‹ Description de la Galerie des tableaux de S.M. le roi des Pays-Bas, avec quelques remarques sur l'histoire des peintures et sur les progrès de l'artChapitre 55 sur 139 · N" 45. - LES FLÉAUX DE DIEU · texte numérisé non relu

N" 45. - LES FLÉAUX DE DIEU

BOIS; HAUTEUR Cl POl'CES, I.ARGEUR 11 CINTRÉ DU HAUT.

Cette composition renferme deux tableaux contenus dans un même cadre. Celui de gauche représente, sur le premier plan, un vaisseau qui fait naufrage; un homme se cramponne aux débris du navire. — Sur le second plan, aux bords de la mer, se trouve un cavalier élégamment vêtu d’un costume moyen âge, et qui semble échappé au désastre. Les mains croisées sur la poitrine, il paraît implorer les secours du Ciel; un ange armé d’une croix descend vers lui. — Plus loin est représenté le même personnage ouvrant le ventre d'un poisson, dans lequel il trouve des pièces de monnaie dor. A l horizon, les côtes de la mer, où I on découvre un port devant lequel plusieurs navires font naufrage.

Le tableau de droite représente les calamités de la peste. On y voit deux individus étendus par terre, frappés par le fléau; près d eux marchent deux porteurs

Lambert lombard.

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qui se dirigent , avec une bière recouverte d’un drap de couleur pourpre, vers une église où rentre en même temps une procession suivie du pape portant l image de la Vierge; il est accompagné de ses cardinaux chantant des cantiques pour implorer la miséricorde de Dieu. Leurs prières semblent exaucées. Un ange les suit en volant au-dessus d’eux. Sur une tour, dans le lointain, on voit un autre ange remettant l’épée dans le fourreau, comme pour indiquer que la colère céleste estappaiséc. Au bas de cette tour, on creuse une fosse pour y enterrer les cercueils qui sont déposés dans un cimetière près de l’église.

Lambert Lombard est l’un des derniers artistes qui se soient distingués au seizième siècle. Il entreprit le voyage d’Italie, ou il s’occupa d’études profondes sur les antiquités grecques et romaines. Il fut non-seulement un excellent peintre, mais aussi un habile architecte; et à son retour dans sa patrie, il se distingua dans ces deux arts.

Comme tous les artistes, Lambert Lombard a eu différentes manières de peindre, et ses productions ont été parfois trèsinégales. Le poète Lampsonius, son ami intime, lui a donné des éloges qui ne sont peut-être pas toujours exempts d’exagération, mais que justifient souvent les œuvres du peintre, et surtout les compositions allégoriques dont nous venons de parler. Quoi qu’il en soit, il mérite une place distinguée dans

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l’histoire de l'art. La ville de Liège fut son principal séjour; il y forma une école de peinture, dont les meilleurs élèves furent Hubert Goltzius, Frans Floris, et quelques aulres qui, vers la fin du seizième siècle, cherchèrent à soutenir l’école flamande penchant vers son déclin. Les artistes continuèrent à faire en Italie des voyages pour se perfectionner par l’étude de l’antique, ils ne rapportèrent que des idées mal conçues, et les exprimèrent dans ce style maniéré qui prouve assez, ainsi que je l’ai dit en parlant des progrès et de la décadence des diverses époques, que parmi ceux qui se livrent à la peinture, il en est peu qui soient doués de ce génie original et fécond qui est le cachet du véritable artiste. Sans lui, tous les modèles sont inutiles, toutes les études insuffisantes.

Depuis 1560 jusque vers 1600, les arts languirent dans un état déplorable. Non-seulement il nous restait peu de peintres remarquables, mais encore tous les encouragements, tous les moyens qui pouvaient les relever, disparurent successivement au milieu des malheurs qui nous accablèrent sous le règne de Philippe II, lorsque les guerres civiles, occasionnées par le fanatisme religieux, anéantirent cette foule de belles institutions tant vantées dans l’histoire de notre ancienne patrie. Sous le fardeau de ces calamités, les arts restèrent pendant de longues années dans un état de prostration complète. Ce fut Rubens qui les releva, en formant cette immortelle école de peinture, qui fit du dix-septième siècle la plus brillante époque de l’histoire des arts dans les Pays-Bas.

LUCAS CRANACH (le vieux).

Né à Cranach en 1470, mort en 1553.

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