GENRE XXXIII
CADRAN. Solarium.
Caractères génériques. Coquille orbiculaire, en cône déprimé ; ombilic ouvert, crénelé ou denté sur le bord interne des tours de spire, Ouver-
ture presque quadrangulaire; opercule corné où calcaire, conique, en spirale.
Testa orbicularis, conico-depressa, umbilicata, umbilico patulo, ad margines internas anfractu crenulato vel dentato. Apertura subquadrangularis ; operculum corneum calcareumve spiraliter contortum, conicum.
Le genre Cadran, institué par Lamarck dans ses premiers travaux zoologiques, était compris autrefois dans les Troques de Linné; depuis que ce genre fut créé, tous les auteurs sans exception l’adoptèrent et le placèrent dans leur méthode dans le voisinage des Troques, dont il fut démembré. Admis à titre de genre par le plus grand nombre de conchyliologues, M. Cuvier ne l’adopta parmi les Pectinibranches que comme sous-genre des Trochus.
En instituant la famille de Turbinacés, Lamarck, dans sa Philosophie zoologique, y introduisit le genre qui nous occupe, entre les Monodontes et les Troques; il conserva par la suite dans ses autres ouvrages les rapports qu'il avait indiqués, et ces rapports furent adoptés par ceux des auteurs dont les méthodes s’éloignent le plus de la sienne. Cest ainsi que dans le Tableau systématique des Mollusques de M. de Férussac, le genre Cadran forme entre les Cirrhus et les Eumphalus un huitième sous-genre des Toupies ou Trochus de Linné; il en rapproche aussi le genre Infundibulum de Montfort: c’est un démembrement très-inutile des véritables Troques.
M. de Blainville suivit dans son Traité de malacologie une autre marche que celle de ses prédécesseurs, et n’en conserva pas moins au genre Cadran les rapports qui lui avaient été assignés par Lamarck, c’est-à-dire qu'il le met avec les Toupies dans la petite famille des Goniostomes. Nous avons vu, en traitant la famille des Turbinacés, que celle des Goniostomes que nous citons ne peut être conservée.
Le genre Cadran ne peut subsister tel que Lamarck le conçut dans les Annales du Muséum, en décrivant ceux des fossiles des environs de Paris qu'il connut alors, si l’on fait des diverses espèces un examen approfondi; c’est ainsi qu'en comparant par exemple le Solarium disjunctum avec celles des espèces, soit vivantes, soit fossiles, qui constituent les Cadrans proprement dits, on remarque des différences si considérables, que l'on est étonné de trouver dans un même groupe des coquilles si dissemblables; non-seulement l'espèce que nous venons de citer, mais encore quatre autres qu'il lui faut ajouter, présentent des caractères qui leur sont propres, fort différens de ceux des Cadrans, et qui, dans notre manière de voir, devra les en éloigner. C'est pour cette raison que nous avons
proposé un démembrement des Cadrans, auquel nous avions donné le nom d'Omalaxe, c’est-a-dire axe plan, et puis, pour que l’on sût mieux quel était ce nouveau genre, nous lui avons imposé le nom de Bifrontia, qui rappelle le So/arium bifrons qui appartient au genre dont il est question. Le genre Cadran, apres la séparation de ces espèces, devient tres-naturel , et quoique l'animal n'en soit pas connu, les caractères de la coquille, et surtout de l’opercule, sont suflisans pour le faire admettre dans toutes les méthodes.
Les Cadrans sont des coquilles marines, en cône surbaissé, très-régulières; les tours de spire aplatis, presque conjoints; la base est percée d’un ombilic plus ou moins grand, qui remonte jusqu'au sommet de la coquille; le bord interne de cet ombilic est toujours plissé ou granuleux. Cependant il existe certaines espèces chez lesquelles ces granulations disparaissent presque totalement, ce qui établit le passage naturel avec les Évomphales, qui, pour nous, ne sont aussi que des Cadrans. L'ouverture est presque toujours PNR ; les bords en sont minces, tranchans, et l’on remarque à l'angle inférieur et postérieur une petite fissure qui coupe en deux petites lèvres l'extrémité du bourrelet de l’ombilic, Cette ouverture est tres-peu inclinée sur l'axe, et elle est close par un opercule fort singulier, que l’on ne connaît encore que dans ce genre. Il est corné, conique et forme de lames spirales, qui s'enroulent horizontalement sur un axe médian solide, qui fait saillie à la base; cet axe remplace le nucleus des opercules plats, et il s’attachait sur le dos du pied de l'animal: telle est du moins la disposition de l’opercule dans le Cadran d'Herbert, le seul dont l’opercule soit connu. Quant aux fossiles, nous rapportons aux Cadrans un opercule calcaire, qui a la plus grande analogie de structure avec celui que nous venons de mentionner; nous en donnerons la description complète, en faisant connaître l'espèce à laquelle nous croyons devoir le rapporter.
Parmi les neuf espèces de Cadrans fossiles indiqués aux environs Fe Paris par Lamarck, sept seulement sont de véritables Cadrans; de ces sept espèces, deux peuvent encore être retranchées comme doubles emplois d'espèces déja décrites. Ainsi, le Cadran corne d’Ammon n’est qu'une variété tres-jeune du Cadran plissé, et le Cadran petit-plat n’est autre chose que le jeune âge du Cadran évasé. Ainsi se trouvent réduits à cinq les Cadrans fossiles de Lamarck. À ces cinq espèces nous pouvons en ajouter trois, ce qui porte à huit le nombre de celles qui sont actuellement connues aux environs de Paris,