‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de Samos (volume 2)Chapitre 25 sur 122 · Adi sv, prairie, et par apocope, AM6@Ôe · texte numérisé non relu

Adi sv, prairie, et par apocope, AM6@Ôe

on descend au N. dans Ja vallée de Kambos. Elle s’arrondit devant un port assez vaste, et on y rémarque uné quarantaine de maisons avec des enclos cultivés. Sur un monticulé est une tour avec machicoulis et créneaux, construite en 1633. Les habitants s'y réfu— giaient quand les piratés faisaient une descente dans le port de Kambos : elle tombe actuellement en ruines. Plusieurs maisons affectent également la forme de tours, eton les appelle Pyrgi (rtoyor). C’est ainsi qu’en Palestine, dès la plus haute antiquité, l'Écriture Sainte nous apprend que les Juifs, à l’époque de la moisson, se retiraient dans leurs tours, afin de mieux surveiller leurs champs et leurs récoltes.

Au N. de Kambos, le promontoire et puis le petit port de V&on (Bio) rappellent l’ancienne ligne de démarcation tracée par saint Christodule entre les laïques et ses moines. Cette ligne, comme je l’ai déjà dit, allait du promontoire Væon à celui de Saint- Nicolas, et c'estentre ces deux caps que, sur une montagne désignée encore maintenant sous le nom de Khoridakia (Xosd4zx), on reconnait aisément les débris du premier village fondé par les ouvriers qui aidèrent le saint à bâtir le monastère. | "Sur le long promontoire Géranos (Féoavos, grue ) qui s'étend vers l’est, existent, au milieu des broussailles les restes d’un autre village. Deux Hots, dont l’un renferme une chapelle dédiée à saint Georges, sont situés au S. O. de cé promontoire.

En continuant à suivre la côte au delà du cap Géranos, on arrive à un endroit appelé d’abord Thermia,

el qui depuis a pris le nom d’un efmite qui s’y est élabli. Faisons halte un instant dans son modeste asile et saluons le bon Apollon. Ce vénérable vieillard a longtemps voyagé en Grèce et dans l’Archipel, quêétant pour le mont Athos et ensuite pour là construc— tion de la chapelle près de laquelle il habite. Après avoir, durant une quinzaine d'années, promené son bâton de pèlerin, il est venu chercher une retraite pour ses vieux jours dans un des coins les plus solitaires de l'ile de Patmos. Là, dans un lieu surnommé, avant lui, Thernua, à cause d’une source d'eau chaude qui y coule, il a commencé par bâtir une chapelle, puis il s’est construit à lui-même une petite demeure avec une chambre pour les étrangers. [Il y réside depuis trente-cinq ans. Actuellement infirme, ilne sort de sa cellule que pour se rendre à sa chapelle ou pour faire une courte promenade dans son jardin. Tous les arbrés.qui y sont ont élé plantés par sa main; il les ä vus naître et grandir. Deux sources, l’une chaude, l’autre froide, arrosent son potager. Un berceau de vigne lui donne de l'ombre pendant l'été, et c’est là qu'il aime à s'asseoir et à méditer. Sa bibliothèque se borne à quelques livres ascéliques qu'iksait par cœur. et dont il se plaît à citer des passages à ceux qui viens nent le voir. Sa vie, toujours la même, ne se compose que des mêmes actes sans cesse répélés. Pendant le jour 1l va deux fois prier dans sa chapelle, ei pendant la nuit il renouvelle les mêmes prières avec les trois moines qui vivent sous sa direction et qui professent 2 son égard une soumission profonde. Affranchi des

soucis qui travaillent les autres hommes, il attend paisiblement la mort qui semble fuir devant lui et respecter son front chauve et sa longueæbarbe blanche. Son visage serein et riant ne connaît point les rides duchagrin, mais seulement celles du temps, et la douce gaieté qui l'anime est comme l'image du calme inaliérable de son âme.

Le jour où je frappai à sa porte hospitalière, 1l voulut jusqu’au soir s’entretenir avec moi. [1 ne pou- | vait comprendre que je fusse venu de si loin pour examiner péniblement, au milieu des pierres et des montagnes, quelques misérables débris des siècles passés et étudier la poussière el les vestiges qu'ont laissés derrière elles des générations éteintes, poussière elles-mêmes depuis longtemps. Mais, quand je lui dis que le souvenir de saint Jean m'avait aussi attiré dans cette île et que la grotte de l’Apocalÿpse avait été le premier objet qui eût appelé mon attention, alors il me comprit et sa pensée fut d'intelligence avec {a mienne. À neuf heures il me conduisit dans ma cellule et il se retira dans la sienne. Vers minuit, je l'entendis qui se relevait avec les trois autres moines, ei bientôt leurs voix réunies retentirent dans la chapelle. La sienne dominait et donnait le ton. Je ne pus m'empêcher d'être ému, quand, au milieu du silence de la nuit, au pied d’une montagne solitaire et à quelques pas seulement de la .mer dont le bruit sourd el la plainte éternelle arrivaient jusqu'à mes oreilles, j'entendis soudain ces quatre voix qui chantaient et priaient en chœur, et qui animaiïent ce désert.

