I.E FESTIN DES ENFANTS DE JOB
Ce second sujet est pris du verset J 9 du chapitre premier de Ihistoire de Job. Van Orley en a fait le tableau principal. U se compose de quatorze personnages réunis au festin donne par le fds aîné de Job à scs six frères et à ses trois sœurs. — Pendant le repas, le sommet de l’édifice est occupé par une nuée de démons. Ces esprits du mal soulèvent un vent impétueux qui ébranle les quatre coius de la salle; les débris tombent de toutes parts sur les convives.leur terreur est extrême, plusieurs d’entre eux sont déjà renversés sous la table. Plus près du spectateur sont deux personnages dont I un reçoit une énorme pierre sur la tête, tandis que l’autre s enfuit avec effroi.
Les poses les plus difficiles sont saisies d'une manière remarquable dans ce tableau. On y distingue surtout faction du fils aîné de Job. il veut fuir aussi, mais il en
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est empêche par son frère, qui est étendu sur le parquet et qui le retient par la jambe. Ces deux figures forment un groupe dont les mouvements présentent des raccourcis si bien rendus, qu’il semble que les pieds et les mains sortent du panneau.
A gauche est penché contre le pilier une femme tenant ci la main un vase d’or d’où le vin s’échappe; une autre femme, vêtue d’une robe bleue, s’est jetée à genoux et se courbe en élevant les bras au-dessus de sa tête, comme si elle voulait parer ainsi les coups qui la menacent. Derrière les piliers, sont étendus deux hommes qui viennent d être écrasés sous les ruines de l’édifice.
La salle où se passe cet événement est tout a jour et permet à la vue de s’étendre sur la campagne. Là, on voit dans le lointain, d’un côté, les messagers qui viennent annoncer à Job tous ces désastres; et Job qui offre un sacrifice à Dieu et semble prononcer les paroles de l’Ecriture :
« Le Seigneur m’avait tout donné, le Seigneur m’a tout ôté; que le nom du Seigneur soit béni. »
Du côté opposé, on découvre à droite des bâtiments que les flammes achèvent de consumer, et Job sur le fumier, livré aux insultes de sa femme et de scs deux amis.
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L’ordonnance de ce tableau est ingénieuse; les figures sont groupées et dessinées avec énergie, et rappellent, sous bien des rapports, le sentiment de la grande école romaine, où Van Orley avait puisé ses belles idées sur la dignité de l’art.
L’architecture offre un coup d œil imposant par la richesse et la variété des ornements, qui sont d’un travail prodigieux et qui ajoutent au mérite de ce chefd’œuvre. V an Orley l’a signé d une inscription poétique écrite en langue flamande sur le pilier à gauche, et dont le sens est : chacun son temps. Voici cette inscription :
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Cette inscription mérite l’attention. Van Orley semble exprimer par ces paroles qu’il se croyait désormais maître de son art, et que son temps était enfin venu.
Au bas du tableau, il a une seconde fois signé en lettres romaines :
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N" 25. - J 0 15 S II li LE FUMIER
Le troisième volet représente Job dans sa plus grande douleur. Couche sur son fumier proverbial, il tourne, vers le Ciel qu'il implore, ses regards et ses mains suppliantes. Deux chiens sont la, dont l’un vient lui lécher les pieds; et auprès d’eux, un homme, l’un de ceux, sans doute, dont Job avait dit qu il n aurait pas daigné les admettre parmi les chiens de ses troupeaux. Cet homme, bizarrement vêtu d une casquette jaune, d’un gilet vert et d’un pantalon rouge, a une expression brutale . il insulte Job en le menaçant d un bâton. Cette partie du tableau est rendue avec une énergie qui frappe vivement l'imagination, et remue profondément lame.
Au-dessus de la tête de Job. on voit un bâtiment richement décoré de bas-reliefs en bronze, d’un travail admirable, puis au travers d’une ouverture en
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forme de balcon, on aperçoit dans une salle un repas splendide, où se réjouissent les faux amis de Job. Parmi eux, est un personnage vêtu de noir qui représente Bernard Van Orley lui-même, alors âgé de 31 ans ; sa figure est expressive et il adresse la parole à une jeune femme assise cà ses côtés.
La partie supérieure du volet est occupée par un globe transparent où l'on distingue le Juste entre deux anges:, c'est la pensée de Job qui monte vers les cieux.
Ce tableau est un des plus curieux de Van Orley par la singularité de sa composition. Il formait, avec le n° 26, la partie extérieure des deux volets qui étaient peints de chaque côté, et que M. Nieuwenhuys a fait scier dans l’épaisseur du bois. Par cette opération qui a merveilleusement réussi , il a séparé en deux chaque panneau, ce qui fait que Ion peut maintenant jouir au premier coup d’œil de l'ensemble de la composition. En comparant entre elles toutes les parties de ce grand ouvrage, on voit que toutes ont été étudiées et finies avec le meme soin et le même amour de l’art.
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Fi" — LA MORT DU JUSTE.
Le quatrième tableau se divise en deux parties. La partie supérieure représente la mort du Juste couché dans un lit orné de draperies pourpres: il est à l'agonie. Près de lui, une femme, tenant un vase à la main, lui donne les dernières consolations, tandis qu'un médecin examine une fiole et semble méditer sur les moyens à prendre pour tenter une dernière épreuve.
Celle scène se passe entre les deux colonnes qui encadrent en partie la perspective de l'appartement; au-dessus, comme par l’effet dune vision céleste, est limage de Dieu lui-même, prêt à recevoir l'âme du mourant.
L’autre partie du tableau est le supplice du méchant dont il est parlé dans le discours de Job : le méchant, dans 1 enfer et entouré de flammes, subit le châtiment de ses crimes: son attitude fait sentir les affreuses tor-
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turcs auxquelles il est eu proie. La manière dont les formes sont accusées dans ces diverses figures, et le style vigoureux du dessin prouvent dans Van Orley des connaissances anatomiques et l’étude approfondie des ouvrages de Michel- Ange ‘ . Il y a une imagination vraiment satanique dans l'idée et lexpression de cette troupe de démons, qui présente au méchant de lor fondu et des vipères dans un plat.
1 Michel-Ange eut sur la peinture une immense influence. La hardiesse <1 u'il déploya le premier dans la reproduction des poses les plus difficiles, son énergie dans des raccourcis que personne n’avait osé tenter avant lui, frappèrent tellement les esprits des artistes de l’époque, que l’on ne chercha plus alors, dans les diverses académies de l’Europe, qu’à suivre ses principes. Sous ce rapport, il contribua plus que tout autre maître aux immenses progrès que l’on fit après lui dans l’élude du dessin.
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