à«direcdle de la mer Rouge et de l'istlime de Sonejs , que suivait , daus ces temps reculé» , le commerce de l'Inde»

■ Sour. expédition inarilimeaolour des c6u s

* De 83 à i4o de Rome, 600 ans de l'Afrique, et il fit exécnier ce

environ avani J -C. voyage par des marins qii*il lira de

^ Selon Hérodolc (lib. 11, Eu- laPhéoide.

terpe ) , Nécos cooçui le proiet d'une '

4o ' MÉMOIRE, SUR LE CANAL

Vers la même ^oqiie, 1^ Persans j prenaient aussi

une prt ti ès-active , quoiqu'ils eussent pour la mer et les marins étrangers une ibrte antipathie , enfantée , comme celle des Égyptiens, par des préjuges religieux : c*est elle qui les avait portes à fermer par des digues les embouchures du Tigre et de TEuphrate* Mais, en s'in« terdisant eux-mêmes ainsi Tentrëe des Indes parle golfe Fersique , ils suivaient avec plus de constance et d acti- Titë une autre route , plus longue, mais plus sûre pour y arriver : les marchandises e'taient transportées , à dos de chameau , des bords de Tlndus à ceux de l'Oxus » qu'elles descendaient jusqu'à la mer Caspienne, d*oà elles refluaient vers le nord ou le raidi , au moyen des rivières navigables que reçoit cette mer. Ce fut pour assurer et agrandir ce commerce, que Darius, fik d^IIystaspe, cherchant à établir sa puissance dans les Indes, étendit ses conquêtes, sur les bords de la mer Caspienne, de rOxus et de llndns. Il parait qu'il eut, de plus, le dessein d'abréger le chemin que parcoiuaient les mardhands pour aller dans l'Inde, en leur iaisaDl sutm dor^nayant celui de la mer. C'est sans doute dans cette vue qu il fit faire cette fameuse reconnaissance des pays voisins del'Indus, par le satrape Scylax, auquel il donna le commandement d une flotte équipée sur la mer Ronge , et qu'il s'occupa du projet de canal déjà entrer pris par les rois d'Egypte dans Fisthme de Soueys.

Deux siècles après Alexandre, vainqueur des rois dePerse.,les surpassa encore parrétenduedesesprojets; il voulut faire affluer le commerce des Indes au sein de

* Vertran4tSdeiUHne,33aaiifmBlJ.-C.

DES DEUX MERS. ii

ses vastes ëUits par deox caiMHix principaux : par le golfe Persique, il voulait, d abord| le répandre dans le continent de r Asie^ en lui faisant remonter le Tigre et TEuphrate, comme le prouvent celte belle expédition de Këarque sur Tlndus et le golfe Persique, à laquelle il prit lui-même une grande part, et la démolition qu'il fit l'aire des digues qui obstruaient les embouchures des deux fleuves j d'un autre côté ^ en construisant Alexandrie, qui devait hériter du commerce et de la splendeur de Tjr , que le conquérant venait de détmire , il voulait que les richesses de llnde y après avoir traversé le golfe Arabique et le territoire de l'Égypte, arrivassent dans ce nouveau port de la Méditerirauee^ d où elles auraient été répandues dies tous les peuples qui habitent les bords de celte mer. L'événement confirma la sagesse de ses dispositions, et Alexandrie fut , depuis, le principal entrepôt detf marchandises de l'Inde.

