GENRE XLI
LIME. Lima.
Caractères génériques. Coquille auriculée, équivalve, ovale, obronde, régulière, plus ou moins bäillante. Crochets écartés; leur facette interne étant inclinée en dehors. Charniere courte, droite, linéaire et sans dents. Fossette cardinale triangulaire, en partie extérieure, recevant le ligament.
Testa æquivalvis, auriculata , ovalis, subrotunda, regularis, plus minusve hians; natibus divaricatis ; parietibus internis extrorsum declivibus. Cardo brevis, rectus, linearis, edentulus ; foveold cardinali, triangulari, partim externd , ligamentum recipiente.
Bruguière est le créateur du genre Lime; il le proposa dans les planches de l'Encyclopédie, et il fut depuis adopté et caractérisé par Lamarck. Il était impossible, en effet, que les coquilles de ce genre fussent plus longtemps conservées parmi les Huîtres, avec lesquelles Linné les avait confondues. Dès que les Limes furent nettement séparées, tous les auteurs sentirent la nécessité de les admettre au nombre des genres naturels. Surtout depuis le moment où l'ouvrage célèbre de Poli étant connu en France, on put se convaincre, par des anatomies très-bien faites, que l'animal n'était pas moins distinct que sa coquille de tous les autres genres anciens.
Il ne faut pas avoir une bien grande habitude de saisir les rapports des êtres pour apercevoir ceux qui existent entre les Limes et les Peignes. Aussitôt que ces deux genres eurent été séparés des Huïîtres, ils furent mis en contact immédiat, soit dans les méthodes à série simple, imitées de celle de Linné, soit dans celles partagées en familles, comme Lamarck le fit dans ses dernières classifications. Nous allons indiquer le petit nombre de changemens que le genre qui nous occupe a subi depuis Bruguière,
M. Cuvier, dans son Tableau élémentaire d'histoire naturelle, publié en 1798, a adopté le genre Lime ; il est placé le premier de la troisième section des Acéphales, et se trouve ainsi entre les Peignes et les Pinnes. L'année suivante, lorsque Lamarck publia sa première classification des coquilles dans les Mémoires de la Société d'histoire naturelle, on trouva les Limes entre les Houlettes et les Peignes, ce qui était plus naturel que rapports indiqués par M. Cuvier. Dans la classification qui suivit celle-
, et qui parut en 1801 dans le Système des animaux sans vertèbres, Laue ne changea rien dans les rapports des Limes, et M. de Roissy, dans
le Buffon de Sonnini, les conserva sans altération. Lamarck les modifia d'une manière notable dans sa Philosophie zoologique, en conservant les Peignes dans la famille des Ostracées, et en mettant les Limes dans la famille des Byssiferes, entre les Houlettes et les Moules. Quoique cet arrangement füt moins convenable que celui des premieres méthodes, Lamarck le conserva néanmoins dans l'Extrait du cours, et ne l'abandonna que dans son dernier ouvrage, dans lequel fut établie la famille des Pectinides, dont nous avons parlé précédemment. On a vu que les rapports des Limes avec les Peignes revinrent à ce qu'ils étaient d’abord.
M. Cuvier n'adopta pas la manière de voir de Lamarck. Dans la méthode de ce savant zoologiste, les Limes, entre les Peignes et les Houlettes, forment un des sous-genres des Huîtres. Cet arrangement n’éprouva aucun changement dans la seconde édition du Règne animal, et il n’a pas été admis par la plupart des conchyliologues.
Dans ses Tableaux systématiques des animaux mollusques, M. de Férussac, en conservant la famille des Pectinides, plaça les Limes entre les Dianchores, genre inadmissible, et les Houlettes. M. de Blainville et M. Latreille ont également admis le genre qui nous occupe, et nous avons vu quels rapports ils lui donnent avec les genres avoisinans.
Le genre Plagiostome fut proposé par M. Sowerby dans sa Mineral Conchology, et généralement adopté depuis; mais l’auteur anglais confondit dans son genre deux sortes de coquilles fort distinctes; les unes sont semblables aux Limes, les autres ont paru d’une nature particulière à M. Defrance, qui en a fait son genre Pachyte. Nous avons prouvé ailleurs que ces Pachytes n'étaient autre chose que des Spondyles altérés par le fait de la fossilisation dans la craie. La conséquence de ce qui précède est pour nous la suppression des deux genres que nous venons de mentionner. Les Plagiostomes, débarrassés des Spondyles qui étaient confondus avec eux, ont tous, sans exception, les caractères des Limes. Ainsi on trouve dans les coquilles de l’un et de l’autre genre une charnière courte, linéaire, sans dents, se prolongeant supérieurement sur l’une et l’autre valve en une faceite oblique, triangulaire, lisse, semblable à celle des Spondyles et des Houlettes. Cette surface cardinale est traversée du sommet à la base par une fossette triangulaire peu profonde, dont la base fait ordinairement saillie à l'intérieur des valves, et qui donne attache à un ligament solide. Sur ses parties latérales, la charniere se prolonge en deux oreillettes semblables sur chaque valve : les oreillettes postérieures sont ordinairement les plus courtes; quelquefois ce sont les antérieures. Sur le côté antérieur
de la coquille on observe dans le plus grand nombre des especes un bäillement plus ou moins grand entre les valves : ce bâillement donne passage au byssus que l'animal porte à côté du pied dans certaines especes. Outre ce bâllement antérieur il en existe un autre plus considérable, postérieur et inférieur, comme cela se remarque dans la Lima inflata, par exemple, et d'autres espèces analogues.
Les Limes sont des coquilles marines, équivalves, presque toujours ovales et longitudinales : quelques espèces vivantes et fossiles sont subsymétriques et doivent constituer une section bien particulière dans le genre, et peutêtre par la suite un genre distinct, lorsque les animaux de ces espèces seront connus.
À l'extérieur la plupart des Limes sont ornées de côtes ou de stries longitudinales, tantôt simples, tantôt écailleuses; rarement elles sont lisses. Le test étant généralement mince, les côtes de l'extérieur se répètent en dedans des valves, mais plus obtuses. A l’intérieur des valves on voit vers le tiers supérieur une grande impression musculaire ovale, obronde, superficielle, si ce n’est dans les grandes espèces très- épaisses de l’Ooltie (Lima proboscidea, Sow., etc.), où elle est plus profonde et très-marquée.
On ne compte qu'un petit nombre d'espèces de Limes dans le bassin de Paris; elles y sont généralement rares : la plupart, étant très-petites, irès-minces et trés-fragiles, sont pour ces raisons fort rares dans les collections. Les six espèces qui suivent, sont les seules qui nous soient connues; toutes proviennent des calcaires grossiers.