‹ Description de Rome (volume 4)Chapitre 15 sur 63 · V APPARTEMENT BORGIA · texte numérisé non relu

V APPARTEMENT BORGIA

Alexandre VI fit construire cet appartement* appelle Borgia du nom de la famille de ce Pontife . Il est composé de six pièces qui servaient autrefois d’habitation aux Cardinaux pendant le Conclave . Par les soins prévoyans du Pontife Régnant , ainsi que l’annonce l’inscription en marbre , qu’on y a placée on trouve aujourd’huy exposés dans ces pièces * les chefd’œuvres de la peinture à huile. On entre d’abord dans la

Première Chambre .

C’est une grande salle de 56 pieds de long sur 36 de large , et dont la belle voûte est ornée de stucs, et de peintures de jean d’Udine, et de Périn del Vaga , exécutées sous Léon X , ( comme on l’infère des armoiries et des inscriptions ) , peutêtre sur les dessins de Raphaël, et achevées probablement après sa mort. Elles représentent les douze signes du Zodiaque, quelques constellations , et les sept Planettes

Egutees 5 c’est % dire Jupiter dans un char , tiaine par des Aigles ; Diane, par des Nymphes ; Vénus , par des Colombes ; Mars, par des Loups ; Mercure , par des Coqs ; Apollon , par des Chenaux , et Saturne , par des Dragons . On avait autrefois peint dans les lunettes de cette voûte les actions les plus glolieuses de divers Pontifes dont 11 ne reste maintenant que l’inscription - et dans des compartimens , les vues des principaux édifices de Rome dans le XV. et XVI. siècles ; ces peintures sont effacées aujourd’huy .

En commençant le tôur par la gauche en entrant , le premier tableau qui se présente est le chef-d’œuvre de la peinture à huile de Raphaël ; c est la Transfiguration de N, S. sur le mont du Tabor, que l’on regarde généralement comme le premier tableau du monde . Quelques Apôtres , places au pied de là montagne, sont attentifs à la délivrance d’un possédé qui leur ^est présenté . S.Pierre-, S.Jacques et S. Jean sont au haut du mont d’oii ils 11e peuvent soutenir la vue de Jésus Christ qui est élevé de teire $ et resplendissant de lumière , entre Llie et Moyse , également élevés près du Sauveur . On ne peut assez faire l’éloge de ce tableau soit pour la disposition , l’expression et la variété des figures , soit pour les attitudes , la diversité des caractères et les airs de têtes: il est d’un dessin sublime , pur et plein de sentiment les ombres sont fortes et vraies : en:'n

^CiC°^S* en eSt §raC3eux * vigoureux et naturel. Mais pour en concevoir une idée complète 3 a faut voir long tems cette composition.

et l’examiner soigneusement pour en admirer même la conservation après trois siècles . Le Cardinal Jules de Mèdicis * devenu Pape sous le nom de Clément VII 5 paya ce tableau 655 ducats .

Le second tableau en toile est le martyre de S. Erasme , de Nicolas Poussin : les figures y qu’il représente 5 sont les plus grandes qu’ait composées cet Artiste , illustre Maître de l’Ecole française . Ce tableau * qui a été payé 300 écus 5 a servi d’original pour la mosaïque qu’on a déjà vue dans l’Eglise de S. Pierre .

Le troisième est un carton original de Jules Romain 3 qui représente le martyre de S. Etienne 5 peint ensuite par lui même à l’huile 5 et qu’on voit encore à Gênes : ce carton fut apporté ici de la Bibliothèque Vallicellane .

Le quatrième tableau des SS. Procès et Martinien représentés au moment de leur martyre , est une peinture de prix , de M. Valentin 3 et d’après laquelle on a exécuté la mosaïque qui est dans l’Eglise de S. Pierre .

Le cinquième tableau 3 que Clément XIV acquit 3 et fit venir de Venise 3 représente la Vierge avec l’Enfant Jésus 3 placés dans le haut au milieu des Anges : on voit aussi Ste. Catherine au dessous avec cinq autres saints . C’est un très excellent tableau du Titien , le plus grand coloriste de l’école moderne . La figure de St Sébastien est tout ce qu’on peut attendre de Part 5 émule de la nature , Passant à la

Seconde Chambre .

En entrant dans cette p^èce . qui a 26 pieds cte long sur 3 2 de large , et dont la voûte a été peinte par le Pinturicchio , on trouve à gauche un petit tableau du B. jean Angelico de Fiésole , représentant divers traits de la vie de S. Nicolas de Bari , avec de bien petites figures , mais gracieuses et naturelles , comme il les peignait ordinairement .

