‹ Description des coquilles fossiles des environs de Paris (volume 2)Chapitre 175 sur 678 · DOUZIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

DOUZIÈME FAMILLE

; LES NÉRITACÉES.

Trachélipodes operculés, les uns fluviatiles ; les autres marins. Coquille fluviatile ou marine, semiglobuleuse ou ovale, aplatie, sans columelle , et dont le bord gauche de l'ouverture imite une

demi-celoison.

Cette famille a été établie pour la première fois par M. Lamarck, dans sa Philosophie zoologique ; dès le principe, ce célebre professeur la forma des quatre genres dont elle resta composée par la suite, et réunis d'abord sur des caractères pris de la coquille, ils furent successivement confirmés dans la place qu'ils occupent , par l'anatomie qui, depuis cette époque, a fait connaître la structure des animaux qui les habitent. Ces genres sont les suivans : Naviceile (Septaire Férussac) Néritine, Nérite et Natice. Adanson fit connaitre les animaux des genres Nérite et Natice, dans son excellent ouvrage sur les coquilles du Sénégal. C'est dans sa famille des Limacons operculés que l’on trouve ces deux genres; il les a placés dans deux groupes différens, tout en reconnaissant combien ils sont voisins ; le genre Natice fut créé par lui, et malgré cette séparation nécessaire, Linné ne conserva que le genre Nérite, dans lequel il plaça et les Nérites marines et les Nérites fluviales, aussi bien que les Natices; cela prouve combien Linné avait reconnu de rapports entre ces genres. Bruguière cependant ne suivit pas son exemple ; il retira les Natices des Nérites , et dans ses Tableaux systématiques placés en tête du volume de l'Encyclopédie qu'il publia, ces deux genres se trouvent voisins. M. Lamarck, dans le Système des animaux sans vertèbres, 1801, suivit l'exemple de Bruguiere et mit également ces deux genres en contact. Par les caractères qi'il

donne aux animaux, on voit qu'il n'avait pas considéré les pédoncules oculifères des Nérites, comme une seconde paire de tentacules. M. Férussac a eu une autre opinion, et nous verrons bientôt quel a été son résultat. M. de Roissy ne changea pas l’ordre adopté par Bruguiere et par M. Lamarck, seulement il divisa les Nérites en deux sections, les fluviatiles et les marines, ce qui a sans doute donné paissance au genre Néritine, établi peu après par M. Lamarck, dans sa Philosophie zoologique. Quelque temps avant la publication de ce dernier ouvrage, M. Férussac avait proposé, dans son Essai d’une méthode conchyliologique, létablissement d’un nouveau genre, pour une coquille que l’on confondait à tort avec les Patelles ; il lui donna le nom de Septaire, Septaria, que M. Lamarck n'adopta pas, puisque le même genre se trouve établi dans la Philosophie zoologique, sous le nom de Nacelle. Nous devons faire observer que M. Férussac plaça son nouveau genre à côté des Patelles et des Crépidules ; tandis que M. Lamarck , saisissant sur-lechamp leur véritable rapport, les rangea à côté des Néritines et des Nérites, dans la famille qui nous occupe. Montfort qui peu après publia sa Conchyliologie systématique, ne mentionna ni la Septaire ni la Nacelle, et donna encore un nom au même genre, ce fut celui de Cambry qu'il lui imposa; mais de plus il opéra plusieurs démembremens inutiles, tels que les genres Polinice, Cliton, Théodoze et Velate; le premier fait aux dépens des Natices et les autres à ceux des Nérites et des Nérilines, qui ne furent point adoptés. M. Lamarck n'apporta aucun changement dans la composition de sa famille des Néritacées , lorsqu'il publia l'Extrait du Cours , si ce n’est qu'il changea le nom de Nacelle en celui de Navicelle, pour le genre Septaire, et il conserva cette famille dans son grand ouvrage sur les animaux sans vertèbres, telle qu’il l’avait formée depuis long-temps. M. Cuvier (Règne Animal) rassembla à titre de sous-genre , dans son genre Nérite, ceux de la famille des Néritacées , à l'exception du genre Navicelle qu'il laissa parmi les Scutibranches avec les Calyptrées. Fissurelies , etc.; ainsi le genre Nérite se trouva composé de trois sous-genres, les Nérites propres, les Natices et les Néritines. Les Tableaux systématiques des animaux mollusques que M. Férussac publia dans le Prodrome de son ouvrage sur les Mollusques terrestres et fluviatiles , apprirent quelles étaient ses opinions sur la famille qui nous occupe, malgré l'autorité de presque tous les auteurs que nous venons de citer, el surtout celle des Cuvier et des Lamarck. M. Férussac crut pouvoir éloigner les Natices des Nérites, et il y fut conduit par la considération des tentacules , regardant comme une seconde paire de tentacules, les pédoncules oculifères des Nérites; d'où il résulte nécessairement que les Natices ont été classées parmi les Mollusques à deux tentacules, lorsque les Nérites le furent avec ceux qui en ont quatre: TOME ll. 20

celte manière de voir rompt bien évidemment pour ces genres au moins les rapports naturels. M. Férussac qui avait rangé son genre Septaire à côté des Patelles, la conservé dans les mêmes rapports; mais ce zoologiste, avec juste raison , conserva le genre Nérite tel que M. Lamarck l'entendait dans le Système des animaux sans vertèbres, ou plutôt tel que M. Roissy l'avait formé; c'est-àdire qu'il y replaca les Néritines qui n'ont pas de différences suflisantes pour être conservées comme genre.

