CHAPITRE I
Précis historique des recoimaissances de Vaiicien canal*
— Opérations de topographie et àe nivellement. — RapporL au premier consul, — Analyse des opérations.
— Tables des ordonnées comparatives des principaux points de Visthme.
§. L Première reconnaissance des vestiges du canal^.
Le gênerai en chef Bonaparte, ayant résolu de se rendre à Souejrs pour juger de Tetat de ce port et ordonner les traranx propres à lui rendre tous, les avantages dont il est encore susceptible, partil du Kaire le 4 nivose an vn (^4 décembre 1 798) : les généraux Berthier et Caf£atrelli, le contre -amiral Ganlheanme, MM. Mongo, BerthoUet, G)staz, et divers autres membres de llnstitut, raocompagnërent.
L*escorte de cette caravane offrait à plusieurs négo-
■ V<^, la carte hydrogra^ibique d« la balte Kg^'pie (pl. lu).
CANAL DES DEUX MERS. 5g
cîans que des inte'i êts de commerce appelaient à Soueys , une occasion favorable de s'y rendre , et ils suivirent la caravane. On coucha près du fort de Birket-el-Hâggy ; on reprit à l'est le Derb-cl-Soultany, qui est aussi le chemin des pèlerins de la Mckkc {Derh-eUHâg§j) ; et Ton traversa , dans la même direction % une plaine vaste , dont la pente assez douce se rattache aux collines vers le sud-est.
Après deux heures de marche, on trouve au nord , à i5oo toises environ de la route, une chaîne de collines blanches, en forme de dunes, qu'on appelle Dâmâh après les avoir longées pendant trois heures , on franchit une chaîne transversale de roche calcaire, peu élevée, recouverte de gravier et de cailloux roules j elle est coupée, et forme un encaissement à la route : on la nomme el'Bâh, De la sommité de cette colline on découvre une grande plaine ; elle est sillonnée par des ravines d'eau pluviale qui entretiennent, sur quelques points, une végétation d arbustes dont l'aspect contraste agieablement avec celui du désert j cette plaine est couverte de sable, de gravier, et de cailloux qui, de l'espèce du jaspe, veines et herborises dans leur intérieur, sont connus dans le commerce sous le nom de cailloux d'Egypte.
On y trouve aussi beaucoup de pétrifications, parmi
* On laissa au nord le Dcrb-el- familières aux Arabes qui occupent
Gira Derb-el-Gyr) ^ cbetniD di- cesdésertSjindépendamnicnldecelle
rigé sur Pclusc et la Syrie. de la vallée de l'Égarement ( el-
II est encore, à Test, des roules Touâreq)., fjui dut être plus fré-
plus directes pour Soueys, Derit-el- quenléedu temps que Mcmphiséiait
Terrâbjrn , et Derb-el-Fern , pins la capitale de l'empire.
6o MÉMOIRE SUR LE CANAL
lesquelles le palmier ne peut être méconnu'. Des atitradies, ides gaielles, des alouettes huppées et quelques perdrix, peuplent ces de'serts. Des vautours, des aigles et des pélicans Y quittant la région plus élevée desmon<» tagnes, descendent aussi dans la plaine.
Le 5 (25 décembre), on coucha près de Tarbre Hamrâ. Le 6- {ii6 décembre), on ti^ouyat après' une heure de marche, Byr-el*-Beytâr'. Ce puits, qu*on alla reconuaîtie à un quart d'heuie au sud de la route, n a pas d'eau; il est oiy^ sur de grandes dimensiopis, trèsprofond , et taillé dans le roc. '
Un quart d^heure après ^ on trouve sur la route, qui prend en cet endroit le nom de Derb-^l-Mimâr , farhre ex-voto, ou gemaet-el-charânvyt : cest un vieil acacia , tout couvert de lambeaux de yétemens que les pieux pèlerins y suspendent à leur retour de la AfeUkef en accomplissement du vœu qu'ils ont fait à leur départi; c*est undesmopumensdeleursuper^ti^ .
Un peu au nord de cet arbre, on Toit les ruines d'un puits et d une citernei que les sables auront bientôt «ffiu^ées, A six heures db ditfanoe dece point, k vaUée
* On aurait tort cependant de est un marabout ou tombeau de
considérer comme pélriGcaiion du santon.
règnevégétal tout ce qui, au premier ^ Les hàggy (les pèlerins) osl coiip-d*inl , «a oIKire la renem- êmA ruM^ de fonner de petits ù» blAnee;eiiriio^evoD8reooiuia que de pieiies en foriiie de pyramide, Mmrentcespiélendaeepétrifieetioiw pour indiquer la tépaltore dee pêne sont que dee matières miaérales. lerins moru dans le Tojege $ mais ' Byr el-Beytâv, le poils du ma- un autre motif de cet usage parait léchai. Ce ])uits fut commencé en être de marquer la route , au mojen 1110 de rhégyre ( 1676 de J.-C. ) ; decetlc suite de repères, oî!ieUen'*e8t mais il fut abandonné , parce qu^il plus suffisamment indiquée quaod n^y Y€oait pas d'eau : aux eaviroos les Tents en ont détruit les traces.
DES DEUX MERS. 6i
se rétrécit entre les montagnes j la chaîne du sud s'élève, et celle du nord ^uît en s'abaissant vers le nord-est : les ravins sont plus profonds ; des blocs de silex et de galets calcaires couvrent le sol et rendent le chemin plus difficile.
On était à la hauteur du fort d'Ageroud , distant de 5oo toises au nord de la route : le général en chef s y porta. Ce fort consiste en deux enceintes carrées, flanquées de tours : celle de l'ouest renferme un puits profond avec roue à chapelet, et quelques logemensj celle de l'est contient un karavauseray ' et une mosquée , pour nhriter les voyageurs et les commerçans , et satisfaire à la piété des litiggj
On sort enfin de la vallée , et l'on débouche dans la plaine de Soueys : on découvre la ville ainsi que la mer, et Ton descend par une pente douce vers les Byr-Souejs , ou puits de Soueys j ces derniers puits ne sont qu'à une lieue de la ville. On y arriva à la nuit.
On ne trouve pas d'eau pendant vingt-quatre heures démarche, entre Birket-el-Hâggy et Ageroud , parce que les établissemens intermédiaires qui ont dûy exister, à en juger d'après leurs vestiges, ont été détruits par le temps, par les guerres et le défaut d'entretien qui en est la suite inévitable. Il est cependant possible de trouver de l'eau en fouillant de quelques pieds seulement sous le sable; mais cette eau est ordinairement saumatre.
Les Arabes, qui ont , au cœur des déserts , des points de repère dont ils se servent pour en déterminer en quelque sorte la topographie, disposent des réserves
' Kerouân-serây . suite disposés pour les besoios d^une
* Ces établissemcus onl élé en- garnison.
d*eau à l'époque des pluies, afin d'en user suivant roocurrence.
. Cette reconnaissance du Derb-el-Hâggy persuada que le cai^l ne pouvait se trouver sur cette direction , quoique des voyageurs aient assuré en avoir vu les vestiges prè$ d'Agei'oud : mais iis auront consideVe comme tels ceui du lit d'une ravine qui offre, en effet, de grandes dimensions , et qu'on avait probablement redressée et dirigée vers les aiguades de Soueys.
Le 8 (a8 décembre) , après avoir vu et ordonné tont ce que pouvaient exiger les besoins de la place, sous les divers rapports de la défense, du commerce et de la marine, le gênerai en chef visita les soujccs de Moïse, situées sur la côte à trois lieues sud-est de Soueys, dans l'Arabie Pétrée : il nous y donna ses instructions pour eu faire^la topographie et le nivellement , et pour etu*dier les moyens de les rendre utiles^ il retpuma dû^eclement à Soueys , où il arriva dans la nuit , après avoir couru des dangers en traversant le Ma'dyeb le guide ayant dû changer de direction, parce que la marée n'e'tait pas encore basse'.
Nous passâmes la nuit, avec le coiitre-amiral Gantlieaume et quelques membres de l'Institut , a bord de la corvette qui nous porta vers l'entrée de la vallée de rËgarement; mais le défaut de guide rendit cette première reconnaissance peu fmctuense.
Le 10 (5o décembre) , on partit de Soueys : le gros
■ BUMa'dyth , point gaéable de naissance de ceUe rçaie ; une mort
basse mer. prématorée, mais gloriease. Pu en-
* Horace Say, olfieier du f/bait levé, en Syrie, 4 son corpa et aas
très-diilingiié, arait fait une rcooo- seienoea.
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DES DEUX MERS. 63 (le la caravane se dirigea sur Agcroud ; et le gcnei al eu chef se porta au nord^ dans lespoir de retrouver sur la plage , au fond du golfe , les vestiges de l'ancien canal. Il retrouva en effet la tête de ses digues, peu sensibles à leur naissance , à cause des sables qui Font comble dans quelques parties : il en suivit les traces sur environ cinq lieues 5 c'est là le terme de ses vestiges, parce qu'à cette distance il débouche dans le bassin des lacs amers. Satisfait de cette découverte, il se porta à fouest dans la direction présumée d' A geroud , accompagné du général Berlhier et suivi de deux guides à cheval senlement; il fit un nouveau trajet de trois lieues, et rejoignit heureusement la caravane chargée de Teau et des vivres : il fit allumer des feux et tirer le canon pour signaler sa présence et le lieu du bivouac aux oificiers qui étaient restés en arrière dans l'obscurité de la nuit. Le général Bonaparte eût couru de plus grands dangers , si la nouvelle de son voyage à Souey s n eût écarté les Arabes de ces parages.
Le 14 ( 5 janvier 1799) , étant à Belbeys, il voulut aussi reconnaître l'autre extrémité du canal; il se porta jusqu'à dix lieues dans l'Ouàdy -Toumjlât , où il en retrouva de nouvelles traces sur [Ausieurs lieues d'étendue.
