Description des Dascillides du Bassin du Léman
Ce petit travail, pour lequel je dois réclamer l’indulgence des naturalistes, paraîtra bien pâle à côté de ceux qui ont déjà été publiés sur la même famille. J’espère toutefois qu’il présentera quelque intérêt en sa qualité de faune locale, et en raison des documents nouveaux qu’il renferme relativement aux mœurs et aux métamorphoses des insectes de ce groupe.
J’ai été forcé de sortir du cadre restreint que je m’étais d’abord tracé. Il est difficile, en effet, de fixer aujourd’hui d’une manière certaine quelles sont les espèces qui composent la faune de notre bassin. Chaque jour des espèces nouvelles pour la science, ou tout au moins pour la région qui nous occupe, peuvent venir en augmenter le catalogue. Aussi, ayant entre les mains tous les matériaux nécessaires pour un travail plus complet, je donnerai dans chaque genre un tableau synoptique de toutes les espèces européennes et une courte description de chacune d’elles, afin que si, plus tard, l’on en rencontrait quelqu’une dans nos environs, les entomologistes puissent la reconnaître.
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Qu’il me soit permis de remercier les entomologistes qui ont bien voulu, par leurs communications ou leurs bons conseils, m’aider et faciliter ma tâche. D’abord M. de Kiesenwetter, de Bautzen, qui m’a prodigué les uns et les autres avec une bonté sans égale; ensuite mes excellents amis M. Ch. Brisout de Barneville, de St-Germain, et M. le Dr Stierlin, de Schaffhouse; puis MM. Rey, de Morgon; Chevrolat, de Paris; Gredler, de Botzen (Tyrol) ; Tieffenbach, de Berlin, etc. Avec de tels secours, mon travail a été bien facilité.
Les Dascillides forment, dans l’ordre des Coléoptères, une famille très-homogène, qui aujourd’hui est placée entre les Rhipicérides et les Malacodermes, et compose ainsi la trente-neuvième famille du Généra des Coléoptères de Lacordaire.
Ils se caractérisent ainsi :
Corps généralement ovoïde, plus ou moins arrondi ou allongé, assez épais et toujours recouvert plus ou moins densément d’une fine pubescence. Tête inclinée, verticale ou subinfléchie, passablement plus étroite que le pronotum. Mâchoires à deux lobes ; palpes maxillaires de quatre articles, les labiaux de trois ; languette membraneuse ; mandibules peu proéminentes, rarement saillantes. Antennes de onze articles, assez longues, grêles, le plus souvent filiformes, quelquefois dentées en scie intérieurement, insérées au devant du front, de chaque côté, vers le bord interne des yeux, dans une cavité située à la partie supérieure des joues. Yeux plus ou moins saillants, assez réguliers. Pronotum en général arrondi en avant, toujours tr ans ver se, faiblement plus étroit que les élytres; sa partie postérieure toujours plus large que l’antérieure, de là plus ou moins conique ; son bord postérieur faiblement bisinué, présentant dans
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son milieu un lobe tronqué ou faiblement échancré dans sa partie médiane, au-devant du scutellum ; celui-ci plus ou moins triangulaire, de grandeur médiocre. Élytres de consistance plus ou moins molle, jamais très-coriaces, allongées ou presque régulièrement arrondies, le plus souvent presque totalement sans stries ou celles-ci très- obsolètes, parfois cependant avec des stries assez marquées; ailes repliées sous les élytres, complètes et très-propres au vol. Pattes grêles chez les uns, robustes chez les autres, généralement assez allongées. Dans l’un des genres (. Scyrtes , Illig.), les cuisses sont fortes, très-renflées et propres au saut, à tibias armés à l’extrémité d’éperons longs et forts, destinés à arrêter et fixer la patte sur le plan qui sert de point d’appui d’une manière plus solide que ne le ferait le tarse et à protéger en même temps celui-ci quand l’insecte, développant ses pattes postérieures par un brusque mouvement, s’élance à la façon des Àltises. Tarses de cinq articles.
Les premiers états des Dascillides sont peu connus. Erichson, Curtis, Chapuis et Candèze, Perris, puis Frauenfeld ont seuls jusqu’à présent donné quelques détails à ce sujet. Erichson a décrit les larves des Dascillus cervinus , L., et Helodes pallidus , F. (H. minuta , L.). Ces descriptions ont été reproduites par MM. Chapuis et Candèze. M. Perris nous a fait connaître, avec tout son savoir accoutumé, la larve et la transformation de YEucinetus méridionales , C., puis M. G. de Frauenfeld a publié une description de la larve du Cyphon variabilis , Th. Aux descriptions de ces larves, je suis assez heureux pour joindre celles de V Helodes marginata , F., et de Y Hydrocyphon deflexicollis , Mull.
