‹ Description des coquilles fossiles des environs de Paris (volume 2)Chapitre 42 sur 678 · CINQUIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME FAMILLE

LES BULLÉENS.

Branchies placées dans une cavité particulière vers la partie postérieure du dos, et recouvertes par le manteau. Point de tentacules.

La famille des Bulléens établie par M. Lamarck présente des élémens réunis par de bons caractères; formée des trois genres Acère, Bullée et Bulle, Le éprouvera, je pense, peu de changemens aus sa composition.

M. Lamarck aurait pu donner à cette famille le nom d’Acère, que Müller le premier avait imposé au premier animal d’une Bulle qu’il observa, et que M. Cuvier avait consacré comme générique à tous les Tectibranches qui ont des rapports avec l'animal de Müller. Ce célèbre zoologiste plaça dans ce genre, à titre de sous-genre, les Bulles et les Bullées de M. Lamarck, et conserva sous le nom d’Acères propres, non pas l'4kera de Müller, mais ceux des animaux qui y ont de la ressemblance, qui sont entièrement dépourvus de test.

M. Férussac n’adopta pas le nom de Bulléens de M. Lamarck, mais consacra à cette famille celui d’Acère donné d’abord à une espèce, puis à un genre, et enfin à la famille tout entière ; il proposa même deux genres de plus, et substitua la dénomination de Doridium que Meckel avait donnée aux Acères sans coquille, à celui d'Aceres propres que M. Cuvier avait emprunté de Müller. Ces deux genres proposés sont : la Bulline, Bullina, dont l'animal a deux tentacules, lorsque tous les autres de la même famille en sont dépourvus , mais qui ont beaucoup de rapports avec les Bulles par la coquille qui n’en diffère que par une spire saillante en dehors; et le second la Gondole, Sormet d'Adanson, qui a servi de type au genre Sormet, quoique M. Cuvier le regarde comme très-peu différent des autres Bullées puisqu'il l'y a confondu.

Il est inutile de rappeler que presque tous les animaux que renferment les genres de cette famille, excepté les Acères pipes sont pourvus à l’intérieur de pièces testacées qui garnissent l'estomac, et que c’est avec cet assemblage que Guioëni, qui l'avait trouvé séparé, fit un genre auquel il donna son nom. Il est inutile aussi, puisque cela a été détruit depuis long-temps par Draparnaud, de rappeler la tromperie de Guioëni, qui décrit les habitudes de ce prétendu animal, ce qui a induit en erreur Retzius qui en a fait le Tricla, ainsi que Bruguiére qui a proposé son genre Char. Quoique l'on attribue généralement à Draparnaud la décou-

verte de cette supercherie, il n’en reste pas moins à Humphrey qui avait avant HT 5

cela décrit la Bulla lhgnaria, le mérite d’avoir le premier appris que ces pièces testacées lui appartenaient, ce qui prouve que l'observateur anglais ne connaissait point le genre de Guioëni, pas plus que ceux de Retzius et de Bruguiere; ce qui prouve également que Draparnaud ne connaissait point ce travail antécédent que nous venons de citer, car ce naturaliste sévère et impartial n'aurait pas manqué de l'indiquer.

M. Lamarck, dans l'Extrait du Cours, 1811, réunit avec les Laplysies et les Dolabelles, les genres des Bulléens; mais il y joignit le Sigaret qui en differe essentiellement : aussi plus tard il l'en ôta tout-à-fait. Cet habile zoologiste avait donc senti alors les rapports qui unissent ces divers genres, que M. Cuvier laissa lui-même dans une même famille; et en effet dans les Bulléens, comme dans les Laplysiens, la position des organes générateurs est la même, et ils sont comme eux hermaphrodites. Les pièces testacées de l'estomac leur sont communes, aussi bien que la sécrétion d’une liqueur pourprée que répandent quelques-unes de leurs espèces; mais on les distingue d’abord , en ce que les Bulléens sont dépourvus de tentacules, tels qu’on les conçoit ordinairement, et ensuite ont la cavité branchiale recouverte par le manteau et non par une plaque operculaire, comme dans les Laplysiens. Je dis des tentacules tels qu'on les conçoit ordinairement, parce que M. Cuvier regarde qu’ils sont remplacés dans les Bulléens par un grand bouclier charnu et à peu près rectangulaire qui occupe la place des tentacules, qui paraitraient ainsi réunis, confondus dans une seule et même plaque tentaculaire; ce sont ces différences bien réelles qui ont servi à M. Lamarck pour la distinction et l’établissement des deux familles. Quant au genre Bulline de M. de Férussac, de deux choses l’une : ou les caractères essentiels aux Bulléens reposent sur la non-existence des tentacules, ou ce caractère est secondaire; s’il est essentiel, comme cela résulterait des opinions de MM. Lamarck et Cuvier, le genre Bulline doit rentrer dans les Laplysies, puisqu'il a deux tentacules distincts, ou il est secondaire, et alors il est bien placé; dans tous les cas, ce genre est a conserver. Le genre Sormet parait plus douteux, car M. Cuvier le regarde seulement comme une espèce très-voisine de la Bullée plancienne, Bulla aperta, et comme on ne connait encore cet animal que par la description d'Adanson, il est présumable qu'elle est insuffisante, puisque, partant du même point, ces deux zoologistes n’ont pas obtenu le même résultat. Le genre Acère, qui est mou, n’a pu se trouver fossile; il n’en est pas de même des deux autres Bullée et Bulle que nous trouvons aux environs de Paris, et du genre Bulline qui se rencontre aux environs de Bordeaux, mais dont nous ne devons point faire mention ici.