Le vif intérêt que le général Bonaparte montrait dans ces diverses reconnaissances, était un témoignage de îson désir d'avoir des résultats plus précis; il était pour moi , dans celte circonstance , plus impératif encore que Tordre qu'il me donna de les lui soumettrez le plus t()t possible.
Arrivé au Kairo, je fis mes dispositions pour retour-
ner à Soueys , ayanl résolu d en faire le point de départ , afin de rentrer dans le pajs cnltive après la fin des opérations , dont je pouvais alors prévoir les difficultés et la dur&*
§. IL Première opération de topographie et de
nivellemeiiÉ.
L'étendue des opérations relatives au projet de la jonction des deux mers, projet, qui embrasse dans son ensemble tonte la basse Égjpte , les reconnaissances du terrain dont on avait à faire le nivellenient sur plus dç quatre-vingts lienes de longueur, ont nécessairement exigé le concours de plusieurs ingénieurs.
M, Gratien Le Pcre, mon frère, m ayant constamment et pins particulièrement secondé dans les opéra-: tions et dans la rédaction des plans et des mémoires, M. Saint-Genis m'ajaot aussi aidé long-temps de ses lumières et de^n zèle , je parlerai an nom de ces coopérateursj je citerai successivement tous ceux des autie^ ingénieurs qui ont été appelés à prendre une part plus ou moins âctive et réelle à ce travail.
Nous partîmes du Kaire^ ces ingénieurs et moi, le 27 nivose an vn ( 16 janviét ^799) ? après avoir obtenu du général Berthier, chef de l'état- major général, et du génésal Caffarelli , commandant le génie , les moyens que paraissait exiger un assez long séjour dans le jdâert. Ces moyens répondaient au vif intérêt que ces ofQciers généraux ayaient montré dans le premier voyage, et à leur empressement à connaître les résultats qui font lobjet de ce mémoii'e.
Nous nops rcqdimes à Souqw sous Fescorte d'une colonne aux ordres du général Junot , qui allait j comluauder, ei qui nous servit tiès-obligeammeut de tous ses moyens.
Après nous être occupes , du i*^' au 12 pluviôse (du âo au 5 1 janvier) , des opérations relatives aux aiguades, aux sources de Moïse , et au régime des •marées dq la mer à Soueys , nous nous trouvâmes en mesure de commeucer le ntveUement du canal ; mais , prévoyant déjà, par ce premier travail, Finsufiisance de nos moyens pour la plus graude célérilé des opérations, nous relînmes pour ooopérateur Tingénieur Dubois, qui était arrive' à Soueys par la vallée de rEgarement, et qui avait été désigné pour Texpéditiou de Qogeyr. L>ngénieur Amoliet , qui yénait de terminer le levé du plan de Soueys , en était reparti peu auparavant.
Le la (5i janvier) , nous partîmes de Soueys avec une escorte de quarante hommes de la l^on Maltaise , commandée par M. Lapanouse, indépendamment dç douze sapeiurs, que MM. les officiers du génie avaient mis à notre disposition conmie plus habitués à ces sortes dopérations.
Le i5 (S février), après avoir opéré constamment
dans le lit du canal, nous en perdîmes les traces , et .nous del>ouchânie&.dans une vallée que nous soupçonnâmes être le bassin des lacs amers. Le sol adjacent au lit dn canal est naturellement consolidé par Je gypse cristallisé et recouvert de cailloux siliceux ou calcaires : du côte' de l'ouest, le sol, qui s'abaisse vers le canal , est sillonné par des torrens d'hiver , et les eaux qui y af- É. M. XI. 5
fiacnt entretiennent sur difierens points une y^âation
abondante cVarbustes et de plantes grasses, dont se nourrissenrt Jes animaux du désert'; à lest, le sol s*ëlèvé en sent contraire, et les dnnes sy multiplient jusqu'au pied des montagnes de la côte arabique. En cet endroit de la fin des vestiges du canal, nous comptions une distance de a 1,^16 mètres; et l'ordonnée on cote du nivellement, répondant à la :26""^ station, don« nait déjà x5 pieds 3 pouioes pour la pente dn canal féri les lacs , et ponr sa profondeur au-dessons de la haute mer à ^ueys. Noyi, reconnûmes, en considérant les cotes intera»BdktfèS^N|ue le lit du canal H^^l deli plaine de Soueys étaient très-peu élevés au-dessus de 1^^. mer% et cQidiien il smit kcile de k .porter dans le
il!
de profondeur. »
n est trës-probayeqne Falâuenc||p^iodiqu»de8^^^
du Nil dans le bassin des lacs amers, par FOuâdy , a dû former et entretenir un courant suivant la directjn^i^i^^ canal; et cette assertion plausible explique ses petites inÛexions, dont on ne voit pas d'ailleurs de motifs suflSsans , ni dans 1 état géologique du sol, ni dans Tintention de diminuer le volume des déblais.
Nous avons fait, dans le lit du canal, des fouilles qui ont toutes' prësaité un mélange de sable, d'argile et de
* Ces arbustes sont des genêts, cl les vents frais de Test doDDenl acdes tamaris, ï acacia et le mimosa cidentellement , s^écouleraient Datafdlaica , qni donne la gomme ara- rellement dans let laea , si la dnrée liiqne. de l*Aooalement n^était pas loimiiii
* Oo ne parle «pie dee marées de an jnsani ^ s*^ oppose. Tlre-ean ; car celles qnte les tempêtes
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DES DEUX MERS. C-j
gypse; nous avons note les parties où les digues sont le plus élevées , celles où le canal est plus ou moins profond , et les lacunes où une laisse blanchâtre , due à la présence du gypse, constate sa continuité en se rallacliant aux débris plus ou moins sensibles des anciennes digues.
La largeur du canal, qui varie sensiblement , a dû être de 55 à 40 mètres à la ligne d'eau ( 18 à 20 toises). Sa profondeur varie davantage, le lit étant encaisse, dans quelques endroits, de quatre à cinq mètres , y compris la hauteur des digues et les dépôts des curcmens annuels. Cette profondeur s'accroît jusqu'à sept à huit mètres en s éloignant du golfe , jusqu'à l'extrémité' , où il présente les plus grandes dimensions. Après avoir jiarcouru le terrain à la tête des lacs, nous poursuivîmes le nivellement , en nous portant toujours vers les points que nous jugions les plus bas, jx)ur retrouver le canal, et nous continuâmes lopuration sur un nouveau développement de 24,i3o mètres. Les cotes s'etant toujours accrues jusqu'à la station n". 65 , qui portait i79''^4^7'', nous ne doutâmes plus que ce sol ne fût celui des lacs : en effet, si la mer y e'tait introduite, il se trouverait déjà dans cet endroit 29''^ 4° hauteur d'eau ; et cette profondeur nous sembla devoir s'accroître encore. En considérant les effets opères à la surface du sol , nous reconnûmes qu'ils étaient dus à Tassechement des lacs, dont les eaux s'évaporèrent lentement, après que le Nil eut cesse' d y affluer.
' Nos mires ou voyansélaicnigra- compris par nos sapeurs, «jni no
(1 ués en pieds de France: cette adop- connaissaient pas la nomenclature
tiondes anciennes mesures était mo- nicirique. lÎTce sur la nécessité d^êtrc mieux
Le i6 (4 février) , noDs jugeâmes cpCii nous serait impossible de continuer nos opeVations sans nous exposer â manquer d*eau : il nous £iUait retommér a SouèySfOtt bien nous' rendre dans rOnftcty-Tonmylftt^ où nous espérions trouver des guides 3 celte dernière àmsidërationî nous détermina j^onr I» vallée des Tou^ tnyiât, et nous nous dirigeâmes sur le santon d*Abou- ]>fechàb6h.
Après avoir déterminé le stte et tehiveau de h der^
nicre station , par des piquets de repère auxquels nous devions rattacher nos opérations ultérieures, nous nous \ dirigeâmes sur un pictrès^saîUant de la moirtagne , qui court au nord^uest dans la partie correspondante ait bassin des lacs, ,
Nous montâmes de pIiTS de cent pieds avant d'atteindre le pied de la montagne, où nous prîmes la route frayée de Soueys vers TOuâdy. Nous observâmes , à demi-distance, une laisse de débris de coquillages absolument semblable à celles de la mer , et <|ui nous parut retracer, en ce point , le niveau des ^uz, brsque les lacs étaient pleins.
Nous allions atteindre le pied de la montagne , quand '
nous aperçûmes sur notre direction, à l'ouest, un convoi considérable escorté par un parti d'Aralies. Nous avions été prévenus, eii partant de Soucys, par le gé^ néral Valentin , que la tribu des Ouetouât, forte de i5o chevaux, occupait la partie du désert où nous devions opérer, et que, peu de jours avant, elle lui avait enlevé quelques hommes et un convoi entre Agcroud et Soueys. Le mirage contribuait à nous fidre paraître en«
core plu s considérable ce convoi; Tillusion diminuait cependant à mesure que nous en approchions'.
Nous nous détachâmes avec quelques sapeurs, et nous nous trouvâmes en présence de plusieurs cavaliers arabes qui étaient aussi venus en reconnaissance. Leur manœuvre et leur contenance ne nous laissaient aucun doute sur leurs intentions; mais la vue de notre escorte, €pii nous rejoignait avec nos bagages , les empêcha de rien oser. Pendant qu'on s'observait de part et d'autre, leur convoi filait dans les gorges. De notre côté, n'ajant aucun but d'expédition militaire, nous nous abstînmes de rien entreprendre. Ces cavaliers , nous voyant réunis , et majcher toujours vers eux , s'éloignèrent au galop : nous les perdîmes bientôt de vue.
Nous continuâmes notre route sur la direction présumée du santon d' Abou-Nechâbeh ; et n'espérant pas
' Le mirage ( terme donné à un phénomène tl^opliquc observé en mer) résulte ici àc Paciion du soleil sur le terrain , qui acquiert la température capable de le produire :
il devient d'autant plus srnsible que le soleil est plus élevé sur Phorizon.
Nous l'avons trouve pins considérable encore sur les lacs desséchés cl sur les plaines recouvertes de cailloux , qui réfléchissent davau- .tage les rayons solaires.
