L' ICONOTHÈQUE DES HOMMES ILLUSTRES
Le nombre des bustes des hommes illustres placés dans le Panthéon , étant devenu trop grand , le Gouvernement a jugé à propos de les faire transporter dans un lieu plus convenable . En conséquence^on a choisi ce rez de chaussée du palais des Conservateurs au Capitole: on l'a divisé en huit salles convenablement décorées, mais avec simplicité . On y a placé par classes, tous ces bustes sur des consoles enchâssées dans les murs , et des hermès ont été disposés tout autour sur des tables de marbre soutenues par des jambes de chimères , posées sur le sol ,
La première chambre qui sert de Vestibule , présente en face de la porte , une grande pierre sur laquelle on a inscrit , pour le bon ordre, quelques lois qui pourront servir de règle à l'avenir . Elles sont écrites dans un latin qui , s'il n'est pas élégant , est au moins autorisé par le IV. siècle de Rome , et abondant en expressions grecques . Quoiqu'il soit énoncé sur cette pierre , que ce local est desti.ié aux Italiens illustres , néanmoins pour ne pas en exclure les ultramontains nui , avant ce nouvel établissement ^ avaient mérité l'honneur d'être
placés au Panthéon 5 on a destiné ' à ces derniers ce vestibule , qui contient déjà cinq portraits : ce sont ceux du Poussin, de MengSj de Winckelmann^ d'Angélique Kauffmcinn et de Mr. Suvée ^ ancien Directeur et fondateur de i' Académie Royale de France à la Villa Médicis sur le mont Pincius.
Comme chacune de ces chambres indique ^ par des inscriptions sur le mur ^ la classe à laquelle appartiennent les portraits qu'elle contient; et comme sur chaque buste on a gravé le nom du personnage qu'il ^présente 5 l'époque où il a vécu 5 la personne qui a pris le soin de l'y placer , et souvent le nom du sculpteur qui Pa exécuté ^ il serait superflu d'en faire ici la description, d'autant plus que cette collecction est > de sa nature , susceptible d' augmentations et de variations continuelles .
Mais il ne conviendrait pas de passer sous silence Pinscriptron en marbie qui est o\i dessus du buste de l'immortel fondateur^pkcé sur un bloc de colonne de granit rouge au mili u et en face , pour perpétuer la mémoire d'une si grande munificence ; voici cette inscription ,
Nous la rapportons tout entière , parce qu' elle exprime noblement les sentimens des amis des Arts pour l'auguste personne de Sa Sainteté *
2 57 PIVS SEPTÏMTS PONT. MAX.
*;ciE>^TiARr>r bokarv^iqye artitm
PATRO^'YS I«V^'IFICE^'TISSIMVS
J^D INLVSTRIVM VIRORV-M MF.MORlA:^£
QV0RV3I INGENIO ET OPERIBVS
ITALIA NORILITATA EST
HONORE CV-MyLANDA31
ICONAS
MVSEO CAPITOLINO ADJVNGt
PROPRÎAMQVE EISDE.M SEDS.^
CONSTITVI JVSSIT
POÎfTIFICATyS Syi AÎÎTSO XXI.
En sortant , on observe dans la cour deux pieds et une portion de bras 5 fragmens en marbre de grandeur colossal e^trouvés sur la fin du XV. siècle 5 près du temple de la Paix et de Ste. Françoise Romaine . Sur le pavé est une guenon ou singe avec une queue , ayant une peau^sur le dos en forme de mantelet : une des habitudes de ces animaux , étsnt de mettre sur leur dos la peau ces bêtes qu'ils dévorent : à côté sont écrits en grec les noms des sculpteurs Phidias et Ammonius fils de Phidias , et de 1' autre part est une inscription de l'an 159 sous Antonin le Pieux raïquel on dédia h statue î Le groupe d'un lion qui déchire un chevaK Fort expressif , restauré à ce qu'on dit par Michel-Ange : il a été trouva à Acquataccio • Au milieu du portique , dans le fond, çst la statue de Rome assise sur un piédestal dans lequel est eachàssée la clef d'un arc triomphal , et 011 l'on a sculpté une province qui pleure ; c'est peut-être la Dace. A ses côtés
on voit deux superbes figures de marbre gris noire y représentant deux prisonnieis privés des mains ; elles sont estimées pour la sculpture y le caractère et l'habillement barba e . Les deux figures égyptiennes de granit rouge furent trouvées dans les jardins deSalluste près de la voie Salara avec les deux qui sont au Musée Capitolin . On observe dans la cour les fragmens d'un genou, d'une jambe et d'une main e ce colosse dont nous avons déjà parlé ; La tête et la main colossales de bronze qu'on dit être d'une statue de Commode auquel cependant la tête ne ressemble pas ; une autre tête plus grande en marbre, de Domitien, dit-on 5 mais également peu ressemblante . On a sculpté sur le piédestal qui la supporte, la figure d'une province , et elle est semblable à celle qui , dans le Musée Capitolin , porte le nom de Hongrie : elle fut trouvée sm* la place de Vietra .
