FAITS PRINCIPAUX DE SON HISTOIRE
Lorsque saint Louis eut assuré à la France la possession N des insigues de la Passion que l’empereur latin de Cons- A lantinople se voyait contraint de livrer à prix d’argent, il Se chargea en même temps ses orfévres de les envelopper \ à ; . :
SY des plus riches métaux, et son architecte, Pierre de Mona tereau, de leur construire une grande châsse ouvragéc x comme un filigrane, tout illuminée de verrières, toute P} resplendissante d’or et d'azur. Jamais ordre royal ne fut = mieux exécuté. Ce reliquaire sans pareil que voulait Le
Ÿ gaint roi, maître Pierre l’a réalisé en élevant la Saint Chapelle. On croit que saint Louis posa la première pierre
de cinq siècles; nous nous contenterons de dire 0 qu’ in nier lieu le clergé de la Sainte-Chapelle se composait trésorier, qui en était le ee de douze nn d
toute sa ou huit ans après la consécration . ; Sainte Chape
devaient à son talent les plus beaux édifices de leur abbaye, lui donnèrent un glorieux tombeau dans la chapelle de la Vicrge. Jusqu'à la fin du siècle dernier, on voyait sur sa sépulture une dalle gravée au trait, sur laquelle il était représenté la règle et le compas à la main. Son épitaphe atine, composée de cinq vers hexamètres, lui donnait les titres de fleur pleine de bonnes mœurs et de docteur des architectes. Une autre tombe, pareillement gravée, recouvrait les restes de sa femme Agnès. Dans l’épitaphe française de cette tombe il était nommé mestre Pierre de Montereul. Ges monuments, qui auraient aujourd’hui tant de prix à nos yeux, ont disparu avec l'édifice gui les contenait. La cathédrale de Reims possède une dalle funéraire qui peut nous donner une idée de la tombe de Pierre de Montereau; c’est celle de Hugues Libergier, architecte de la célèbreéglise abbatiale de Saint-Nicaise, mort en 1263,
Les annales de la Sainte-Chapelle ne nous offrent, pour les premières années du quatorzième siècle, aucun fait plus considérable que la translation d’une partie des reliques de saint Louis. Après la mort de ce grand prince devant Tunis, le 25 août 1270, ses ossements séparés des chairs furent apportés en France et inhumés à Saint-Denis, derrière l’autel de la Trinité, auprès destombes de Louis VII et de Philippe Auguste, où ils reposèrent pendant plus de vingtsept ans. La bulle de canonisation ayant été promulguée
par le pape Boniface VIIT, en 1297, le corps fut levé de
terre l’année suivante, ct placé dans une châsse d’argent. Plusieurs années s’écoulèrent avant l’exécution du projet
formé par le roi, Philippe le Bel, d'enrichir sa Chapelle
des reliques de son aïeul. Enfin, au mois de mai 4306, le chef de saint Louis fut enchâssé dans un buste d’or, rehaussé de pierres précieuses, et transféré à la Sainte-Chayelle avec une pompe extraordinaire. Le buste était de
grandeur naturelle, soutenu par quatre anges, posé-sur. un socle qui avait pour supports quatre lions d'argent doré. Des saphirs, des rubis, des perles, des énieraudes, des, grenats el des cristaux décoraient la couronne” et le. col du vêtement. Autour du socle se déroulait une suite ; de vingt-neuf roi: de France. Une inscription latine se. lisait sur le mê.ne socle ; elle indiquait la date du reliquaire et le nom de son auteur, maître Guillaume Juliani, orfévre du roi. Ce merveilleux joyau n’a pas survécu à la dilapidation des trésors de nos églises.
De nos jours on crut avoir retrouvé dans la Sainte-Cha-… pelle haute une portion bien précieuse des restes du saint roi. Le 15 mai 1843, en levant une dalle au centre de l’abside, les ouvriers découvrirent une boîte d’étain renfermant les débris d’un cœur dont aucune inscription ne faisait connaître l’origine. [Il se trouvait seulement dans la boîte un procès-verbal indiquant qu’elle avait été exhumée une première fois, le 21 janvier 1803. Un vif débat s’en gagea sur la question de savoir si ce cœur ne serait pas celui de saint Louis. Il semblait que cette place d'honneur ne pouvait convenir à nul autre qu’à celui qui avait érigé ce magnifique tabernacle aux reliques de la passion du Sauveur. La boîte présentait assez bien le caractère du treizième siècle , mais rien ne prouvait qu’elle fût demeurée à sa place primitive, et d’ailleurs n’aurait-on pas pu s'étonner à bon droit de l'oubli dans lequel les chanoines” auraient laissé une relique aussi importante, tandis qu’ils entouraient la tête de leur saint fondateur de tous les témoignages du culte le plus tervent. Aucun document écrit, aucune tradition ne prêtait son appui à l’opinion qui voulait Voir dans la découverte du cœur de saintLouis un fait vraiment providentiel. Les Bénédictins de Saint-… Denis, si scrapuleux à énumérer toutes les parcelles déta-…
chées du corps dont le dépôt était confié à leur garde, se
seraient-ils donc dessaisis de ce cœur sans que le souvenir en eût été constaté dans leurs archives. Le jugement du débat fut déféré à l’Académie des Inscriptions et Belleslettres. Après une longue et sérieuse discussion, cette savante. compagnie déclara que rien n’autorisait à se prononcer pour l’affirmative, et qu'ua l'absence de renseignements décisifs il convenait de replacer la boîte et le cœur dans l’endroit même où ils avaient été trouvés.
