‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 3)Chapitre 60 sur 95 · PLANCHE II · texte numérisé non relu

PLANCHE II

FlG. I, 2, 3. FOUR A POULETS.

Ce four , composé de vingt-quatre chambres et de vïngt-quatre

fourneaux , a été dessiné au kaire par M. Conté , et c'est l'un des plus grands de cette ville. La figure i est le plan du four pris à deux hauteurs: le bas représente les chambres inférieures, et le haut, les chambres supérieures ou fourneaux. L'échelle est double de l'échelle ordinaire des plans.

La figure 2 représente une coupe transversale faite sur la ligne DE du plan.

La figure 3 est une coupe longitudinale brisée, faite sur les deux lignes AL, I) C. k première partie de la coupe fait voir l'intérieur de la galerie, les portes des chambres inférieures où l'on met les œufs , les portes des fourneaux qui sont au-dessus , enfin les niches qui se trouvent entre ces dernières ; on voit en coupe les rigoles où les poussins viennent prendre la nourriture (voyez fig. 2), et les petits massifs circulaires placés entre les rigoles. La seconde p0ie de la coupe fail voir l'intérieur des chambres.

Il faut consulter le Mémoire de MM. Roziere et Rouycr sur les fours à poulets , pour connaître en détail la disposition des fourneaux et les opérations qui s'y pratiquent.

FlG. /M 5 , 6. FOUR A CHAUX.

C'est principalement auprès de Bâb el-Nasr que la chaux se fabrique au Kaire. La pierre se tire de Gehel eî-Gyouchjt derrière la citadelle : on choisit celle qui est d'un grain homogène et sans

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4oo ARTS ET MÉTIERS,

coquilles numismates , et on la casse en petits fragmens. Les fours sont chauffés de bouz ou de roseaux ; on y entretient le feu pendant deux jours et une nuit : avec cinq cents bottes de bouz, on peut cuire une fournée de cent cinquante qanidr de chaux*.

Le bouz se paye de sept à dix parats la botte ; une charge d'âne en fait huit Le qantar de chaux ordinaire ou de g/r beladj, c'està-dire chaux du pays, se vend trente-cinq à quarante parats; la chaux du plus beau blanc , que Ton appelle gjr soultdny, se vend à la couffe , et une couffe coûte vingt-cinq parats. Cette chaux fine est' d'un grand usage dans l'intérieur des appartenons, et leur donne un blanc magnifique.

Il y a quatre fours à Bâb el-Nosr, et deux fours dans d'autres quartiers duKaire.

La gravure faite d'après le dessin de M. Conté , ainsi (nie les figures suivantes, représente un four d'assez grande dimension. L'intérieur du four a deux mètres8 de long sur un et un quart de large : sa forme est un parallélipipède arrondi sur une fàce ; il est ouvert au sommet dans toute sa largeur.

La figure 4- est le plan du fourneau. La figure 6 est l'élévation , qui présente, en bas, l'entrée du foyer, et une rampe douce à droite et à gauche , pour conduire à l'enfoncemen^ratiqué sur le mur extérieur ; il y a dans cet enfoncement une ouverture circulaire pour voir dans le fourneau , et pour retourner la pierre à chaux. La figure 5 est la coupe totale du four , où Ton voit la rampe qui descend au foyer et l'une des deux rampes montantes. Les massifs de maçonnerie qui environnent le fourneau , renferment quelques distributions.

1 Le qantàr équivaut à environ * I/échelle de la figure 4 et celle quarante-quatre kilogrammes ou de la figure 7 sont (Tun centimètre quatre-vingt huit livres poids de pour mètre, et non telles qu'on les marc. a gravées sur la planche.

PLANCHE II. 4oi Ce genre de four est analogue à ceux de Lorraine et d'Alsace , appelés à grande flamme. On n'y établit pas des lits successifs de pierre et de combustible comme dans les fours coniques ou à petit feu; mais la pierre se charge dans le four au-dessus du bombement que Ton voit dans la coupe , et le combustible est introduit par le pied du four.

A Foueh, dans le Delta, on fait calciner la chaux dans des Fours de brique ayant la forme d'un cône renversé , peu évasé , avec une bouche en avant , c'est-à-dire de la môme forme que les fours à chaux ordinaires de la Flandre et de plusieurs autres provinces ? forme qui est reconnue pour la plus avantageuse.

