GENRE XLIV
TURBINELLE. Turbinella.
Caractères génériques. Coquille turbinée ou subfusiforme, canaliculée à sa base, ayant sur la columelle trois à cinq plis comprimés et transverses.
Testa turbinata vel subfusiformis, basi canaliculata. Columella plicis tribus ad quinque compressis et transversalibus instructa.
Linné , comme nous le verrons plus tard, comprenait dans son grand genre Volute toutes les coquilles qui ont des plis à la columelle. Quelques auteurs avant Lamarck reconnurent bien que parmi ces Volutes un certain nombre de coquilles avaient des caractères trop différens pour pouvoir rester dans legenre Linnéen. Mais personne ne songea, avant le célèbre auteur des Animaux sans vertébres, à faire le démembrement complet et rationnel des Volutes de Linné, pour établir à ses dépens autant de genres que cela serait nécessaire. Les Turbinelles comprises par les auteurs parmi les Volutes de Linné, en furent séparées par Lamarck, dès son premier essai de classification pour les coquilles, publié en 1799, dans le premier volume des Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Paris. Dès ce moment, Lamarck sentit que son nouveau genre ne pouvait demeurer dans le voisinage des Volutes; il vit que ses rapports l’entraînaient, avec les Fuseaux et les Pyrules, à la suite des Murex. Lamarck maintint ce genre dans les mêmes rapports, dans le Système des animaux sans vertèbres, qu'il publia en 1801. Quelques années après, M. de Roissy adopta ce genre dans le Buffon de Sonnini, et le conserva dans les rapports indiqués par Lamarck. Depuis cette époque presque tous les auteurs de conchyliologie, si ce n’est ceux qui ont conservé le système linnéen dans toute sa pureté, ont adopté le genre Turbinelle et l'ont toujours maintenu dans le voisinage des Rochers. M. Ocken cependant, dans son Traité de zoologie, ne prit pas le genre tel que Lamarck l'avait fait; il voulut y introduire un certain nombre de vraies
Volutes, ce qui ne pouvait être accepté par ceux des conchyliologues qui savent d’après quels caractères fondamentaux ces genres sont séparés; aussi cette opinion du zoologiste allemand ne fut adoptée d'aucun des auteurs français, et nous voyons Cuvier , M. de Férussac, ainsi que M. de Blainville, maintenir le genre qui nous occupe dans les rapports que Lamarck lui avait assignés. M. Schumacher, dans son Essai d’un nouveau système des coquilles, mit les Turbinelles à la suite des Ricinules et non loin des Olives. L'auteur propose un genre Cynodone pour quelques-unes des Turbinelles de Lamarck. La Turbinella ceramica sert de type à ce genre. Une autre coquille, appartenant aussi aux Turbinelles, mais plus fusiforme que celles-ci, est devenue pour le même auteur le type d'un second genre, qu'il nomme Polygone, ne laissant dans les Turbinelles proprement dites que celles qui ont des rapports avec le Turbinella pyrum. Lorsque l'on examine les Turbinelles arrangées d'apres l'ouvrage de Lamarck, on reconnaît qu'il existe en effet dans ce genre plusieurs sortes de coquilles, parmi lesquelles on peut facilement établir deux groupes principaux. Mais comme il existe entre eux une liaison presque insensible au moyen de quelques espèces intermédiaires, on sent qu'il est difficile de former de chacun de ces groupes un genre particulier.
L'animal des Turbinelles était resté jusqu'alors inconnu. MM. Quoy et Gaimard, dans le Voyage de l’Astrolabe, en ont fait connaître un et ils ont ainsi confirmé les prévisions de Lamarck, en faisant voir que cet animal a la plus grande analogie avec celui des Fuseaux. Il faudrait connaître maintenant l'habitant de la Turbinella pyrum ou d’une autre espece analogue à celle-là.
Pendant long-temps on a cru qu'il n'existait aucune Turbinelle fossile. Nous en connaissons actuellement trois : deux des environs de Bordeaux et de Dax, et celle que nous allons décrire et qui appartient aux terrains marins supérieurs du hassin de Paris.
Les Turbinelles sont des coquilles marines en général épaisses et solides, revêtues d’un épiderme plus ou moins épais, suivant les especes : elles sont fusiformes, se rapprochant quelquefois des Pyrules. par le peu de proéminence de leur spire; leur columelle est semblable à celle des Fuseaux, seulement on y remarque des plis transverses plus ou moins saillans, dont les Fuseaux et les Pyrules sont dépourvus. Ces plis sont différens, pour le nombre et la position, de ceux des Cancellaires et des Fasciolaires. Dans les Cancellaires, en effet, ils sont beaucoup plus obliques et tout près de l'extrémité de la columelle; dans
les Fasciolaires ils sont à l’origine du canal terminal et vont graduellement en diminuant d'avant en arrière, tandis que dans les Turbinelles ils sont transverses et sur le milieu de la columelle. Le nombre des plis est variable, selon les espèces. Lamarck dit que l’on en trouve de trois à cinq. Nous croyons que certaines espèces, soit vivantes, soit fossiles, dans lesquelles il n'existe jamais que deux plis transverses, devront aussi par leurs caractères généraux se ranger parmi les Turbinelles.