Jésus-Christ , placé dans le sépulcre , est le sujet du tableau suivant . C’est l’ouvrage le plus célèbre de Michel-Ange du Caravaggio 9 qui réunit un coloris assez fort à une expression naturelle et touchante : il a été autrefois dans l’Eglise de Ste. Marie in Vallicella , dite l’Eglise Neuve .

Suit la Résurrection de J. C. ouvrage de la première manière de Pierre Pérugin ? dans lequel quelques uns prétendent que se trouve le portrait de Raphaël 5 fort jeune encore 5 peint par son maître , et celui de Pérugin de la main de son élève ; ce qu’il est bien difficile d’accorder avec l’epoque de cette même peinture qui d’ailleurs a été restaurée .

Viennent ensuite six petits tableaux ayant chacun une figure peinte sur enduit antique . On infère -, du nom qui y est écrit ? qu’on y a représenté six femmes célèbres 5 dans la mythologie , par leurs incestes :

Le mérite de la peinture qui est au milieu , et également sur le mur ? est d’être antique, et de représenter le cérémonial d’un mariage que les modernes prétendent être celui de Fé-

léc et de Th étis, et d’autres semblables sujets * quoique sans la moindre preuve . Ce morceau * perdu de sa grande valeur depuis qii’Herculanum et Pompeï ont donné une quantité énorme de peintures grecques all'enectusto, de toutes les dimensions , relatives à la mythologie 9, quoiqu’elles ne soient pas de ces sublimes pein* tures antiques . Celle-ci est cependant placée ici fort a propos , au milieu des chefs d’œuvre de la peinture moderne, afin que par la comparaison-, on pui. se en reconnaître k vrai mérite . Ce morceau a été trouvé près de l’Eglise de S. Julien , passé l’Arc de Gallien , et il a pris le nom de Noces Aldobrandines , du nom de l’ancien propriétaire, le Card. Cintio Aldobrandinv qui en fit l’acquisition en 1 €06 , pour sa petitemaison de plaisance sur le Quirinal . Il y en* une bonne copie , par le Poussin , dans la galerie Doria . Le Pape Régnant , Pie VII , a 'acheté l’original en 1 B.

Le tableau à huile qui suit est du nombre de$ tableaux d’Eglise , les plus célèbres de Rome ; c’est le chef d’œuvre d’André Sacchi : il représente S. Romuald assis dans une plaine agréable des Apennins , expliquant à ses solitaires le s raisons qu’il a eues d’abandonner le monde* et leur montrant une échelle miraculeuse, qu’il u vue en songe , assez semblable à celle de Jacob , et par. laquelle ses moines décédés monte, i en t au ciel . Ce tableau a été autrefois sut le maître autel de l’Eglise de S. Romuald à Rome .

Vient ensuite le Crucifiement de S. Pierre , l’une des peintures les plus estimées du Guide,

Tem. L D

de sa manière forte » qu’il a suivie dans cette circonstance pour imiter le Caravaggio 5 mais qui n’était pas de son goût . La Basilique de S. Pierre possède une mosaïque d’après ce tableau . L’original était anciennement dans l’Eglise de S. Paul aux trois fontaines , d’où on le retira à cause de l’humidité qui ie détruisait .

Un autre petit tableau du B. Angélique semblable au premier 5 termine la collection de ceux de cette pièce : il représente aussi des traits historiques de la vie de S. Nicolas de, Bari 3 avec des petites figures comme celles du tableau que nous avons vu à 1’ entrée . Suit la

T, ’ oisième Chambre .

Elle a 25 pieds et demi de long et 32 de large 5 avec la voûte peinte aussi parle Pintujricchio .

Le premier tableau 3 qu’on y remarque est une belle Ste. Famille avec Ste. Catherine 5 de Ben venu to Garofolo 5 peinture gracieuse qui mérite d’être observée pour son coloris et sa finesse , quoiqu’elle ait été un peu retouchée ,

On prétend que le tableau au dessous ^ représentant trois Saints en demi-figure , est de Pierre Pérugin : on l’attribue aussi à Raphaël .

Le tableau suivant 3 représentant la Vierge et l’enfant au milieu de trois Saints Evêques et * un Diacre ( peut-être S. Etienne ) est un bei ouvrage du Pérugin ,

të quatrième avec le Couronnement de la Vierge dans le haut , et les Apôtres dans le bas , autour de son sépulcre , passe /auprès de quelques observateurs , pour la plus belle p inture du Pérugin : d’autres prétendent qu’ elle est de Raphaël même , mais non de sa dernière manière . Il est certain que le style en est excellent 5 plein de grâce et d’intelligence , soigné au dernier degré , et digne de ce grand génie .