FlG. 7, 8. FOUR A PLATRE.

Il y a au Kaire plusieurs fours à plâtre, principalement près de Bâb el-Cha'ryeh, dans le quartier nommé Gablâseh, de çibs qui veut dire plâtre. La pierre à plâtre vient de Bayâd près de Bcny- Soueyf , où elle s'exploite à ciel ouvert , et aussi d'Klouân en Arabie : un petit bateau chargé coûte deux piastres ; un bâtiment de cent soixante ardeb de pierre à plâtre coûte, arrivé au Kaire, vingt-cinq sequins. La pierre d'Elouân est blanche , celle de Bayâd est rougeâtre.

La gravure représente un des fours que j'ai vus dans le quartier de Bâb el-ChaVych. Le four est de forme circulaire et voûté en plein cintre : son diamètre est de quatre mètres environ ; par conséquent, sa hauteur est de deux mètres. Il est composé de deux parties ou étages : le supérieur, où l'on met la pierre à plâtre; l'autre , où se place le combustible. La figure 8 est une coupe sur la ligne AB du plan, lequel est pris à la hauteur de Taire du four; la bouche pour le tirage est du côté B. Il y a deux portes , pour É. M. xii. 26

4oa ARTS ET MÉTIERS,

introduire la pierre , et pour la retirer quand elle est culte ; on les tient fermées pendant l'opéra tion. Au sommet du four, est une ouverture pour l'échappée de la fumée , large de quatre décimètres ou quinze pouces. Le plan et la forme du cendrier sont d'une bonne disposition. Ces fours à plâtre diffèrent tout-à-fait de ceux des environs de Paris, et sont mieux disposés pour l'économie du combustible. Les vapeurs du plâtre , que l'on sait être malsaines , sont aussi beaucoup moins abondantes dans les fours du Kaire , et moins incommodes que dans les nôtres , quoique les premiers soient placés au milieu de la ville.

On réduit la pierre en morceaux d'un décimètre (quatre à cinq pouces), et l'on dispose ces morceaux de manière à laisser dans le milieu un conduit vertical , qui traverse le tas dans toute sa hauteur ; ce canal répond à l'ouverture supérieure. On allume et on entretient le feu avec des tiges de dourah et de roseaux. L'ouvrier qui arrange la pierre dans le four, gagne cinquante médins par fournée ; et ceux qui entretiennent le feu , trente médins.

Le feu reste allumé trois heures ; mais on ne retire la pierre qu'au bout d'un jour. Quand elle est cuite, au lieu de la faire battre à bras d'homme, comme on fait aux environs de Paris , on l'écrase dans un moulin, sous une meule en granit. Cette méthode est exempte des inconvéniens attachés à la nôtre , qui est vraiment barbare; et elle mériterait d'être empruntée aux Égyptiens, autant pour l'économie du procédé , que pour la santé des ouvriers. Le moulin est mu par des bœufs , qui se relayent de quatre en quatre heures. Il faut deux à trois jours pour moudre le plâtre d'une fournée.

L'ardeb de plâtre pulvérisé, composé de six sacs, se vend cent trente-deux parats le plâtre d'Elouân , et soixante parats celui de Bayâd ou plâtre commun. Le premier prend le nom de gibs soul-

PLANCHE IL 4o3 tânjr : ce plâtre est très-fin et très-blanc ; on s'en sert pour enduire les murailles , les coupoles , etc. Il est si fin qu'on peint habituellement dessus , sans autre préparation , des fleurs , des fruits et divers dessins dans le goût arabe.

Le moulin à plâtre du Kaire présente une disposition digne de remarque. On sait que le plâtre , s'il n'était que frappé et battu , ne se réduirait pas en poudre ; il faut pour cela qu'il soit broyé et trituré, comme il arrive pour le sel ammoniac. Pour que la meule puisse écraser le plâtre , on lui a donné la forme d'un cône tronqué , dont la plus grande base est du côté de l'axe du moulin. Il en résulte que chaque point de la petite base a plus de chemin à parcourir dans le même temps , que le point correspondant de la grande ; ce qui ne peut se faire que par un mouvement de translation , qui est simultané avec le mouvement de rotation pour tous les points de la surface du cône. Cette surface , en tournant sur l'aire qui est aussi conique , produit donc deux frottemens ; savoir, celui de la seconde espèce qui sert à piler le plâtre , et celui de la première qui fait que le plâtre est écrasé et broyé. (Voyez la planche XXVI.)

