Fontaine de vie. rs
SUR L'ILE DE SAMOS. 255 Hs: cullivent eux-mêmes les terres qui en dépendent et vivent en commun Ou séparément. L'hégoumène est élu pour, deux ans, avec faculté d’être nommé de nouveau. Quelques lépreux sont nourris et logés par le monastère. Les bâtiments et la chapelle m'ont paru assez misérables. Devant la porte d'entrée est un lion antique en marbre blanc, découvert 1l y a peu de temps dans une pièce de vigne où 1} était enterré. La têle est restée ébauchée ; les autres parties du corps n’ont pas non plus reçu le dernier coup de ciseau, à l'exception des pattes postérieures qui ont été achevées. Pazæo-Casrro. — De ce monastère au village dé Palæo-Castro, situé au S. O., il y a à peine trois quarts d'heure de marche. Palæo-Castro renferme cent quarante maisons, deux églises et une école mutuelle. Les habitants ignorent d’où ils sont originaires, Quant à la dénomination donnée à ce village, elle dérive des débris antiques qni existent encore maintenant sur une colline que les paysans appellent Kastro, ou le Château. Ce sont quelques vestiges d'anciens murs, que le monastère Zoodoki-Pigi a utilisés pour con= struire les bâtiments d’une ferme qui fui appartient. Une belle vallée court depuis Palæo-Castro jusqu’auprès de la mer, dans la direction du N. O. au S. E, Gultivée avec soin et enfermée entre deux lignes de hauteurs, au milieu desquelles elle s’allonge comme un bassin elliptique, elle présente çà et là des restes de constructions helléniques, mèêlées à d’autres beaucoup plus modernes et elles-mêmes détruites. Ainsi, dans une pièce de vigne, j'ai remarqué un amoncel-
lement considérable de pierres qui recouvrait les tra ces d’un mur grec, lequel comprenait dans son enceinte une petite colline qui semble avoir été forufiée. Près de là, un laboureur m'a montré plusieurs dalles de marbre qu'il avait découvertes en creusant le sol.
Plus loin, j'ai reconnu l'emplacement d’un pétit village entier, qui existait à l’époque byzantine, comme l’indiquent les fondements de deux églises chrétiennes entièrement démolies, et qui avaient été Construites avec des pierres et des marbres antiques. La fertilité de cette vallée avait dû naturellement attirer l'attention des anciens Samiéhs. Plus tard, les débris de leurs villages ont été employés à en bâtir de nouveaux, qui, eux-mêmes renversés, Ont fait place à d’autres ou demeurent gisants sur le sol.
MozLan-IBRAHIM. — Trois kilometres. au sd et après avoir franchi une suite de collines hérissées d’épaisses broussailles et que la main de l’homme n’a pas cultivées depuis des siècles, on arrive au port de Mollah-fbrahim. Du temps de Joseph Georgirènes, il s'appelait Vourcaria : le nom actuel est turc. Je ne sais pourquoi Tournefort lui donne celui de port desGalères. Ce bassin naturel et excellent offre aux navires un abri sûr et fort connu des pirates; 1l s’ouvre vers l’embouchure orientale du petit Bogaz de Samos. 2 kil. 172 le séparent de la côte asiatique. Les deux promontoires qui le constituent sont, à l’E., le promontoire dit Mollah-[brahim, et à l’O., celui qu’on appelle vulgairement Græpodia. Le premier a servi de carrière : on en a extrait des blocs de marbre, et le rocher est taillé tout
SUR L'ILE DE SAMOS. 257 à l’entour. Des quartiers énormes, détachés de la masse, ont roulé jusqu’au bord de la mer. L’un, entre autres, a 25 pieds de haut sur 15 de large. Les habitants l’appellent pierre de Samson; car, suivant une vieille tradition, ce serait le géant Samson, autrefois habitant du mont Mycale, auquel il aurait donné son nom de Samson-Dag ou Montagne de Samson, qui, du sommet de ce mont, aurait lancé ce bloc immense sur le rivage de Samos.