Ptolémëe i^^^ fils de Lagus, en s emparant dune partie des conquêtes d'Alexandre, s appropria aussi ses projets d'étaUissemens commerciaux. Son successeur, Philadelphe, leur donna encore plus de suite et plus d*éclat : on lui attribue la gloire d'avoir achevé Tentreprise du canal de Soueys, dont nous avons déjà parle. Quelque succès qu'elle ait eu, on sait quePhiladelpbe préféra ensuite une autre voie pour le commerce; celle de Coptos *, sur les bords du IN il , à Bérénice , sur la mer Ronge : il fit même bâtir cette dernière ville, creuser des puits dans le désert, et construire des mansîons. On employait douze jours à parcourir cette distance de 253

' Qîfi'

4» MÉMOIRE SUR LE CÀjNAL

milles romains. Le commerce continua desniyrecettedirection avec une grande activité , et combla l'Égypte de richesses, tant qu'elle forma un royaume indépendant, c'est-à-dire pendant une période d'environ a 5o ans " .

Sëieucus Nicanor, l'un des rivaux les plus puissans de Ptdiemëe dans les querelles que fit naître le partage de l'immense succession d'Alexandre, et auquel la Syrie était échue, s'efforça , de son' côté, d attirer le commerce de rinde dans ses états par Tune des voies que nous avons déjà indiquées , celle de l'Indus à TOxus et . la mer Gispienne. Pour rendrecetteroutepluscontinue, il forma le projet d unir , par un canal , la mer Caspicnne avec le Pont-Euxm.

Sous ses successeurs , les voyages de l'Inde par le golfe Persique , le Tigre , TEuphrate et la Mésopotamie , se prolongèrent à travers les déserts jusqu a Palmyre S ville dont l'origine remonté à Salomon , et dont la splendeur se maintint au plus haut degré jusqu'à sa ruine par Aurélien^ .

Bientôt après ces succès des Ptolémfe et des Séleucides^, Rome, maîtresse de la plus grande partie du

* Après la ruine de Coplos par tcmcnt par le rclonr de la grande

Diocléiicn , on suivit, selon j4hou- caravane de la Mekke [Mekkek).

/-/ê^a, une route plus courle, celle , * Tadmor, •

de Qoçeyr à Qous; et le tr«iei 4ii ' Cette Toie n^est ^*irae exten-

déiert -m dorait que quatre joun ; simi de celle de Fiot&ieiir de la

' par la aiiitc, les caravanes se diri- Pme, dont pm» aroos déjà faijt

gèrent vers Qenéf comme elles font mention , de même que celle d^Alep

encore aajoaid^liuî ; mais la grande ( Hcleb ) , qui figure de nos jours

partie des marcliandisrR e.st trans- parmi les priocipales éclielies du Le-

portée mainlcnant par mer de Ccd- yanl.

tUûi à Soueys , et de U au Kairc 4 L^an 70G de Romc> 44 ^"^^

. ( ULur-el-Qâhivah ) , à dos deeba- avant J«-C. mean, ou bico eUes viemieiit diree*

monde connu, s'empara de la Syrie, et ensuite de ]'£gjpte , comme des derniers et des plus riches trésors qui s'ofiraient encore à sa cupidité ^ c'eût étë en troubler la jouissance que de déranger l'ordre qui s'était depuis long-temps établi dans uu commerce lointain, dont les produits , recberchésayec empressement , apportèrent de si grandes richesses dans Rome , que le prix des terres et des. marchandises &t bientôt doublé.

Le commerce de l'Inde fut donc protège , et les deux routes qu il parcourait simultanément furent maintenues el assurées. Alexandrie , plus soumise que Palroyre à ses nouveaux maîtres, fut plus heureuse , et continua , longtemps apès la ruine dé sa rivale 'ifdapproTisionner l'ancienne capitale de Tempire du monde; et même , après que Constantin on eut transfère le siège à Bysance Alexandrie conserva avec cette dernière ville ses relations exclusives , jusqu'au temps de Justinien ^.

A cette époque, les Persans, qui, depuis trois siècles , avaient rétabli leur ancienne puissance sur les ruines de l'empire des Parthes , renouvelèrent leurs entreprises de commerce , par le golfe Pendque « avec Tlnde , et les étendirent de l'intArienr de leur pa js dans le reste de l'Asie. L'activité de ce trafic s'augmenta tellement par la suite, que les Persans en vinrent au point de chasser les Grecs de presque tous les marches de l'Inde, et que Constantinople dépendit entièrement d eux , prin- ' cipalement pour l'extraction de la soie, produit précieux que sa nouveauté faisait désirer avec plus d ardeur.