E. Jomard.

FlG. 9, 10, II. FOUR A POTERIES.

La figure 9 représente le plan d'un four du Kaire , de forme elliptique, et composé de deux étages. L'étage inférieur est du côtéB. * «

La figure n est l'éïévation du four, prise du côté B du plan : en bas , est la porte du foyer ; en dessus , est une ouverture pour voir dans le four.

La figure 10 est la coupe prise sur la ligne AB du plan; elle montre la manière dont sont disposés les deux étages du four.

4o4 ARTS ET MÉTIERS.

C'est dans le supérieur que Ton met les pièces à recuire : les poteries y sont entassées Tune sur l'autre , jusqu'à cinq à six décimètres de hauteur.

La terre dont on fait usage dans les ateliers du Kaire, se tire de Basâtyn et Deyr-el-tyn, villages placés au sud du Kaire, et qui doivent leur nom à l'espèce d'argile , appelée tyneh, qu'on vient y recueillir. Cette terre est principalement formée du Hmon du Nil ; elle est mêlée d'un sable fin , que les vents de l'est y apportent de la vallée de l'Égarement , près de l'embouchure de laquelle est situé le village de Basâtyn. Quand deux inondations ont séjourné sur la plaine , la terre est bonne à exploiter pour cet usage. Outre les bardaques ou vases réfrigérans , qui forment la plus grande partie des pièces qu'on fabrique , on fait, avec cette argile , suivant le degré de finesse , diverses pièces , telles que des jattes , des soucoupes, des fourneaux de pipes, etc. On n'entre pas ici dans de plus grands détails sur les poteries (TÉgypte, parce qu'elles feront l'objet d'une description particulière.

FlG. 12. TOUB DU POTIER.

La figure 12 représente le plan et l'élévation du tour du potier. Le procédé du tour incliné dont on se sert aujourd'hui , était aussi • en usage parmi les anciens Égyptiens ; ce n'est pas la seule pratique simple et ingénieuse conservée de l'antiquité. L'axe du tour passefcdans une pièce de bois perpendiculaire à sa direction , et par conséquent oblique à l'horizon; une autre pièce, dirigée dans le même sens , est jointe à la première par une traverse où est accoté l'ouvrier : celui-ci fait tourner la roue avec le pied , sans se servir d'un bâton pour donner l'impulsion à la roue, comme on le lait dans nos ateliers. L'inclinaison du tour a cet avantage , que

PLANCHE n. 4o5 le mouvement s'entretient facilement par le poids de la roue, qui tend sans cesse à la (aire descendre. Il y a des tours où l'ouvrier est assis 7 comme je l'ai vu à Edfoû , dans la haute Égypte. On a représenté dans la planche xxii , l'intérieur de l'atelier du potier.

FlG. l3, l4, l5, 16. FOUR A VERRERIE.

La figure 10 représente le plan d'un four à verrerie, de forme carrée. Ces fours s'appellent, en arabe, maymal qezâz : on les chauffe avec des roseaux.

La porte du foyer est en À; c'est par une espèce de rigole , indiquée au trait sur le plan , que la flamme arrive. La matière est en fusion tout autour de cette rigole. En dehors du four , sont trois murs à hauteur d'appui, devant lesquels sont assis les ouvriers.

La figure i4 est le four vu par-dessus , avec les contre-forts qui servent à séparer les ouvriers.

La figure 16 est l'élévation prise du côté A du plan : en bas , est la porte du foyer, ouverte dans le petit mur d'appui ; au-dessus , deux des trous par lesquels les verriers prennent la matière au bout d'un tube , et la soufflent. On voit , plus haut encore , d'autres ouvertures correspondantes à un étage supérieur , où Ton {ait recuire les bouteilles , qui sont les principales pièces qu'on exécute dans ces ateliers.

La figure i5 est la coupe du four, prise sur la ligne AB du plan. On y voit le canal du foyer , et la rigole en coupe 1 ; au-dessus , est le four supérieur pour faire recuire les pièces.

Il y a au Kaire des fourneaux dout le plan est circulaire , et où la voûte «ccupe toute la hauteur du four. Voyez la planche xxiii.