Avant de monter l'escalier , on doit observer dans une ni:he la statue antique d' une Bacchante remarquable par les deux couronnes ou guirlandes bacchiques qui lui traversent la poitdne , et qu'on appelle hjpotimiades : une colonne rostrale moderne avec laquelle on a voulu imiter celle de C. Duilius ; un fragment de l' inscription anci^niie en marbre , copie d'une plus ancienne , est incrusté dans le piédestal qui soutient la colonne . Le cippe antique dans le fond , sur lequ 1 pose un lion qui est l'arme de Sixte V , est un morceau assez précieux à cause de l'inscription de dédicace faite ï Adrien par les Magistrats dts quatorze
quartiers de Rome ; il mérite une place plus
appropriée .
Montés au premier palier de l'escalier , nous observerons dans deux niches , l'une en face de l'autre , les statues des Muses , Uranie et Thalic 5 avec des symboles qui leur conviennent peu ; elles paraissent avoir été restaurées dans ces derniers tems . Les quatre grands basreliefs dans la petite cour proviennent sans doute d'un arc de triomphe de Marc-Aurèle : le premier représente un sacrifice que cet Empereur fait à Jupiter Capitolin, dent le temple parait dans un chsmp; le second , Marc-Aurèle qui accompagné ce la Victoire, est sur un char tiré par quatre chevaux près de l'arc de triomphe érigé en son honneur ; dnns le troisième l'Fmpereur à cheval tend une main pacifique aux barbares qui le supplient à genoux ; dans le quatrième , à son retour , il est rencontré , près des murs , par Rome personnifiée qui lai présente le globe , svmbole du commandement^et l'introduit par la porte c'e la ville , indiquée par l'arc ordinaire . Ici la figure de Marc-Aurèle a une tOte qui n'est pas la sienne ; elle ne devrât ctre ni si gra.ide , ni voilée . Le site de Tare auquel ces bas-reliefs ont appartenu 5 est incertain , mais il est sûr qu'au commencement du XV'[, siècle , ils ont été transportés ici de l'Eglise de Ste. Martine où 1-cn avait cru qu'était le temple de Mars Vengeur , Le petit bas-relief , qui est dans le mur à la gauche de l'escalier, représente Curtius s' avançant ;ï cheval vers le précipice , qui était dans le Forum romain , lors du combat entre
Romulus et Tatius : îl fut trouvé à Ste. Marîc Libératrice. Après avoir monté l'escalier , oa trouve enchâssé dans le mur de plain pied , deux hauts reliefs qui ont été nlevés de Tare dit de Portugal , détruit eu 1662 ? par ordre d'Alexandre Vil, pour aligner la rue du Cours : celui de droite représente une allocution: quelques-uns ont cru qu'elle était faite de la tribune, Suggestum^ par Marc-Aurèle : celui qui est à gauche semble être l'Apothéose de Faustine la jeune^ordonnée aussi par Marc-Aurèle; quoiqu' on ne sache pas quand sa tête antique a été changée en une tête qui a quelque ressemblance avec Antonin le Pieux ; et pour ce motif celle de la jeune Faustine fut réduite en celle de Faustine l'ancienne .
La porte en face de l'escalier introduit dans le grand appartement où est d'abord un beau salon 5 peint à fresque par le Chev. d'Arpiu, il y a représenté les anciens faits de l'histoire romaine 5 en commençant par Romulus et Rémus allaités par la louve sous le figuier rmninal : Romulus trace les premières murailles de Rome sur le Palatin lîvec la charrue tirée par une vache et un taureau ; l'enlèvement dts Sabines 5 Numa qui établit dans le Forum le feu de Vesta , et en confie la surveillance et l'entretien aux Vestales .Ensuite le célèbre combat des Horaccs etdesCuriaces : les premiers nommés par les Romains 5 sont conduits par le Roi Tullius Hostilius , et les derniers , choisis par les Albaîns , sont guidés par leur Dictateur Matins Fufétius ; enfin la bataille sanglante entre les Romains et les Véiens qui causa la des-
tiuctioii d'Albe . Sur la muraille vers laiûe,* Oii vcit enchâssée une figure en inarbre représentant un esturgeon qui a une coupure sur le col , pour inciquer le privilège des Conserva-* teurs d'avoir la tête de ces poissons que l^çt^ vend à Rome . ''!'
