VINGTIÈME FAMILLE
LES COLUMELLAIRES.
Point de canal à la base de l’ouverture, mais une échancrure subdorsale, plus ou moins distincte, et des plis sur la columelle.
On irouve pour la premiere fois cette famille instituée par Lamarck dans sa Philosophie zoologique; elle est constituée par les cinq genres suivans : Cancellaire, Marginelle, Colombelle, Mitre et Volute. Ces rapports sont établis de manière à se trouver entre les Purpuracées et les Enroulées. À ces cinq genres, Lamarck en ajouta un sixième dans l'Extrait du cours; il le nomma Volvaire. Un examen attentif des Cancellaires lui fit apercevoir des caractères qu'il avait négligés, et il transporta ce genre dans le voisinage des Turbinelles. La famille qui nous occupe se trouva ainsi réduite à cinq genres dans l’histoire des animaux sans vertébres. Plusieurs auteurs adoptèrent la famille des Columellaires sans lui faire subir de changemens; mais Cuvier la rejeta, ou plutôt la représenta, dans sa méthode, par le genre Volute, non tel que Linneé l’avait constitué, mais en admettant la plupart des réformes faites par Bruguière et Lamarck. M. de Férussac s'éloigna de la manière de voir de Cuvier; il fit une famille des Volutes pour les trois genres Vis, Mitre et Volute, et en proposa une autre sous le nom de Couronne pour le Cymbium d’Adanson, qui mérite à peine de former un groupe ou un sous-genre dans les Volutes proprement dites. M. de Férussac comprend les Marginelles et les Volvaires dans la famille des Enroulées, et les Colombelles dans celle des Pourpres. Quant à M. de Blainville, il comprend presque tous les genres dont nous venons de parler dans sa famille des Engistomes, renfermant également la plupart des genres de la famille des Enroulées de Lamarck.
Il est à présumer que la famille des Columellaires de Lamarck devra subir des changemens assez considérables; car les observations de MM. Quoy et Gaimard, en constatant l’analogie des Mitres et des Volutes, ont servi en même temps à faire voir le peu de rapport de ces deux genres avec les
Colombelles que M. Delle Chiaje fait connaître, ainsi qu'avec celui des Marginelles que l’on doit à Adanson. Ainsi, comme l'avait jugé M. de Férussac, malgré le petit pli columellaire qu'offrent toutes les Colombelles, ce genre doit aller dans le voisinage des Buccins, tandis que les Marginelles et les Volvaires, ayant en effet de la ressemblance par les animaux avec les olives et les porcelaines, se trouveront plus naturellement placées dans la famille des Enroulées. Cest de cette manière que, dans l'Encyclopédie, à l’article Mollusque, nous avons proposé de réformer les familles que nous avons mentionnées. Nous ne réservons dans celle dont nous nous occupons, que les deux genres Mitre et Volute. A l'exception des Colombelles, les autres genres de la famille des Columellaires de Lamarck se rencontrent à l’état fossile aux environs de Paris, et nous allons en présenter la description.
GENRE LVIll, MITRE. Mitra.
Caractères génériques. Coquille turriculée ou subfusiforme, a spire pointue au sommet, à base échancrée et sans canal ; columelle chargée de plis parallèles entre eux, transverses, et dont les inférieurs sont les plus petits; bord columellaire mince et appliqué.
Testa turrita vel subfusiformis, apice acuta, basi emarginata, canali nullo; columella plicata; plicis omnibus parallelis, transversis, inferioribus minoribus; labium columellare tenue adnatum.