L^illusion produite par ce phénomène est si grande, que les voyageurs qui ne le connai.ssent pas sont toujours disposés à changer de rou te pour contourner des étendues dVau qui leur semblent exister entre eux et le point de ThoriKon où ils se dirigent. Par une erreur contraire , il
nous est arrivé , sur 1rs bords marécageux du lac IVlenzaU-b , de nous engager dans des lagunes , en attribuant au mirage la vue réelle de ces lagunes , et d^êlre obligés de les tourner pour changer de poule.
LVffel du mirage est de voir les objets exislans î\ riioriron , nonseulement agiandiset mobiles, mais renversés, et tels qu^on les verrait dans une eau limpide qui exisierait entre Pobjet et le spectateur. Il opérait dans les lunettes de nos inslrumens une ondulation des images, occasionée par le haut degré de raréfaction de Pair.
M. Monge ayant donné Texplication de ce phénomène, nous ne pouvons que renvoyer au texte de ce savaol. (Décade cgyptionnei t. i.}
trouver d'eau avant le leDdemain, nous accélérâmes notre marche, en traversant une plaine immense et unie. Les dunes naissent seulement aux approches de rOuâdy; et nous fûmes obliges, pendant une heure, den franchir péniblement la partie qui est avant le santon d'Abou-Nechabch, où nous arrivâmes le 17 (5 février) , après dix heures de marche , à partir delà montagne Ce santon est place' au pied d'une dune blanche et fort élevée, qu*on aperçoit, à de grandes distances, de tous les , lieux environnansj nous montâmes à son sommet pour observer ce nouveau site, et nous découvrîmes rOuâdy, dans lequel il existe quantité' de puits d eau potable et propre à Tarrosement des^ terres mises en culture.
L'eau nous manquait absolument , et nos chameaux n'avaient pas bu depuis six jours que nous étions partis de Souejs : nous fîmes donc de leau 5 et après un repos ne'cessaire, pendant lequel nous prîmes divers renseîgnemens près des fellah, nous reconnûmes la nécessite de faire une recherclie préalable des vestiges du ca^al dans rOuiidy , pour n'avoir à vaincre dans les ope'rations subse'quentcs que les difficulte's qui en étaient inséparables. Nous traversâmes la vallée , et nous trouvâmes , sur la rive nord , de nouvelles traces, encore profondes, de l'ancien canal ; nous les suivîmes pendant cinq heures jusqu'auprès d'A'bbâçeh % situe à l'entrée de la valle'e:
■ Ce santon, où se trouve le loni- délcrminu le lieu par des observabeau d^un clieykh arabe , en grande lions aslronomiqucs. On aperçoit vénéraiion dans la contrée, avait celte dune de très-loin , quand clic paru un objet stable cl susceptible est éclairée par le soleil. dY'lrc déterminé dans la géograpbie; * A'bbàceh on j4'bhâcyeh, M. Nouct en avait précédemment
ce village occupe le centre d'une première digue transversale, qui dvait sans doute pour objet de limiter Texpansion des crues dans la partie supérieu|« de cette vallée et la plus susceptible de culture.
Au-dessus d'A'bbâçdiy on retrouve divers canaux d'irrigation. Celui qu'on nomme Bahr-el-Bagâr et Bahn-el'Boueyb , devait faire partie de l'ancieu canal àinvé de la branche Pâusiaque , prës de Bttbaste. Cdui qu'on nomme Bahr-Abou-Hâmed , semble appartenir au canal supérieur, dit^ififiii Trajanus, et depuis, Canal du Prince des Fidèles^ dont la prise d*ean est près du vieux Kaire, Fostât , laucienne Babjlone des Perses en Egypte. Ne pouvant pas en suivre tontes les in* flexions , à cause des nombreux fosses et des criques dont la plaine est sillonnée, nous reprimes à Belbeys la route du désert , et nous pons rendîmes au Kaire pour y prendre de nouveaux moyens de continuer les nivellemens. Nous y arrivâmes le ai pluviôse (9 février 1799): nous y trouvâmes le quartier général, qui partit le lendemain pour suivre larmee , qui marchait sur la Syrie. Hnit)Ours s'étaient écoulés, et iions réclamions une nouvelle escorte; mais les circonstances, devenant toujours plus difficiles, ne permirent pas de nous la fournir, et de nouveaux inddens difiEeràrent encore la re* prise de nos opérations jusqu'au mois de vendémiaire an vtn (s^tenJire 1799)-
§• IIL Deuxième opération de topographie et de
nivellement
Cëtak alors du général en chef KJéber que je devais
réclamer les moyens de reprendre celte ope'ration j ses io tentions répondirent à mon empressement, et je me disposai à repartir, ije général Damas, chef de rétat-> major général, qui partageait les dispositions du général en chef, yonlnt bien ajoater encore à i'étisndue de ces moyens. Les ingénieurs qni m'avaient secondé dans le premier voyage , étaient ou malades, ou en mission pour le service^ et j'y suppléai par MM. Févre , Dufaoisi Favier et Duclianoy.
Le 7 vendémiaire an yiii ( septembre 1 799) , nous ' partîmes pour Btlbeys, oà commandait le général Reynier, auprès duquel nous devions trouver le complément de notre escorte : cé giméral youlat bien combiner ses mouvemcns militaires pour couvrir et protéger les nôtres j il nous donna rendez-vous dans TOuâdy ^ et nous partîmes du camp avéc un bataillon de la 85^ demi-brigade, commandé par M. Lliuillier, qui facilita nos recherches avec beaucoup- d'intérêt. Kous continuâmes à relever le cours du canal dépuis A'bbâçeh , et nous arrivâmes le 14 octobre) au Râs-el-Ouâdy , OÙ nous avait devancés le général Reynier. Je laissai à mes coopérateurs le soin d'achever le plan jusqu'à Sabak-byàr où nous convînmes de nous rejoindre le i5 (7 octobœ)ausoir; je me détachai avec le général pour • reconnaître la partie orientale de la vallée.
* Im Mpt poitt. .
Nous poussâmes nos reconnaissances à dix lieues audelà du santon Chej'kh-Henâdy : nous retrouvâmes jusqu'au Mouqfâr' des traces, souvent interrompues, du canal; nous remarquâmes des ruines, dites Koum^ uihou-Kcychejd , que nous croj^ons appartenir au site d'Heroopolis, ainsi que nous le motiverons plus bas.
JLes digues sont totalement effacées quelques cents toises après le Mouqfâr; la vallée devient pins e'troite à Saba'h-bvâr; et l'on doute si le canal a existe dans cette partie, que les sables n*ont pas encore totalement cnvabie. C'est un peu au-delà de ce point que la crue de l'an ix (1800) présenta un courant extrêmement rapide.
Nos courses sVtendirent sur plusieurs points du désert; nous parcourûmes les lagunes que les Arabes appellent Kerhâty et qui prirent l'aspect d'un grand lac après la crue dont nous venons de parler ; nous relevâmes les puits de Mourrah et d'el-Menâjf, dont la connaissance devenait précieuse à la cavalerie, qui faisait, dans ces déserts, une guerre active aux Arabes. Enfin , après avoir fait dix-buil à vingt lieues de courses, nous arrivâmes à Saba'h-bjâr, où les ingénieurs terminaient leur topograpbie ; mais, ne trouvant pas dans ce site un point propre à e'iablir un repère fixe du nivellement, nous résolûmes de remonter jusqu'au Mouqfâr, où le canal offre encore un profil de grandes di-
» Mouqfdr, désert. Les Arabes du canal oi^ se trouvent des ruines,
et nos guides nous ayant toujours nous avons d^abord considéré cette
répondu Mouqfdr^ toutes les fois expression comme un nom propre»
que nous leur demandions comment et nous Pavons conservée dans notre
on appelait ces lieux situés au bord topographie.
mensions. Le général Reynier donna suite à ses opéralions militaires, et nous laissa une escorte avec quelques dromadaires, pour nous servir declaireurs*.
Le Mouqfâr offre des ruines qui ont le caractère d'un établissement public qu'on pourrait considérer comme ayant servi de douane, ou de poste pour la sûreté de la navigation. Cet établissement, qui est sur la rive nord du canal, a pu être considérable, à en juger par les décombres qui l'avoisinent. Nous y avons trouvé plusieurs blocs de granit, dont un , que nous avons placé à l'angle nord-est du bâtiment , nous a servi derepèredans le nivellement : la surface de ce bloc est, de 8 pieds 3 pouces, supérieure au fond du canal. Du 1 6 au 20 (8-12 octobre) , nous prolongeâmes le nivellement en suivant la vallée par Saba*li-by âr ; nous trouvâmes sur cette direction , à son extrémité , un monticule portant â sa sommité des ruines assez remarquables : elles consistent dans des débris épars de gros blocs de grès et de granit polis, portant des moulures de cornicbe, qui ont dû appartenir à une rotonde de i5 à 20 pieds de diamètre. Nous motiverons , dans nos considérations sur la géographie ancienne de l'Isilime, l'application que nous faisons de ces vestiges à un Serapeum,
En entrant dans le bassin des lacs amers , nous prîmes la direction présumée du repère que nous avions établi
' Ces éclaireurs nous devenaient bornaient p!<rtoiit Thorizon. Vofté-
nécessaires pour nous garantir des ration doit beaucoup, it cet égard ,
surprises des Arabes , attendu que , à la bienveillance constante du com-
dans le cours des opérations , nous mandant de Tintrépide corps dei
nous trouvioosBuuveDtassezéloignés dromadaires, M. Cavalier,
les uns des autres, et que les dunes , * Foy. ces raines dans rAllat. liaates et boisées dans celte partie,
le 16 pluviôse an vn (4 feVrier 1799) , en suspendant nos opérations. Parvenus dans les terres fangeuses et salines du fond des lacs, nous résolûmes de remonter jusqu'au pied de la montagne, en marchant sur le pic dont la position avait été déjà déterminée dans la première opération : arrivés à ce point, (Jue nous trouvions plus élevé de 1 75 pieds que le fond des lacs, nous pûmes plus facilement reprendre la direction du repère auquel nous devions rattacher nos opérations. Nous étant, en effet, divisés et rangés sur un front d'environ 1200 toises, nous nous portâmes vers la cunette dos lacs, étant convenus de signaler la découverte du repère par trois coups de fusil : les ingénieurs du centre Tajant signalée , et nous étant réunis pour reconnaître les piquets de repère , nous les trouvâmes dans leurs positions respectives , et même avec les traces encore sensibles de la chaîne de métrage qui y aboutissait. Nous y reprîmes le nivellement , en nous dirigeant vers le point de départ de la montagne (89*= station), où nous terminâmes cette seconde partie du nivellement.