La larve du Dascillus cervinus , L. vit dans la terre, ronge les racines des végétaux et ressemble à celles des Hannetons, quoique ayant le corps droit. Celles des Helodes vivent
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en général dans les eaux courantes; elles se tiennent pendant le jour au fond de l’eau, sous les pierres ou dans quelques petites cavités du sol, qu’elles quittent principalement le soir pour parcourir les plantes aquatiques où elles trouvent leur nourriture. Elles sortent même quelquefois de l’eau, comme je l’ai souvent vu pratiquer à la larve de VHelodes minuta, L. Un caractère particulier aux larves de ce genre et qui n’a pas encore été signalé, c’est qu’elles paraissent ne pas pouvoir vivre sans s’approvisionner d’air à la surface de l’eau, fait que je n’ai pas remarqué chez celles des Hydrocyphon; pour cela elles montent au côté d’une pierre ou le long d’une tige d’herbe, se tournent verticalement la tête en bas, présentent à la surface de l’eau le dernier segment abdominal, puis, pendant une et quelquefois deux minutes, s’approvisionnent d’air par un mouvement de va et vient des segments précédents; lorsqu’elles sentent la provision complète, elles s’enfoncent dans Fonde et aussitôt laissent échapper par l’anus une petite partie de l’air dont elles se sont emplies qui vient former à l’extrémité de l’abdomen un globule parfaitement sphérique de 2 à 2 millimètres de diamètre. Chaque larve entraîne continuellement après elle ce petit réservoir d’air en relevant légèrement l’extrémité abdominale; si, au contact d’un brin d’herbe ou par un accident quelconque, ce globule vient à se détacher, elle laisse de nouveau et de suite échapper l’air nécessaire à reformer le globule détruit ; ceci se répète jusqu’à ce que, sa provision entièrement épuisée, elle soit obligée de recommencer son ascension et de remettre son anus au contact de l’air pour faire jouer les appareils qui l’approvisionnent. C’est pendant les mois de décembre et de janvier que j’ai récolté et observé la plus grande quantité de larves d’Helodes dans presque tous nos environs, mais toujours dans
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de petits ruisseaux dont l’eau, assez abondante et rapide à cette époque de l’année, n’est point sujette à se geler.
Les larves des Cyphon vivent dans les étangs, surtout dans ceux où croissent les lentilles d’eau; elles paraissent être assez agiles et doivent, d’après la conformation de leur bouche, avoir une nourriture animale ; comme celles des Hélodes, elles sortent de l’eau pour se transformer. Je n’ai pas été assez heureux pour amener à complète transformation quelques-unes de ces larves que j’avais capturées.
Jusqu’à présent, je n’ai observé celles de YHydrocyphon deflexicollis , Müll. que dans des cours d’eau rapides et froids, absents de toute végétation aquatique, ce qui me fait présumer que cette espèce, malgré ses mâchoires fragiles et parcheminées, doit avoir une nourriture animale. C’est en juin et juillet que ces larves apparaissent ; il est probable que pendant les froids rigoureux de l’hiver elles se retirent dans les parties profondes de la rivière, où elles sont entièrement à l’abri des recherches; je dois ajouter que je les crois périodiques, ne les ayant trouvées abondamment dans les mêmes lieux qu’en 1863 et en 1865, soit à deux ans d’intervalle, tandis que pendant les années 1864 et 1866 je n’ai pu en récolter que quelques exemplaires dispersés sur un grand parcours. Elles paraissent vivre en petites sociétés de dix ou quinze, toujours fixées à la surface inférieure de pierres un peu rugueuses et offrant quelques cavités; là elles décrivent des cercles restreints et rapides. Je ne les ai jamais vu stationner sur le fond de la rivière, ni s’ébattre dans l’élément qui les entoure, ce qui s’explique facilement par la conformation de leurs pattes, qui sont simplement raptatoires. Quand le moment de leur transformation approche, elles se réunissent dans une dépression de la pierre qui les abrite et se transforment dans l’élément
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liquide presque côte à côte ; si quelques-unes d’entre elles ne sont point prêtes à subir leur métamorphose en même temps que les voisines, elles n’en vont pas moins les rejoindre quand le moment en est venu et se transformer sur le même point ; la nymphe est fixée à la pierre par un fil abdominal très-court, robuste, capable de la maintenir solidement à son abri ; elle est pendant tout le temps de sa transformation entourée d’un petit globule d’air qui, vu dans l’eau, lui donne l’aspect d’un petit grain de mercure. Lorsque l’insecte parfait sort de l’enveloppe de sa nymphe, il est encore blanchâtre ; il reste deux, trois ou quatre jours presque sans mouvement à la place où il s’est transformé, temps nécessaire à l’affermissement de ses téguments et à leur coloration ; le globule d’air qui entourait sa nymphe continue de l’envelopper jusqu’au moment où, se sentant assez fort, il quitte son abri, se laisse entraîner par l’eau et vient promptement à la surface, grâce à l’air qui le recouvre et qui, là se dissipant, le laisse entièrement sec. Arrivé à l’air libre, il paraît pendant quelques secondes reprendre ses sens et s 'orienter, puis ouvre ses ailes et s’envole sur les buissons de la rive.