Tel était l’état de la science à l'égard de la famille des Néritacées, lorsque M. Underwood, savant géologue anglais, nous communiqua plusieurs coquilles qui venaient d’être découvertes en Angleterre, dans les couches oolitiques. Les rapports qu'elles nous offrirent avec une jolie coquille des environs de Paris, nous engagèrent à proposer pour ces matériaux un nouveau genre, et nous communiquâmes le résultat de nos recherches à la société d'histoire naturelle de Paris, le 19 décembre 1823; dans le même temps, M. Sowerby établissait aussi un genre pour les mêmes coquilles; son travail publié à Londres ne nous fut connu qu'en février 1824, lorsque nous faisions imprimer nos observations dans les Annales des sciences naturelles. Nous adoptâmes les noms générique et spécifique du savant Anglais, et nous nous trouvâmes d'accord sur la place que devait occuper le nouveau genre.

M. Sowerby le mit près des Néritines et des Navicelles , et lui donna le nom de Pilolée. Nous crûmes y apercevoir un type de formes intermédiaires entre ces deux genres, servant de passage entre l’un et l’autre. Nous appuyâmes notre opinion sur plusieurs considérations tirées principalement des formes du test, en adoptant entièrement la famille qui nous occupe , et en proposant d'y ajouter le nouveau genre. M. Férussac ne trouva pas ce rapprochement suffisamment fondé ; et publia une critique sur notre travail dans son Bulletin de mai 1824. Il y ajouta une courie note sur le genre Navicelle, tendant à faire croire que ce genre pourrait appartenir aux Pulmonés, et se placer dans la série près des Ancyles. Nous répondimes à cette critique en nous fortifiant de la connaissance des auteurs que nous avons cités précédemment pour soutenir la légitimité de la famille des Néritacées. M. Férussac crut nécessaire de publier une note en réponse à mes observations, note qui ne détruit rien des faits que nous avons exposés ; mais au lieu de répondre, M. Férussac dit simplement que nous avons sans doute pris l'animal d'une Nérite pour celui des Natices, et que probablement aussi nous avons pris quelque Crépidule pour de véritables Navicelles. Répondre de cette manière, c'est faire voir que l'on a tort, et la question nous sembla suffisamment établie pour laisser les conchyliologues juges impartiaux du différend. M. Férussac, en rendant

DES COQUILLES FOSSILES. 145 compte de cette discussion dans son Bulletin, finit par se donner complètement raison (voyez n° d'avril 1825, page 420) peut-être avec trop peu de circonspection pour être cru, et cela nous sembla d'autant plus étonnant, que l’article Mollusque du Dictionnaire des sciences naturelles avait paru depuis long-temps, aussi bien que l’article Navicelle du même ouvrage. M. de Blainville s’appuyantsur l'anatomie des genres, loin de confirmer les opinions et les doutes de M. Férussac, confirma au contraire la manière de voir de M. Lamarck, ainsi que la nôtre. Nous voyons en effet que la famille des Hémicyclostomes du savant professeur répond entièrement à la famille des Néritacées, puisqu'elle renferme les mêmes genres, excepté les Néritines qui forment une sous-division des Nérites, à la manière de MM. de Roissy et de Férussac. Les deux genres Nérite et Natice sont divisés en plusieurs groupes , comme nous le verrons en traitant chaque genre en particulier. Enfin M. Latreille, dans son ouvrage intitulé les Familles naturelles du règne animal , en admettant la famille des Néritacées, en rejette encore les Navicelles pour les conserver dans les Scutibranches, malgré les connaissances anatomiques publiées antérieurement par M. de Blainville. Il faut dire que M. Laireille ne put profiter de ses travaux, son ouvrage se trouvant presque entièrement imprimé lorsqu'ils parurent. Aussi nous trouvons dans le supplément, page 664, la note suivante, qui prouve que M. Latreille était revenu à la même opinion que M. Lamarck. « D’après les nouvelles recherches de M. de Blainville (Bul. de la Soc. » phil., nov. 1824), le genre Navicelle appartient à cette famille (les Nerrtacées ).u

Les genres de la famille des Néritacées sont tous des Pectibranches, soit fluviatiles soit marins ; ils doivent étre placés dans l’ordre suivant : Piléole, Néritine, Nérite ct Vatice. Les Navicelles et les Néritines sont fluviales, et peut-être aussi les Piléoles ; les autres sont marins. Nous ne conservons ici le genre Néritine qu’à cause de la géologie , parce qu'il appartient à certaines couches qu'il concourt à caractériser. Tous ces genres, à l'exception des Naviceiles qui ne sont point encore connus à l'état fossile, se trouvent aux environs de Paris.

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