Au N. de Thermia, aujourd’hui Ermitage d’Apollon, en contournant les flancs d’une montagne hérissée de rochers et de broussailles, on atteint bientôt un lieu appelé Zarrhoï (Zæpboi), à cause de plusieurs sources qu'on y rencontre’, |

Le promontoire Palamos vient ensuite. Trois ilots da même nom laissent entre eux et ce promontoire une passe étroite et difficile. Il est dominé par une montagne de 280 mètres d’élévation, appelée Khondrovouno (Xovdo66ouve). Dans.la carte anglaise, elle est marquée sous la désignation de mont Sklava.

Là s’arrête la côte orientale de cette partie de l’île et commence la côte septentrionale. Explorons-la de PE. à l'O. | | Le promontoire et l’anse de Liana-Kavakia (ou les petits peupliers) sont bordés de rochers gigantesques, au milieu desquels on observe beaucoup de laves et de blocs ferrugineux. |

Deux autres anses, celle de Komeni-Skhinia? et celle de Lampif, S’étendent au pied d’une montagne à laquelle les arbousiers qui en couvrent les pentes ont fait donner le nom de Komara (Keuuäpæ ou Kouäoa, arbousier.)

Ces anses précédent le cap Ferro que suit bientôt celui de Sardela.

Plus loin se dessine une baie, autour de laquelle est

/ À. Zappon, de th, beaucoup, et Péw, couler, 2. Lieu où les jones ont été coupés, de xérmTtw, couper, et syotvos, jonc. | 3. Lampi, de Aéurw, briller.

ef

la petite vallée de Livadi tou Partheniou. On y voit la plus jolie des trois cents chapelles qui sont parsemées dans l’île. La fondation en est due à un certain Parthenios qui la bâtit il y a deux siècles. Deux magnifiques caroubiers et quelques cyprès embellissent ce site. Au-dessus de la vallée, sûr une hauteur, d’épaisses broussailles recouvrent des débris informes qui doivent-être les restes d’un ancién village.

À Broulidia, on trouve d’autres rüines insignifiantes situées vingt minutes plus à l'O.

On arrive immédiatement après à l'endroit surnommé Mavra-Krimna (ou les noirs précipices), flanqué qu'il est de rochers sombres et escarpés.

La baie de Krya-Nera (ou des eaux froides) lavoisine. Une source-très-fraiche lui a valu ce nom. Sur un plateau qui la commande est une chapelle dédiée à saint Nicolas et qui remonte à l’époque de saint Christodule. Le mont Saint-Nicolas, appelé également Eudelos (Edo; ou apparent), constitue vers PO: le promontoire le plus avancé du N. de l’île.

En redescendant le long de la côte occidentale Jusqu’ à listhme de Rouvali, d’où nous sommes partis, nous rencontrons d’abord la baie de Myrsini. Une jolie vallée arrosée par une source et couverte de myrtes, de lentisques, d’arbousiers et d’oliviers.sauvagés y cache quelques-débris. parmi de hautes herbes et des arbustes épineux; je place là le bourg de Myrrhinousa cité dans l’ouvrage du faux Prochore.

Le port Lefki est ouvert aux vents d'O. Une vallée du même nom ne renferme plus aucun des peu-

pliers blänes qui jadis l'ornaient (2iÿ4n, peuplier blanc).

De cette vallée on passe dans une autre appelée

Troas ét qu'ombragent les trois plus gros arbres de

l'ile, ce Sont dés chênes vélanèdes d’une fort belle venue.

Entré le port Lefki et celui dé Merika, il y a environ une heure de chemin : il faut franchir ou contourner une montagne haute de 230 mètres, et nom— mée Vathy.

Le port de Merika est vaste et profond; mais les bâtiments y chassent sur leurs ancres quand règnent les vents d’O.

Merika touche à listhme de Rouvali et nous voici revenus à notre point de départ.

Nous avons ainsi terminé l'exploration complète et exacte de l’île de Patmos. Sans chercher à rien embellir, nous avons essayé seulement de décrire avec fidélité ce que nous avons vu et parcouru. Peut-être quelques détails paraîtront-ils inutiles et peu dignes d'intérêt, mais nous avons pensé que Ceux qui, par respect pour la mémoire de saint Jean, voudraient connaître entièrement cette île, ne nous reprocheraient point les ennuis de cette minutieuse et parlois ingrate description. Nous n'avions pas, en effet, ici à dépeindre un site enchanteur et värié ou un. sol fécond en grands hommes, riche de faits, de gloire et de souvenirs. Tout ce que nous avions à visiter, c'était une nature âpre et austère et un rocher stérile, à peine connu de l’histoire. Ce rocher cependant vit

jadis les pas et entendit la voix de saint Jean. C’est là tout son passé, passé dont il vit encore; mais, dès lors, une sorte d’auréole sacrée environna les sommets de Patmos, et, quand saint Christodule y fonda son monastère, il comprit que, pour le faire participer à cet éclat, il n’avait qu’un nom à lui donner, c'était celui de ce grand évangéliste.

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