‹ Description des coquilles fossiles des environs de ParisChapitre 10 sur 426 · GENRE II · texte numérisé non relu

GENRE II

FISTULANE. Fistulana.

Fourreau tubuleux, le plus souvent testacé, soit libre, soit incrusté dans l’épaisseur des corps sous-marins, plus renflé et le plus souvent fermé postérieurement, atténué vers son extrémité antérieure, ouvert à son sommet, contenant une Co— quille libre et bivalve; les valves de la coquille égales et très-bäillantes lorsqu'elles sont fermées, le ligament extérieur droit; jamais de cuillerons internes sous les crochets.

Vagina tubulosa, sæpius testacea, libera, insertave corporibus submarinis , postice turgidior et sæpius clausa; vershs extrenutatem anticam attenuata, apice aperta, testam liberam bivalvem includens ; valois testæ æqualibus, in conjugatione hiantissimis ; ligamentum externum, rectum ; semper desunt sub natibus palmulæ interne.

Tel qu'il est caractérisé aujourd'hui, ce genre ne peut plus renfermer des coquilles très-différentes, comme cela avait lieu pour les Fistulanes de Bruguikre, et ce même genre de Lamarck qui renfermait encore, il y peu d'années, les rudimens de tous ceux que renferme maintenant la famille des Tubicolées; ainsi désormais on n’y verra plus figurer les Clavagelles et les Térédines, mais nous nous efforcerons de faire voir que s’il était nécessaire d’un côté d'en séparer queïques genres, il était indispensable d’un autre de rappeler combien les Gastrochènes ont avec elles de rapports, rapports que nous croyons si intimes que nous regardons comme indispensable la réunion des deux genres.

Jusqu'à présent on avait pensé que la présence d’un tube complet était néces-

saire pour caractériser suffisamment les Fistulanes; c'est même en l'admettant ri goureusement qu’on en a exclu certaines espèces pour les ranger parmi les Gastrochènes. Cette distinction, qui n’est de nulle valeur, conduirait indubitablement à placer parmi les Fistulanes ce que l'on regarde généralement corime Gastrochènes, et à ranger également parmi ceux-ci ce que l’on pourrait croire avec juste raison des Fistulanes. Il y aurait donc une tendance continuelle à confondre deux genres, ce qui prouve que l’un deux est mauvais, et ceci tient à ce que ces genres ont été mal observés. En effet, nous voyons le genre Gastrochène que Spengler a proposé le premier, n'être formé que de Fistulanes et principalement de celles qui, au lieu d’habiter dans un tube libre, ont la propriété de percer les corps sousmarins et de revêtir d’un tube plus ou moins complet la cavité où elles sont logées. L'adhérence du tube à ces corps a dû le faire négliger lorsqu'en les cassant on en a extrait la coquille; et cela est si vrai, qu'il est bien constaté même depuis longtemps, et tout récemment encore par Turton ( Conchyl. des Iles-Britann., p. 15), que le Gastrochène cunéiforme qui a servi de type au genre est constamment pourvu d’un tube plus ou moins complet qui revêt l’intérieur de la cavité qu’il habite : j'ai eu occasion moi-même d'observer plusieurs fois des soi-disant Gastrochènes en place dans des masses madréporiques, j'ai répété mes observations aussi bien sur les espèces fossiles que sur les vivantes, et je n’ai vu manquer le tube complètement que très-rarement ; je l'ai observé, au contraire, presque toujours complet ou manquant seulement à sa partie postérieure dans un petit espace : on contestera cela d'autant moins que Spengler (Nova Acta danica, tom. 2, p. 177) a lui-même rangé parmi ses Gastrochènes toutes les Fistulanes des auteurs d’après la considération du tube, ce qui fait penser que cet auteur exact avait observé celui du Gastrochène cunéiforme, aussi bien que ceux de toutes les autres espèces qu’il rapportait à son genre, ce qui porte à croire qu'il y à eu négligence de la part du zoologiste qui a rétabli le genre Gastrochène, puisqu'il n’a point fait mention du tube que Spengler regardait comme caractere essentiel, ce qui a induit en erreur M. Lamarck, qui a admis le genre, ce qui est arrivé également à M. Defrance, à M. de Férussac et à beaucoup d’autres zoologistes. Ainsi ce genre Gastrochène ; que l’on a constamment rapproché des Pholades dans une autre famille que les Fistulanes; est donc d'abord mal placé si on le veut conserver, puisqu'il a un tube, et ensuite ne repose plus que sur un caractère de très-peu de valeur, qui serait l’incrustation du tube dans l'épaisseur des corps sous-marins ; et encore ce caractère devient-il nul si on fait attention que celui qui sera incrusté dans un corps friable pourra devenir libre et conséquemment passer dans le genre Fistulane, tandis que celui qui adhère à des corps durs ne pouvant, par aucuns moyens,

devenir libre, resterait dans le genre Gastrochène ; et, comme ces circonstances peuvent avoir lieu ou se réproduire pour la même espece, il s'ensuivrait qu’elle occuperait deux places différentes, ce qui n’est pas admissible : il ne reste donc plus aux Gastrochènes que le bâillement considérable des valves; mais ce bäillement n’est pas plus grand que dans les Fistulanes à tube libre, ce qui me porte à considérer ce caractère comme de nulle valeur. De toutes ces observations, il doit nécessairement résulter la suppression du genre Gastrochène , puisque les caractères sont tous détruits ou rentrent entiérement dans ceux que l’on donne aux Fistulanes: c’est ce qui nv’a porté à modifier les caractères génériques donnés par M. Lamarck.

