‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de Samos (volume 2)Chapitre 85 sur 122 · Polybe, v · texte numérisé non relu

Polybe, v

SUR L'ILE DE SAMOS. 297 bien que d’antiques priviléges en eussent fait un asile inviolable. '

Vers le nulieu de la plaine, à FE. de l'Héræon ct au delà d’un petit ruisseau, est une ferme très-délabrée, qui dépend de l’un des couvents de l’île, nommé Megali-Panagia. Elle à été construite sur l’emplacement d’une ancienne bâtisse romaine assez considérable, On remarque dans les bâtiments de cette ferme, dite de Saint-Georges, et surtout dans une chapelle attenante, un grand nombre de pierres et de blocs antiques, et plusieurs fûts et chapiteaux de colonnes ioniques. Ces débris de colonnes ne seraient-ils point un reste du temple de la Vénus des Marais, dont J'ai déjà parlé? PRE

D'un autre côté, à l'O. de l'Héræon et à cinq cents pas environ, est, au delà de lPfmbrasus, une autre ferme, appelée ferme de Saint-Jean-le-Théologien, qui appartient au monastère de Patmos. Cette ferme a cela de curieux qu’elle est la première construction élevée dans Pile depuis que Samos, longtemps déserte, fut repeuplée par Kilidj-Aly-Pacha, qui, au dire de Joseph Georgirèrnes, vint un jour chasser dans cette ile en 4550. Il fut si ravi des agréments et de la richesse du sol qu'il demanda à Soliman la permission de la coloniser, ce qu’il obtint. À sa mort, cette île, qui élait devenue sa propriété, rentra dans le domaine du sultan. Or, ce Kilidj-Aly avait pour pote d’un de ses vaisseaux un certain Sarakinios, originaire de Patmos. Celui-ci sollicita un emplacement près du cap Colonni; il y bâtit une tour à créneaux, qui existe encore et qui

228 | ÉTUDE | porte la date de 1577, et une chapelle dédiée à saint Jean. Étant mort sans enfants, il légua ses biens au monastère de Patmos, qui, depuis lors, est propriétaire de cette ferme et y entretient un moine pour la surveiller. Cette tour et cette chapelle ont été construites avec des matériaux antiques, et dans la cour qui les sépare on observe plusieurs tambours de colonnes, des plaques de marbre et trois ou quatre stèles. Tout cela vient, soit de l’'Héræon, soit du faubourg. La chapelle de Saint-Jean renferme une inscription | gravée sur une petite colonne qui soutient la table sainte dans l’hagion ou sanctuaire. La voici :

AYAONODE À AIONATTIKON YIONATTIKOY TOYNE ONOIOY THEBASIAC IOY OC ACHPAEKAI NAPADYAAKOE KPIOE NTAC ICOAYM NIATAG NTIC IEHNAI AONETAAIONNE | KHCANTATONE IQ NYMONGNTOICPO | THEBACIAG IOYOC AC HPAEAT ONATIAI AONTIAAHNTHN TE IMHNANAC THEANTOLTOYTIA TPOE.

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Cette petite colonne me paraît avoir été une stèle funéraire, érigée par un certain Atlicus, chargé de l'entretien et de la réparation du temple de la royale Junon, et gardien de ce monument, à la mémoire de son fils, Aulus Ophellius Atticus, qui avait été jugé digne de concourir, à Pise, aux jeux olympiques et qui, dans l’enceinte sacrée de la royale déesse Junon, avait remporté au stade des enfants le prix de la lutte, combat gymnique qui lirait son surnom de la déesse.

: Remarquons l'orthographe des mots Melon, veridavra, teuuy à la place de Illon, vxioavra, ruuñv.

Je ne crois pas nécessaire de faire observer que cette inscription date de l’époque romaine, les noms propres l’indiquent assez d'eux-mêmes.

