‹ Description de la maison et du musée situés au nord de la place de Lincoln's Inn Fields, à Londres. Demeure du Chevalier SoaneChapitre 17 sur 45 · HÉLAS, PAUVRE FANNY · texte numérisé non relu

HÉLAS, PAUVRE FANNY

Parmi les ruines est placé le fourneau qui chauffe l’eau, au moyen de laquelle la chaleur est entretenue dans le Musée et dans une partie du soubassement de la Maison ; appareil ingénieux de l’invention de M. A. M. Perkins.

On demandera peut-être, avant de quitter cette partie du Musée, à quelle époque a vécu le moine dont la mémoire est conservée ici, et s’il est de ceux qui ont rendu leurs noms fameux dans les légendes. La réponse à ces questions, Horace l’a faite d’avance : — “ Dulce est desipere in loco.”

Avant d arriver à la retraite du moine, nous avons eu plusieurs indications du plaisir que nous y trouverions ; et dès l’entrée nous sommes satisfaits au-delà de notre attente. Tout ce que peut désirer un pieux solitaire se trouve là, ainsi que beaucoup de ces choses qu un siecle de luxe requiert comme essentielles au bien-être d’une certaine classe, — et le Padre Giovanni est incontestablement un homme comme il faut. Il a quitté un monde dont il pouvait faire l’ornement, non par satiété ni par dégoût, mais par des motifs de piété ou par le goût de la retraite, que sont venus accroître ces chagrins inséparables de notre condition ici-bas, et qui nous éloignent naturellement, apres un certain âge, des scènes agitées de la vie. La compagne chérie de son cœur

Planche XVI II.

est depuis long-temps à l’abri des maux à venir ; la fille, dont la beauté le charmait, et dont la tendresse le consolait, a suivi sa mère au tombeau ; et le fils, qui aurait dû les remplacer l’une et l’autre, est devenu étranger à sa famille et à son pays. Où se serait-il donc réfugié, si non dans une retraite où du moins “ les méchants cessent de nuire, et où l'affligé jouira bientôt du repos ?”

Ici il trouvera tout, et au-delà de tout ce que son cœur désire. Voyez son oratoire enrichi d’un crucifix sculpté, qui satisfait en même temps son goût, et rend sa dévotion plus fervente. Voilà des niches pour les reliques qu’il estime inappréciables, et les missels qui charmeront ses heures solitaires. Sa chambre est garnie de productions de divers pays, sur lesquelles il peut méditer, et d’ouvrages de différents siècles que ses études lui ont rendus familiers ; ses armoires sont remplies de dessins sans nombre d’édifices ecclésiastiques, chers à sa mémoire et conformes à ses goûts et à son état ; de plus, il les regarde à travers des vitres peintes qui lui présentent des sujets encore plus sacrés. Une lumière richement teinte, éclairant cette pièce par le haut, répand sur chaque objet un doux éclat qui accroît encore le sentiment religieux qu’elle inspire : c’est une lumière adoucie, non épuisée — un rayon d’automne, non d’hiver — un rayon qui, vers le milieu du jour, devient parfaitement resplendissant, l’effet en étant rehaussé par les vives couleurs du tapis et des chaises couvertes de soie cramoisie'.

Ces objets de luxe ne sont pas strictement d’accord avec la simplicité et la pauvreté volontaire exigées par la vie monastique ; mais ils sont bien au-dessous de cette magnificence du Prieur d’Alcobaça, décrite avec une plaisanterie vraiment inimitable par l’auteur de “ Vathek.” Notre religieux imaginaire est le dernier représentant d’un ordre auquel, après tout, nous avons de grandes obligations : car, tant que les Sciences, et les Beaux-Arts, qui étaient à leur suite, furent relégués dans les cellules des moines, ceux-ci en furent assurément les conservateurs, et ils ont des droits à la reconnaissance de ceux qui en recueillent les fruits. Ils ont pu être trop indolents pour examiner leurs trésors, trop ignorants pour les apprécier ; mais, malgré leur ignorance et leur bigoterie, ils ne les ont pas détruits, ainsi que le fit anciennement un calife barbare.

Même dans les temps des plus épaisses ténèbres il se trouva sous le capuchon quelques hommes supérieurs — témoin le vénérable Bède et le saint Cuthbert ; et quand l’art de l’imprimerie — cet art envoyé du ciel pour éclairer et renouveler le monde — parvint à nos rivages, il fut accueilli par les moines d’Oxford, et chaudement protégé par l’Abbé de Westminster, sous le toit duquel Caxton travailla à la première presse qui fut établie à Londres. Bien plus, ne fut-ce pas un moine qui enleva le voile dont nos yeux étaient couverts, qui fit tomber les fers de nos mains, et qui nous donna la Réforme ?

Mais tout passe — jusqu’aux êtres des rêves que nous faisons même en veillant, et le pauvre Padre Giovanni n’est plus. Nous quittons le beau parloir où alternativement il conversait avec les morts illustres, et jouissait des douceurs de l’amitié avec les vivants de mérite : nous voilà auprès de son tombeau.

Autour de nous sont les ruines croulantes de son monastère jadis si beau : le lierre embrasse les arcs, et des parties du bâtiment se voient encore en beaux fragments ; sous nos pieds est le pavé à la construction duquel le vénérable vieillard a employé ses loisirs : il est fait avec beaucoup d’habileté de cailloux et de morceaux de verre, qui

forment un pavé marqueté fort convenable à l’endroit. Mais où ce bon père s’était-il procuré tant de bouteilles pour ses travaux innocents ?

