‹ Description de la collection des tableaux qui ornent le palais de S.A.R. Mgr. le Prince d'Orange, a Bruxelles (volume 2)Chapitre 73 sur 125 · MIERIS (Guillaume Van · texte numérisé non relu

MIERIS (Guillaume Van

La bonne Mère.

Dans cette gracieuse composition dont on ne peut se lasser d'admirer les détails infinis, il semble que l'artiste a voulu prouver que son pinceau ne reculait devant aucune difficulté.

On contemple avec délices ce groupe charmant que la lumière, qui pénètre par la fenêtre placée à gauche, éclaire

avec tant d'harmonie. Il est impossible de rendre avec plus de grâce et de vérité le bonheur qui se reflète sur les traits de cette bonne mère qui, tenant sur son giron son jeune enfant à la blonde chevelure, lui présente une cuillerée de bouillie qu'elle vient de puiser dans le pot de terre que porte un jeune et beau garçon, à la figure riante et pleine de finesse, dont les regards sont fixés sur le sémillant poupon.

Guillaume Van Mieris a rendu avec une perfection rare les différentes étoffes de la jupe, du tablier bleu et du corsage brun dont elle est revêtue. Elle est assise un pied à terre et l'autre reposant sur une chaufferette ; un simple mouchoir blanc, retombant en arrière, forme sa coiffure.

L'enfant tient en main un hochet, et, tout en s'appuyant sur le sein de sa mère, il cherche à se redresser pour atteindre plus vite la cuiller qu'on lui présente.

Un épagneul accroupi aux pieds de sa maîtresse la regarde et semble attendre qu'on lui donne sa part de bouillie.

Si de ce groupe, animé par la puissance du pinceau de l'artiste, nous passons aux détails, notre admiration redouble.

Sur un siège en cuir, on voit un linge blanc , une paire de ciseaux et une pelote.

Sur le berceau d'osier où le coucher de l'enfant est préparé, est attaché un rideau vert destiné à préserver ses yeux de l'éclat des rayons du jour.

A gauche et tout à fait sur le premier plan sont plusieurs objets, parmi lesquels on remarque un plat contenant des écailles de moules, un pot en terre, une chaufferette et un balai.

Au montant qui soutient la charpente du même côté est suspendue une lanterne et plus bas, à un clou, un chiffon.

A droite est une table encore dressée; elle est recouverte d'un tapis en drap, que protège une nappe sur laquelle on

voit un pot de grès, un morceau de pain de seigle, du fromage de Hollande, un plat avec du beurre et un couteau.

Près de la fenêtre est une armoire sur laquelle sonl posés divers accessoires, et une petite gravure est clouée sur le côté.

Devant Fâtre de la cheminée, au fond à droite, le mari assis savoure le plaisir de la pipe.

Au fond est une alcôve avec un lit; au plafond est suspendue une cage en osier.

Ce qui contribue surtout à rehausser le mérite de cette composition capitale, c'est cette lumière si habilement ménagée et si artistement distribuée.

Elle est regardée, à juste titre, comme le chef-d'œuvre du maître et comme une des plus gracieuses que son pinceau ait produite

A différentes époques, des amateurs étrangers ont inutilement offert à feu M. le comte Vilain XIIII des prix trèsélevés pour acquérir ce tableau, dont il ne voulut jamais consentir à se séparer.

H. 55 cent. L. 46 cent. Bois.

Du cabinet de feu M. E.-J.-A. Van den Meersche, seigneur de Berlaere, Gand, 1791, et de celui de feu Mme la comtesse Vilain XIIII, château de Wetteren, 1827.

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