GENRE XIX
LUCINE. Lucina.
Caractères genériques. Coquille suborbiculaire , inéquilatérale, à crochets peüts, pointus , obliques ; deux dents cardinales divergentes dont une bifide et qui sont variables ou disparaissent avec l’âge ; deux dents latérales : la postérieure plus rapprochée des cardinales ; deux impressions musculaires très-séparées, dont la postérieure forme un prolongement en fascie; l'impression du manteau est simple. Ligament extérieur.
Testa suborbicularis, inæquilateralis ; natibus parvis, acutis, obliquis ; cardo variabilis : modo dentibus duobus divaricatis, un& quorum bipartitd, cetate evanescentibus; modo dentibus nulles ; dentes laterales duo interdùum obsoleti : postico ad cardinem propiüus admoto, impressiones musculares remotissimeæ , laterales ; posticé in fasciam interdm prælongam produci& , impressio pallü simplez ; lgamentum externun.
Linné avait confondu les Lucines, en partie avec les Vénus, en partie avec les Tellines; elles ne présentent cependant jamais rigoureusement les caractères de ces deux genres; aussi Bruguière les sépara dans les planches de l'Encyclopédie, et sans le caractériser, indiqua ce groupe aux zoologistes; M. Lamarck ladopta dans le Système des animaux sans vertèbres , et lui donna des caractères génériques qu’il reproduisit dans les Annales du Muséum. En publiant l'Extrait du Cours, ce célèbre naturaliste n’apporta aucun changement dans la composition du genre, et n’adopta pas alors le Loripes de Poly. Le premier et le seul démembrement a été proposé sous le nom de Fimbria par M. Megerle, et ensuite sous celui de Corbeille par M. Cuvier dans le Règne Animal; ce genre avec cette dernière dénomination a été généralement adopté des conchyliologues, et entre autres par M. Lamarck lui-même, par M. Férussac, etc. Le démembrement des Corbeilles était le seul qu'on pouvait faire en l'appuyant sur de bons caractères, car, malgré Ja variabilité des caractères extérieurs des coquilles des Lucines, il est impossible, du moins dans l’état de nos connaissances, d'en faire plusieurs coupes génériques, el c'est sans doute d'après cette analogie, pour ainsi dire forcée, qui lie les espèces de ce genre, que M. Lamarck et M. Blainville plus récemment encore, y ont réuni les Loripes de Poly ; effectivement, la Telline lactée qui sert de type au genre du savant zoologiste napolitain , présente tous les caractères extérieurs des Lucines, ce qui porte à croire que celles-ci ont les mêmes caractères zoologiques que celles TOME I. 13
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là, ce qui est indiqué et par la charniere et par les impressions des muscles ou du manteau.
M. Blainville, dans son article Mollusque, ne s'est pas contenté de réunir ce seul genre aux Lucines, il y a ajouté les Amphidesmes et replacé les Corbeilles que M. Cuvier en avait séparées ; quant à ces dernières peut-être est-ce en juger trop prématurément, puisqu'on ne connaît point l’animal et que les coquilles n’ont qu'un seul trait de ressemblance, l'existence des dents latérales à la charnière; il suflit de comparer les caractères de ces deux genres pour se convaincre de leurs différences. Quant aux Amphidesmes, elles nous paraissent rapprochées des Lucines d’une manière plus forcée encore, outre qu’elles ont le ligament intérieur comme quelques Lutraires, et celles entre autres qui se rapprochent de la Calcinelle d'Adanson, ce que ne présentent jamais les Lucines; quoique quelques-unes aient le ligament très-enfoncé entre des nymphes saillantes qui le cachent en partie au dehors, elles n’en ont pas les impressions musculaires; l'impression du manteau est profondément sinueuse, ce qui annonce l'existence de grands siphons et sans doute d’un pied lamelliforme , plutôt semblable à celui des Tellines qu’à celui des Lucines. Nous nous abstenons donc d'admettre ce changement, considérant, avec le plus grand nombre des conchyliologues modernes, que les Lucines forment à elles seules, un groupe naturellement caractérisé par l'impression des muscles et le défaut de pli irrégulier, ce qui les distingue des Tellines, par le ligament extérieur et l'impression des muscles et du manteau, ce qui les sépare des Amphidesmes , et enfin par la forme des crochets, des dents cardinales et la position et la constance des dents latérales, ce qui, joint aux autres caractères, les éloigne des Corbeilles.
On trouve abondamment des Lucines fossiles dans les terrains des environs de Paris; peu d'espèces sont rares , les autres y sont répandues avec une profusion étonnante, et surtout dans quelques localités où le terrain semble en être uniquement composé; c'est ainsi que la Lucine des pierres se trouve en couches plus ou moins épaisses, entre des assises de calcaire grossier qu’elles séparent à certaine hauteur, comme on le voit à Montrouge, à Saint-Germain et d’autres lieux; elle est mélangée de quelques autres espèces et principalement de Cérites, comme à Maulette près Houdan. La Lucina gigantea, Nob., forme, avec une Turritelle, une assise assez puissante dans plusieurs endroits, à Parnes, à Mouchy-le-Châtel, à Liancourt, a Chaumont, etc. À Abbecourt près Beauvais, la Lucine étagée fait la plus grande partie de la couche à fossiles, avec la Lucine contournée et quelques autres genres; la fragilité extrême des fossiles de cette localité est cause qu’il est presque impossible d’en avoir d’entières malgré leur grande abondance; quelques
espèces semblent particulières à une localité, comme la Lucine changeante à Grignon, la Lucine écailleuse à Longjumeau; d’autres sont communes à tous les terrains marins du bassin de Paris , je pourrais même dire à tous les terrains tertiaires, comme la Lucine divergente.
À l'exemple de M. de Blainville nous diviserons les Lucines en plusieurs sec tions.
1°. Celles qui sont lisses, orbiculaires, le plus souvent sans dents à la charnière; elles peuvent se diviser en celles qui ont la lunule et le corselet indiqués en relief et en celles qui n’ont point ces parties indiquées.
2°. Celles qui sont orbiculaires et couvertes de lames ou de stries concentriques; elles se partagent aussi en deux sections, celles qui ont le corselet et la lunule saillans et celles qui en sont dépourvues où qui les ont enfoncées.
3. Celles qui ont des stries divergentes ou rayonnantes du sommet à la base.
I. Coquilles lisses, orbiculaires, le plus souvent sans dents à la charnière. [A.] Celles qui n’ont point la lunule et le corselet en relief.