» En 274 de J.-C. î De Saj à 564 de J.-C.

> En 33o de J.-C.

La plupart des rë?oliitions qui siiccëdèrent n'ayant amené aucun changement notable dans les directions qu'a suivies le commerce de l'Inde , nous passons rapidement sur les longues querelles que cette rivalité' d'industrie entretint constamment entre les empereurs grecs et les monarques persans, pour nous arréterà une époque plus marquante. Les Arabes, pousses par Je double mobile du fanatisme et de 1 ambition^ se jettent sur lés d<a>rô de l'empite grec; en nn inirfaiit ik Mrt matlres de l'Egypte et de la Syrie. Le khalife O'mar ' fonde Bassora * i cette TiUe , en s'emporant du ooQ&Ééroede rintë«* rieur de l'Asie , devint a son tour la rivale d'Alexandrie* G)nstantinople iiit alors réduite à tirer les productions de l'Inde par TOms, la mer Caspienne^ le fieov^ CyruSj d'où l'on parvenait ensuite, en cinq jours de marche , au Phase, qui débouche dans la mer Neû&: .

Deux cents ans après leiB conquétei^^des Mahèorflans on voit successivement les Vénitiens, et les marchands de qudqnes autres villes d'Italie, s'introduire dans lès portç de rÉgypte et de la Syrie; les Croisés Vemparer de ceux de Tyr et deConstantinoplej les Génois s'établir à Kft£bh sur k mer Noirci la confédération des villes anséatiques se former , et prolonger la chaîne de ce grand commerce jusque dans les pays ies plus reculés au nord de l'Europe. Mais toutes œs mtions ne firent que profiter , tour-à-tour , des principales issues que nous Tavpns VU suivre jusqu'ici; elles ne potmient alors en créér de nouvelle^. • r^^t'r^^u»

' * Mi-Batràh, tIUa loodée « 69S da J.-G.

Enfin le siècle des d^ooayertes les plus importantes

pour rhumanité arriva'. La boussole fut inventée; la navigation , dirigée par çe guide nouveau, devint plus entreprenante, et le cap de Bonne-Esprfranœ iiit donblë. Cette nouvelle voie pour pénétrer dans llnde, quoique plus longue , fut bientôt parcourue avec rapidité par les Portugais, les Hollandais , les Français, les Anglais, et fut préférée à toutes les autres pour des causes parti'« caiières, qne nous eiaminerons.

On voit, par l'exposé que nous venons de faire, qu'il ny a réellement eu que quatre routes bien distinctes, suivies par les différentes nations connues , pour aboutir dans l'Inde*

La première consiste â naviguer sur une partie de llndus, â transporter ensuite les marchandises par terre au boni de TOxus , d'où Ton parvient dans 1§ mer Caspienne : cette voie s*est étendue ensuite , pendant les beaux temps de Conslantinople, jusqu'au Pont-Euxin; alors on remontait le fleuve Cyrus, qui se décharge^ dans la mer Caspienne, et Ton transportait par terre les marchandises sur les rives du Pliase , qui conduisait dans' la mer Noire*. -

La seconde est celle qui s'étend du golfe Persique,

■ Époqm némoTable de la re- des empires , tVfforee de faire pcn-

naissance êtê lettres eB Italie , et cher la balance en sa faTcur. Trop .