Sur l’autre promontoire, on voyait autrefois, à en croire Tournefort, les restes d’une ancienne tour en marbre, à laquelle jadis avait été attachée une grande chaîne qui servait à fermer le canal. Maintenant ces vestiges ont complétement disparu sous un amas de pierres qui date de 1821, les Samiens ayant établi alors sur cette pointe une batterie de canons et quelques fortifications exécutées à la hâte.
La distance d’un de ces promontoires à l’autre est, de 900 mètres. Telle est donc l'ouverture du port. Son enfoncement dans les terres est de 600 mètres, et sa profondeur atteint, en beaucoup d’endroits, 20 et 25 brasses.
Autour de ce port creusé par la nature, et que le mont Mycale protège contre les vents du $., Tournefort’ avait déjà signalé les ruines d’une peute ville antique ; ilavait observé deux débris de temples, marqués chacun par cinq à six colonnes renversées. Au jourd’hui, ces colonnes ont été transportées ailleurs ;
4 Voy. la lettre que j'ai déjà citée sur Samos.
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on distingue cependant encore quelques fragments de fûts brisés. L’un de ces temples avait été bâti non loin du port, et l’autre un peu plus haut sur une éminence. La ville formait un démi-cerclé : une partie s’étendait au N. au fond de la baie, et l’autre s’allongeait à l'E. sur la pente de la colline qui se termine par le promontoire Mollah-fbrahim. Le sol est: jonché partout : Œuüne grande. quantité. de briques et de pierres, et uné portion du - terrain qu ’élle- oceupait est convertie. en champ de vignes: Un habitant de Vathy m'avait appris qu'on y avait découvert, il y a quelques années, un magnifique hypogée sous une pièce de terre cultivée. Je n’ai pu le visiter, à cause d’un éboulement qui était survenu ef qui en avait bouché l’ouverture.
Le eee Græpodia din entre le port Mollah-Ilbrahim et la baie Klimax ou la baie de l’Échelle, bornée elle-même à l'O. par un cap qui est la pointe la plus rapprochée du continent asiatique, et c'est, sans doute, la raison pour laquelle la carte anglaise de Brock la désigne sous le nom de cap Posidion; mais J'ai déjà fait observer que la pointe Psili- Hammo me semblait mieux répondre aux indications de Strabon.
Coccarr. — Le côté pre du district de Va by comprend trois autres communes.
Celle de Coccari, éloignée de 7 kilomètres de Va thy-Cato dans la direction du N.: 0. RARE composée d’une soixantaine de maisons, d’une église et d’une école mutuelle. Une petite anse, défendue à VO. par
SUR L'ILE DE SAMOS. 259 un rocher, y offre aux caïques un asile qui n’est point à l’abri des vents d'E.
VourLIOTEs. — En suivant le rivage vers Oÿ à travers un sol très-accidenté et aprés une heure et: demie de marche, .on aperçoit, près de la mer, uné colline couronnée par un petit fort en ruines que les habitants attribuent aux Génois et qu’ils appellent Château Saint-Élie, à cause d’une chapelle consacrée à ce saint, La hauteur de la colline est de 80 mètres. Ses flancs, couverts de broussailles, sont formés de gros blocs de rochers , et le plateau qui la termine est entouré.d’un mur, large d'environ 3 mètres et qui m'a paru byzantin. Ce fort commandait une vallée, maintenant plantée de vignes, el où des ruines éparses indiquent qu’elle a été jadis habitée. Vers le milieu est une vieille église byzantine dont il re reste plus que les murs d’énceinte. En y pénétrant, j'y ai trouvé cinq à six fragments de marbre blanc qui ont appartenu à un monument antique. Sur l’une de ces plaques mulilées était une inscription grecque, tellement effacée qu'il m'a été impossible de la déchiffrer.
Six à sept minutes plus loin, une trentaine de maisons détruites couvrent un espace appelé, encore aujourd’hui, Palæo-Chorio ou l'Ancien Bourg.