11 était bien important d'achever le jour même; car l'eau manquait déjà, et nous n'eûmes que le temps d'arriver aux Byr-Soueys , pour étancher la soif de tout notre monde, que la chaleur extrême, les difficultés qu'avait présentées le passage du fond marécageux des lacs , et une marche accélérée , avaient extrêmement fatigué ' , Nous arrivâmes dans la nuit à Soueys. Nous
' Les fatigues de la veille n'avaient parti d'Arabes et de Mamelouks qui
pas été inoins pénibles : nous étions avaient campé près de nous. Nous
sur pied dès les deux heures du ma- nous trouvions en effet sur un des
tin, pour éviter la surprise d^un pointsde communication delà haute
BOUS proposions de retoorner au Kaire par la Tallée de
rÉgarement , dont nous n'avions encore reconnu que les- extrémités î mais, ayant été forcés de laisser une partie de notre escorte et de nos moyens i Soneys , nous retournâmes directement au Kaire.
^. IV. Troisième opération de topographie et de
nivettement^
Il nous restait encore à prolonger le nivellement jusqu'à la Méditerrane'e, pour connaître les hauteurs respectives des deux mers , et ensuite à le rattacher au Nil , près du Kaire, pour trouver la pente que nous présumions exister entre ce point de sein cours et le fond du golfe, à Soueys. La connaissance de ces données était l'objet d'un dernier voyage; et quoique les circonstances devinssent toujours plus difficiles , nous résolûmes de profiter du peu de temps que nous donnait encore Tennemi, dont les mbuvemens annonçaient qu'il devait déboucher par Qatyeh, où nous pouvions arriver sans avoir communiqué avec la garnison que lious y avions.
Nous quittâmes le Kaire le 21 3 brumaire an vin ( i4 novembre 1799). De retour à Belbeys, nous eu partîmes avec une escorte qui fut portée à i3o hommes (de la i3« demi-brigade) , y compris 4^ sapeurs et cavaliers dromadaires j et quoique la veille on eût détaché du camp quelques cents hommes pour secourir Soueys, que Ton croyait attaqué, cette circonstance
Égjpte atec la Syrie, pays eaite Jraofaia^ Mmt deript Siînt-Jttap ksqinUreoiieiiii emntaMi&det oov- ^Açm { jfiMk )• icaiHmdaiwwi pondanl fw VjKtmée
augmentait la crainte que nous avions de ne pouvoir jamais terminer noire entreprise : mais, beureusemenl, nous n'éprouvâmes que des fatigues et des contre-temps.
Le retour récent de plusieurs ingénieurs au Kaire nous avait permis de porter à huit le nombre de ceux qui étaient nécessaires pour accélérer les opérations , et d'en former deux brigades , dont Tune devait descendre du Mouqfàr vers la Méditerranée, et l'autre devait remonter du même point par l'Ouâdy , Belbejs , TAbou- Meneggeb et le Wil, jusqu'au meqyas de Roudali* : nous nous se'parâmes , en conséquence de cette disposition, le 27 (18 novembre), au Mouqfar; nous nous portâmes, MM. Gratien Le Pcrc, Saint-Gcnis, Cbabrol et moi, vers la Méditerranée, et nous confiâmes à MM. Fevre, Dcvillicrs, Alibcrt et Ducbanoy, le soin des opérations à faire de ce point jusqu'au Kaire.
Cependant nous étions déjà à cinq lieues dans le désert, au nord du Mouqfar, et nous venions de camper le 29 (20 novembre) au soir, quand quelques soldats qui s'étaient éloignés , accoururent en ci iant aux armes: nous vîmes, en effet, un détacbement de cavalerie qui se portait avec rapidité sur notre bivouac; mais, sur le qui-vwe , nous reconnûmes bientôt des Français. L'officier, à la Icte de 5o dragons, nous avait cberchés tout le jour , et nous portait , de la part du général Lagrange, auquel le général en cliel Kléber l'avait adressé , l'ordre de nous replier de suite sur Belbeys : il avait plus facilement rencontré la veille, dansTOnudy , les ingénieurs qui opéraient en remontant vers le Kaire.
* Roudah , nom que Ton écrit encore Raoudhah.
Après avoir établi des repères fixes du nivellement et un signal propre à la reconnaissance de ce point du désert , nous partîmes pour Belbejs , où nous arrivâmes le 5o brumaire (21 novembre), en seize heures de marche forcée. Cette marche rétrograde était en effet nécessaire; car notre situation eût ete difficile, en parlant de Qatjeh, où nous nous rendions en opérant, si Tennemi, ayant débarque des troupes à Soueys, se fût dirige' sur l'Ouâdy. Mais, les mouvemens mieux connus de l'ennemi s'étanl bornes à une reconnaissance des forts d el-AVycli et de Qatyeh , nous résolûmes de retourner dans le désert , pour y reprendre le cours de nos travaux.
Nous avions repris, le 8 frimaire (29 novembre) , et prolonge notre ope'ration ; le 9 ( 5o ) , nous cherchâmes en vain le puits d'Abou-el-Rouq où nous devions faire de leau : le guide arabe qui devait nous y conduire, feignit de ne plus se reconnaître; nous avions des motifs de lui soupçonner l'intention de contrarier notre marche , et de protéger des convois de sa tribu pour la Syrie. Ce contre-temps nous força de suspendre encore nos ope'rations, et de nous rendre directement aux Byr-el- Doueydâr , puits qui se trouvent sur la route basse de Sâlehyeh à Qatyeh : nous y iimes de Feau; et, après avoir reconnu les environs de ce nouveau site et les difficultés d'opérer dans les dunes sur la direction présumée de Péluse, nous résolûmes de nous rejeter à l'ouest sur les bords du lac Menzaleh , dont les terres basses pré-
• Abou-el-Rouq était, dit Ma- vait «ur la route supérieure de Sâqryzy, une petite ville ; elle se trou- lehyeh à Qatyeh.
sentaient moins d'obetades pour le nmllement. Nous
opérâmes en effet moins péniblement jusqu'à la Méditerranée, sur une plaine yaste, recouverte d'une croûte satine et humide , maïs assez solide, et nous pûmes alors donner de plus grandes portées à nos coups de niveau.
Ces dernières opérations fournissent un développement de 2 5,000 mètres depuis les Bjr-ei-Doueydàr jusqu'à la mer. Le 1 1 frimaire (2 décembre) , nous rattachâmes ce nivellement aux plus hautes laisses de la mer, i l'emboucbuie Pélusiaque, au pied de la batterie dite de Tynéh; c'était le cinquième jour de la lune, il était opze heures dix minutes du matin , la marée ' com< mençait à monter, et le vent soufflait du nord-ouest avec assez de force.
Après avoir visité la côte dans ces parages, nous nous rendîmes directement i Qatyek. Nous suivîmes les bords de la mer pendant une heure de marche vers Test, et nous reprîmes les sentiers frayés dans les dunes, à Fest 7 sud-est.
Ces dunes sont fort élevées , les sables en sont extrêmement, blancs, fins et moiivans. Cette route est trèsdifficile pour rarlillerié î on y trouve des bas-fonds marécageux et salins, avec quelques traces de végétation que des eaux plus ou moins sattmâtres y entretiennent. Plusieurs de ces lagunes nous ont paru être au-dessous du niveau de la Méditerranée, qui en est peu distante.
< On ant que les plui fertft dilemnée. EUet ne lont pas plus sMiréet ii*mèdeBt p A tin à daox fortes à Aleseodrie. pieds dans tons lea ports de la Mé-
8o MEMOIRE SUR LE CANAL
Arrives à Qatyeh après quatre heures et demie de marche de Tyneh, nous trouvâmes près du gênerai Deslaing, qui y commandait alors, de nouveaux moyens en vivres etçn escortes, pour achever nos opérations dcByr-cl-Domydar jusqu'au point du désert où , quatre jouis auparavant, nous avions etc' forces de les suspendre. Le i5 frimaire (6 décembre), nous les terminâmes, après avoir parcouru un nouveau développement de 42,420 mètres , de Byr-el-Douejdar au point de repère cite' ci-dessus. Nous nous rendîmes à Salehyeh, en longeant les lagunes marécageuses du Menzaleh, qui éprouvent les mouvemens de ce lac et l'influence des marées par les canaux du Qantarali', pont situe' sur la roule de Sâlehyeli à Qatyeh.
Arrive's à Salehych , nous nous proposions de nous rendre à Faqouçah \ sur l'ancienne branche Pèlusiaque, que Strabon dit avoir etë la prise d'eau du canal des Rois : mais les eaux n'étaient pas sulfisammcnt retirées , et nous dûmes ajourner encore cette reconnaissance. Nous ne ferons pas mention de divers autres incidens qui , n'étant d'aucun intérêt dans ces résultats , n'ont eu d'autre efl'et que de ralentir notre marche, de fatiguer nos escortes, et, plus malheureusement encore , d'affliger, dans nos rencontres, des familles dispersées d'Arabes, dont la fuite, qui pouvait n'être que l'efiet de la peur ou de la prudence, excitait nos gens à des excursions qui compromettaient souvent notre propre sûreté.
' Qîïlyeh n'était qu'un posle re- ^ Nous ne connaissons la position
tranche dans le désert. de Faqouçah que d''aprè6 la recon-
' Qaniaral cl-Khaziieh, le pont naissaucc qu'en a faite le gctéral
du Trésor. Rcyn.cr.
