PLANCHE XXI
FlG. I. LE CHAUDRONNIER.
La figure représente la boutique du chaudronnier détaillant , plus particulièrement étameur que fabricant.
Les pièces qui doivent être étamées sont placées dans un creux au-devant de sa boutique, qui, comme celle de tous les marchands, est en saillie dans la rue, et élevée de six à sept décimètres.
Des enfans, sur un morceau de natte de couffin ou sur un paquet de feuilles de palmier placé dans la pièce de cuivre , la dégraissent et récurent avec du sable ou de l'émeri , en tournant alternativement dans l'un et l'autre sens , les mains appuyées sur le bord de la boutique.
Les pièces étant suffisamment nettoyées , l'étamage est fait à la manière de celui des Européens.
L'atelier du chaudronnier fabricant ne diffère pas sensiblement de celui de nos chaudronniers. La chaudronnerie est un des arts exercés par les Turks de la manière la plus parfaite. On y emploie les mêmes outils , quoique plus grossièrement laits ; on y trouve les grandes cisailles et les longues bigornes employées par nos ouvriers, et montées de la même manière.
La forge et les soufflets cylindriques sont les mêmes que ceux des forgerons et taillandiers. Outre les ustensiles de cuisine, les fânous ou lanternes, les aiguières, les cafetières et autres vases, qui sont faits avec soin , le chaudronnier coule le cuivre et fabrique les plateaux, les bassines, les chaudrons et les chaudières de toutes les grandeurs : le quartier du Kaire appelé el-Nahdsjn
PLANCHE XXI. Ifij est rempli de boutiques où se fabriquent et se vendent ces ustensiles.
Les pièces de cuivre sont souvent forgées à deux, trois et quatre marteaux, avec une vitesse et une précision qui tient à riiabitude qu'ont les Turks d'accompagner d'un chant mesuré tous les travaux qui demandent l'emploi de plusieurs ouvriers ensemble ou de plusieurs forces réunies , ainsi qu'à l'étude qu'on en fait (aire aux enfans dans les écoles publiques.
Cette manière de frapper est particulièrement remarquable dans l'atelier de la monnoie où se forge le métal pour frapper les parais ou médins. Les lames très-minces qui servent à leur confection, ne sont point passées au laminoir avant d'être découpées; elles sont forgées à chaud et en paquet de six à sept lames ensemble. Une aussi petite épaisseur se refroidissant promptement, elles sont remises au feu, après avoir été frappées sur un tas très-étroit par cinq forgerons armés d'un marteau dont le manche très-court est tenu des deux mains. Les cinq coups successifs qui se distinguent eu commençant, sont bientôt confondus pour ne former qu'un roulement , pendant lequel chaque coup n'est plus entendu.
Cette opération , qui ne dure que quelques secondes , après lesquelles le métal est mis au feu, est répétée l'instant d'après, et continuée sans interruption pendant tout le temps que dure le travail , sans que jamais un des marteaux soit heurté par un autre.
Ce travail est un modèle d'activité et de précision.
Le chaudronnier, le forgeron , l'orfèvre, le tourneur et presque tous les ouvriers en Égypte , transportent leur atelier et le construisent dans la cour de celui qui veut les employer devant lui. La charge d'un chameau ou d'un âne suffit au transport des outils et de tout ce qui est nécessaire à leur établissement et à leur travail.
FlO. 2. LE FORGERON.
Les forges , au Kaire, peuvent plutôt être comparées aux forges de campagne qu'a celles de nos serruriers ou forgerons. Elles sont composées d'un massif en maçonnerie, qui porte à une de ses extrémités le garde-feu et le foyer sans hotte , à l'autre l'enclume du forgeron.
Les soufQets sont simples, de forme cylindrique, composés chacun de deux planches : l'une , qui porte la tuyère , est fixée sur deux poteaux plantés derrière le garde-feu; l'autre est arrêtée au milieu d'un châssis en forme de parallélogramme, dont le petit côté inférieur est rendu mobile par ses tourillons, dans deux petits poteaux également plantés en terre.
Le petit côté supérieur forme la poignée , élevée à la hauteur de la main de l'ouvrier, qui incline alternativement ces châssis en avant et en arrière, pour ouvrir et fermer les soufflets.
Ils sont composés d'un seul cuir, cloué à la manière ordinaire sur le bord des deux planches circulaires, qui sont munies dans leur centre chacune d'une soupape , dont l'une , placée du côté du levier, permet à l'air d'entrer, et l'autre, du côté de la tuyère, le laisse sortir et s'oppose a la rentrée des cendres et des charbons.
Ces sortes de soufflets étaient employés verticalement dans le seizième siècle, tant pour animer le feu des forges que pour élever l'eau , soit en raréfiant l'air, soit en le comprimant ; ils sont décrits dans l'ouvrage de Ramelli, imprimé en i588.
Le forgeron confectionne les marteaux, tenailles, pincettes, les fers de bâtiment, les enclumes, les bigornes et les tas des ouvriers en cuivre et des orfèvres.
PLANCHE XXI. 469 11 fait également les couplets pour ouvrir et fermer les croisées et le petit nombre des portes qui ne sont pas portées sur des pivots en bois.
Les serrures sont l'ouvrage des ouvriers en bois.