des tlécouverles de la boussole» en élo^ ce dans le nord pour doubler le

i3oo de J.-C; de rimprimcrie, vers cap de Bonne-Espéranc^i elle adopte

i45o^ de l'Amérique et du cap de une route plus directe, qui coosislc

Boune-Espcrance, en 1487. à commumqmr par le Volga dans

a « Déjà la Russie , qui , comme U mer Gaspionne , o&lrs marchan-

kt pcemières pnissaooes de TEu* dises de la Perse, du Mogol et de

rope , a reeooDn rîDflaeoce da oom* Mnde, sont apportées , comme on

merce sur la force et la prospérité Ta dit précédemment. »

par le Tigre et FEupIirate, dans rintërièDr de la Perses

et qui s*est ensuite prolongée par les déserts jusqu'à Palmjre , et , de uos jours j jusqu a Alep ' .

La troisième route est celle qui passe par le golfe Arabique et l'Egj^ple, et o^ïve plusieurs directions différentes sur ce territoii'e : l'iuie, en trayersam l'isthme « comme faisaient les Phéniciens 'qui se rendaient d*Ailalb* à iUi in occlure^ l'autre, en passant de la côte Arabique au Mil, comme de Bérénice à Coptos sous les Ptolémées, et, de nos jours, de Qoçeyr à Qéné; enfin une autre , et c'est la plus courte , en allant du fond du golfe Arabique au bord du Nil. La distance directe de Soueys au Kaire n est pas de trente petites lieues : c'est cette étendue que les anciens eurent naturellement le projet de traverser par eau , en y creusant un canal; c'est celle ^ue suivent de préférence actuellement les caravanes, qui vont chercher les marchandises à la Mekke ou à Soueys , pour les déposer au Kaire.

£n(in la dernière des quatre principales voies que nous avons distinguées , est toute maritime; c'est celle du càp de Bonne-Espérance. Si elle est aujourd'liui la plus fréquentée, plusieurs causes semblent j contribuer. Il est à remarquer , d'abord , que les nations qui se livrent maintenant au commerce avec le plus d'activité, étaient repbussées par la méfiance et la haine qu'ont pour elles les peuples mahométans qui habitent le bord oriental de la Méditerranée; ce n'est qu avec des difficultés iuiluies

< Paltnyrc était à 60 milles des bords de TEtiplirale, et à ao» nillcft de la côte de la Méditemuiée la plus Toiaioe.

qnVm aurait pu eu obtttiir une proteclion particulière et Texclnsion des natioiH rivales : cette Uenrallatioe ne pourrait d'ailleurs conduire qu a des résultats très-bornés, à cause de Fignorance et de Tapathie des nations

musulmanes , qui ne fourniraient jamais assez abondamment aux demandes du peuple.favorisé , à moins qu elles ne laissassent occuper tous leurs ports , gouverner , pour ainsi dire, leur pajs , ou au moins le diriger par une influence égale à la {dus grande autorite. On sait assa qu'un pareil ïJbandon est incompatible avec le caractère dëiiant de ces peuples et laversion que leur religion a vouée à la nôtre. Mais ces &veurs mêmes, une fois accordées, ne pourraient être encore que très-pre'caires : la jalousie et les intriguesdes nations rivales vicndi'aient , d'un instant à l'autre, les arracher ou les disputer à

• celle qui les posséderait; et le commerce, qui n existe que par la coniiance^ et dont les moindres alarmes dérangent le cours, n'en conserverait pas long-temps la paisible jouissance. Mais, en le supposant encore à l'abri de tous ces dangers^ une autre i^ition habitant les bords de l'Océan ou de la Baltique , puissante en marins et en soldats , pourrait , après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, aller tarir la source de toutes ces richesses, en s'etablissant dans Tlnde. Cest ce revers qu'éprouvèrent les Vénitiens ^ qui étaient les maîtres du commerce de ce pays par le port d'Alexandrie, lorsque les Portugais s établirent sur les côtes de Malabar , dès

' 1 époque de leur découverte. U a dû paraître plus naturel aux peuples du Nord de se lancer dans une vaste carrière ouverte à tous également , et où chacun pouvait

i son grë deTelopper ses moyems^ que de les soumettre aux caprices d'un souTeram #Asie; cette voie , plus continue , plus uniforme , était aussi plus convenable à la position de ces peuplel^ sur ÏOcéan^ position qui. les portait naturellement à faire le commerce entièrement par mer.

