LES CÉPHALOPODES
Manteau en forme de sac, contenant la partie inférieure du corps. Tête saillante hors du sac, couronnée par des bras non articulés, garnis de ventouses, et qui environnent la bouche. Deux yeux sessiles ; deux mandibules cornées à la bouche; trois cœurs; les sexes séparés.
L'organisation plus complète des Céphalopodes les place au premier rang parmi les mollusques et les autres animaux invertébrés. Depuis long-temps ces animaux ont excité l'intérêt des naturalistes par la singularité de leur forme, l'agilité de leurs mouvemens et la force avec laquelle ils sattachent à tous les corps, à l’aide des ventouses dont leurs bras en lanières sont armés.
Il y a peu d'années, l’histoire entière des Céphalopodes n'aurait pas dépasse les limites que nous nous sommes prescrites dans cet ouvrage. Depuis quinze ans, multipliées de toute part, les observations se sont accumulées au point qu’il n’est plus permis d'espérer de pouvoir retracer l’histoire un peu complète des mollusques céphalopodes sans en faire un ouvrage d’une grande étendue. Quoique nous nous soyons borné, dans l’article Céphalopode de l'Encyclopédie, à rapporter les faits principaux concernant ces animaux, cependant son étendue dépasse de beaucoup celle que nous croyons convenable de lui donner ici. Les environs de Paris ne recelent, jusqu'a présent, qu'un très-petit nombre de genres et de familles appartenant aux vrais Céphalopodes; on comprendra donc facilement que ce n’est pas le lieu dans cet ouvrage de développer une longue et minutieuse histoire d’un ordre considérable et important de mollusques, dans lequel nous n'avons à décrire ici que quelques rares débris. Puisque, pour comprendre certains faits relatifs à des animaux dont nous n’aurons pas à parler, on serait forcé de recourir à d’autres ouvrages, il convient, ce nous semble, d’y placer aussi leur histoire. Nous nous bornerons donc au petit nombre d’observations générales, nécessaires pour exposer la marche que nous suivrons dans cette partie de notre travail.
Jusqu'a présent nous avons suivi rigoureusement la méthode de Lamarck, intercalant à la place où sans doute ce savant zoologiste les aurait mis, un petit nombre de genres nouveaux. Pour les Céphalopodes, il n’est guere possible d'adopter la même marche, sans risquer de mettre de la confusion dans un groupe dont la classification s'est améliorée péniblement et à la suite de grands travaux.
La découverte de l'animal du Nautile et la connaissance exacte de l’organisation de ce genre, que nous devons à un habile et savant anatomiste, M. Owen, doit apporter de grandes modifications dans les caractères de l’ordre des Céphalopodes. Lamarck l'avait bien prévu, et il regardait comme incomplets et temporaires les caractères qu'il assigna à ce groupe; mais des changemens, qu’il lui était impossible de deviner et de prévoir, sont relatifs aux Céphalopodes microscopiques. -Toutes les méthodes, depuis celle de Linné jusqu’à la publication de l'ouvrage de M. de Haan et de celui,de M. d'Orbigny, ont confondu, dans les mêmes genres et dans les mêmes familles les coquilles des Céphalopodes microscopiques avec celles beaucoup plus grandes des autres mollusques du même ordre. Ces rapprochemens étaient fondés sur l’analogie des formes extérieures, auxquelles on donnait plus d'importance qu'il ne le fallait. En supposant que ces coquilles microscopiques provinssent de vrais mollusques céphalopodes, leur structure intérieure est si différente de celle des grandes coquilles cloisonnées, que cela seul est suflisant pour appuyer et justifier leur séparation. Ces travaux dont nous venons de parler, de MM. de Haan et d'Orbigny, publiés dans le même temps, avant que les auteurs se connussent, arrivèrent aux mêmes résultats. Tous deux séparèrent les Céphalopodes en plusieurs grandes familles, dont l’une est entièérement consacrée aux Céphalopodes microscopiques. Cette amélioration ressortit principalement du travail de M. d'Orbigny, parce qu’il embrassa dans sa classification l'ensemble du groupe, tandis que M. de Haan traita d’une partie seulement. On conçoit déjà, par ce qui précède, pourquoi nous ne pouvons suivre dans notre ouvrage la classification des Céphalopodes de Lamarck. D'autres motifs, plus puissans encore, nous déterminent: ce sont les belles recherches de M. Dujardins sur les animaux qui produisent les coquilles microscopiques. Les observations très-bien faites de ce savant plein de mérite, prouvent de la maniere la plus évidente que ces animaux ne sont pas des Céphalopodes et appartiennent à aucune classe des mollusques; mais qu’ils doivent, par leurs caractères singuliers, constituer une classe particulière dans le règne animal. Nous reviendrons plus tard sur l’importante découverte de M. Dujardins; car si nous adoptons un autre ordre que celui de Lamarck pour présenter les Céphalopodes proprement dits, nous ne renonçons pas à la tâche que nous nous sommes imposée, de rassembler dans notre ouvrage sur les Fossiles du bassin de Paris toute la matière comprise par Lamarck dans le sien.