Les Fistulanes sont assez nombreuses en espèces soit vivantes soit fossiles, et dans l'un et l’autre état, nous les retrouvons dans les deux circonstances d’habitation qui en ont fait faire deux genres ; mais comme les tubes de celles qui vivent dans le sable acquièrent une grande fragilité en devenant fossiles, il n’est pas étonnant de trouver quelquefois des valves séparées dans les sables à fossiles. Parmi les espèces à tube libre, celle que l'on trouve le plus ordinairement aux environs de Paris, avait la singulière propriété d’agglutiner à son tube les grains de sable qui l'environnaient , propriété qui lui est commune avec quelques espèces d'Arrosoirs.

Les valves des Fistulanes, quoique fortement réunies entre elles, à l’état frais, par un ligament, n’offrent jamais de dentelures à la charnière; cette partie est ordinairement droite, ou légèrement arquée, très-mince, quelquefois arrondie par un petit beurrelet décurrent sur le bord.

Aux observations précédentes, il faut en ajouter une qui n’est pas sans intérêt; M. Lamarck a caractérisé le Taret sur son habitude de conserver son tube ouvert aux deux extrémités, ct de l’enfoncer dans des bois pourris. Les valves présentent sous les crochets de petites palettes analogues à celles des Pholades ; mais , d’après l'observation d'Adanson, lorsque le Taret est arrivé à tout son développement il ferme son tube par l'extrémité la plus large; et alors , sous ce rapport, il ressemble à plusieurs espèces de Fistulanes. D'un autre côté, nous voyons parmi celles-ci un véritable Taret qui vit dans les bois pourris, qui a seulement cette différence de clore toujours son tube ; mais les valves sont pourvues, comme l’autre , des palettes intérieures ; mais elles ont la même forme : le tube lui-même présente cette irrégularité , ces sinuosités si communes aux Tarets. Tout me porte one à penser que la Fistulana gregata des auteurs, la seule qui présente S caractères £irangers aux véritables Fistulanes, doit passer au genre Taret, et ainsi rentrer dans le groupe dont elle porte tous les caractères. Il était essentiel de développer les motifs qui m'ont fait ajouter aux caractères génériques du genre qui nous occupe,

de ne jamais présenter de palettes intérieures , caractère qui devient plus essentiel que la considération du tube, lorsque, dans cette famille des Tubicolées, on ne peut arriver à aucune juste détermination sans l'examen attentif des coquilles sur lesquelles on trouvera toujours les caracteres fondamentaux.

à. FISTULANE ALLONGÉE. Fistulana elongata. Nob.

PI. IV , fig. 17, 18, 19.

Q . A A sg 2 4 A .

F. tubo incognito, testé elongatä, parte superiore uncinata, recurod valpis hiantissimis subquadrilateralibus , in medio sinuosis. N.

Localité : Grignon.

Nous devons à M. Brongniart la connaissance de cette espèce, dont il possède une valve, la seule que je connaisse ; elle a beaucoup de rapports avec les espèces dont les tubes sont droits et libres, ce qui nous fait penser qu'il devait avoir la même forme que celui figuré par Spengler (Nova Acta danica , tom. 2, pag. 177, fig. 1), et dans l'Encyclopédie (pl. 167, fig. 17), puisque là coquille elle-même a, avec celles figurées par cet auteur ( loc. cit., fig. 2, 3, 4, 5, 6) et dans l’'Encyclopédie (fig. 18, 19, 20, 21, 22), de très-grands rapports. L'espèce dont il s'agit se reconnaît facilement par l'allongement des valves , par le sinus du milieu, par le prolongement en forme de crochet courbé que présente l'angle antérieur de la valve, et par ses crochets saillans ; elle est large de treize millimètres, et irrégulièrement étayée par des accroissemens. Elle a quelques rapports avec la Pholas hians de Brocchi, qui est une Fistulane ( Conchyl. subappennique, tom. 2, pl. 14, fig. 14, a. b.), mais elle s’en distingue par la sinuosité des valves, par le prolongement en forme de crochet de l'angle antérieur, ce que n’a pas celle figurée par le célèbre conchyliologue italien.

Cabinet de M. Brongniart.

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