Les peuples mahom^tans qni habitent des pays pins

voisins à-la-fois de l'Inde et des Lords de la Méditerranée^ opprimés par des gouvememens barbares et étrangers à toute idée de perfectionnement et dé civilisation, ont langui dans l'indolence, qui en est 1 effet ordinaire; ils n'ont donc pu soutenir par enx-mèmes qu'une faible concurrence , dans le commerce-dé llnde, avec Findus-* trieuse activité des aatiops du Nord, qui d ailleurs , devenues mattrfssea dei déux côtà de la presqu'iie indienne, en dirigeaient à leur gré les exportations par la nouvelle route qu elles avaient adoptée. C'est encore ici une des principales raisons qui reiident la voie du cap de Bonne-Espéiance plus fréquentée que les autres. Mais qu*on suppose un gouvernement d'Europe puissant et éclairé, dirigeant les opérations d'une colonie laborieuse ) solidement établie sur les bords orientaux de la Méditmanéé, où elle aurait de bons ports , des forces imposantes , la faculté de communiquer avec la métropole par la mer, et avec l'Inde par l'intérieur des terres : on sentira alors que , n'ayant point , comme les peuples rivaux établis à la même latitude en Europe , cet immense contour de l'Afrique à parcourir , cette colonie etsa métropole doivent obtenir bientôt la traite exclusive des marchandises de l'Inde i communiquant, {lour ainsi

dbe, par une chaîne non-interrompue, am leurs ëtablissemens dans ce dernier pays, elles n'éprouveraient

pas les inconvcniens de ce long trajet de mer , des maladies qu'il fait naître, des arraemens immenses (jn'il n&

cessitc , et des stations intermédiaires il oblige d'entretenir.

Albnquerqne n'avait que trop appréné tous ces avantages , lorsque , craignant Isi concurrence des Vénitiens , qui étaient alliés des soudans et faisaient sous leur protection le commerce exclusif de l*Égypte , il voulait que le roi d Ethiopie détournât le cours du Nil dans la mer Rouge: projet aussi gigantesque que désastreux, qui eût rendu, par son exécution, l'Égypte inhabitable, mais qui prouve combien sa cruelle politique attachait d*imponance i la possession de ce pays. Nos ennemis eux-mêmes ont assez montre par leur conduite et leur persévérance a attaquer l'Egypte, qu'ils en connais* saient aussi tout le prix : Fhistoire de la guerre , depuis le moment où le» Français sont entres dans le Levant , est une suite naturelle de cette opinion comnume à toute FEurope.

Ces événemens nous conduisent encore à remarquer que c*est principalement en I^gypte que cette colonie d*un peuple européen , dont nous avons parle, serait le plus convenablement placée, en supposant l'isthme traverse par un canal. Cette communication n'offre point , en effet , comme celle de la mer Noire ou du golfe Persique, les lenteurs et les antres inoonvéniens de tous ces longs trajets dans l'intérieur d'un vaste continent , tantôt par terre , tantôt sur des fleuves ou sm* des É. M. XI. 4

5o MEMOIRE SUR. LE CANAL

mers , pour parvenir de l'Inde au nord de l'Europe : elle exempte des frais énormes qu'entraîne cette manière de faire les transports , à cause du nombre des bras et des animaux qu'il faut employer , des chargemens et des déchargemcns fiëquens des marchandises, et des longs séjours que les caravanes i;ont obligées de faire. Cependant , si Ton reconnaît que les deux voies du commerce de rinde par l'Egypte et par rintcrieur de la Perse se sont presque toujours maintenues , et simultanément dans les ditTérens siècles , il est constant qu'Alexandrie a toujours surpassé les autres villes ses rivales, quoique le canal qui aurait dû être si favorable à l'Egypte, ne paraisse point avoir été long-temps pratiqué.