À un kilométre au S. de cette ferme, sur une hauteur qui domine la mer, est une petite chapelle fon- dée, dit-on, par le même Sarakinios et dédiée à saint Nicolas. Près de la porte d'entrée est une pierre antique qui porte les caractères suivants :

OPOZXTE MENEOZ ACHNAZ AOHNON MEAEOYZHZ

COnos reuéveos Afnväc Afnvéy uedeoione. »

« Limite de l'enceinte sacrée de Minerve, protectrice d'Athènes. »

Cette inscription a été relevée par M. Ross et insérée dans le recueil des inscriptions Brec ques de Bœckh, . n° 2246. F

Ce savant explique très-bien que, malgré le dialecte ionien de cette inscription, la mention de Minerve protectrice d'Athènes ne permet point de douter que cette limité n'ait été consacrée par les Athéniens, à l’époque où ils envoyérent des colons à Samos pour se partager cette île, dans la première année de la 107€ olympiade . En effet, 11 était d'usage, quand on divisait les lots entre les différents colons, de faire aussi la part des dieux ?,

Ces débris, qui avoisinent l'Héræon, en deçà comme au delà de l’mbrasus, Joint à cela le mouillage appelé Souos Moxtrne dont il est question dans Athénée’, mouillage qui est assez sûr pendant l’été et dont les Samiens profitent encore aujourd’hui ; tout confirme l'interprétation que j'ai donnée au texte de Strabon, texte en vertu duquel je place le faubourg de Junon tout auprès du temple de cette déesse (ro ROO4GTELO TO. Mp06 TG Hoxto). |

Cependant, Pococke” est d’un avis différent : « Je crois, dit-il, que cette plaine (la plaine de Chora) est l’'Héræon, où Strabon prétend qu'aboutissait le faubourg de la ville et non point au temple de JFunon ou

Diodore de Sicile, 1 XVIHIT, ch. vit.

Thucydide, LIT, ch. 1.

Athénée, l: XV, p. 672.

4, Pococke, Descript. de l'Orient, t. IV, p. 407.

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au Cap qui est au couchant; car, ce temple étant à l’extrémité S. 0. de la plaine, le terrain, qui est au levant, aurait élé trop humide en hiver pour y bâtir un faubourg. » 4

La raison, alléguée par ce voyageur, me paraît peu concluante : en effet, si la plaine de Chora est actuellement insalubre, et si même, autrefois, elle avait des marais, comme l'indique le surnom de Vénus des Marais ou de Vénus des Roseaux donné au temple élevé à cette déesse par Îles courtisanes qui avaient suivi Périclés, doit-on en inférer qu’elle était jadis inhabitée? ce qui n’est pas même exact aujourd’hui, car on y voit quelques magasins rangés le long de K mer. Mais alors on pourra supposer également que l’em— placement d'Éphèse, de nos jours si marécageux, était désert dans l'antiquité. Qui ne sait, cependant, combien la nature des lieux peut changer, quand la culture les abandonne et que les eaux, manquant d’issue pour s’'écouler, demeurent slagnantes et fétides? Qui peut croire qu'une ville importante, comme l'était Samos, eût laissé à ses portes, sans la cultiver et Passainir, la plus belle plaine de l'ile? Qui peut s’imaginer aussi que le fameux temple de Junon, rempli de tant de richesses et de tant de chefs-d'œuvre, et fréquenté par de si nombreux adorateurs, s’élevât solitaire à une heure et demie de la ville, sans qu’un centre d’habitations s’y soit peu à peu formé et agrandi, de manière à constituer plus tard un véritable faubourg? En outre, le mot Hoxïoy ne peut vouloir dire qu’une chose, c’est temple et enceinte sacrée de Junon, et rien ne nous

autorise à penser que la plaine entière portât ce nom. Enfin, il n’est pas vraisemblable que les Samiens aient néglioé le mouillage qui touche à l'embouchure de lImbrasus et qui est protégé contre les vents d’O. par le cap Colonni, l’ancien cap Ampélos.

Avant de terminer cette description sommaire des ruines de l’ancienne Samos et de ses deux faubourgs, disons un mot des magnifiques carrières d’où Pon a dû tirer en grande partie les malériaux avec lesquels elle a été construite. |

ANCIENNES GARRIÈRES. — Le mont Kastro, dont j'ai déjà souvent parlé, et dont le plateau supérieur était couronné par une ligne si formidable de remparts, n’est pas moins digne d'attention pour les vastes carrières et les immenses cavernes qu'il renferme. Le pourtour presque tout entier de sa crête méridionale à été creusé par l’homme, et de prodigieux blocs, détachés depuis plus de deux mille ans, sont encore là qui attendent qu'on les transporte et qu’on les emploie.