En conséquence des observations précédentes, nous traiterons d’abord des Céphalopodes, et ensuite nous examinerons brièvement les Foraminifères microscopiques dans la partie supplémentaire de cet ouvrage.
Les Céphalopodes constituent un groupe très-remarquable de mollusques ;
ces animaux méritent, de la part des zoologistes, une attention particuliere, et lon ne peut juger de l'ensemble des modifications que ce groupe a éprouvées dans l'espace et dans le temps, qu'après avoir étudié avec une grande attention et le
etit nombre d'animaux vivans appartenant à cette classe, et le nombre tresconsidérable de coquilles fossiles dont les animaux sont anéantis, à la surface de la terre, et que cependant, par une analogie des mieux fondée, on attribue à des Céphalopodes.
Depuis la connaissance acquise à la science de l'animal du genre Nautile, on peut, à l'exemple de M. Owen, diviser les Céphalopodes en deux ordres principaux : dans le premier (Bibranchiata, Owen) on comprendrait deux familles, les Octopodes et les Décapodes; dans le second ( Tetrabranchiata, Owen) seraient réunies les deux familles des Nautilacés et des Ammonés, ainsi que quelques autres pour des genres dont les analogies ne sont pas encore entiérement hors de doute. Comme on le voit, M. Owen prend le caractère principal de ses deux grandes divisions du nombre des branchies; il est remarquable, en effet, de n’en trouver jamais que deux dans le premier groupe, tandis qu'il y en a quatre dans les Nautiles, et très - probablement, par analogie, dans la plupart des genres perdus qui avoisinent les Nautiles.
En suivant les indications de M. Owen, on pourrait diviser les Céphalopodes comme il suit:
Elédon.
Ocroponrs . . | Poulpe.
Ocythoé.
Sépiole.
Calmar.
Calmaret.
DécapoDes . . Onycoteuthe.
Sépioteuthe.
MOLLUSQUES CÉPHALOPODES . . . [ Sèche.
Spirule.
Bérosériures. | Béloptère.
Bélemnite.
Orthocère. TETRABRANCHIATA JNavruacis . | Conilite.
(Qu ADRIBRANCHIFÈRES). = De autile.
Baculite.
: Hamite.
AMMONÉS . . . Scaphite.
Ammonite.
Turrilite.
BIBRANCHIATA
( BIBRANCHIFÈRES ).
Parmi les familles dont nous venons de présenter le tableau, et parmi le nombre assez grand de genres qu'elles contiennent, on en a retrouvé un trèspetit nombre à l'état fossile dans le bassin de Paris. Dans la famille des Poulpes il n'existe aucune trace de coquilles. Dans la famille des Sèches on trouve des animaux à coquille cornée, dont on ne peut que difficilement concevoir la conservation à l’état fossile, et d’autres, comme dans le genre Sèche, des coquilles qui, étant calcaires et solides, peuvent se prêter un peu mieux à la fossilisation. C'est à ce dernier genre que l’on peut rapporter, comme l'a fait Cuvier, quelques fragmens fossiles dont la forme et les caractères rappellent assez bien l'extrémité postérieure de l'os de la Sèche. M. Voltz, dans son Mémoire sur les Bélemnites, faisant partie des Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Strasbourg, a donné le nom de Belosepia aux corps dont il s'agit, les considérant comme un premier acheminement des Sèches vers les Bélemnites. Nous pensons que ce genre Belosepia n'est point nécessaire, et nous adoptons l'opinion de Cuvier, qui range parmi les Seches les corps fossiles dont nous parlons. Outre ces fragmens de séchés. on trouve aussi une espèce de notre genre Béloptère et qe Nautiles. Nous allons examiner ces genres.
GENRE LXVIN.
SÈCHE, Sepia.
Caractères génériques. Corps charnu, déprimé, contenu dans un sac obtus postérieurement, et bordé, de chaque côté, dans toute sa longueur , d’une nageoire étroite. Un os libre, crétacé, spongieux et opaque, enchâssé dans l’intérieur du corps, dans la peau du dos. Bouche terminale, entourée de dix bras garnis de ventouses, et dont deux sont pédonculés et plus longs que les autres.
Corpus carnosum, depressum, vagind posticè obtusd, utroquè latere, per totam longitudinem, ald natatorid angustd, marginatd, exceptum. Os liberum, cretaceum, spongiosum , opacum, dorsi pelle inclusum. Os terminale, brachiis decem cotyledonibus instructis circumvallatum; brachiis duobus longioribus pedunculatis.
L'animal des Sèches est bien connu dans son organisation, depuis les belles anatomies de Swammerdam et de Cuvier. Nous n'avons rien à ajouter aux travaux de ces célèbres naturalistes; nous engagerons seulement les zoologistes à consulter l'ouvrage sur les Céphalopodes, que publient en commun MM. de Férussac et d'Orbigny, dans lequel ils trouveront un assez grand nombre d’espèces curieuses appartenant à ce genre. Nous nous occuperons ici de la partie solide ou coquille de la Sèche pour la comparer avec les restes fossiles dont nous avons déjà parlé. L’os de la Sèche est composé de deux parties