Ces dernières ont toutes subi des variations; elles ont brillé successivement les unes après la cbute des autres : mais Alexandrie a constamment soutenu son éclat depuis les Ptolémées jusqu'à la conquête des Mabométans , pendant une période d'environ mille ans ; on la vue depuis se ranimer encore et développer un grand commerce avec les Vénitiens. La découverte seule du cap de Bonne- Espérance l'a jetée, par les raisons que nous avons exposées , dans l'état de médiocrité où nous la voyons aujourd'hui. Cependant, maigre ce désavantage , le commerce de rinde par l'Egypte se soutient encore avec un reste de force, à côté même de celui qui se fait maintenant par la mer Atlantique. En efiet, la ville du Kaire traitait avant la guerre pour environ i5o millions d'affaires; et l'on sait que la très-grande partie de ce commerce consistait en objets ap|)ortés de Suueys et de Gcddab, et en argent ou marchandises d'Europe pour en faire Téchange,

DES DEUX MERS. 5i

les denrées propres au pays ne formant que la moindre partie de Texportation.

Cette supériorité' naturelle à l'Égypte serait "susceptible de s'accroître considérablement encore, si le gouvernement européen qui y établirait nne colonie, exécutait enfin ce projet de canal , dont l'utilile a généralement ete' reconnue , et par les anciens maîtres de celle contrée, et par ceux qui s'en sont depuis empares : toutes ces puissances, comme nous le verrons par la suite de ce mémoire, se sont successivement occupées , avec plus ou moins de succès, de l'execLition de celte belle entreprise.

11 est sans doute inutile de s étendre siu' les avanla<2cs d'un canal , en comparaison d'une commimicalion par terre, et d'observer que la partie de l'isthme où celui«^ci i*Lit projeté, étant, en Egypte même, la moindre distance de la mer Rouge au Nil , le commerce des pèlerins de la Mekke, soit pour Damas * et l'intcrieur de l'Asie , soit pour le Kaire, Alexandrie et les cotes d'Afrique, et enfin celui des caravanes de Qoçeyr à Qe'ne', ne suivraient plus désormais qu'une même route. Un résultai bien plus important encore , c'est que la voie de l'Egypte, qui est, comme on l'a déjà dit, la plus courte des quatre principales que nous avons observées dans les differens siècles, deviendrait, par ce moyen, aussi continue, aussi uniforme en quelque sorte, pour les navigateurs, que celle du cap de Bonne-Esperance , et en même temps plus exclusive pour ceux qui en seraient les maîtres. Toutes les raisons qui ont fait préférer celte dernière depuis trois cents ans, s'évanouiraient donc entièrement ,

' Damechq.

en faveur des propriétaires de FÉgjpte , aunpiels oa peut supposer d ailleurs des flottes et des ports sur la mer Rongeet en Arabie^ la force nécessaire ponr fonder el maintenir des ^blissemens dans llfide , si le besoin s'en faisait senlir, et enfin toutes les ressources que possèdent communément les principales puissances de l'Europe.

Toutes ces considérations réunies en faveur de rÉgypte filment sans doute concevoir au gouvernement français le projet d'y former des établissemens ' ^ nous n:e nous permettrons pas d'exposer les causes successives qui ont donné à cette expédition toujours mémorable un caractère de conquête. A peine le gênerai Bonaparte éttiil^il maître de l'Égy pte , qu'il porta ses regards et se^ pas vers risthme de Souejs , où exista l'ancienne communication des deux mers^ et il est probable que, par un séjour prolongé en I^gy [)te , il aurait enfin exécuté la construction de ce canal fameux , dans laquelle ses prédécesseurs avaient échoué ou seulement obtenu de faibles succès : il a prouvé du moins , par son empressement à en faire lui-même la preuiière reconnaissance^ ïintérét qu'excitait en lui ce monument de l'ancienne industrie j il en découvrit le premier les traces au milieu

