JEAN HE M LIN G
miration excitée par ce prodige ait déterminé le cavalier à entrer dans l'état ecclésiastique. En effet , la scène représentée sous la première arcade nous le montre agenouillé devant S1 Bertin , et recevant de ses mains l'habit religieux. Cette cérémonie a lieu en présence de trois moines qui suivent S* Bertin et de trois autres individus dont l'un tient le riche manteau que le cavalier vient de quitter. Dans le lointain est le couloir du couvent bâti en forme de galerie carrée, soutenue par de riches colonnes dans les intervalles desquelles on aperçoit le gazon du jardin. Autour de la galerie est peinte sur le mur ladanse des morts ; ce sujet singulier attire particulièrement l'attention de deux cavaliers qui semblent par leur attitude se communiquer les observations qu'il fait naître en eux. L'arcade suivante est la continuation de la galerie ; on y voit deux individus plongés dans la méditation : tandis que sur le devant sont réunis plusieurs religieux et d'autres personnes qui écoutent avec attention le sermon que prêche S* Bertin. Sous la troisième arcade du tableau on voit, près d'une porte ouverte, S* Bertin occupé à converser avec un évoque; une dame, les mains jointes, et élégamment vêtue, assiste à leur entretien.
Sous la quatrième arcade, qui forme le cinquième sujet du tableau et le dernier de l'histoire de S1 Bertin, est représentée la mort du pieux moine , qui expire sur le lit où on le voit couché et recevant les derniers secours de la religion. Cinq religieux de son ordre et deux cavaliers entourent le mourant et paraissent réciter les prières d'usage.
JEAN HEMLING.
Ces deux tableaux viennent de l'abbaye de S'-Bertin à S'-Omer ; ils couvraient le retable de l'autel qui était d'or et enrichi de pierres précieuses. Plusieurs auteurs citent ces ouvrages de l'art. Voyez entre autres le Voyage littéraire de deux religieux Bénédictins , publié à Paris en 1703. Il y est dit que le fameux Rubens avait offert de couvrir ces tableaux de louis d'or si on voulait les lui donner. On sait que Rubens cherchait à orner sa collection de tout ce qu'il pouvait acquérir de plus précieux, et l'on peut facilement concevoir qu'il ait fait des offres importantes pour obtenir ces tableaux \ mais ils ne furent vendus qu'à l'époque de la révolution française , lorsque le couvent fut détruit ^ ils passèrent entre les mains d'un particulier à Paris , et ce fut de lui que M. Nieuwenhuys en fit l'acquisition. Ces précieux tableaux sont du nombre des ouvrages remarquables de cet excellent peintre et méritent les plus grands éloges. Les expressions des figures sont fines et sans affectation, la délicatesse du pinceau a toute la suavité qui distingue les beaux ouvrages d'Hemling , d'autant plus que le clair-obscur et la perspective y sont mieux ménagés que dans la plupart des autres peintures de son époque.
JEAN HEMLING.