BULLÉE. PBullæa.

Caractères génériques. Corps ovale-allongé, un peu convexe en dessus, divisé transversalement en partie antérieure et en partie postérieure ; les lobes latéraux du pied à bords un peu épais, et se réfléchissant en dessus; tête peu distincte ; point de tentacules ; branchies dorsales placées sous la partie postérieure du manteau ; coquille cachée dans l'épaisseur de ce manteau au-dessus des branchies, et sans adhérence.

Test très-mince, partiellement enroulé en spirale d'un côté, sans columelle et sans spire, à ouverture tres-ample, évasé supérieurement.

Corpus ovato-elongatum , convexiusculum, in partem anticam et posticam transverse divisum ; pedis lobr laterales margine crassiusculi sursum reflexi; caput VIT distinctum ; tentacula nulla; branchiæ dorsales , pallü parte postict tectæ ; testa occultata, in pallio suprà branchias inclusa, non affixa.

Testa tenuissima , uno latere partim et spiraliter convoluta ; columellä spirâque destituta; apertura amplissima ; supernè dilatato-patula.

Quoique l’on ait généralement attribué à Plancus la première description et la première figure de l'animal des Bullées, il est pourtant constant que c’est Columna qui l’a le premier fait connaître sous la dénomination de Concha natalis minima exotica. I est vrai de dire que Columna prit les pièces stomacales pour leur opercule , et que la figure de Plancus est tellement mauvaise, qu’il fallait avoir un autre point de comparaison pour pouvoir l'y rapporter. Il n’est donc point étonnant que plus tard Ascanius, qui observa l'animal ; ne le pût comparer aux figures déjà faites, et lui ait donné un autre nom, le premier générique qui lui ait été imposé , Phylline quadripartita, et que Müller, presqu'en même temps, lui ait donné celui de Lobaria quadriloba. Voilà donc un genre bien établi et fondé autant sur la connaissance de l'animal que sur celle de la coquille. On peut donc reprocher à Linné de ne l'avoir point adopté, puisque déjà Abildgaard avait reconnu l’analogie de la figure de Plancus avec celle de Müller ; mais on s’étonnera sans doute de voir Gmelin placer d'abord le Lobaria à côté des Clios et des Lernées , et ensuite la coquille parmi les Bulles, ce qui fait voir un double emploi qui malheureusement n'est pas le seul que l'on puisse citer dans la treizième édition du Linné que ce naturaliste a publiée. Bruguière ne commit pas la même faute ; mais il n’adopta pas le genre de Müller, et laissa la Bullée parmi les Bulles, sans rapporter dans sa synonymie qui est ordinairement si complète, ni le Phylline

d’Ascanius , ni le Zobaria de Müller, et pourtant il y mentionna la figure de Plancus.

Dès l’année 1800, M. Cuvier publia dans le Bulletin de la Société philomatique une Note sur ce Mollusque : il fit apercevoir les rapports qu'il a avec les Laplysies, et en donna peu après une description plus détaillée dans le premier volume des Annales du Muséum. Dèés-lors M. Lamarck, oubliant sans doute les travaux antécédens , établit sous un autre nom le genre de Müller , et ce nom prévalut parmi les conchyliologues français , comme le prouvent les trayaux de Bosc, de Roissy ,et, un peu plus tard, ceux de Montfort, etc. Mais dans l'intervalle, Draparnaud décrivit les pièces stomacales de la Bulla lignaria. Ces pièces ayant été également trouvées dans la Bullæa aperta, on fit un rapprochement , et on placa ces deux espèces dans le même genre; et d'aprés cette seule induction, Montfort que nous venons de citer, se servit de la Bulla lignaria, comme type de son genre Scaphandre qu’il proposa de substituer aux Bullées, pour éviter la confusion qui devait résulter de deux noms analogues très-voisins. Quoique l'ouvrage de Montfort ait paru en 1810, il semble qu'il n'avait pas connu celui de Montagu publié en 1805. C’est dans cet ouvrage que l’on trouve l'indication exacte de tous les travaux antécédens sur ce sujet, et en même temps une très-bonne figure de la Bullée. M. Cuvier, un peu plus tard, donna un travail général sur les Acères, et parla de nouveau du genre qui nous occupe,qu'il mit en rapport avec les Laplysies et les autres genres voisins ; aussi M. Lamarck, qui, dans le Système des Animaux sans vertèbres, avait d'abord beaucoup séparé les genres Bulle et Bullée, les rapprocha, dans l’'Extrait du Cours, dans la famille des Laplysiens, et se détermina enfin, dans son dernier ouvrage, à séparer des Laplysiens, la famille des Bulléens qui a été conservée par M. Férussac sous le nom d’Acères. Comme nous l'avons dit précédemment, c'est dans l'ouvrage de Montagu et dans le Mémoire de M. Cuvier ( Ann. du Mus. T. I, p. 156, et T. XVI) que l’on trouvera les renseignemens précieux sur l’organisation de cet animal. C’est à cette source que nous renvoyons les personnes qui voudront le connaître plus amplement.

Depuis l'époque où on a signalé fe genre Bullée aux naturalistes, on n’a découvert aucune autre espèce que celle qui est actuellement vivante. M. Defrance cependant avait trouvé dans les sables de Grignon, et en assez bon état, une petite Bullée qu'il prit pour l’analogue de la Bullæa aperta ; mais ce savant était dans l'erreur ; depuis, nous avons recueilli à Mouchy près Beauvais un second individu plus grand, et nous avons reconnu qu’ils devaient constituer une nouvelle espèce.

BULLÉE sTRIÉE. Bullæa striata. Nob.

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