DES DEUX MERS. ' 8i
- En remontant au Kaire, et passant les Gouçonr^Soultânyeh (les digues du Sultan), qui couvrent TOuâdy vers A'bbâçeh et Seneka, nous observâmes la différence sensible des niveaux et Televation des terres à Touest , par rapport à celles de la tête de TOuâdy, dont la pente s'accroit tellement , que , vers le santon d' Abou-Necliâbeh , il s'y trouvait, après la crue de l'an ix ( 1 800) , plus de 20 pieds d'eau. ^
Il reste à rendre compte des opérations confie'es aux ingénieurs de la seconde brigade, pour la partie comprise entre le Mouqfâr et le meqyâs de Roudali , dont le re'sullat devait donner pour complément la pente du Kil depuis le Kaire jusqu'à la Méditerranée.
Dans le rapport que me remit M. Fevre , sur Topera» tlon du nivellement que je lui avais confiée, du Mouqfâr au Kaire, cet ingénieur dit : k Du 21 au 26 brumaire (du 12 au 17 novembre nous avons parcouru le terrain sur lequel nous devions opérer ; nous avons relevé' les vestiges du canal entre A bbâçeh et Saba'li-byâr. Le 27 ( 18) , nous nous se{)arâmcs de Finge'nieur en cbef , qui nous laissa 40 bommes d'escorte et quelques dromadaires , en se portant vers Pëluse,
« Nous avions à niveler depuis le Mouqfâi' jusqu'au Kaire , sur vingt-deux lieues détendue : le temps nécessaire à cette opération dépendait de notre instrument (le niveau d'eau ) ' , qui ne permeltait pas de grandes portées ;
' On avait apporté cîc France de beaucoup d^objels précieux , dont la
Irès- bons niveaux à bulle d'air et à privation a été plus vivcnicni scolic
luncttcsj mais ils furent pillés dans dans les derniers temps du uolre £é<
la maison du général Cafl'arclli , lors jour en Egypte, de la révolte du Kaire, aiusi que
lions avions seulement l'avantage de pouvoir constamment e'tablir Tinstrument au centre des stations , et de f nous affranchir des conside'rations de la différence du niveau apparent au niveau vrai , et de la réfraction terrestre. Nous nous sommes servis cependant du niveau à bulle d'air, de la 472® à la 478*= station. Differeïis obstacles ne nous ont pas permis de continuer le nivellement dans le litducanal^ nous avons plus souvent opère' sur les digues et au-delà.
« Le 29 ( 20 novembre) , nous étions à trois lieues du point du départ , quand nous reçûmes , par un détachement de cavalerie, Tordre de nous replier sur le camp de Belbejs : nous fîmes planler des piquets de repère, et nous partîmes pour Belbeys, où nous arrivâmes le lendemain. Le 4 frimaire ( 25 novembre) , nous reprîmes nos ope'i-ations,
« Nous nous trouvions le i5 frimaire (4 de'cembre) au Nil, près de Bejçous, à la tête de TAbou-Menegeh , et le 14 (5) à Boulâq j nous dûmes remettre au 28 ( ig) pour rattacher nos résultats au meqyâs sur le chapiteau de la colonne.
« Ces résultats sont exposes , avec les developpemcns nécessaires, dans les plans, le journal et l'ilincrairc de nos opérations , remis à l'ingénieur en chef. »
§. V. Reconnaissance de rétendue de Vinondation,
La crue de 1 800 , dont la hauteur a etë dq 1 4 coudées 17 doigts (24^^ 6^ 2'), était tiès-favorable, par sa grande élévation , pour juger de sa portée dans l'Ouady :
les renseignemens qui me parvenaieDt sur les progrès des eaux , me décidèrent à eu constater les effets. .
Le gênerai en chef Menoa , auquel )'avais soumis le résultat des opérations antérieures , était aussi très-ja* loux d'obtenir quelque preuve matérielle à l'appui de ce résultat : il me domia , en conséquence , les moyens d'ol^tenir cette vc'rificalion j et je retrouvai dans le général Lagrange, chef deTétat-major général , auquel il appartenait d'organiser cette expédition , le même empressement à seconder toute entreprise utile, quand il ne peut pas y concourir personnellemenL
M. Gratien Le Père fit un premier voyage , et partit du Kaire le 4 vendémiaire an ix ( 26 septembre lôoo)» avec une escorte de aS dromadaires. Ses instructions portaient de suivre TOuâdy, du côté du nord , où se trouve laucien canal, dy faire des sondes et d autres observations; mais, la digue qui établit la commUnica* tion de Belbejs à Sâlehyeh ayant été rompue, il se vit oUigé de suivre le côté sud de la vallée.
Le 8 vendémiaire (5o septembre) , les eaux n'étaient qu'aux puits du Râs-el-Ouâdy, et coulaient lentement. Tonte la vallée» depuis A'bbâçdi jusqu'à ces puits, avait l'aspect d une mer; et les diverses tribus d'Arabes qui rhabitent et la cultivent, s'étaient retirées sur ses bords. Pour ajouter à ces observations , cet ingénieur prolongea sa course dans le désert jusqu a Soueys , et revint au Kaire. .
Quinze jours s'étaient écoulés , et de nouveaux renseignemens sur les progrès des eaux nie décidèrent à les constater encore par moi-même. MM. Chabrol et De?il<
liers , qui m'avaient déjà seconde dans ks opécations
antérieures , m'accompagnèrent.
Nous partîmes du Kaire le i^^ brumaire (25 octobre) avec une escorte de dromadaires. Arrivés à la hauteur du MouqfTir , nous passâmes à l'antre hord du canal, où rinondation était réduite à la largeur de sou lit, pour constater par un nivellement la hauteur de Teau par rapport au repère de granit dont il a ctc question. Ce point le plus resserré de la vallée , oii il uy avait que trois à quatre pieds d'eau, était guéable pour les troupes qui effectuaient leurs mouvemens entre le Kaire et Sâlebyeh } ce qui augmentait alors de plus d*un tiers le temps nécessaire k ce trajet.
Nous avions bien pre'vu que cette crue extraordinaire lemplirait la partie cultivée de la vallée entre A'bbâçeh et le Rfts-el-Ouâdy, ainsi que cela a lien dans les plus fortes crues ^ niiais la digue transversale du Râs-el- Ouâdjr nous semblait suffisante pour arrêter Tinonda* tion. Cependant, soit que cette ^igue ait été rompue par la force des eaux , soit que les Arabes laient ouverte pour reverser dans la. partie basse la surabondance de la crue , qui , à défaut d'écoulement vers le Nil , pouvait retarder de plusieui-s mois la culture accoutumée de rOnâdy, rinondation devint générale, et se porta vers lest avec rapidité jusqu'au santon (Cheykh-Henady) , qui n'est distant que de onze à douze lieues du fond du golfe Arabique*
Nous continuâmes notre course , etnousremarquames la grande vitesse des eaux et la profondeur du lit qu elles avaient creuséi entre Saba'h-byàr et Chegrkh-Henàdy;
partie qui nous avait toujours paru prëseuler le plus d obstacles au rétablissement du canal, à cause du rapprocbement des duues. Nous résolûmes alors de revenir après la retraite des eaux , pour juger de reiïet de leur courant, dont la vitesse extrême, qui devait résulter d une pente considérable , nous fit soupçonner qu'elles pouvaient se porter vers le Ras-el-Moj eh ou dans les lacs amers. La connaissance que nous avions acquise antérieurement de ces lieux, sous leurs rappoits géologiques, donnait du poids à celte opinion : cependant, au moins à cette époque, les eaux étaient seulement répandues sur une étendue de quelques lieues carrées; et, comme elles semblaient devoir sVlever encore, nous restâmes persuades qu'elles auront dû se répandre dans le bassin des lacs. Satisfaits de ce que nous avions vu , nous nous portâmes vers les lacs amers, sur de nouvelles directions, pour en mieux connaître la forme et l'étendue.
Nous cliercliâmes aussi, mais en vain , sur leurs bords, les ruines d'un monument vues quelques mois avant par MM. Rozière, ingénieur des mines, et Devilliers, l'un de nos collègues , dans une course qu'ils firent de Soucjs dans l'istlimc. Ils avaient rapporte des fragmcns de granit, dont la sculpture et les inscriptions en caractères cludiformes persans semblaient rappeler les travaux de Darius pour la confection du canal. Nous desirions retrouver ces ruines, dont l'étendue est considérable, et en rattacher le site à notre topographie de l'isthme j mais nos rcclierches furent infructueuses : nous n'avons donc pu les placer sur notre carte d'après ces données si peu précises. Enfin , après avoir parcoiuu les hauteurs extrc-
mement arides et sablonneuses , à l'est des vestiges du canal , entre les lacs et le golfe , nous arrivâmes à Soueys le 7 au soir (39 octobre) \ Nous employâmes les deux jours suivans à revoir encore la plage au nord du golfe ; et nous observâmes , sur la croupe d'un monticule (pl. 11) , des vestiges d'habitations : nous en ferons une application raisonnée à rancienne Arsinoé, dans notre Essai sur la géographie de Fisthme. Nous fîmes un troisième voyage aux sources de Moïse , et d autres reconnais^ sances dans les environs du golfe , avec l'adjudant-gënéral Tarejrc , qui commandait alors à Soue3r8.
