N" 42. — PORTRAIT DE SIR THOMAS MORE
bois; hauteur 27 pouces, largeur 21
La tête du grand chancelier d Angleterre est couverte d’un petit bonnet noir de forme pointue: il est vu de trois quarts, ses cheveux châtains retombent à plat et cachent une partie de ses joues, ses sourcils sont fortement prononcés, et son teint pâle fait ressortir l’expression de ses yeux, qui sont d’un bleu foncé. Ses traits sont ceux d’un homme avancé en âge, et sa physionomie annonce les soucis et les graves affaires dont il fut préoccupé sous le règne d’Henri VIII, roi d’Angleterre. Il est revêtu d’un costume de cérémonie, qui consiste en une robe noire, garnie de pelleteries autour de la poitrine; scs manches sont de velours rouge, il porte la chaîne de l’ordre de la Jarretière ; il a une bague à lïin des doigts de la main gauche et. de la main droite, il tient un papier roulé.
Le fond du tableau est un rideau d un vert jaunâ-
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tre attache par des cordons rouges, lin pie'destal sur lequel il pose le bras droit , porte la date du tableau . M. D. XXVII.
On sait que sir Thomas More, plus connu en France sous le nom de Morus, e'tait ne' à Londres en 1480, et qu’il fut décapité' le 5 juillet 1555, pour avoir refuse' de reconnaître la suprématie du roi dans les matières religieuses. Ce tableau a appartenu au duc de Bedford; il fut achète' à la vente que ce seigneur fit faire d’une partie de sa collection, chez M. Christie à Londres. >/ le 3i juin 1827.
V;in Mander ignore qui fut le maître d’Holbein; d’A rgenville. ainsi que d’autres biographes, rapporte qu’il fut élève de son père, également nommé Jean Holbein. Quoi qu’il en soit, il est certain que ses premières études ont été basées sur d’excellents principes, ce qui est un point important pour tout artiste.
Holbein commença à acquérir de la célébrité lorsqu’il peignit pour la maison de ville de Basle divers sujets de la passion ; pour la poissonnerie, la danse des paysans; et sur les murs du cimetière de Saint-Pierre, en la même ville , la célèbre danse des morts, ou danse Macabre, composition allégorique où la mort est représentée sous la forme d’un squelette qui triomphe de l’homme dans toutes les conditions de la vie. Ce sujet avait déjà été traité auparavant par Ilemling, ainsi qu’on peut le voir par le tableau que j’ai décrit sous le n° 7.
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Pendant le séjour qu’Érasme fit à Basic, pour l’impression de ses ouvrages, il se lia d’amitié avec Holbein qui. plusieurs fois, a fait son portrait.
Leur intimité tourna à l’avantage du peintre, qui, se rendant a Londres, y fut recommandé par Érasme à sir Thomas More, grand chancelier d’Angleterre. Celui-ci le reçut avec bonté, et distinguant bientôt son mérite extraordinaire, l’occupa pendant plusieurs années. Entre autres tableaux, il représenta le chancelier entouré de sa famille ; plusieurs de ces portraits étaient si ressemblants, qu’on rapporte que la vie semblait les animer. Lorsque le roi Henri VIII vit ses ouvrages, il les trouva si admirables qu’il lui commanda également son portrait, et le nomma son premier peintre. Dès lors Holbein fut constamment occupé pour la maison du roi, qui le combla de bienfaits, et auprès duquel il jouit constamment de la plus grande faveur. Un jour, un grand seigneur de la cour ayant fortement insisté auprès d’Holbein pour visiter son atelier, celui-ci ne voulut pas acquiescer à sa demande ; le lord témoigna vivement son mécontentement; une rixe s’éleva entre le grand personnage et l’artiste. Mais le roi approuva la conduite de son peintre, et ne souffrit pas que celte affaire eût d’autre suite.
Les portraits remarquables qui sont dus au pinceau d’Holbein sont d’autant plus précieux qu’ils représentent les personnages les plus distingués du règne de Henri VIII; rien en effet n’est plus intéressant pour l’histoire que ces reproductions des traits des hommes illustres transmis à la postérité par les premiers artistes de leur siècle.
Holbein mourut de la peste,, à Londres, à l’âge de 56 ans.
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