‹ Description des coquilles fossiles des environs de ParisChapitre 217 sur 426 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

vient que les caractères donnés à cette famille par M. Lamarck sont si vagues et si incomplets. Proposée dans la Philosophie zoologique sous le nom de Cardiadées, cette famille était d’abord composée des cinq genres: Tridacne, Hippope, Cardite, Isocarde et Bucarde. Reproduite dans l’'Extrait du cours avec le nom qu'elle porte encore maintenant, elle ne subit d'autre changement que l'addition du genre Hiatelle, ce qui ne la rendit pas plus naturelle. Enfin, conservée dans le Système des animaux sans vertèbres, elle éprouva une division qui en sépara les genres Hippope et Tridacne, qui furent remplacés par le genre Cypricarde.

Malgré ce changement important, la famille des Cardiacées, au lieu de trois types d'organisation, en contient encore deux, et, comme nous le disions tout-a-l’heure, il faut qu’elle subisse une dernière réforme. Cette réforme, M. Cuvier l'a commencée, l’a indiquée dans le Règne animal, et les auteurs qui l'ont suivi, et surtout M. de Férussac, l’ont presque achevée, M. Cuvier avait placé les Cardites dans la famille des Mytilacés, entre les Muleites, les Crassatelles, et les Bucardes dans la grande famille des Cardiacés, qui correspond aux Conques, Corbulées, Mactracées et Lithophages de M. Lamarck. M. de Férussac à fait un ordre de cette famille, et il l'a divisé en plusieurs familles; cet ordre porte le nom de Cardiacées et content les mêmes élémens que donne M. Cuvier, seulement ils sont groupés en sept familles : les Camacés, les Bucardes, les Cyclades, les Nymphacés, les Vénus, les Lithophages et les Mactracés. La famille des Myu- Jacés de M. Cuvier a subi des changemens analogues, et les Cardites, qui y forment une famille, conservent absolument les mêmes rapports. La famille des Bucardes ne contient que trois genres, et l’un d’eux n’est point admissible; les Hémicardes, Cuv., en effet, ne diffèrent des Bucardes que par la forme de la coquille.

M. Laireille a conservé à peu près la division générale de cette partie des mollusques d’après les idées de M. de Férussac; mais il a eu le tort de ne point diviser les genres de la famille des Cardiacées de M. Lamarck, et de la reproduire dans son entier, moins le genre Hiatelle. M. Latreille est moins pardonnable qu'un autre d’avoir proposé de nouveau cet arrange-

ment, puisque le premier 1l donna plus d'importance et de valeur dans sa méthode à la présence ou à l'absence des siphons dans les acéphalés; caractère dont il se servit fort habilement pour établir des ordres dans cette classe. M. Latreille n’ignorait pas, sans doute, d’après les travaux de Poli, que les Cardites n’ont point de siphons, lorsque les Bucardes et les Isocardes au contraire en sont pourvues. Ce motif lui seul, à part d'autres non moins

puissans, tirés du reste de l’organisation, était bien suflisant pour determiner M. Latreille, sil y eùt porté toute son attention.

M. de Blainville, dans son Traité de malacologie, a adopté la maniere de voir de M. Cuvier, ce qui nous dispense d'entrer dans plus de détails à l'égard de la méthode du savant professeur.

té genres de la famille des Cardiacées de M. Lamarck, au nombre de cinq : Bd Cardite, Cypricarde, Hiatelle et Isocarde, se trouvent à l'état fossile; un seul, Hiatelle, manque aux environs de Paris. Nous allons examiner les quatre autres.

GENRE XXVIL BUCARDE. Cardium.

Caractères génériques. Coquille équivalve, subcordiforme; à crochets protubérans; bord interne des valves plissé ou denté. Chante ayant quatre dents sur chaque valve, dont deux cardinales rapprochées et obliques, S'articulant en croix avec leurs correspondantes, et deux latérales écartées, intrantes.

T'esta æquivalvis , subcordata; natibus prominulis ; valvis margine interno dentatis vel plicatis. Cardo in utrdque valvd, dentibus quatuor : duobus cardinalibus approximatis, obliquis, mutud insertione sese cruciatim excipientibus ; duobus lateralibus remotis, insertis. Lamk.