Nous pûmes enfin remonter au Kaire par la vallée de rËgarement : mais nous n'avions point de guide; et notre confiance reposait sur M. Devilliers , qui avait , en nivose an vm (janvier 1800) % déjà relevé la route et les défiles de cette grande vallée, dqiuis le Nil jusqu'à la mer Rouge. Le secours de noire boussole ne suffisait pas pour retrouver divers puits où nous devions faire de
* Vont «vkni triTtraé de non- •pceUio1«â*aiieactioBiiiittUire,s'op-
biens eamps d^Arabea de U triba pNOMient à rétendne de noe radier*
dea grands Terràbyns , à laquelle on diea, par h néeeant^ de ne pas trop
Tenait d^accorder an aaile , après sa noos séparer ; car nous n^étions alorâ
fuite de Syrie. Le grand- vizir, qui que trente hommes dans ces déserta,
ne pardonnait pas à ces Arabes les La tribu des grands Terràbyns,
aervices qn^ils araient rendus aux riche en bestiaux , possède encore
Français dans lenr expédition , lee 10 à 19,000 chameanx : elle est fwta
aYaitforoésà cette énûgratrao.Nont de Soo caraliers et d*nn plus grand
jetâniefsoirrentetiaTolontairement nombre d*bomniea mootéi à dro-
]a terreur dans plusieurs de ces madaire; sa population nous a para
camps : la fuite précipitée de ces considérable , et elle occupait cinq
Arabes, et des soupçons |ilus fondés À six lieues dY'leodoe sur le c6té
. sur leurs démarches, nous déler- sud de rOuâdy.
minèrent à enleyer no grand norabre * M. Girard, ingénieur en chef,
de chameaux qui nous parurent des- notre collègue, quittait dn Toj^age et
tinès ponr Tennemi. Ces petits évé- qui en dirigeait la marche, oomnmup
nemens, qui offraient tonjonia k quiMD rapport àrinatltntd'Éoipte.
Teau , et nous dûmes aussi les chercher assez Icmg-lemps : cependant nous partîmes de Souejs , et nous limes haUe aux sources dites el-Touâreq ( les routes ) , près desquelles nous passâmes la nuit. Le jour nous avait encore permis de reconnaître , au sud de ces sources , des vestiges analogues à ceux qui constituent laiguadc do celles de Moïse : actuellement encombrées par les saLIcs, ces sources ne peuvent suflire à une furie caravane, et l'eau, dcjà sauniâue, en est encore moins potable , à cause des roseaux et des végétaux qui sy troiiventen décomposition. On y voit des mamelons qui rappellent autant de sources d*oii étalent dérives de petiu aqueducs en mai^onncrie, convergens sur un aqueduc principal qui aboutit à im monticule de décombres au bord de la mer, où était la citerne de l'aiguadej celle-ci devait être d'un accès facile pour les batimens , vu sa proximité du rivage, où la profondeur d'eau est assez considérable.
La source d'el-Touâreq est à environ 5o toises cUi pietl de la montagne escarpée , et à 3oo toises du bord de la mer : h peu de distance, on voit un monticule couvert de débris de poteries de terre demi-vitrifiees, et de scories qui indiquent une fabrique de vases et de jarres à l'usage de la marine.
Le lendemain , nous entrâmes dans la vallée de TLgaremenl. Connaissant Tincertitude des géographes snr la position de Cfysma, que d'Anville place vers cette source, nous nous portâmes au sud-ouest de la route, espérant y retrouver les vestiges de cette ancienne ville j mais nous ne vîmes sur cette plage rien qui pût en rappeler l'existence. Le rivage y est couvei l de coquillages
très- va ries dans leur espèce, leur forme, leur volume, leurs couleurs et leur ëdat.
A quatre lieues du bord de la mer , nous allâmes reconnaître dans la montagne, au sud et à 600 toises GQviroa de la route, des Ibsses disposées pour recueillir et conserver les eaux pluviales, qui doivent y être très> abondantes en hiver , à en juger par l'aspect riant de la verdure qu'y eutretienuent les nombreux ravins qui sortent de la montagne et se prolongent dans la plaine : ces fosses peuvent n'être que les sources indiquées dans les cartes sous le nom de Beydâ, dù sans doute à la blancheur dn sol recouvert de sable , et qui a fait donner à cette partie de la vallée cf^lviiô! Ouâdj-Ramlyeh\
Nous nous arrêtâmes à l'entrée d*un défilé, ou la plaine qui le précède oRre beaucoup de végétation*. Nous entrâmes dans ce dëfîlé > c'est un chemia bas , de 5o a 60 pas de largeur» couvert de sable, de gravier et de végétation, dont la pente vers la mer Rouge, sur environ 3ooo toises de développement , nous a paru être de deux à trois pouces par toise : ce chemin est encaissé d'environ 5oo pieds dans le plateau qui domine la vallée ; ses deux bord» ont une inclinaison de 40 à 5o degrés :des inflexions nombreuses offrent une correspondance si frappante des reiitrans aux saîUans de ce défilé, qiiil semble avoir été taillé par la main' des hommes.
* Oest'à'-dîre la vallée mblon- ges pour faire des essais de çharbon Deuse. propre à la labrica lion d e la poodre ;
* Nous trouvâmes nne espèce de nous coupâmes dix A douze (jam* bois dont le directeur des poudres taux de ce bois, que nous iraosporet salpêtres, M. Cbampy, nous avait tâmes au Kairc, et dont on se servit prié de lui rapporter ^elques char- avec succès.
Après une heure de marche, nous débouchâmes dans la plaine supérieure, qui présente un désordre imposant d'escarpemens , de ravins et d'affaissemens :1a formation de ce deTile' nous paraît devoir être re'sultee d*un déchirement du plateau par un affaisscnvent , Ici qu'en produisent communément les tremblemens de terre 5 car on ne peut pas attribuer au ravinage des eaux pluviales et torrentielles l'ouverture de ce défilé. Nous remarquâmes des masses considérables, calcaires, entièrement composées de coquillages et de pétrifications marines mêlées de gypse très'pur ; et nous ne concevons un amas semblable de coquillages, qucn supposant qu'ils auront été successivement accumulés dans le fond d'un lac ou du lit d'un bras de mer, dont l'étendue se sera toujours réduite et concentrée jusqu'à leur entier dessèchement. Nous marchâmes fort tardj et, comme nous avions perdu les sentiers battus, nous n'eûmes long-temps d'autre guide que les étoiles, dans cette vallée de trois à quatre lieues de largeur sur trente de longueur, du Nil à la mer Rouge : cette vallée a donné lieu à des observations géologiques , dont les naturalistes qui l'ont visitée exposeront l'intérêt. Nous nous sommes dirigés sur le Grajbown , pic dont la forme conique et saillante est très-remarquable, et dont le grès rouge qui le compose reçoit de la lumière un grand éclU : c'est vers cet endroit que se trouvent le point culminant de la vallée et un vaste plateau cii les eaux de pluie semblent se partager pour couler par les ravins, en sens contraire, vers la mer Rouge et le bassin du Nil.
Le lendemain , nous cherchâmes long-temps les puits
go MÉMOIRE SUR LE CANAL
des Gandelj : nous les trouvâmes enfin j mais ils étaient à sec. Ces puits consistât dans des fosses de huit à dix pieds de profondeur 5 ils se trouvent dans un petit vallon très-boisé, et dont la v^ëtation , par sa vigueur, atteste q[ue les eaux pluviales y séjournent pendant une grande partie de Tannée. On pense que ces puits ne tariraient pas, s'ils étaient plus profonds, moins exposés à Tardeiir du soleil, et si l'eau en était retenue par des parois en maçonnerie : ils ne deviennent, au reste, nécessaires aux voyageurs commérçans , (ju*autant que des circonstances obligent les caravanes k éviter la route ordinaire des pèlerins {Derb-el-Hâggj), et à suivre celle de la vallée de TÉgarement, pour se Tendre à Soueys^ ils sont plus ordinairement Aitiles aux Arabeâ , les petits Terrâbyns qui occupent la vallée, et à ceux qui , devant éviter les bords <lu Nil et le Kaire , se rendent de la haute Egypte en Syrie. C'était un point de passage des Mamlouks de Mouràd-bey , pour leur communication aVjBC Tannée du vizir eu Syrie.
En quittant les Gandely, nous traversâmes une plaine unie, sablonneuse, et d'un aspect sauvage : après trois lieues de marche, nous gagnâmes le site des petits Terrâbyns, où de nombreux ravins, couverts de plantes qui fournissent un fourrage abondant, présentent le contraste le plus piqu avec laridité du désert Toujours occupés de lexamen géologique et topographique de
* La prise de quelques chameaux eussent traité des premiers avec les
chargés de grains, qu^on pouvait Français, auxquels ils ont été sou-
cnMre dfMlioés pour Tarmée dn viiir, Teot trêa-olîlM pour les cooToii par
fatonDOUTean motif de soupçonner caravane; mais rintéréi les ayail
riiifidélitédeces^Arabes,qQoiqQHIs 'sans doute déterminés & porter en
celte vallée, nous franchîmes un nouveau défile, moins profond cependant que le premier, et nous arrivâmes à Baçâljn , où notre présence causa des alarmes. Ces petits événemcns avaient quelquefois un effet fâcheux pour ces Arahes , trop souvent compromis par la conduite de leurs chejkhs, qui, cédant toujours à leurs intérêts, servaient également tous les partis. Nous manquions deau, n*ajant pu en faire aux Gaiidelj ; mais nous retrouvions le Nil, et sa riante vallée, dont l'aspect, en sortant du désert, paraît toujours délicieux. Nous avions fait plus de cent lieues dans cette dernière tournée, dont l'objet était si heureusement rempli; nous rentrâmes au Kaire le 11 brumaire (2 novembre 1800).
Cependant nous n avions encore sur la topographie entre le Kaire et Belbeys, que des reconnaissances imparfaites, mais qui avaient suffi pour le nivellement; voulant donc lui donner le même degré d'exactitude, nous chargeâmes M. Devilliers de ce complément du travail : cet ingénieur , auquel j'adjoignis M. Viard , élève, commença ses opérations le i5 nivose (5 janvier 1801 ) , et les termina le 5o (20).