Le cinquième est une Ste. Hélène , peinture du bon rems de Paul Véronèse , transportée ici de la galerie du Capitole «

Le dixième tableau est une Magdc laine da Guerchin -, ouvrage remarquable d’une composition pieuse 5 d’un dessin correct) d’un coloris fort et harmonieux : il était autrefois dans l’Eglise des Converties au Cours •.

Le septième est la Fortune, célèbre tableau du Guide 5 récemment apporté ici de la galerie du Capitole ; peinture très appréciée pour la correction du dessin , la facilité du pinceau et 1’ harmonie des couleurs . L’enfant , qui tient la Fortune , par les cheveux , est d’une grande beauté , et semble être animé .

Le huitième représente le Grand S. Grégoire^, ouvrage assez estimé, d’André Sacchi , mis en mosaïque dans l’Eglise de S. Pierre .

Le neuvième tableau , avec la Vierge et l’Enfant Jésus , assis sur un nuage , et dans k bas, un petit enfant qui tient une planchette ; k droite , S.Jean Baptiste et S. François à ge noux ; à gauche Saint Jérôme et plus loin la personne pieuse qhi commanda le tableau au

maître même , est une peinture très célèbre de Raphaël 5 de sa plus belle manière : il était anciennement à Foligno chez les Religieuses appelées les Comtesses . Le dessin en est pur 5 la grâce y domine : la Vierge et l’Enfant Jésus sont véritablement des figures Angéliques : Raphaël seul était en état de les concevoir 3 et de les exécuter avec cette perfection .

Le Vasari fait une description particulière de ce tableau ; il dit qu’un Camérier de Jules II ? ( ce que nous appelions présentement Came riere Segreto ) le fit peindre pour le grand Autel de l’Eglise à’Araccpli % Rome, et que c’est Sigismond Conti qui y est peint à genoux , vêtu de rouge . Le P. Casimir , qui a fait l’histoire de cette Eglise , n’a pu trouver aucune notice qui indiquât comment il avait été ensuite ôté de cet Autel « Il est probable que d’abord Conti l’avait destiné à cet usage , mais qu’ ensuite il n’y fut point placé ; et qu’ainsi resté à la famille , il fut envoyé à Foligno , suivant l’insciiption, en lettres majuscules dorées , qui était anciennement au bas de ce tableau , et rapportée par Cas'mir lui même ce la manière suivante: Quesla taroïa la fe.ee. dipingere J\lis-

scre Gismondo Conti Segretario primo di Giu ho Seconda , et è dipinta per mano di Raphaël de Urbino , e Sora Anna Conti , Nipote di Missere Gismondo , la facta portare da Roma9 e facta mettere a c/uesto Altare net i565 a di 23 Marzo . „ Messire Sigûmond Conti , pre-* 33 mier Secréta re de Jules II ? fit peindre ce 33 tableau ; il a été peint de la main de Raphaël 3, d’Urbin , et la Dame Anne Conti 3 nièce de

s, Messîre Sig;sinond , l’a fait apporter de Royy me, et 1 a fait mettre a cet Autel, 1 an ,, le 23 Mars . y y Ce n’est pas ici le lieu de faire des recherches ni sur le transport de ce tableau , ni sur l'inscription ; il suffit de savoir que SigMmond mourut le 23 Mai 1512, du vivant de Jules 11 y et que sa pierre sépulcrale énonce qu’il était Secrétaire de ce Pontife , et qu’il fut enterré dans le Chœur &Ardcœli ; ce qui sert à faire connaître l’époque du travail 3 que Vasari ne cite pas ; mais on pourrait conjecturer de ce qu’il dit , qu’il a été fait après les Sibylles de l’Eglise de la Paix , qui sont antérieures à cette année «

Le dixième petit tableau représente , dans des ronds , les trois Vertus théologales, peintes en clair-obscur par Raphaël y fort jeune alors ; il les a accompagnées chacune de deux petits génies qui, par leur attitude et les symboles , en donnent l’explicatiou .

On dit que le dernier tableau est aussi de Raphaël , qui y a représenté l’Annonciation de l’Ange 5 l’Adoration des Mages et la Présentation an temple, du Rédempteur. Ce sont vraiment des objets gracieux et soignés , quoique de la première manière de ce maître . On passe ensuite à la

Quatrième Chambre •

Cette pièce est égale à la précédente en grandeur , et les peintures de la voûte sont aussi du Pinturicchio .

Le premier objet a examiner à gauche en eiïtrant , est un grand et beau tableau de Guide r il représente la Vierge , dans le haut ; S Jérôme et S. Thomas , dans le bas, belles figures du pinceau toujours facile de ce maître .