Sur la pente de cette montagne s'étendent dans l'intérieur de ses flancs, du côté qui regarde la ville, de profondes cavernes qui ne sont autre chose que les galeries souterraines d'anciennes carrières abandonnées. Je les ai examinées toutes avec d'autant plus d'attention que j'ai espéré un moment retrouver dans l’une d’entre elles le canal d'Eupalinus ; mais j'ai reconnu bientôt qu'elles n'avaient jamais pu avoir cette destination.

La plus connue de ces cavernes domine la plaine d'environ 425 mètres. Devant son ouverture est un petit plateau sur lequel on a construit une chapelle

consacrée à Saint-Georges et où j'ai trouvé plusieurs fragments de marbre antique. Le seuil de cette caverne est spacieux et arrondi en voûle. On y descend par quelques marches ; puis un sombre souterrain s’ouvre devant vous. La largeur en quelques endroits est de 45 mètres, en d’autres de 40 ou de 8, et la hauteur varie de 4 môtres à À mètre et demi, à cause de l’inégalité du sol que recouvre ça et là une grande quantité de pierres. Deux bassins rectangulaires et profonds d’un mètre ont été creusés dans le roc au milieu de celle caverne et recueillent l’eau qui suinte et tombe goutte à goutte des parois des voûtes : à l'extrémité, c’est-à-dire à 75 pas environ de l'ouverture, est une chapelle dont la porte a pour linteau une jolie pièce de marbre seulptée, enlevée à un monument antique. Ce sanctuaire, qui est de la part des Samiens l’objet d’une grande vénération, est consacré à la vierge de la grotte (Iavayio Sri). Près de là est un troisième bassin rempli d’une eau fraîche qui ne cesse d’y découler des voûtes et à laquelle les habitants attribuent des vertus mystérieuses et donnent le nom d'Hagiasma (dyiaoua").

Je m'étais imaginé au premier abord que cette caverne, dans laquelle il faut descendre par plusieurs degrés, était l’œuvre de la nature ; car j'avais pensé que, si elle ‘eût été artificielle, la pente aurait dû être en sens contraire, afin de faciliter la sortie des blocs;

4. Le mot &yixcuæ, qui signifie en général chose sainte ou consacrée, désigne plus particulièrement, chez les Grecs d’aujourd'hui, de l’eau bénite,

mais ensuite, en examinant de plus près l’inclinaison des couches de la montagne et le sens suivant lequel les autres carrières avaient été ouvertes et pratiquées, je me suis convaincu que ce souterrain était véritablement une ancienne galerie creusée par la main de l’homme dont la trace du reste, ne peut échapper longtemps à un regard attentif. |

En redescendant d’une cinquantaine de pas les flancs de la montagne, on arrive à une autre caverne, c'est-à-dire, à une autre carrière dont l'entrée est plus basse et plus étroite ; elle ne renferme ni chapelle-ni hagiasma. Aussi est-elle peu connue et n’a-t-elle que de rares visiteurs. Cependant, elle est beaucoup plus belle et plus vaste que la première : son sol est également plus uni.

Sans citer ici les autres exeavations de ce genre qu’on remarque dans celte montagne, je vais parler immédiatement de celles du mont Katarouga qui sont beau coup plus considérables et plus dignes d'être signalées.

