N° 22. — LE BUSTE DE LA VIERGE
BOIS; HAUTEUR 23 POUCES, LARGEUR 13 -j ; CINTRÉ UU HAUT.
La Vierge, les mains jointes, s incline avec émotion, et semble adresser une prière à Dieu. Elle est vêtue d'un manteau bleu céleste. Un voile de gaze couvre ses cheveux, et, en laissant entrevoir le bandeau qui lui ceint le front, fait ressortir les grâces de sa figure, dont l’expression est tbute religieuse.
Ce tableau , qui est également peint sur un fond doré, fait le pendant du numéro précédent. Tous deux prouvent que Quinte Metsys avait étudié les ouvrages de Jean Van Eyck avec lesquels ils ont du rapport.
Les Pays-Bas ayant été jadis sous la domination espagnole, un grand nombre de nos œuvres de peinture ont passé en Espagne. Les deux tableaux que je viens de décrire ont été apportés de Madrid en 1816.
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Vers la fin du quinzième siècle, la ville de Bruges, si florisrissanle jusqu’alors, vit s’éclipser peu à peu son ancienne splendeur. Le haut commerce, auquel elle devait son éclat, commença à se porter du côté d’Anvers ; et les beaux-arts, qui ne se développent qu’avec les richesses et le luxe, prirent peu à peu la même direction. Après Hemling, l’ancienne école de peinture de Bruges tomba en décadence; elle ne vécut plus que de ses souvenirs, et les flambeaux qu’elle avait allumés, au lieu d’être le foyer de lumières nouvelles, ne servirent plus qu'à guider l’art dans sa marche progressive.
Un autre siècle fit éclore d’autres génies et d’autres idées, et quoique l’émulation d’imiter les anciens fût répandue dans plusieurs villes de la Belgique, Anvers, par son opulence, l’emporta sur les autres et devint le centre de l’école flamande.
C’est à Anvers que florissait Quinte Metsys; ce fut un des derniers artistes belges qui aient conservé les purs principes du style gothique, dont il s’était inspiré d’après le goût de son époque.
Louis Guichardin, dans son omrage intitulé La description, des Pays-Bas , dit, page loi, que Quinte Metsys était de Louvain ; puis, page 155, en parlant des artistes ses contemporains, il cite Jean Metsys comme fils de Quinte Metsys de Louvain. Ce dernier était mort depuis 59 ans seulement, lorsque Guichardin publia son ouvrage. Cette double assertion suffirait pour nous faire croire que Quinte Metsys est effectivement né à Louvain, quoique Carel Van Mander le nomme Quinte Metsys d’Anvers. Il faut remarquer, en effet, que Van Mandera écrit
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28 ans plus tard, et que ses récits ne sont pas toujours exempts d’erreurs.
Il y a plus ; Tsaae Bullart. dans son ouvrage sur l’Académie des sciences et arts, publié en 1G82, a écrit les lignes suivantes ■ » Que ceux de Louvain osent bien disputer
à la ville d’Anvers la naissance de ce fameux personnage : mais quelque raison qu’ils aient pour fonder leur prétention, ceux d’Anvers ne veulent aucunement leur céder celte prérogative. »
Ce passage ne prouve qu’une chose, c’est qu’à plus d’une époque on a désigné Louvain comme la ville natale de Quinte Melsys ; quoique généralement on ait adopté l’opinion de Carel Van Mander.
La vie de ce peintre offre infiniment d’intérêt; la nature l’avait favorisé d’un génie qui se retrouve dans tout ce qu’il fit. Sa première jeunesse fut laborieuse, il exerçait le métier de forgeron. Ce fut sur l’enclume qu’il commença à donner des preuves de son talent comme dessinateur, et sa réputation sous ce rapport était déjà si bien établie, qu’il fut choisi pour exécuter la grille du tombeau d'Édouard IV, roi d’Angleterre, qui se voit encore dans la chapelle royale de Windsor.