Dans le tableau suivant sémicirculaire dans le haut , on a représenté le Couronnement de h Vierge au miüeudes Anges , et les Apôtres dans le bas ; les uns observent la tombe vui- ■de , et les autres regardent en l’air , émerveillés de ce qui se passe : C’est, dit-on., une •composition admirable du grand Raphaël , mais • sans aucune preuve ; tandis que Vasari assure que la partie supérieure a été peinte par Jules Romain , et la partie inférieure par François Penni , dit il Fatiore ; on y reconnait leur manière .

Le troisième tableau ?st la fameuse Communion de S. Jérôme du Dominiquin , son chefd’œuvre , et l’un des quatre tableaux d’autel , les plus célèbres de Rome * On y admire le prêtre qui tient de la main gauche l’hostie sur la patène , prêt à communier le Saint qui est a genoux, soutenu par deux personnes . Plusieurs autres belles figures toutes pleines d’expression , s’intéressent aussi au sujet . La composition est pleine de vérité , le clair-obscur fort, et le dessin très correct : la figure du Saint , particulièrement la tête , est tout ce que l’art peut produire de plus beau . On passe maintenant dans la

Cinquième Chambre .

Bile est plus grande que les autres ; elle a quarante pieds de long sur 32 de laige : les peintures de la voûte sont du Pintuiicchio * suivant quelques uns , et d’Andie Mantegna y

suivant d’autres . ,

On voit d’abord un beau dyptique dore : oa infère de l’inscription, qu’on y lit encore , qu’il a été fait en 1435, Mars 3 sur demanc*.e d’un certaLi Ange degli Atti de Todi , Notaire de la Chambre Apostolique . On observe , dans le milieu , la Vierge et l’Ange Gabriel ; à droite S. Louis , Roi de France , et à gauche S. Antoine de Padoue , figures qui ne sont pas à dédaigner pour l’époque oîi elles ont été exécutées .

On veut que la Sainte Famille suivante soit d’école Flamande , et que la seconde représentant Ste. Catherine , S. Pierre et Ste. Lucie , soit du Giorgione . Suit la naissance de la Vierge , qu’on prétend de l’Albane : on y trouve au moins de sa manière. La Sybille avec Auguste (ngurs barbue portant une couronne, rayonnante contre l’usage) , est un bon tableau de Benvenuto Garofalo , qui offre la date de 1 $44. Les demi figures suivantes de la Piete sont de Mantegna ; elles représentent Jesus-Christ porté au sépulchre . Vient ensuite une Vierge avec l’enfant au milieu d’un groupe de petits anges , avec S. Jean Baptiste et S. Laurent à la droite ; S. Jérôme et S. Vincent Ferriètà la gauche , tableau de l’école Florentine , et que les connais-

seurs peu expérimentés attribuent à Frà Barto-lomeo .

Le dernier tableau , représentant la résurrection du Lazare , a été peint par le Muzianop c’est une composition de beaucoup de figures , mais confuse d’un coloris sombre , et qui a souflf rt du tems et des retouches . Cet ouvrage n’est pas le plus beau de ce maître, quoiqu’il fût au palais Quirinal, d’oii il a été transporté ici . Reste la

Sixième Chambre .

Cette pièce a 22 pieds de long , sur 2$ et demi de large . On croît que la voûte a été peinte par Mantegna .

L’octogone, avec des figures de bas en haut, est de Paul Véronèse , qui y a. représenté allégoriquement l’Architecture couronnée et entourée de ses génies , laquelle se relevant de l’état sauvage , figuré par un Vieillard nud , retiré parmi les rochers, les buissons et les sources , s’est élevée au faîte de la gloire* «exprimée par une Renommée ailée qui l’accueille , en lui tendant amicalement la main .

Le Guerchin est l’auteur du S. Thomas qui: met les doigts dans le côté ouvert du Sauveur, en présence des Apôtres . C’est une peinture bien traitée soit à cause de la difficulté que présente le su/et * soit dans son exécution très soignée .

Frédéric Barocci est l’auteur des deux tableaux suivants , le premier représentant , 1& ®». Micheline de Pesaro à genoux sur le GaLvai-

re, lors de son pèlerinage , figure gracieuse ? mais un peu rembrunie ; le second , l’Annonciation 5 morceau très célèbre qui était à Lorète , et qui a été copié en mosaïque dans le dernier siècle ; ouvrage si cher à son auteur , qu’il voulut le graver lui même sur cuivre : cette gravure est très recherchée •

Sortant de cet appartement , on trouve ensuite à gauche , la porte d’entrée qui mène à la première partie du

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