Cette dernière montagne, que Tournefort appelle le mont Percé, s'élève au N. 0. du mont Kastro, dont elle est séparée par le ravin escarpé connu sous le nom de Saint-Jean. Sa dénomination actuelle de Katarouga lui vient sans doute des nombreuses carrières qu’elle contient. vil

Ces profonds souterrains imspirent aux habitants je ne sais quelle crainte superstitieuse, et ils refusent d’ordinaire de s’y engager. M. le gouverneur, qui ne les

4. Kazapotyvom, fendre de haut en bas, d'où le mot barbare zatéppovyya, formé de l’aoriste second passif xare60éynv.

connaissait point encore, voulut bien les visiter avec moi, accompagné de son commandant militaire Alexis, et de son secrétaire particulier M. Dendrino. Un bercer qui devait nous servir de guide nous raconta que son grand-père avait essayé autrefois de les parcourir en entier, mais qu'effrayé par les vapeurs chaudes qui s’exhalaient de ces antres béants il était revenu sur ses pas, sans oser pénétrer plus avant : pour lui, illes avait explorés jusqu’au bout.

Nous le suivimes par l’une des ouvertures qui donnent accès dans cette sorte de ville souterraine, du sein: de laquelle était sortie la moitié peut-être de celle de Samos. Comme la montagne est inclinée du N: au $., et que les couches de pierre et de marbre ont par conséquent la même inclinaison, ces carrières ont été creusées dans ce sens. De nombreuses salles, soutenues par d'énormes piliers taillés dans le roc, afin de prévenir les éboulements, se déroulent avec une majesté imposante devant les regards du visiteur. Elles communiquaient jadis les unes avec les autres; mais actuellement ces communications sont en partie obstruées par des amoncellements de pierres au-dessus desquels il faut passer pour continuer sa marche. Il est difficile de ne point être saisi d’admiration, quand on songe: aux prodigieux travaux et aux eflorts vérilablement herculéens que ces vastes excavations ont dû coûter. La lueur de nos torches, qui se réflétait aux parois des voûtes, ajoutait quelque chosede fantastique à ces sombres solitudes, animées autrefois par un peuple d'ouvriers, mais désertes et abandonnées depuis

de longs siècles, et auxquelles le bruit de nos pas et de nos voix, en réveillant de tous côtés des milliers d’échos endormis, redonnaitune sorte de vie momentanée.

En examinant les différentes couches de ces carrières, j'ai remarqué plusieurs espèces diverses de pierres comme de marbres : parmi les pierres, les unes sont blanches, tendres et friables, et d’autres, dures et veinées de gris et de bleu.

Les marbres sont généralement blancs, mais moins fins et moins brillants que ceux de Paros, de Naxos et du Pentélique. Quelques-uns, néanmoins, ont encore une grande beauté, principalement ceux qui appartiennent par leur couleur imitant la chair à cette espèce que les anciens appelaient sarcoïde (Af0os aoou) et qu'ils employaient pour leurs statues. Les grandes dimensions des blocs qui ont été détachés sont indiquées par les rainures profondes que le fer avait creusées à l’entour pour en déterminer l'étendue, et en même temps pour les arracher aux flanes de la montagne. Il en est qui étonnent l’imagination, et l’on se demande par quelle force humaine on a pu les ébranler et les transporter. Comme les galeries sont inclinées, 1l est probable qu’au moyen de rouleaux on faisait glisser ces blocs jusqu’à lune des ouvertures par lesquelles elles débouchent au dehors, et que de là, avec le même système, on les descendait jusqu’au ravin de St-Jean, qui pouvait servir de chemin pour les transporter ailleurs. |

J'ai compté une vingtaine d'ouvertures principales,

tournées vers l'O., les unes larges et assez hautes, les autres plus basses et plus étroites. L'entrée de quelques-unes a été utilisée par les bergers qui y habitent avec leurs troupeaux; et, afin d'empêcher leurs chèvres ou leurs brebis de s’égarer dans limmensité de ces souterrains, 1ls ont élevé des murs d’enclos avec les matériaux qu'ils trouvaient sous la main. Le nitre abonde dans ces bergeries, et les Santiens l'ont souvent ramassé pendant la guerre de l'Indépendance pour en fabriquer de la poudre.

Telles sont ces belles cavernes que Tournefort avait aperçues sans les visiter. S'il avait pu le faire, 1l n’aurait pas supposé que l’une d’entre elles fût le souterrain creusé par Eupalinus. Car aucune n’a jamais pu servir à cet usage, et il n'aurait pas non plus cherché la fontaine qui alimentait cet aqueduc au N. de cette montagne, au village de Mytlinr. |

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