Pour se convaincre de son habileté dans ce genre de travail, il suffit de voir le treillis qui orne le puits placé en face du portail de la cathédrale d’Anvers. Ce treillis est surmonté d’une statue en fer battu qui dénote assez que, déjà à celte époque, Quinte Metsys savait dessiner, et qu’il n’était point aussi novice dans cet art qu’on l’a supposé. On peut conclure de tout ceci, que les biographes ont exagéré une circonstance de l’histoire
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de sa vie, en prétendant que son goût pour la peinture Put uniquement le résultat d’un enthousiasme subit que lui inspira la vue de certaines images religieuses.
On attribue avec plus de raison son changement de profession à une longue et dangereuse maladie qu’il fil à l’âge de 20 ans, et qui avait tellement affaibli sa santé qu’il fut obligé de renoncer au rude métier de forgeron. C’est pendant sa convalescence qu’il chercha à dissiper l’ennui d’une oisiveté forcée, en s’appliquant à l’étude de la peinture. Enfin, il existe une troisième version. On rapporte qu’épris de la beauté d’une jeune personne qu’il aimait passionnément, le désir de lui plaire et de se rendre digne d’elle l’arracha à l’enclume et au marteau. Quoi qu’il en soit des motifs qui le déterminèrent, Quinte Metsys ne songea bientôt plus qu’à son nouvel art, cl la Belgique eut un grand peintre de plus.
Son nom devint bientôt célèbre, et les belles productions de son pinceau enrichirent plusieurs églises. L’ouvrage le plus remarquable que l’on connaisse de lui est la descente de croix qui se trouve à Anvers. Ce chef-d’œuvre est grandement composé; peint sur bois, il a 8 7 pieds de largeur sur 7 7 de hauteur. Cette composition est trop généralement connue pour que je m’arrête à la décrire ici. Je rectifierai seulement une erreur faite par Carel Van Mander et répétée par d’autres. Il s’agit de la principale composition du volet de gauche. Carel Van Mander dit que la fille d’Hérodiade y danse devant Hérode pour obtenir la tête de saint Jean Baptiste; tandis qu’elle est peinte présentant la tête du martyr à Hérode. Cet ouvrage
fut exécuté pour la corporation des menuisiers, qui en ornèrent
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leur chapelle de la Circoncision dans la cathédrale d’Anvers. — On rapporte que Philippe II admirait tellement ce chef-d’œuvre qu’il fit mille démarches pour l’obtenir mais elles furent inutiles.
Pendant les troubles de 1566, la corporation parvint à soustraire cette belle composition à la fureur des iconoclastes, et finit par la vendre, en 1577, à un marchand de tableaux nommé Vander Geest ; heureusement, quelque temps après, les magistrats écoulèrent les bons conseils de Martin de Vos, et la rachetèrent au prix de 1,500 florins, afin de la replacer dans l’église cathédrale de Notre-Dame. Elle y resta jusqu’à la révolution française; elle fit ensuite un des ornements du musée Napoléon; rendue enfin à la ville d’Anvers par suite des traités de 1815. elle se trouve maintenant au musée de cette ville.
En 1509, Quinte Melsys fit, pour l’église collégiale de Saint- Pierre à Louvain , un bel ouvrage peint sur panneaux'. Le tableau du milieu a 6 pieds 11 ^ pouces de hauteur sur 6 pieds 8 Ÿ pouces de largeur ; il représente une sainte famille. Sur le volet de droite, est peinte la mort de sainte Anne ; sur celui de gauche, on voit Joachim sur un rocher qui domine un superbe paysage montagneux; un ange descend vers lui, et lui indique Jérusalem que l’on voit dans la distance. A l’extérieur des volets, se trouve, sur un des côtés, Judas qui, pénétré de repentir de sa trahison envers Jésus, vient de rendre au grand prêtre
' Cette œuvre est mal exposée dans une des chapelles <jui se trouvent derrière le chœur de l’église. Étant placée au-dessous d’une fenêtre, elle reçoit parfois l’eau (pii en découle. Pour sauver ce chef-d’œuvre d’une ruine complète. il serait A désirer que MM les marguillers le changeassent de place.
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les pièces de monnaie qui en étaient le prix. Le côté opposé représente une œuvre de charité. Voici exactement la signature du maître, telle qu’elle est écrite sur ce dernier volet :
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SCREEF F>IT \ iff CK) .