N importe le supérieur ne le questionnait pas ici de son vivant, et il serait peu aimable d importuner 1 ombre d’une ombre qui s’est évanouie. Nous ne pouvons nous éloigner de ce terrein consacré sans remarquer un objet placé au-dessus de l’endroit où est enterrée la gentille Fanny, (qui n’a pas toujours été une ombre, mais une bonne et fidèle petite chienne, bien digne d’un tendre souvenir par son intelligence et son attachement) ; c’est un crâne couronné du laurier des conquérants. Il serait difficile d’imaginer une satire plus amère des honneurs et des distinctions de la terre ; et le fini de 1 execution vient encore ajouter à sa force en joignant le sourire du dédain à une leçon instructive, et la gaîté à la terreur.

Il faut probablement attribuer à la sévérité de la discipline monastique et aux idées limitées des solitaires, que des objets de cette espèce aient été placés de préférence à d’autres sur les tombeaux. Il m’a toujours paru étrange que, tandis que les anciens représentaient la mort par les emblèmes les plus agréables, tels qu’une torche éteinte ou une fleur flétrie, les Chrétiens, ceux à qui “ l’Evangile a découvert la vie et l’incorruptibilité,” aient choisi les formes les plus repoussantes et les circonstances les plus épouvantables qui se rattachent à notre dissolution, pour en représenter communément 1 image. Pourquoi faut-il que nous ayons sous les yeux ces memento hideux des infirmités humaines, nous qui croyons que “ ce corps corruptible sera revêtu d’incorruptibilité,” que “ ce corps mortel sera revêtu d’immortalité ?”

Certes, l’ange, ministre du Très-Haut — la vertu sous une forme sensible — la pomme de pin pyramidale, emblème de l’éternité — le rameau de palmier, symbole de la paix — la sainte croix — le livre sacré — les fleurs printanières, qui montrent leur résurrection naturelle, seraient des indications et des ornements infiniment plus convenables à un cimetière chrétien que ce qui n’a rapport qu’aux altérations physiques de l’homme, et le rabaisse au niveau des “ bêtes qui sont la pâture de la mort.” — B. H.

Lorsque nous quittons le monastère, le prochain objet de notre attention est

un petit enclos intérieur (15), désigné comme la Cour du Monument. Au centre

de cette cour est un Pastiche d’ Architecture, haut d’environ trente pieds, composé du piédestal sur lequel fut posé le Plâtre de l’Apollon du Belvédère, maintenant dans le Musée ; d’un Chapiteau de marbre d’ Architecture Hindoue ; d’un Chapiteau de pierre, des mêmes dimensions et du même dessin que ceux du Temple à Tivoli ; et d’un autre Chapiteau dans le goût gothique. Tous ces objets sont surmontés de groupes d’Architecture de formes variées, composés de fragments de différents ouvrages, principalement de fer fondu, placés les uns sur les autres : le tout est terminé par une Pomme de Pin.

Les murs de cette cour sont ornés de Fragments de l’Art, tant ancien que moderne : ceux de la partie inférieure proviennent des ouvrages d’Inigo Jones, de Robert Adam, et d’autres Artistes distingués. Une des Caryatides de l’attique de l’ancien Furnival’s Inn est conservée ici, pour montrer l’état de l’Art lorsque cette construction fut faite. Sur les parapets à l’est et à l’ouest on voit le Mercure ailé ; deux petites Statues italiennes et modernes de marbre ; plusieurs Torses, et d’autres morceaux de Sculpture ancienne et moderne. Le Vase, du côté oriental de cette cour, copié d’après le contour d’un ouvrage étrusque, est de pierre artificielle de Coade, et surmontait autrefois une des colonnes ioniques de la colonnade extérieure de Carlton House. Ces Vases, ou verres à gelée, ainsi que les baptisa le Comité du Goût de ce temps-là, furent tellement tournés en ridicule qu’on les fit promptement disparaître ; et l’absurdité d’une seule rangée de colonnes pour supporter un entablement sans objet, donna lieu à cette pasquinade si connue :

“ Care colonne, che fate quà ?”

“ Non sappiamo, in verità.”

La plupart des objets, qui composent cet assemblage d’Art ancien et moderne, se voient avantageusement des chambres du rez de chaussée, surtout la belle Frise circulaire, de sculpture grecque, achetée à la vente des effets de Lord Besborough, à Roehampton.

De la Cour du Monument on entre dans un Corridor (16) d’une longueur considérable, qui mène à l’Antichambre et aux Catacombes, et dans le mur méridional duquel il y a trois ouvertures. Derrière ces ouvertures, dans un enfoncement, est un Plâtre d’un Chambranle de Cheminée, placé, sous le règne d’Elisabeth, dans une des salles de l’ancien palais de Westminster; l’orignal est maintenant dans la salle particulière des Juges de la Cour du Banc du Roi. Dans l’ouverture du chambranle est un Plâtre du projet du monument funèbre de Madame Samuel Knight, dans l’église de Milton, à Cambridge, représentant la Piété ; de chaque côté sont deux beaux fragments de sculpture ancienne. Une des ouvertures contient le Buste du Général Paoli ; au centre il y a deux Monstres Héraldiques antiques ;

et dans l’autre ouverture, un Buste du Prince Blucher. Quelques-uns des Plâtres et des Fragments placés aussi dans cet enfoncement proviennent des ruines des Abbayes de Ramsey, de Tintern, et d’autres édifices gothiques. Les murs du Corridor sont enrichis de Plâtres d’après des sculptures anciennes, d’ornements, de groupes, et de figures détachées. Du côté oriental, des ouvertures donnent sur la Crypte Egyptienne ; les faces de ces ouvertures sont ornées de Plâtres d’après des figures de l’Abbaye de Westminster, mutilées du temps d’Olivier Cromwell.

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