* « QoeUe paig^aiice autre que la trop ocenpé pent-étie des spécola-

France poisàdeks moyens de rem- tioos loiatainea, prenait cTaillearfl

pUr toutes ceacoodilions? Son com-. si peu de mesures pour se les assurer,

merce du Levant les lui a crt'cs ex- En < ffct , que de clmnces favorables

clusivement tlepiiis ses nouvelles ac- n'offrcni j>as (L'-j » à Tincluslrie fran-

quisitions. La splondcur de Marsf ille çaisc cl au débit de ses inanufac-

offrail,avantlarcvolulion,la preuve turcs, la population, Tenfancc des

matérielle des sneoès qa^oo devait arts et les besoins qui naissent da

dbteoir de la seule force des arçons- Inxe des Orientaux ! » tances, «piand le gouTememeat«

du désert, et , dès ce moment , il nous chargea du travail qui fail l'objet de ce mémoire.

Ce sont les restes de ce canal , encore existans , que nous avons retrouves sur presque toute sa longueur j c'est la possibilité de le rétablir, et de rendre continue la communication , par eau , de la mer Rouge à Alexandrie, et même plus directe vers Peluse', que nous entreprenons de faire connaître.

Nous ne terminerons pas ce discours* sans faire observer expresse'mcnt que les vues politiques exposées dans ce mémoire ne doivent porter aucun ombrage à celui dos gouvememens qui croirait y trouver des motifs d'inquiétude j car on ne doit y voir que Texpression des pensées qui diirent naître pendant le cours de lexpeditiou d'JÉgjpte.

Le gênerai Bonaparte nous ayant demande, lors de son départ du Kaire , ce qu'on pouvait espérer du rétablissement du canal de Soueys, nous l'assurâmes qu'il paraissait facile de rouvrir ce canal , et même avec plus d'avantages qu*il n'en présenta jamais. « Eh bien, nous dît-il,, la chose est grande! publiez un mémoire, et forcez le Gouvernement turc à trouver , dans Texecution de ce projet, et son intérêt et sa gloire ^ »

• Tl»\o6<noy, lyneh. ordonna la publication. LMmpressiou ' En renvoyant, ponr de plus nVn a été différée que parce que, grands développemen.s , aux ouvra- devant naturellement se rattacher à ges bien connus de MM. Amcilhon rouvragedelacommi8siond''Egyptc, et Roberison , nous indiquons au lec- dont la première livraison n'a pu tour les sources où nous avons puisé, paraître qu^cn 1808 , nous avons du 3 Ce mémoire, rédigé à notre re- accéder au désir que nous ont extour d^Égyptc , fut présenté , le ^4 ■ primé, à ce sujet, nos collègues. aoûl^i8o3,au premier consul , qui en

DIVISION DE L^OUTBAGE»

Ce mémoire divise comme la navigation elle-

'même qui en est Tobjet , et qui , considérée sous le point de vue le plus étendu » offre une communication ouverte entre la Me'diterranée et l'Océan indien , par TÉgy pte et la mer Rouge : il comprendra trois sections.

La PBXKiÂiRB SECTION traitera da canal de la mer Rouge au Nil , du port de Soueys , et de la navigation de la mer Kouge.

' ' La seconde traitera de la navigation des diverses branches du Nil qu'on devra parcourir pour communiqner du canal de Soueys dans cdui d'Alexandrie, par les rivières on canaux de Moneys, de Fara'ounyeh, et par la branche de Rosette*

La TROisdsME donnera la description du canal d'Alexandrie^ qui coraple'tera la navigation interienre de Soueys à Alexandrie : elle traitera du rétablissement de ce camal, et sera terminée par nn Mémoire sur les villes et ports d'Alexandrie.

