‹ Description de la Galerie des tableaux de S.M. le roi des Pays-Bas, avec quelques remarques sur l'histoire des peintures et sur les progrès de l'artChapitre 48 sur 139 · N 40. - L’ADORATION DES MAGES · texte numérisé non relu

N 40. - L’ADORATION DES MAGES

1)018 ; HAUTEUR 40 l'OUCES, UAKGEUR 27 -j.

Auprès d’un ancien édifice richement décoré, est assise la Vierge Marie , tenant l’Enfant Jésus , devant lequel est prosterné l’un des mages. Il ouvre scs trésors et lui présente un vase rempli d'or; le second mage, à droite, porte un vase avec de l'encens; et le troisième, le roi nègre, à gauche, tient également un vase précieusement ciselé et renfermant de la myrrhe. Saint Joseph est auprès de la Vierge, contemplant avec admiration les hommages que rendent les trois mages au nouveauné. Plusieurs personnages de leur suite, militaires ou autres, se groupent sur le second plan près des arcades de l’édifice. On sonne de la trompette par l une des fenêtres de la tourelle ; sans doute pour annoncer avec éclat l’hommage rendu à Jésus par les rois. Dans le lointain, arrivent d'autres individus qui contribuent à donner de i importance à cette composition. Elle se

MJ C A S DE LEYD15K.

complète par trois anges en prière qui planent au-dessus de Jésus.

Les ouvrages de Lucas de Leyden sont rares. Celuici est d une belle conservation ; la fraîcheur des couleurs et la richesse des costumes, ajoutent de l’éclat à ce pre'cieux tableau.

Il porte l’initiale L*. et la date 1525.

Lucas de Leyden, ce génie précoce, reçut ses premières leçons de son père, nommé Hugues Jacobs. Il avait à peine de neuf à douze ans, que déjà il avait gravé plusieurs planches sur cuivre dont le mérite surpassait tout ce que l’on pouvait espérer d’un âge si tendre. Son amour du travail le rendait infatigable; souvent il consacrait des nuits entières à ses études. Le temps qu’il a dû employer à l’exécution de ses belles gravures est immense; ce qui est cause, sans doute, que ses tableaux sont si peu nombreux. J’ajoute que la plupart des ouvrages avérés de Lucas de Leyden que j’ai rencontrés dans mes recherches sont minutieusement peints, et quoique les dessins en soient caractérisés par un style de maître, les contours en sont parfois trop tranchants. On retrouve dans sa manière la méthode du peintre-graveur qui connaissait pourtant à un degré éminent la théorie de la peinture, et l’on pourrait regretter qu’il ait négligé cet art pour la pratique du burin. Du reste, il n’en est pas moins un excellent peintre en même temps que l’un des plus fameux graveurs de son temps. Sa

LUCAS DE LEYDEK.

manière rappelle l’école de Cornelis Engelbrechtsz, qui a également étéson maître, mais qu’il a surpassé de beaucoup.

Carel Van Mander rapporte que de son temps il y avait, à la maison de ville de Leyde, un tableau capital de Lucas, représentant le dernier jugement, dont les diverses figures, et principalement celles des femmes, étaient gracieusement rendues: ce qui prouve, dit-il, que ce peintre avait profondément étudié la nature. Sur l’un des volets du tableau était représenté, en grande dimension, saint Pierre assis; sur l’autre, était saint Paul. La peinture des volets était préférable, pour la vigueur du coloris, à celle du tableau du milieu.

Van Mander fait également observer que plusieurs monarques avaient fait des efforts pour obtenir cet ouvrage, mais que les magistrats n’avaient pas acquiescé à leurs demandes.

Il paraît que, depuis cette époque, les tableaux ont disparu ; car les peintures qui se trouvent actuellement à la maison de ville de Leyde ne rappellent en aucune manière Je pinceau de Lucas. — Ce peintre ne se plaisait que parmi ses confrères, et il en était aimé. Van Mander dit qu’à l’âge de oo ans il fit un voyage dans les Flandres et le Brabant; que, comme les gens riches de cette époque, il navigua sur son propre yacht vers Middelbourg, où il se fit une fêle de voir le célèbre Jean de Mabuse et d’autres artistes envers lesquels il déploya une grande libéralité. Le caractère enjoué de Lucas de Leyden plut à Jean de Mabuse, il devint son compagnon de voyage, et ils visitèrent ensemble Gand, Malincs et Anvers.

Dans toutes ces villes, Lucas de Leyden prit plaisir à convier ses amis à sa table: on parla beaucoup de ses dépenses

LUCAS DE LEYDEN

et de s;i générosité. — Après avoir joyeusement terminé leur voyage, les deux amis se séparèrent. Mais Lucas, qui était d’une faible constitution, se ressentit des fatigues qu’il avait éprouvées; dès lors sa santé s’altéra. Parfois il crut qu’il avait été empoisonné, mais ces suppositions n’ayant d’autre fondement que les rêves d’une imagination maladive, on attribue plutôt son état de souffrance à une étisie qui, après l’avoir fait languir pendant 6 années, le conduisit enfin au tombeau.

Il n’était âgé que de 59 ans.

MARTIN SCIIOON.

Né à Bâle en 1498, mort en 1554

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