GENRE XII
BULIME. Bulimus.
Caractères génériques. Coquille ovale, oblongue ou turriculée ; ouverture entière, plus longue que large, à bords fort inégaux, désunis supérieurement. Columelle droite, lisse, sans troncature et sans évasement à sa base.
Testa ovata, oblonga vel turrita. Apertura integra, longitudinalis | margiribus inæqualissimis , supernè disjunctis. Columella recta , lævis, basi integra, non effusa.
Bruguière, qui est le créateur du genre , y avait rassemblé des espèces terrestres, fluviatiles et marines; il savait très-bien que cette association ne présentait pas une coupe, un genre naturel ; mais peu avancé dansles connaissances anatomiques des animaux ; il préféra proposer une coupe défectueuse sous plus d’un rapport, que de faire trop prématurément des genres qui n'auraient pu se fonder sur des caractères certains. Il prévoyait où il serait nécessaire de faire dans les Bulimes des sections génériques ; il les indiqua même presque toutes, mais ne voulut pas les opérer. Cet excellent observateur s'était imposé la loi de ne proposer de nouveaux genres qu'avec la certitude de leur nécessité, et par conséquent fondés sur de bons caractères. Pourquoi cette réserve n’a-t-elle point été imitée par la plupart des auteurs modernes, qui ont multiplié les genres au-delà de ce qui était nécessaire, et ont plus nui à la science, qu’ils ont encombrée en même temps de nouvelles nomenclatures , qu'ils ne lui ont réellement été utiles par des observations bien faites ? Aussi sera-t-on obligé par la suite, lorsque les connaissances anatomiques embrasseront un plus grand nombre de points, de détruire et de refondre une partie des genres proposés : cette règle lui servit pour la création du genre Bulime , mais il ne l’appliqua pas avec toute la rigueur désirable. Il faut dire qu’il avait à vaincre une grande difficulté, celle de séparer des différens genres de Linné , et surtout de celui de l'Hélix , des coquilles qui ne pouvaient désormais y rester ; mais comme elles ne pouvaient se rapporter à aucun des genres connus alors, il en fit son genre Bulime. On sent d’après cela que la grande quantité d'objets divers, que leurs formes différentes, et plus encore que cela les différences résultant nécessairement des milieux habités , ainsi
que lexistence et la non-existence d'un opercule, ont dû relächer beaucoup les caractères donnés, et les réduire, pour ainsi dire, à une universalité ; aussi voyons-nous que ce genre n’est fondé que sur la forme de l'ouverture, ce qui a dû y rassembler beaucoup d'espèces. On peut dire qu'il était un des plus nombreux qui existàt. On ne doit pas moins savoir gré à Bruguière d'avoir signalé par son genre un grand nombre de coquilles douteuses, qui peut-être seraient restées long-temps méconnues sans cela.
C’est Scopoli le premier, qui employa la mauvaise dénomination de Bulimus pour une coquille de ce genre; mais Lister, long-temps avant, l'avait indiqué, soit dans son Histoire des Coquilles terrestres d'Angleterre, soit ensuite dans son grand ouvrage. Guettard lui-même l'avait précisé bien davantage, car le troisième genre de cet auteur, dont on ne saurait irop consulter les écrits, a infiniment de rapport avec celui de M. Lamarck , c'est-à-dire que déjà il n’y avait placé que des coquilles terrestres. Bruguière, en formant ce genre, en fut réellement le créateur, car il n'avait été qu'indiqué par ses devanciers ; il y confondit même deux genres déjà établis, les Veragos et les Carichies de Muller.
M. Lamark fut le premier qui opéra quelques réformes dans les Bulimes : il proposa d’abord, dans les Mémoires de la Société d'histoire naturelle, les genres Agathine, Pyramidelle, Mélanie, Ampullaire et Auricule; il les mit en rapport avec des genres analogues dans le Système des animaux sans vertèbres (1801), en y ajoutant le genre Maillot. Draparnaud en sépara encore les genres Ambrée et Clausilie, ainsi que les Physes , qu'Adanson avait déjà fait connaitre sous le nom de Bulin , que Draparnaud aurait dû adopter. Après des coupes si nombreuses dans le genre Bulime de Bruguière , il semblait qu'on avait épuisé tout ce qui ne pouvait y rester. Cependant Montfort s’en empara de nouveau et en sépara encore les Scarabes, les Gibbes, les Polyphêmes et les Rubans; mais ces genres pour la plupart étaient inutiles, car excepté les Scarabes, qui ont été adoptés par quelques auteurs ; les Gibbes sont des Maillots, les Polyphêmes et les Rubans des Agathines. En 1811, M. Lamark (Extrait du cours ) en démembra encore les deux genres Tornatelle et Conovule, que Montfort avait déjà proposés auparavant sous les noms de Mélampe et d’Actéon ; mais dans son dernier ouvrage, l'Histoire des animaux sans vertèbres, il supprima les Conovules, pour les replacer dans les Auricules, dont il les avait extraits trop prématurément.
Par tous ces démembremens , les Bulimes, de très-nombreux qu'ils étaient , furent réduits considérablement et uniquement à des coquilles terrestres : tel est du moins ce genre dans l'ouvrage de M. Lamarck, et c'était à ce point qu'il
fallait s'arrêter. Cependant Leach, l’un des plus savans zoologistes de la Grande- Bretagne, voulut aussi faire un genre extrait des Bulimes ; il aperçut que quelques espèces avaient un très-pelit ombilic , et il les réunit sous la dénomination générique de Bulimule ( Bulimulus). On sent qu'il était entièrement inutile de proposer celle coupe qui repose sur un caractère d'aucune valeur. On voit par cet exemple combien on doit mettre de réserve à la création de nouveaux genres.
Tel est, à peu près, l’état des changemens que le genre Bulime a subis depuis sa création jusqu’à ces derniers temps ; ne devant plus renfermer que des coquilles terrestres dont l'ouverture est plus longue que large, et les tours de spire développés dans le sens vertical, on ne peut plus y admettre la plupart des espèces fossiles, que M. Lamarck y plaça dans les Annales du Muséum , car elles viennent toutes des terrains marins ou d’eau douce, s’y trouvent quelquefois avec une abondance, dont nous ne voyons d'exemples que dans les coquilles marines ou lacustres, et ne sont done pont de véritables Bulimes. Il pourrait en être de même pour ceux décrits et figurés par M. Brongniart, dans son Mémoire sur les terrains d'eau douce du bassin de Paris ( Ann. du Mus. , tom. 15). Ainsi, de toutes ces espèces, les unes appartiennent aux Paludines, les autres aux Auricules , les autres aux Mélanies de M. Lamarck, ou plutôt au genre Rissoa de M. Fréminville , dont rous parterons plus tard; enfin un certain nombre reste incertain , et quelques-unes nous semblent, par leur rareté et tous les autres caractères, appartenir à ce genre. Ce sont ces deux dernières sections que nous décrirons ici, en signalant particulièrement les espèces incertaines , pour engager les cenchyliologues à faire à leur sujet de nouvelles
recherches.