Une autre course que nous ajournions au printemps , eût été extrêmement intéressante, à cause de la retraite des eaux , qui ont dû laisser des repères précieux de leur élévation dans tout le cours de l'Ouâdy et dans le cœur du désert ; mais les événemens postérieurs nous ont pri-
Syrie des grains dont la vente leur prévaloir, en cas d^événemcnt , f iaassurait de grands bénéfices ; coa- à-vis du grand-vizir, duite dont ils pouvaient encore se
yés de la satisfaction que de semblables résultats devaient nous donner. *
Nous devons avouer que notre zèle eût elé infructueux dans ces opérations et toutes celles auxquelles le service a donné lieu pendant tout le cours de Texpédi* tion (trente-neuf mois), sans la bienveillance qu'ont montrée constamment MM. les officiers généraux , et sans la part qu y ont prise les ofBciers des divers détachemens charges de protéger nos marches. Sous ce rapport , les travaux littéraires de la Commission des sciences et arts y ainsi que ceux des ingénieurs , appartiennent aussi à Tarmée d'Orient',
Gefutauretour démon dernier ToyagedansFOuâdjr, que j'adressai au général Bonaparte, qui était alors en France^ le rapport dont nous donnons ici la transcription. .
» Quant aux opérations relalires profession, semblait devoir appréau canal des deux mers, nous de- cier encore daTaaUgoriotéréidenos
vons au général Reynier, plus par- opéraiious.
ticulièremcat, la satisfaction de les Nous ue prétendons pas dislri- «Toir heureusement tcrmiiiéei; nom Imer ici dei éloges qui n'ajoutelui ofiBroos de témoignage de notre raient rien à à^autret titres plus glo* recenniâssanoe pour l'intérêt qu^ riens» mais seuleoient payer nn y a pris «'et pour les secours que juste trd>ot de recmuiaissance; et nous avons trouvés dans la connais- cVst dans celte vue seulement que sance qr^il avait acquise de cette nous citerons encore MM. les offipartie de TEgypte , où il a plus cons- tiers généraux du génie , Caffarelli , taminentcommandé.LegéoéralRey< Sanson et Bertrand, pour tous les nier, qui , avaot d*cin]»r«BBer la car- services que nous en avons re^ rière militaire dans la ligne, avait dans le cours entier de nos travaux tcqois les connaissances de notjre ot de nos opérations.
§• VT« Rapport de Vingémeur en chef, directeur général
des ponts et chaussées , au premier consul de la république française.
Au Kaire, le i5 frimaire an ix (6 décembre x8oo). CllTOYEN PREMIËR COIiSUL,\
cr Témoin du vif intérêt que vous aVes montrë dans la reconnaissance des vestiges de laDcien canal de Soaejrs, dunrge par des instructions spéciales d'ajouter à cette première reconnaissance des résultats géométriques , et de vérifier par des nivellemens la possibilité de rétablir la communication des deux mers, j'ai constamment fait naître et saisi les occasions d'accroître mes recherches, et de remplir cette tâche importante que vous m'avez coqfiée.
cr Les evcnemens qui se sont si rapidement succèdes, ont rendu le travail long et pénible^ mais les ingénieurs Gratien Le Père, Saint-Genis, Qiabrol et Févre, appelés à y concourir plus particulièrement, ainsi que MM. Favier, Dubois, Devilliers et Duchanoj , m ont si bien secondé, que j ai pu enfin le terminer*
« Je dois beaucoup encore au zèle éclaire' des officiers généraux qui commandaient dans cette partie de rÉ^ypte; car les monvemens de l'ennemi nous ont aussi contraries, en nous faisant quelquefois rétrograder, et suspendre nos opérations.
« A l'époqueoù révapuation était près de s'effectuer,
3 espérais, citoyen premier consul, vous porter ce travail, que je croyais complet, quand la crue cxtraordiuairement abondante de cette année vint encore y ajouter une preuve heureuse et matendle de l'exactitude de nos résultats.
ir J*ai vu , dans une reconnaissance récente, que le Nil s*est répandu dans l'Ouâdy (la vallée) ; qu*il a frandbi la limite ordinaire de sa portée^ qui est de huit à neuf lieues au nord-est de Belbeys 3 et qu*en ouvrant la digue qui fixe cette limite , il s'est répandu vers Test jusqu'à lextremite de TOuâdy et près des ruines du Serapeum qu'on trouve au nord du bassin des lacs amers.
f( Dans cette crue , qui était de deux coudées ( 5^* 4*^ ) plus forte que celle de l'an viii ( 1 799) , le Nil a porté des eaux en ti^grande abondance à douze lieues de Soueys , et à quatre lieues seulement de la pointe nord du lac Meozalehy au Ràs-el-Moyeh , qu'on est obligé de doubler pour se rendre de Sâlehydi à Qatyeh , quand la route directe est fermée par Tinondation.
« La possibilité de verser à peu de frais les eaux de la mer Rouge dans les lacs amers, dont le sol , dans la partie centrale, est de plus de 5o pieds au-dessous de la haute mer, nous est également démontrée.
(c La connaissance acquise des localités facilite aujourd'hui la lecture du texte des auteurs anciens sur rétendue, la direction et lusagè de ce canal, et sur les changemens opérés par les souverains qui én ont successivement tenté ou effectué le rétablissement: les derniers appartiennent aux Arabes, qui, par l'ordre d'0*mar, jetèrent le canal du Prince des Fidèles, ou de Trajan ,
dans l'ancien canal des Rois vers A'bbaçeh , de manière à pouvoir naviguer du Kaire à Soueys , dont le trajet pouvait être de cinquante lieues. Le nivellement comporte cette étendue , et on l'a prolonge' de quinze autres lieues jusqu'à la Méditerranée, près de l'ancienne Pe'luse, ])0ur connaître le niveau respectif des deux mers ; il a elc' rapporte à la colonne du meqjâs, qui donne la mesure des crues du IN il; et enfin ou l'a rattache', en nivelant , sur une ligne transversale de la vallée du Nil j à un repère invariable , pris à l'angle nord-est du rocher sur lequel repose la grande pyramide.
« Plus j'y ai re'flëchi, citoyen premier consul, (et j'apprécie toutes les consc'quences d'une opinion hasarde'e), plus je me suis convaincu que le rétablissement du canal ne pre'sente aucune difficulté majeure : au moyen d'e'cluses, ouvrages d'invention moderne, on pourra profiter plus avantageusement des eaux du Nil pendant toute la durée des crues, quel que soit le niveau variable de ces eaux par rapport à celui de la mer Rouge, e'galement variable par l'effet des mare'es; c'est dans cette considération que je vois les difficulte's qui durent essentiellement contribuer à l'abandon de cette navigation chez les anciens.
« Je pense qu'une bonne administration doit garantir l'entretien du canal, qui exigera des soins sur quelques points de son cours , à cause de sa proximité' des dunes , dont la formation est due à la mobilité des sables du désert. Il est encore des considérations secondaires, dont l'analyse fera l'objet du mémoire que je produirai à l'appui des plans et détails qui y sont relatifs; mais
c'est à Paris seulement qu'il est possible de faire graver les cartes et d'obtenir le complément des données nécessaires à une rédaction définitive.
<( Dans une spéculation politique et commerciale de cette importance, la dépense qu'exigera le rétablissement du canal , semble être le dernier des obstacles; car, dût-elle monter de 25 à 5o millions , quel intérêt ne doit-on pas se promettre de ces avances , si elles ont pour objet le retour des ricbesses et du commerce de l'Inde * par sa route primitive et naturelle?
« Les frais d'entretien pourraient être encore avantageusement couverts par la mise en valeur de beaucoup de terres incultes dans l'Ouâdy , par les péages et autres droits éventuels. Mais je crois, citoyen premier consul , que le rétablissement du canal des deux mers est nécessairement soumis à l'état présent de la navigation du golfe Arabique : cependant je ne doute pas que, d'une part, une politique ombrageuse, et, de l'autre, l'impéritie des marins du pays, n'aient beaucoup exagéré les dangers de Cette navigation. C'est donc aux navigateurs instruits à résoudre celte question préalable, après l'avoir considérée par rapport au temps et à la durée des moussons , et aux difficultés de la navigation de ce golfe'.
« Le port de Soueys est d'ailleurs susceptible d'être
* Ces travaux n^xigeraient même * On verra plus bas que cette
aucun sacriBce de la part du gou- question est résolue d^une manière
verncnicnt; car il suffirait de coq- avantageuse dans notre parallîlc de
céder les terres susceptibles de cul- la navigation de France dans l'Inde
ture dans la basse Egypte, cl qui par le cap de Bonnc-Espcrance et
peuvent acquérir une valeur fou- parla mer Rouge, faisant suite au
cièrede plus de deux cents millions, périple de cette u>er.
amélioré j qiiel que soit Fetat dabaudoa qu*il ait éprouvé j etc. , etc. »
Sigjîé Lb Pere.
§. VII. Analjse des opérations de topographie et de
uiyeHement,
On a vu qu'avant de commencer le nivellement du canal, nous nous sommes occupe's, pendant les douze jours que nous avons passe's à Soueys , d'une opération préliminaire et essentielle à notre travail : il fallait , en effet, nous assurer du niveau de la mer Rouge, auquel nous devions toujours comparer celui des différentes parties du canal , pour bien juger ce qu'il avait été autrefois , et ce qu'il pourrait être encore un jour. Comme on n'avait point d'observations de marées d'équînoxe, c'était une circonstance favorable que de pouvoir observer les mouvemens delà mer pendant une sjzjgie de la lune, qui se trouvait alors dans son périgée; les vents qui régnaient du sud , concouraient encore à porter la marée dans le golfe : ainsi , quoiqu'on ne fût pas encore à réquinoxe, on avait des motifs suffisans pour considérer la marée du 5 pluviôse an vu (24 janvier 1799) comme répondant au maximum de l'élévation de la mer Rouge, et juger de l'effet que celte mer aurait pu produire si les anciens lui avaient ouvert une décharge à travers l'isthme qui la sépare de la Méditerranée.
Le même jour, au moment où l'on observait à Soueys l'établissement ' de ce port , on repérait à la tête
■ Établissement^ heare du pleio de la mer, les jours de Douvclle et de pleine lune , dans un port.
et dans le lit même du canal la laisse de haute mer; et c*est de ce repère que nous sommes partis pour faire le nivellement*.