Composé de coquilles de formes élégantes, ornées de couleurs vives et variées, ce genre contribue à l’embellissement des collections. 11 était peu connu des anciens naturalistes, et si parmi eux on en remarque qui ont mentionné quelques espèces, c’est en les confondant soit avec les Buccins, soit dans l’un des genres des coquilles turbinées. Lister, que nous avons vu, rempli de sagacité, établir, dans un temps où la méthode était si incertaine, des divisions assez naturelles pour être conservées aujourd'hui, Lister n'aperçut pas les rapports des espèces de ce genre, et les confondit pour la plupart avec des Turbinelles, des Marginelles, des Vis et plusieurs autres genres, sous le nom de Buccinum dentatum. La même confusion se remarque dans l'ouvrage de Gualtieri; cependant, pour être juste, il faut dire qu'un certain nombre de Mitres des mieux caractérisées sont réunies dans la planche 55, formant un petit genre particulier, sous le nom de Strombus
sulcatus vulgaris, de sorte que Linné n’avait, en créant son genre Volute, aucun précédent favorable qui püt le déterminer à séparer le genre qui nous occupe. Adanson, qui a décrit avec soin l'animal des Volutes proprement dites, n’eut point occasion, à ce qu'il paraît, d'observer l'animal des Mitres, et l’adjonction des deux genres de la part de Linné n’a rien de surprenant, comme nous le verrons bientôt. Les naturalistes durent désirer la réforme de ce genre trop étendu, et Bruguière fut le premier qui, dans les planches de l'Encyclopédie, indiqua les principales coupures qui pouvaient y être faites. Parmi ces démembremens se remarque le beau genre Mitre, tel que Bruguiere l’a conçu; ce genre mérite luimême une réforme profonde, puisqu'il renfermait à la fois des Mitres proprement dites, des Cancellaires, des Colombeiles et les Marginelles. Ce fut Lamarck, dans ses premiers travaux sur la conchyliologie, qui proposa les genres dont nous venons de parler, en leur donnant des rapports plus naturels. Les Mitres, dans les méthodes du savant professeur, ont été constamment maintenues dans le voisinage des Volutes et dans la même famille; tous les naturalistes ont suivi la même opinion, fondée sur les rapports les plus intimes qui puissent exister entre deux genres. Lorsqu'en effet on considère les Mitres dans leur ensemble et isolément, elles paraissent avoir des caractères sufisans pour constituer un bon genre; mais aussitôt qu'on vient à les comparer aux Volutes, aussitôt que, dans les deux genres, on joint les espèces fossiles aux vivantes, pour compléter la série des modifications dans les formes extérieures, il se trouve, dans ce grand ensemble contenant pres de trois cents espèces, un certain nombre d’entre elles, dont les caractères ambigus les placent indistinctement dans l’un ou l’autre genre, servant de liaison entre eux. Ce qui distingue les Mitres des Volutes, ce n’est pas seulement la forme extérieure de la coquille, mais plus essentiellement la disposition des plis de la columelle; c’est dans les Volutes que les plus gros plis sont vers l'extrémité antérieure, tandis que les plus petits se montrent vers l’extrémité opposée : ils ont une disposition toute contraire dans les Mitres. On peut séparer les genres tant que Îles espèces ont l’une ou l’autre de ces dispositions; mais celles dont les plis sont égaux, sont embarrassantes à classer,
:et elles montrent le passage d'un genre à l’autre. Cette analogie dans les
coquilles nous avait fait présumer depuis long-temps une ressemblance non moins grande entre les animaux. L’excellent ouvrage de MM. Quoy et Gaimard a changé cette présomption en certitude, en donnant la figure de plusieurs animaux de Mitres et de Volutes, animaux particulierement
remarquables par la longueur de leur trompe. Tel que Lamarck l'a caracvisé, le genre Mitre a été adopté par le plus grand nombre de conchyuen cependant M. Swainson, dans ses Zoological Illustrations , a proposé de séparer des Mitres un petit genre, qu’il nomme Conehelix, mais que l'on ne doit pas adopter; car il est uniquement fondé sur la forme extérieure en cône de quelques espèces. M. Schumacher avait lui-même proposé le même genre dans son Essai d'une classification, et lui donnait le nom d’Zmbricaria, à cause de la disposition des plis columellaires qui semblent imbriqués. En examinant les espèces de Colombelles de Lamarck, on n'est pas surpris du rapprochement de ce genre avec les Mitres et les Volutes; car, parmi ces espèces, il y en a plusieurs qui sont de véritables Mitres, ayant le bord droit renflé et rétrécissant l'ouverture, comme dans les Colombelles. Il faut dire aussi que dans les Colombelles proprement dites il existe un pli columellaire assez profond, que l’on voit remonter jusqu’au sommet, lorsqu'on a mis artificiellement à découvert la columelle dans toute son étendue; mais comme ce pli se montre aussi dans quelques Buccins, nous ne pensons pas qu’il offre un caractere suflisant pour éloigner ce genre de la famille des Purpurifères, dans laquelle, selon nous, il doit être placé à côté des Buccins.
Les Mitres sont des coquilles marines, épidermées, ordinairement alongées et étroites; leur ouverture est étroite, parallèle à l'axe longitudinal, rarement oblique; la columelle compte de trois à cinq plis, quelquefois en plus grand nombre dans certaines espèces, et dont les premiers ou les supérieurs sont les plus gros; les autres vont graduellement en diminuant: l'extrémité de l'ouverture est profondément échancrée comme dans les Buccins; mais on trouve quelques espèces dont la base est un peu prolongée en canal, ce qui les rapproche, sous ce rapport, de quelques Pleurotomes. La plupart des espèces vivent dans les mers des pays chauds; on n’en trouve plus qu'un petit nombre dans la Méditerranée, et ce genre parait absolument manquer dans les mers du Nord. Il renferme actuellement un très-grand nombre d'espèces : : nous en comptons plus de deux cents, nombre dans lequel les vivantes sont au moins pour les deux tiers. Les espèces fossiles sont répandues dans la plupart des terrains tertiaires, et Lamarck n’en a connu que quatorze espèces. Parmi elles, il en est une qu'il faudra supprimer : la Mitre citharelle a été établie sur un jeune individu de la Mitre à côtes rares. À ces espèces de Lamarck nous en ajoutons huit autres, qui ont été découvertes aux environs de Paris, depuis la publication des mémoires du savant professeur.