Très-anciennement connu, le genre Bucarde ne pouvait manquer d’être signalé par les écrivains du renouvellement des sciences en Europe. Il est si facile, même en se laissant guider par des caractères de peu de valeur, d'arriver à un groupement naturel, que cette exactitude dans la détermination du genre, dans un temps où la science commençait, n’a rien qui doive surprendre; la nature avait presque tout fait. Les coquilles que Rondelet, Aldrovande, Bélon, nomment conques striées, conques épineuses, sont de véritables Bucardes, qu'Aldrovande surtout groupa presque sans mélanges; on peut trouver la, dans ces ouvrages fort anciens, l’origine du genre Bas de. Ces auteurs, comme plusieurs dé ceux qui les suivirent, se laissèrent guider par la forme extérieure si remarquable, il faut le dire, dans les Bucardes, ainsi que par la disposition des côtes qui les couvrent; bientôt les Orycthographes rapportèrent aux Bucardes, sous le nom de Bucardites ou Boucardites, des corps pétrifiés appartenant à des types différens d’org ganisation, mais qui étaient cordiformes, condition qui leur paraissait suffisante ; ; depuis, et encore avant Linné, deux auteurs sur-

tout avaient déjà rectifié les Bucardes : Lister et Gualtierri, en effet, Les avaient nettement circonscrites. Il aurait fallu qu'Adanson suivit leur exemple, mais cet auteur ayant trop généralisé les caractères des animaux, il confondit dans son genre Pétoncle les Bucardes, les Arches et les Pétoncles. Dargenville, sous le nom de cœur, rassembla toutes les Bucardes, mais il y Joignit toutes les autres coquilles cordiformes, ayant établi son genre d'apres la forme seulement.

Linné rectifia toutes ces erreurs en adoptant le genre Bucarde tel que Gualuerri l’avait fait, mais en le limitant sur des caractères invariables, tirés aussi bien de la forme extérieure que de la charnière : depuis il fut admis dans toutes les méthodes, et il est tellement naturel qu'il ne put subir aucune réforme, aucune coupure basée sur de bons caractères.

Les rapports, qu'on assigna à ce genre, furent en général peu variables. Linné le mit entre les Tellines et les Mactres, sans doute parce qu'il a, comme eux, des dents latérales à la charnière. Bruguière ne changea rien à cette disposition, seulement il fit sortir du genre, pour la placer dans les Cardites, la coquille qui devint un peu plus tard le type du genre Isocarde.

M. Lamarck, dans son premier Essai de classification des Mollusques, publié en 1799 dans les Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Paris, groupa les uns près des autres les genres qui ont le ligament externe; le genre Bucarde les suivit, et les Isocardes et les Cardites vinrent après lui. Dans le Système des animaux sans vertèbres (1801), cet ordre ne fut point changé, et les auteurs qui écrivirent peu après, Bosc, M. de Roissy l'adoptèrent. Dans la Philosophie z6ologique, la famille des Cardiacées fut établie et composée de genres qui, mieux connus, ne pouvaient rester longtemps associés, les Tridacnes, les Hippopes avec les Cardites, les Isocardes et les Bucardes. Aussi plus tard M. Lamarck réforma lui-même cette famille, non pas dans l'Extrait du cours, où il l’augmenta du genre Hiatelle, mais dans son dernier ouvrage. Il en écarta les Fridacnes et les Hippopes, et 1l y conserva les Cardites, dont il sépara bien à tort dans une autre famille les Vénéricardes, qui à peine peuvent s'en distinguer. El eut aussi le tort d'introduire dans une même famille des animaux dont l’organisation fort différente est trop bien connue pour qu’on puisse les confondre davaniage. Dans les uns, en effet, les deux lobes du manteau soudés postérieurement se terminent par deux siphons, c’est ce qui a lieu dans les Bucardes; dans les Cardites, au contraire, le manteau est ouvert dans toute sa longueur : cela démontre que les Bucardes, dans la méthode de M. Lamarck, ne sont pas dans leurs rapports naturels,