Quoique l'art du nivellement ne demande que des connaissances élémentaires degcomctrie, il est toujours vrai qu'il exige encore dans ses applications une certaine habitude, et surtout une atlcnlion sévère et continue, qui prévienne la moindre distraction. Ceux qui ont fait des nivcllemens de quelque importance, ont du se convaincre qu'il est possible de commettre de ces erreurs qui ne laissent souvent après elles aucune trace qui les décèle, elles peuvent naître de l'instrument, de l'observation, de la manœuvre des mires, de la lecture des résultats sur ces mires, de leur inscription sur le registre, et enfin du calcul pour le rapport des cotes au plan de comparaison : est-il une source d'erreurs aussi considérable dans toutes les autres opérations qui exigent l'emploi des instrumens? Un doute est un motif suffisant pour reprendre l'opération jusqu'à son origine; aussi plusieurs fois n'avons-nous pas hésite de remonter à plus d'une lieue pour dissiper des doutes de celte nature : ayant fait deux fois le nivellement du Mouqfar à Saba'h-byâr, dont la distance est de ^o/^o mètres, nous n'avons trouvé dans les deux résultats qu'une différence d'un pouce et demi; différence qui, répartie sur les onze coups de niveau entre ces deux points, donne seulement une ligne 3 pour chacun d'eux.
' C'est au-dessus ilu même point plan; celle de ce point de départ
que Ton a supposé le plan horizon- est de i5o pieds supérieure A la
tâl de comparaison, auquel on a rap- pleine mer. porte toules les cotes inscrites au * . '
Cet aveu fait assez voir combien nous avons dû mettre de soins pour nous affranchir de toute espèce d'inquiétude, et pour acquérir dans nos résultats la confiance que nous voulions nous-mêmes inspirer. Celle • opération était longue et pénible : néanmoins elle devait être accélérée par diverses considérations ; car les ennemis faisaient de fréquentes excursions , et l'isthme pouvait devenir le théâtre des premières actions : raclivit(; était encore nécessaire à cause de nos escortes , qui, placées au cœur des déserts, y éprouvaient tous les besoins, et ne recevaient que de mauvaise eau, que nous ne pouvions même leur distribuer qu'avec une sévère économie.
L'importance et les difficultés d'une semblable opération , qui n'a pu être vérifiée par une seconde, nous font donc un devoir de rassembler sous un seul point de vue toutes les circonstances qui peuvent en établir et attester la précision. Pour remplir toutes ces conditions d'exactitude et de célérité , nous nous sommes assujettis a une marche simple et constante. L'ingénieur attaché au niveau prenait, à chaque station, les résultats recueillis par deux autres ingénieurs qui dirigeaient le maniement des mires d'avant et d'arrière , et tous trois se les communiquaient respectivement à chaque coup de niveau.
L'ordre du registre était tel , qu'au moyen d'une addition ou d'une soustraction on savait , à chaque station , les hauteurs respectives du terrain pour chacun des points sur lesquels on avait opéré; elles s'y trou- ' vaient comparées à la haute merde vive-eau, repérée à l'embouchure du canal à Soueys. Enfin un quatrième; ingénieur relevait au graphomètre tous les points de
loo MEMOIRE SUR LE CANAL
statiop , et formailla topographie de la partie de Tisthme qui devait se rattacher aux lieux dëjà déterminé par les observations astronomiques du Kaire, de Belbejs, et des bouches du Menzaleh. Mais le succès de ce travail dépendait encore de la bonté de Tinstrument que nous devions y employer.
L'avantage essentiel de celui dont nous nous sommes servis, c*est qu'il se vérifie par lui-même à chaque opération, de sorte qu'il n'apporte aucune erreur dont, pour ainsi dire, il n'avertisse en même temps : telle est Futilité qui r&ulte du système des deux lunettes de cet instrument. En effet , à chaque station , après l'avoir posé entre les deux mires, la bulle étant de niveau et les deux lunettes croisées en sens contraire , on fixait avec lune la mire d'avant, et avec l'autre celle d'arrière; ensuite on retournait le niveau; et il suffisait qu'une des deux lunettes rencontrât le même point de la mire que l'autre venait de de'terminer, pour que rinstitiment fût vérifié : s'il avait éprouvé quelque dérangement, on le k'ectifiait.
Toutes ces conditions étant remplies , on était sûr du coup de niveau donné , pourvu qu'il n'y eût pas de&ute dans la manœuvre des mires, ou d'erreur Aaps la lecture des cotes indiquées ; aussi les avons- nous constamment suivies et observées nous-mêmes : mais il fallait encore qu'elles eussent été vues bien nettement avec les lunettes; et cette condition essentielle, jointe à 1 impossibililc de bien s'entendre à de grandes distances et de franchir les inégalités du terrain , devait fixer la portée de nos coups de niveau. Cette portée a communément été réduite
DES DEUX MERS. loi
entre 5 et 4oo mètres : plus loin , la vue était troublée par les fortes ondulations que faisaient e'prouver aux lignes de graduation de nos mires les vapeurs qui existent toujours dans les parties basses de l'atmosphère 3 et ce n'e'tait que pendant les trois premières et les deux dernières heures de la journée, ([ue nous pouvions aisément nous étendre jusqu'à 600 mètres de chaque côle. Enfin , d'après cet état de choses, nous n'avons jamais pu niveler plus de deux à trois lieues par jour ' ; et cette limite de la portée de nos stations est la première et la principale cause des obstacles physiques que nous avons rencontres.
Une autre cause d'erreur qu'il importait aussi d'éviter, c'était la refraction ; phénomène si difficile a bien apprécier, lorsqu'on veut avoir égard aux variations produites par les changemcns de température et la différence des distances où l'on observe : le moyen le plus simple et le plus sûr de remédier à ces inconveniens était de placer toujours le niveau à des dislances égales des deux mires. On verra, dans le registre du nivellement, que nous avons rigoureusement suivi cette loi dans notre premier voyage, quoique les inflexions du canal et les accidens du terrain , toujours assez sensibles à de grandes distances dans le désert le plus uni , nous forçassent , ou à les resserrer considérablement après les avoir mesure'cs , ou à poser et déplacer l'instrument à plusieurs reprises;
' Les nivellemens portant un dé- âc loo jours. Nous désirions faire la
Trloppcnicnt de 60 lieues, entre le vcriGcaiion de celLc grande opéra-
Kaire , Péluse cl Soucjs , n'ont exige lion , que nous aurions pu cffcclucr
«pe 25 jours de travail effectif ^ mais en un mois , dans un temps où Ton
les reconnaissances, les contre-temps eût été affranchi des difGcultés in-
ct les marches rétrogrades ont porté séparablcs de l'état de guerre, ce temps, pour six voyages, à plus
ce qui apportait des lenteurs toujours pénibles dans des marches aussi difficiles^
Mais dans le second voyage, et surtout dans le iroisième, où des incidens de toute espèce nous ont fait craindre de ne pouvoir jamais achever notre entreprise , nous avons etë obliges d'abandonner assez souvent cette méthode in£ûUibie, mais trop lebte, et nous nous sommes plusT ordinairement arrêtes aux positions déterminées par le relief du terrain que nous devions franchir, pour ne pas trop multiplier les stations et pour leur donner plus de portée'. Cependant nous n'avons cédé à ces considérations qu avec circonspection , n'admettant jamaisdes diiiérencesdedistauoes trop considérables : audelà de 5o mètres ) leur nombre est de plus en plus rare; et quelquefois seulement elles ont surpasse loo mètres.
Ainsi, qùelle que soit la différence de dialenr de ces climats par rapport au nôtre , nous avons dû la regarder comme inappréciable dans celle de la refraction , en y appliquant, comme nous Tavons fait, les corrections des tables dressées d'après les expériences et observations faites en £urope. D ailleurs, cette différence de température est bien moins considérable dans la saison où nos opérations ont ete faites^ l'hiver et lautomne des années vu et vin (1798 et 1799).
Au retour de la dernière, nous avons voulu faire an Kaire des expériences sur la réfraction , afm de la corri-
" Le nombre des stations où les à la Mécliierranéc, sur un tïévclop-
eoiips de niveau d^avaot et d'arrière peinent de i8o,852 mètres (92,790
ont porté mr de* diataDoef inégilct, toises ) , équivalcns à 40 lîeiM0 1 àt
«•i de Sqv Mr lei 34^ «uquellcs a 3aS3 loiiea. donné fieu le nWdlement de Sourys
DES DEUX MERS. io3
ger d'après des observations particulières à cette latitude j mais la tempe'rature s'est trouvée trop peu élevée, et les résultats que nous avons obtenus, trop peu sensibles pour les pre'fe'rer à ceux des tables que nous avons adoptées.
U faut encore considérer que les quantités que nous pouvons avoir négligées en prenant ce parti , ne s'accumulent pas, mais, au contraire, qu'elles se compensent d'elles-mêmes, puisque ces inégalités de distances doivent avoir lieu tantôt en avant et tantôt en arrière. Et en effet , après avoir calculé avec soin les différences du niveau vrai au niveau apparent pour ces mêmes cas , et avoir combine' ces corrections avec celles dont nous venons de parler, la dernière cote, celle de la mer Rouge, que nous avions déjà déterminée sans y avoir égard, na varié que de o^^ i° 9'. Ainsi, en admettant que cette variation dût être de six pouces , c'est-à-dire qu'il y ait eu une erreur plus que triple dans la correction , l'auto d'avoir exprimé dans le calcul toute Tintensité de la réfraction , ce maximum d'erreur est peu considérable pour une opération si étendue; et c'est sans doute un résultat satisfaisant, quedc pouvoir garantir, à moins d'un demipied près, la différence du niveau des deux mers.
Enfin, la confiance que nous avons dans ce résultat, est motivée sur les précautions que nous avons prises dans le cours des opérations, sur le choix des ingénieurs qui ont successivement opéré , et sur la justesse de l'instrument dont nous nous sommes servis. Nous allons donner, dans le tableau suivant , l'extrait du journal du nivellement pour les principaux points de l'isthme, et passer à l'examen de ces résultats.
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