Les travaux de Quinte Metsys sont d’un fini prodigieux; il paraît avoir été infatigable dans ses éludes, et n’avoir jamais eompté pour rien le temps qu’il mettait à les achever. Quinte Metsys est un nouvel exemple qui justifie le mot de Buff'on : le génie est la patience.
Quinte Metsys eut un fils qui fut son élève et s’attacha à imiter sa manière ; si bien que les ouvrages du fils ont été souvent confondus avec ceux du père, quoiqu’il lui fût inférieur sous tous les rapports.
Après une laborieuse carrière, cet artiste termina ses jours à Anvers l’an 1529, et fut enterré dans l’église des Chartreux, qui touchait, à cette époque, aux fossés de la ville:, ses dépouilles mortelles y restèrent jusqu’en 1629; elles furent alors transférées avec pompe dans la cathédrale de Notre- Dame et déposées sous la tour de ce superbe monument.
Celte cérémonie se fit sous les auspices et aux frais de Corneille Vander Geest, fils du marchand de tableaux dont nous avons parlé. C’est à lui aussi que l’on doit le monument érigé à la mémoire de l’artiste, et que l’on voit encore à l’entrée du portail de l’église. Ce monument porte une épitaphe, renou-
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velée depuis d’après l’original, et conçue dans les termes suivants :
SEPVLTRE VAN M. OUINTEN MATSYS IN SYNEN TYT GROF SMIÜT EN DAER NAER FA1V1VES SCHIL.
Puis sur une pierre surmontée de son portrait, sculpté en médaillon, se trouve écrit :
Q Y IN T I N 0 VI E T S I I S ifrCOMPARABIEIS A R T I S PICT OR I
A I) VI I R A T R I X G R A ï A Q POSTERIT A S A N NO P O ST OBITVM SAECVLARI c i :> i :» c xxix posuit.
Sur une autre pierre attenante à la première, on lit :
CONNVBIA LIS A M O R DE MVLCIBRE FKCIT APELLEM
Cette dernière inscription se trouve également sur un lustre en fer battu, attribué à Quinte Metsys, dans l’église paroissiale de Notre-Dame d’Arschol, près de Louvain.
Depuis quelques années on a peint ce lustre en noir; une étiquette nouvellement écrite et portant la date de 1500 y est attachée. A cette époque. Metsys n’était [tins forgeron, mais on
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(il)
;i pu faire forger le lustre d’après un dessin de lui ; il a effectivement du rapport avec le genre d’ouvrages de ee maître. J’en fais mention ici, parce qu’on voit, dans cette même église, une pierre sépulcrale (pii passe pour être le tombeau de sa femme. Voici la copie des mots qui se trouvent gravés en caractères gothiques sur la pierre, autour des armoiries :
JÉjicv lcct begraoe 3uffrun>t îlnna Dan l'an trop
l)Uj)6nrouror Dn fUr. iïlattl]i& (Ctuinntct en eterff î»" 19 jung 2tn î 564 -
Ce monument n’est [ias sans intérêt. D’après toutes les probabilités, il paraît être, en effet, le tombeau de la femme de Quinte Metsys; telle est. du moins, l’opinion de la ville d’Arschot. On peut, il est vrai, lui opposer quelques objections. D’abord le nom propre précède ici le nom de baptême; puis les deux noms ont une orthographe différente de celle qui se rencontre d’ordinaire. Ceci, au reste, ne doit pas nous étonner; car il arrivait souvent dans ces temps reculés d'écrire les noms propres d’une manière fort incorrecte, puisque sur la pierre sépulcrale de l’artiste même dont nous parlons , son nom n’est pas exactement celui qu’on lit sur ses tableaux. Enfin, l’intervalle de 55 années entre le décès de l’époux et celui de la veuve pourrait bien suggérer quelques doutes sur l'authenticité du monument. Mais, d’une autre part, il serait fort possible que Quinte Metsys ail eu deux femmes, et que ee soit la seconde qui ait été inhumée à Arschot.
BERNARD VAN ORLEY
Né à Bruxelles en 1490, mort dans la même ville en 1560.