' Le rebord de la rigole n'a pas été exprimé.

4o6 ARTS ET MÉTIERS.

On trouvera , dans l'ouvrage , des observations plus détaillées sur

Part de la verrerie chez les Egyptiens.

FlG. 17, 18, 19. FOUR A VERRERIE

FOUR LE SEt AMMONIAC.

Ces figures ressentent les détails du fourneau de verrerie employé dans les fabriques de sel ammoniac.

La figure 17 donne le plan de ce fourneau. La ligne qui divise ce carré en deux parties inégales , indique le mur qui sépare le foyer, qui est à la droite du spectateur, d'avec la cuvette, qui est à sa gauche.

La figure 18 représente l'intérieur du même fourneau. On y remarque la coupe du mur dont on vient de parler, laquelle est marquée en blanc : elle est terminée en haut par un angle assez aigu1.

La figure 19 représente l'intérieur du fourneau.

FlG. 20, 21, 22, 23. FOUR A SEL AMMONIAC.

Ces figures représentent le fourneau de sublimation pour le sel ammoniac.

La figure 20 représente le fourneau chargé des ballons , vu en dessus.

La figure 21 représente la coupe de ce même fourneau, prise sur la direction de la porte : on y remarque la disposition des arceaux qui supportent les ballons.

1 Le foyer , dans la figure, ne des* dans la voûte intermédiaire» et par

cend pas assez bas. On a omis aussi laquelle la flamme pénètre dans le

d'indiquer l'ouverture qui se trouve four à recuire.

PLANCHE IL io7 La figure a a présente l'élévation du fourneau chargé des ballons. La figure a3 représente la coupe d'un ballon rempli comme il

convient , et prêt à être mis sur le fourneau ».

Consultez , pour la vue générale de l'atelier , la planche XXIV,

et la Description de l'art de fabriquer le sel ammoniac.

1 On a mal à propos indiqué dans pas ou tre-passcr le plan horizontal cette figure, que le lut s'élève jus- que les suies forment à leur surqu'à l'extrémité du col; il ne doit face.

PLANCHE ffl.

VUE ET DÉTAILS DE LA ROUE A JANTES CREUSES, OU MACHINE \ y A ARROSER.

Fig. x. Vue de la roue à jantes creuses. Cette roue , mue par un bœuf ou un buffle, est en usage dans le Delta. Celle qui est ici représentée, a été dessinée dans l'île de Farchch, en face de Rosette.

Cette machine n'est propre à élever les eaux que de 2 mètres 70 centimètres environ (8di 7). Elle est composée d'un arbre auquel on a conservé quelques branebes pour servir de point d'appui au levier que le bœuf met en mouvement : cet arbre sert d'axe à une roue horizontale ayant un engrenage qui renvoie le mouvement d'équerre à une autre roue verticale. La roue à jantes creuses est adaptée au même axe que la précédente. Cet appareil est placé au-dessus d'un réservoir creusé avant l'inondation du Nil , et qui donne la facilité d'élever les eaux à mesure que le fleuve s'est retiré. La roue à jantes creuses est disposée de manière à prendre l'eau dans le réservoir, au moyen des trous placés à la circonférence extérieure du cercle , par où elle s'introduit dans des coffres pratiqués dans l'épaisseur de la roue. L'eau, ainsi obligée de monter en suivant le mouvement de la roue, retombe ensuite, par la circonférence intérieure du cercle , dans les orifices par lesquels elle s'échappe ; ensuite elle s'écoule dans un réservoir , et de là dans une rigole d'où on la distribue aux terres.

Les roues qui communiquent le mouvement sont assez grossièrement exécutées : mais il n'en est pas de même de celle à jantes creuses; elle est faite avec soin et précision, d'un bois de neuf centimètres (3>° f ) d'épaisseur.

PLANCHE III. 409 A droite du dessin est une établc à découvert pour les bœufs. Dans le fond, l'on voit un petit village, à côté duquel on aperçoit la voile latine d'une barque qui navigue sur le Nil. Fig. a. Plan de la machine.

Fig. 3. Coupe sur la ligne AB. Voyez fig. 2. Fig. 4« Coupe sur la ligne CD. Ibîd.

Fig. 5. Coupe sur la ligne EF. Ibid.

Fig. 6. Détail d'une partie de la jante creuse.

CÉCILE

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