‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 3)Chapitre 82 sur 95 · LE FABRICANT DE BOUTEILLES DE VERBE · texte numérisé non relu

LE FABRICANT DE BOUTEILLES DE VERBE

L'art de la verrerie, qui a été poussé assez loin en Egypte, y est aujourd'hui presque anéanti. Il paraît que les Égyptiens ne fabriquent plus le verre, mais seulement ils le refondent. La matière dont ils se servent pour alimenter leurs fourneaux , est une fritte de verre commun tirée de Venise. Ils en fabriquent des verres plats, légèrement bombés, qui éclairent les dômes

des bains ; des bouteilles de la forme des nôtres , des ballons pour

faire le sel ammoniac, des mortiers de verre, des alambics; de petits pilons qui servent à polir les ouvrages de cuir, les papiers, les cartons ; et enfin des bocaux à bords renversés qui leur servent de lampes. Pour rendre les bocaux propres à cet usage , ils établissent au fond un tube qui reçoit une mèche de coton ; l'huile est supportée par une certaine quantité d'eau qui ne dépasse pas l'extrémité du tube.

C'est par la voie du commerce qu'ils se procurent les lustres, les cristaux et les porcelaines qu'on voit chez eux. Entre autres produits des fabriques d'Europe , ils tirent de Venise les miroirs , les verres à facettes et les vitres colorées dont ils font grand Usage dans l'intérieur des appartenons ; et du Japon , de magnifiques porcelaines. Si l'art de la verrerie est aujourd'hui resserré en Égypte dans des bornes aussi étroites , il faut l'attribuer à la perte des anciennes pratiques , à la rareté actuelle du combustible , et à la crainte des avanies auxquelles les fabricans seraient exposés si l'industrie prenait un plus grand essor : mais, d'un autre côté, rien n'est plus économique et plus simple que ces sortes d'éta-

PLANCHE XXIII. 475 blîssemens; la planche xxni peut en servir d'exemple. L'atelier n'est qu'une grande salle, au milieu de laquelle est le four construit a peu de frais. Le combustible est la paille de dourah ou du maïs , ou bien la tige du roseau. On ne voit, pas dans cette fabrique d'autre produit de la verrerie égyptienne , que des bouteilles en verre asse* grossier, et ,»i sont de la forme de nos bouteilles communes. Le four est celui dont on a vu les projections dans la planche il, figures i3, i4, i5, 16. (Voyez cette planche et son explication. ) Deux ouvriers sont assis devant les trous par où ils doivent prendre la matière en fusion ; un troisième , debout , tient une portion de cette matière au bout d'un tube , et la souffle. Au milieu , se voit l'ouverture du foyer, dont le fond va en montant; ce qui tend à augmenter la chaleur (voyez planche II , îhid.). Dans la partie supérieure du four, on aperçoit d'autres trous qui répondent à la chambre où Ton met les bouteilles à recuire : un homme s'occupe de ranger sur une table les bouteilles fabriquées. Le combustible se voit lui-même à l'angle à droite de la planche.

Une verrerie s'appelle ma'mal el-qezâz. Il y en a quatre au Kaire : les deux principales sont situées , l'une dans le quartier elr-lîasanyehy et l'autre dans le quartier eV-FaouMeh. Celle de Gyzeh est assez considérable; comme celle de Mansourah, elle fait partie de la fabrique de sel ammoniac, parce qu'elle est prin- . cipalement destinée à lui fournir les ballons dont elle a besoin.

BOUDET et E. JOMARD.

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