Le bourg actuel, en effet, est situé beaucoup plus haut et à 360 mètres au-dessus de la mer. Son nom est Vourliotes. Il a été fondé, il y a deux cent soixantedix ans, par une colonie venue de Vourla en Asie mineure. Le sentier pavé qui y. conduit longe un torrent qui forme cascade en plusieurs-endroits ; avant
260 ÉTUDE d'arriver au village, on passe devant une fontaine qu'embellissent quelques vieux platanes.
Vourliotes contient trois cent trente maisons, deux églises, uue école mutuelle et une école hellénique. Celle-ci est de création toute récente.
En continuant à gravir la montagne, une vingtaine dè minutes au S. E. de Vourliotes, on parvient au monastère de la Panagia tou Vronda (Ilavaæyiæ rod Booyr& ). La situation élevée de ce monastère, le retentissement du vent qui gronde à travers la forêt de pins qui l’environne, et les orages qui, parfois, éclatent sur le plateau incliné qu'il occupe, ui ont fait donner le nom qu'il porte, c’est-à-dire de Notre-Dame du Tonnerre. Précédemment, comme je m'en suis convaincu en parcourant un vieux ütre sur parchemin que m'a montré l’hégoumène, 1! s'appelait Panagia tou Kroka.
Ce même titre m'a appris que le monastère avait élé fondé l'an du monde 7102, ce qui, d’après la manière de calculer des Grecs, répond à l’année 1594 de notre ère. Sur la table sainte, qui date de 1705, sont gravés les mots Havayilx rod Bpoyrä, CE qui prouve que, dès cette époque, l’ancien surnom de Kpoza avait été remplacé par celui de Bpoyré.
Quinze moines habitent ce couvent; ils ne sont point assujeltis à la vie commune, et 1ls peuvent, tous les ans, au moyen de l'élection, changer leur hécouméne.
Si l’on poursuit l’ascension de la montagne, après une marche pénible d’une heure sur des pentes boisées,
on atteint l’un des plus hauts sommets de l'Ampélos : il a 1160 mètres d’élévation. Une grande échancrure le sépare du sommet voisin connu sous le nom de Saint-Elie et dont j'ai déjà parlé.
Ce plateau est environnée d’un mur grossièrement construits en pierres sèches, épais de 2 mètres 1/2 et qui délimite une enceinte assez étendue. À l’intérieur, on distingue des débris de petites maisons et des citernes. Le tout est renversé et dans un affreux pêlemêle. Les habitants appellent ce lieu Camp de Lazare, (Kaäoroo roù Auto.) À quelle époque remonte-t-il ? I] est difficile de le dire, mais, comme il n'offre aucun caractère de construction antique, 1l faut peut-être en rapporter la fondation à ces temps désastreux où l’île étant sans cesse menacée par les Sarazins et ensuite par les Turcs, avant de devenir déserte, ses malheureux habitants étaient contraints de se réfugier sur les hauteurs les plus inaccessibles, afin d'échapper ainsi à la fureur de leurs ennemis.
Hex GEITONES (ÉË l'efrovec). — Le district de Vathy possède encore une dernière commune composée de six petits hameaux différents et dispersés à quelque distance les uns des autres, à l'O. de Vourliotes, le long des collines qui descendent vers la mer. [ls portent les noms de Manolades, Stavrinides, Nenedes, Margarites, Baleandates et Hagios-Constantinos. Gelui-ci est le plus considérable, et il est en quelque sorte le chef-lieu des cinq autres. Tous réunis, 1ls constituent un ensemble de trois cent deux maisons, et on les appelle les six voisins. (ÉE T'eéroves.) Le démarque réside à Hagios-
Constantinos ; là est aussi l’école mutuelle, Chacun de ces hameaux a une église ou une chapelle.
Cette commune, dont les habitants se prétendent 1ssus de lx Roumélie, est séparée à l'O. par une chaîne de montagnes du district de Carlovassi que nous allons: maintenant parcourir. On y pénètre par deux sentiers, lun qui suit et contourne le rivage, l’autre qui serpente à travers les hauteurs. |