Tant que les rois habitèrent le palais dela Cité, les cérémonies les plus brillantes se succédèrent presque sans interruption à la Sainte-Chapelle. Les reines Marie de
. Brabant, seconde femme de Philippe le Hardi, Marie de
. Luxembourg, seconde femme de Charles le Bel, Jeanne
d Evreux, troisième femme du même prince, etIsabelle de Bavière, de funeste mémoire, femme de Charles VE, y furent couronnées. On y célébre le mariage de l’empereur Henri Vilavec Marguerite de Brabant, et les fiançailles
d’Isabeau, fille aînée de Charles VI avec Richard IT, roi
d’Angletérre. En 1332, Philippe de Valois tint une grande assemblée à la Sainte-Chapelle pour annoncer publiquement aux prélats et aux barons du royaume son projei d'entreprendrele voyaged'outre-mer pour combattre les infidèles. Ce projet ne fut jamais exécuté. Le jour de l’Epiphanie de
l’année 1578, le roi Charles V, l'empereur Charles IV, et
son fils, Venceslas, roi des Romains, marchèrent à l’offrande portant l’or, l'encens et la myrrhe, comme les rois venus d'Orient pour adorer Jésus dans sa crèche. Chaque fois que les souverains convoquèrent dans le palais des assemblées du clergé, les prélats venaient implorer, au pied des Saintes Reliques, l'assistance de l'Esprit divin. Louis XI, près de mourir, en 1483, espérait prolonger sa vie en s’entourant des reliques les plus
un ones de sujets d' une nature plus grave, nous ne
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sorier. Il ne fallut rien moins que la médiation 5 à président Guillaume de Lamoignon, pour ramener la. dans le lieu saint. Le Ne consentit à AE ÿ
Paris, et ordonna qu’il fût sursis à out ion Hbfte canonicats où chapellenies. Le servicediviu
- yêtre continué jusqu’à ce qu’il en fût autrement décidé.
L'arrêt du conseil était principalement fondé sur ce que le clergé de la chapelle ordinaire du roiremplissait, depuis longtemps, les fonctions pour lesquelles les anciens rois avaient fondé les Saintes-Chapelles, annexées au palais de Paris, au château de Vincennes et à d’autres résidences. rois ans après, la Sainte-Chapelle était comprise dans le décret de l’Assemblée nationale qui supprimaitlesabbayes, les chapitres et les congrégations religieuses. Bientôt les portes de l'antique oratoire desaint Louis furent fermées. On envoya les reliques à Saint-Denis, quelques objets
précieux au Cabinet des antiques, des émaux, des statues, des fragments d'architecture, au Musée des monuments
français. L'édifice fut destiné à être démoli par le premier acheteur qui en offrirait un prix suffisant. La fatale
‘inscription Propriété nationale à vendre n’a disparu que
de nos jours, au moment où furent entrepris les travaux de restauration.
. Du temps du Directoire, un club obtint l’autorisation de tenir séance à la Sainte-Chapelle. Un peu plus tard, nous la voyons convertie en magasin de farines: Vers 4800, plusieurs ecclésiastiques louèrent laSainte-Chapelle basse et y célébrèrent, pendant quelque temps, les cérénonies du culte. En 1803, l'Administration installa les archives judiciaires dans la Sainte-Chapelle haute, et peu de temps après la Chapelle inférieure fut mise à la disposition de la Cour des comptes pour lui servir de dépôt. Les deux princes de la maison de Bourbon, qui régnèrent de 1815 à 1830, témoignèrent en vain texr désir de rendre à la religion ce monument de leur saint aïeul. Ce ne fut qu'en 1837 que le gouvernement, qui ouvrait aux nobles souvenirs de la vieille France les galeries du palais de Versailles, résolut de faire de la restauration de la Sainte-
Chapelle le type aes travaux du même genre qu of se dis- ‘: posait à exéculer sur tous les points de la France. Les noms de MM. Duban, Lassus, Viollet-le-Due et Bæswill= wald, garantissent assez le mérite de cette restitution qui
touche aujourd’hui à son terme. À ceux qui s’étonneraient” d’une durée de quarante ans pour le rétablissement d'un
édifice d’une étendue aussi peu considérable, nous répon-=
drons que ce n’était pas trop pour l’étude approfondie de ;
sa structure et pour la patiente recherche de son orne= mentation. D'ailleurs, le succès obtenu justifie complétement les artistes éminents qui l’ont préparé. Le 8 novembre 1849, la Sainte-Chapelle reprit ses habits de fête pour Jimportante cérémonie del’Institution de la magistrature. L'édifice avait été décoré avec le plus grand luxe dans le style du treizième siècle. Des chants anciens, dun
caractère vraiment religieux, tirés de l'oubli pour cette.
circonstance, ont été publiés sous le titre de Chants de la Sainte-Chapelle. Depuis cette époque, une messe solennelle est célébrée chaque année, en ce même lieu, le jour de la rentrée des cours et tribunaux qui siégent au Palais-e-Justice. ,
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