a té

M. Cuvier, Règne animal, en rapprochant son opinion de celle de Linné, et en évitant cependant de tomber tout-à-fait dans la même faute que lui, a été plus heureux que M. Lamarck, en plaçant le genre qui nous occupe en tête de sa famille des Cardiacées, entre les genres Came et Donace, non loin des Tellines. Sans doute que ce rapprochement est plus naturel que ceux que nous avons déja mentionnés, mais il n’est pas étonnant que dans d’autres méthodes il ait été modifié. Celle de M. de Férussac présente des changemens notables : la famille des Cardiacées de M. Cuvier devient un ordre distribué en plusieurs familles ; celle des Bucardes est la seconde, et elle comprend les genres Isocarde, Bucarde et Hémicarde. Ce genre Hémicarde, qui a été proposé par M. Cuvier, ne repose que sur de faibles caractères, puisque c’est la forme seule de la coquille qui a décidé de sa séparation; il est formé des espèces de Bucardes qui, fortement aplaties d'avant en arrière, sont carénées sur le côté, et ont absolument la forme d'un cœur; M. de Blainville, dans son Traité de malacologie, n’a adopté ce genre que comme un groupe d'espèces. Quant au genre Bucarde luimême, le savant anatomiste non-seulement l’a séparé des Cames, mais encore des Isocardes, qu'il met dans une famille voisine, les Camacées, tandis que

les Bucardes se voient à la tête de la famille des Conchacés, suivies des -

genres Donace, Telline, etc. Cette manière de voir se rapproche de celle dé M. Cuvier, qui a fait des Isocardes un sous-genre des Cames.

Si nous examinons le genre Bucarde, nous lui trouvons des caractères qui l’isolent de toute part et en font avec les Isocardes une famille trèsnaturelle et facile à distinguer. Si l’on compare les animaux, on leur trouve des rapports éloignés avec ceux des Cames d'un côté, et plus éloignés encore avec ceux des Tellines, des Donaces, etc.; leur manière de vivre d’ailleurs est fort différente. Si l’on cherche à rapprocher les coquilles d’autres genres, on trouve le même éloignement; nous ne voyons rien d’analogue parmi celles qui, avec un ligament extérieur, ont des dents latérales, comme ies Tellines, les Donaces : parmi celles qui n’ont point de dents latérales, on en trouve quelques-unes des genres Came et Cythérée qui ont quelque ressemblance dans la forme; mais c’est là tout ce qu'il faut y chercher. Enfin, un dernier genre, le seul qui puisse peut-être servir de terme moyen, genre qui a des dents latérales et une forme analogue, le genre Corbeille, nous paraît le plus propre à lier les Bucardes aux Conques. D'après ce qui précède, on doit s'apercevoir que nous sommes portés à suivre l'exemple de M. de Férussac, à isoler lés Bucardes en une famille, mais à les lier aux autres Conchifères d’une manière différente.

On compte un grand nombre d'espèces fossiles du genre Bucarde, quelques-unes sont fort grandes et d’autres remarquables en ce qu’elles ont leur analogue encore vivant : parmi les fossiles des environs de Paris, nous n’en connaissons aucunes qui soient dans ce cas. 2

Dans les Annales du Muséum, tom. VI, M. Lamarck a décrit huit espèces de Bucardes, appartenant aux environs de Paris; parmi ces espèces il en est deux qui ne peuvent rester dans le genre : la premiere, le Cardium calcitrapoides , est une véritable Vénéricarde, nous l’avons décrite sous le nom de Vénéricarde armée, Venericardia aculeata; la seconde, le Cardium heteroclitum, est le jeune âge d’une autre Vénéricarde, V’enericardia angusticostata. Cette coquille conserve assez long-temps la dent latérale, qui finit par s’effacer avec l’âge. A cette occasion nous ferons observer que la plupart des Vénéricardes et des Cardites ont dans le jeune âge une ou deux dents latérales, qui disparaissent ensuite, de sorte que sur ce caractere on pourrait faire un assez grand nombre de doubles emplois, semblables à celui que nous signalons.

Nous avons pu examiner les fossiles dépendant de la collection de M. Lamarck, grâce à la complaisance de M. de Rivoli, qui a bien voulu les metre à notre disposition: nous avons reconnu une erreur que nous devons signaler ici, pour éviter aux personnes qui étudient les fossiles de vaines et d'inutiles recherches. Le Cardium serrigerum, qui, d’après M. Lamarck, se trouve à Chaumont et aux environs de Bordeaux, n’est autre chose que la Vénéricarde à côtes aiguës, l’enericardia acuticostata, qu'il avait déja décrite, de sorte que la même coquille se trouve dans deux genres différens.

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