JEAN VAN EYCK
ÂVE GRâ PLEN&. Les ailes du divin messager sont semblables au plumage du paon dans sa plus grande beauté \ sa robe est d'un velours vert à larges ornements brodés d'or ; il porte par dessus un riche manteau dessiné en damas écarlate et or, ce qui produit le plus brillant effet , car toutes les parties sont exécutées avec une telle perfection que l'illusion y est portée au plus haut degré. Le parquet même de la salle est d'un travail remarquable 5 le peintre y a tracé avec intelligence divers sujets de l'Ecriture sainte, entourés par les signes du zodiaque. Sur ce parquet se remarque un vase garni de fleurs de lis que Ton aperçoit derrière un tabouret, sur lequel est un coussin en soie broché.
D'après les meilleurs renseignements qu'on a pu obtenir, ce tableau a fait suite à deux autres peintures du même maître \ il a été peint pour Philippe-lc-Bon , duc de Bourgogne y et destiné à orner un monument religieux à Dijon. En 1819, il fut transporté de cette ville à Paris et vendu à M. Nieuwenhuys.
Comme il nous reste peu de tableaux de Van Eyck, qui rendit V école de Bruges si célèbre , on peut considérer ses ouvrages comme des reliques précieuses pour l'histoire de l'art. Leur grande rareté a fait que souvent, pourvu qu'un tableau fût du moyen-àge, on l'attribuait à Tan Eyck ; il est donc d'un grand intérêt pour les curieux de pouvoir se référer à des oeuvres authentiques de ce maître, dont le mérite n'est pas seulement d'avoir inventé le secret des couleurs à l'huile, comme l'ont prétendu certains écrivains, mais aussi d'avoir porté les autres parties de son art à un haut degré de perfection.
JEAN VAN EÏCK.
Le tableau décrit sous le n° 1 suffirait seul pour faire rendre à Van Eyck une justice complète ; car en examinant cette peinture avec attention , on voit positivement que tout le mérite n'en est pas dans le coloris : le style du dessin , le caractère des expressions , et la finesse du pinceau prouvent évidemment que Fauteur avait un talent extraordinaire sous tous les autres rapports. Il opéra une réforme générale dans la peinture , et c'est bien à lui que Ton doit toutes les beautés qui signalèrent la renaissance de cet art, et que Ton a tant admirées depuis.
Non-seulement les Italiens surent mettre à profit les lumières de Van Eyck , mais en outre, son école fut comme la source féconde d'où sortirent les divers talents qui ont illustré , dans la suite, les écoles des Pays- Bas. Ces écoles brillaient déjà avec éclat au moyen-âge. Il est à regretter que les guerres et les révolutions continuelles aient détruit et fait disparaître une foule de chefs-d'œuvre de cette époque , qui seraient aujourd'hui des trophées de gloire pour les arts, si on les eut conservés. II ne nous reste dans les Pays-Bas que des débris sauvés des ravages occasionés par les événements politiques.
JEAN HEMLING.