Ajant à traiter j dans la première de ces trois sections, ToBjet principal de ce mémoire, l'ancien canal , des Rois, qui, du Nil à la mer Rouge, constituait la jmiction des deux mers, nous lui donnerons tons les dévcloppemens dont il est susceptible. Cette section contiendra cinq chapitres. \

Dans le diapitre i^', nous ferons l'historique de nos reconnaissances et de nos opérations; nous en donnerons les résultats, qui constatent la différence de niveau des denxmers.

DES DEUX MEÇS. 55

DaDS le chapiure ii, les résultats que nous aurons exposés nous serviront à faire connaître completenient l'état ancien et moderne du canal, celui du sol qu'il traverse, et les causes les plus probaUes de la formation de Tisthme de Soueys.

Le chapitre m renfermera des vues générales sur le rétablissement du canal , suivant le système de son ancienne navigation, du Nil à la mer Rouge, et de cette mer à la Méditerranée, au moyen d'une communication plus directe qu'on ouvrirait dans Tisthme qui sépare ces deux mers. '

Dans le chapitre iv, nous donnerons la description du port de Soueys, de sa rade, de ses aiguades, etc. ; nous y ajouterons quelques vues sur le rétablissement de ce port.

Le cliapitre v traitera de la nav igation de la mer Rouge ; il sera terminé par le parallèle du trajet de France aux Indes par le grand Océan , avec le même trajet par la Méditerranée, TÉgypte et la mer Rouge.

Enfin , après avoir siiocessivemant traité les sujets de ces trois sections, nous rappellerons, dans un résumé, les principales questions qui font lobjet de ce mémoire, celui du rétablissement de Tancienne vote du commerce des Indes.

AIPBNDÏCB.

L'appendice qui fait suite à ce mémoire, dont nous avons dû resserrer les matières, contiendra, comme objets complémentaires,

i^. L'exposé des moyens généraux d'exécution du

canal des deux mers; Taperçu de la dépense et du temps nécessaires à la confection des travaux;

2°. Un essai historique et criticjue sur la géographie de l'isthme de Souejs ;

3^ L'extrait dn Journal historique et géologique des opérations du nivellement général, de la mer Rouge à la Méditerranée, au Kaire et aux Pyramides;

4^ Les traductions des^textes des auteurs anciens et * modernes dtés dans le cours de ce mémoire.

Dana un mémoire particulier sur le Nil, ce fleuve sera considéré quant à ses sources , à son cours , à ses diverses embouchures y à son r^ime et à la qualité de ses eaux. Nous déterminerons les causes , les époques, la durée et la mesure de ses crues) nous exposerons les effets variables de ses débordemens, et ceux qui sont r^ultés de Fexhaussement successif du lit et du bassin du Nil ; nous donnerons l'histoire et la description du nilomètre oti meqy âs , qui sert a la mesure des crues du Nil : en «ex posant l'usage auquel cet édifice est consaci é, nous ferons connaître la source des erreurs commises pas tous les voyageurs dans Te^jncssion de la mesure des inondations favorables ou nuisibles au produit an* nuel des récoltes; nous constaterons le^ changemens que nous avons opérÀ dans la restauration de ce monument*

Nous donnerons les hauteurs relatives du meqjâs et de la base de la grande pyramide, obtenues par un nivellement sur une ligne transversale de la vallée, d*où résulte un r^re fixe et durable, d'après lequel on pourra toujours- mesurer l'exhaussement ultérieur des crues et de la valjée du Nil.

Euùn y dans un dernier mémoire, nous exposerons * quelques considérations sur la nature et l'étendue des

lacs mari limes de TËgypte , et sur l'utilité qu*on relirerait de leur dessèchement, en rendant à la culture une très-grande étendue de terres que la mer et les sables des déserts u ont cessé d envahir

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