L'î-Iistoire romaine est continuée dans la chambre suivante peinte par Thomas Laureti : In y observe Horatius Coclès qui arrête sur le pont Suhlicius l'armée de Porsenna ; Puis Mutiiis' Scévola qui^ en présence de ce Roi ^ se biûie la' iTia^'n sur l'autel 5 pour se punir de ce qu'il s'est' mépris en tuant ^ au 'ieu de Porsenna , 1' un" de ses officiers : le Consul Brutus qui condamne à mort ses propres fils ^ traîtres à la pat.ie ,' et du parti de ceux qui voulai nt remettre 'les" Tarquins sur le trône ; eniîn la bataille opiaiâ-' tre dans laquelle Aulus Postumus détruisit totalement l'armée des Latins et les partisans des Tarquins . 11 y a dans les angles des colonnes de verd antique assez gi'andes^.et qui ont quelque prix : on y voit aussi d' autres statues de divers Généraux romains , des derniers siècles..
On trouve la continuation de l'histoire Romaine dans la troisième chambre où Daniel de Volterre a peint ^ sur une frise 5 le triomphe de Marins sur ks Cymbres ; dans le milieu de cette chambre on observe la louve de bronze antique , avec Romulus et Rém.us enfaas : les deux cnfans passent pour être un ouvrage moderne . On pritend que c'est la même louve très-antique qui fut frappée par la foudre sur une jambe de derrière . Mr. l'Abbé Scarpellini
a composé une savante dissertation sur cette question importante : Une autre statue de bronze d'un pasteur qui se tire une épine du pied ; quatre bustes dont un est pris pour celui de Brutus 5 premier Consul de Rome ; la demî-iîgure d'Apollon ; les bustes de Proserpine , de Diane , de Jules César et d'Adrien ; un Sarcophage bien conservé avec les génies d^s Saisons 5 et dans le milieu 5 un temple que des tritons sculptés, sur le frontispice, ont fait prendre pour celui de Saturne , le Dieu du tems • EniSn une Ste. Françoise Romaine 5 belle peinture du Romanelli , et un Christ mort du frère Cosme Piazzu, Capucin . Près de la fenêtre 5 et passé la première porte , en entrant dans la chambre , on voit une tête de femme de fort bon style .
Il y a dans la quatrième chambre de célèbres fragmens en marbre des fastes antiques , trouvés 5 sous Paul Kl 9 devant la façade du temple de Castor et Poilux dont il reste trois belles colonnes ; on a trouvé quelques autres beaux morceaux de ces fastes dans les fouilles faites sur cet endroit en 18 17 et 1819: et ils ont été réunis ici par ordre du Pape Ré' gnant 9 Pie VII • Nous en parlerons plus tard .
On admire dans la chambre suivante une belle Sainte Famille , de jules Romain ; le portrait en bronze de Bonarotti^exécuté par lui même ; une tête remarquable de Méduse, du Bernin; untuste de rouge antique, qui, parcequ'il a les yeux enfoncés ( ces yeux étaient auparavant d'un? autre matière), est vulgairement
pris pour celui de Paveugle Appîus Ckudius ; et deux petites oyes en bronze , peut-être anciennement placées dans le Capitole en mémoire de celles qui le sauvèrent quand les Gaulois y grimpant sur le rocher de Carmente , en furent repoussés par Manlius .
Annibal Carache représenta dans la frîse de la sixième chambre les actions de Scipion l'Africain ; les tapisseries qu'on voit autour ont été copiées sur les originaux de Rubens • Les bustes , placés dans les quatre angles , représentent Sapho , Socrate , Ariadae et Sabina Poppée , seconde femme de Néron .
On voit dans la septième pièce,des peintures à. fresque de Pierre Pérugin : elles représentent les victoires de Scipion sur les Carthaginois : et les belles statues de Virgile , dit-on , et de Cicéron : celles de Cybèle y de Gérés et de la Déesse du Silence .
Enfin une petite chapelle est le dernier objet à examiner : elle a sur l'autel une Vierge , d'Avanzino Nucci , peinte sur ardoise ; on voit à côté une autre Vierge du Pinturicchio : ua S. Eustache et une Ste.Cécile du Romanelli^ et dans la voûte , le Père Eternel peint par un des Caraches , Traversant deux salles qui of* frent 5 sur leurs murailles 5 les fastes modernes des Conservateurs de Rome , on trouve ea» fin , à gauche près des Archives , la