Les larves des Eucinetus vivent aux dépens des produits fongueux et des moisissures formées sous les écorces des arbres malades et aident à la guérison de ces végétaux en empêchant l’accroissement de ces produits cryptogamiques.
Voici les descriptions des larves connues.
DASCILLUS CERVINUS, Linné.
Je n^ai pas vu en nature la larve de cette espèce. La description suivante est empruntée à MM. Chapuis et Candèze *.
1 F. Chapuis et E. Candèze, Catalogue des Larves des Coléoptères, Mémoires de la Société Royale des Sciences de Liège, t. VIII, p. 492.
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« Tête grosse, légèrement convexe en dessus, aplatie en dessous, à bouche dirigée directement en bas. Ocelles nuis. Antennes articulées sur les côtés de la tête, immédiatement au-dessus des mandibules ; de quatre articles : le premier, court et un peu épaissi ; le deuxième long, dirigé en bas, de même que le premier; le troisième également allongé, dirigé en avant; le quatrième, petit, tuberculiforme, à peine saillant. Plaque sus-céphalique sans chaperon distinct. Lèvre supérieure épaisse, dirigée en bas et fermant la bouche en avant, arrondie à son bord antérieur, complètement soudée à la base avec la plaque sus-céphalique. Mandibules faisant saillie sur les côtés et près de l’extrémité de la lèvre supérieure ; légèrement courbées, très-fortes, munies sur le bord interne, vers l’extrémité , d’une dent simple et vers le milieu d’une forte dent bifide formant une saillie considérable dans la bouche. Mâchoires formées d’une pièce cardinale transversale et d’une pièce basilaire munie à son extrémité de deux saillies assez allongées, coriacées, crochues à la pointe qui est bifide; palpes maxillaires de trois articles. Lèvre inférieure coriacée, formée d’un menton court, transversalement quadrangulaire; de pièces palpigères soudées, séparées seulement par une impression et formant un corps carré ; de palpes labiaux de deux articles. Segments thoraciques semblables aux segments abdominaux ; pattes assez allongées , formées d’une hanche assez longue appliquée contre le corps et dirigée directement en dedans; d’un trochanter court, soudé à la cuisse; d’une cuisse assez longue; d’une jambe garnie de soies, et aussi allongée; enfin, d’un tarse consistant en un ongle simple, peu développé. Segments abdominaux au nombre de neuf, recouverts chacun en dessus d’un écusson corné, protégés en dessous par une peau parcheminée; très-courts, sauf le dernier, qui est aussi long que les deux précédents réunis, arrondi en demi-cercle, et muni à son extrémité de deux points 1 distants l’un de l’autre et dirigés en arrière; anus peu saillant. Stigmates au nombre de neuf paires, dont huit sur les huit premiers segments abdominaux, sur les côtés des écussons dorsaux; la neuvième située sur le côté inférieur du mésothorax. »
1 Ayant relevé textuellement la description de MM. Chapuis et Candèze, je n’ai pas voulu la corriger, mais je pense qu’il faut lire deux poils distants, etc.
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HELODES MINUTA, Lin. (PI. I, fig. 1—1 e.)
Long. 6-672mm. Larg. 3mm.
Larve de consistance ferme, recouverte d’écussons subcoriacés, ponctués et parsémés de poils courts et roides; assez convexe en dessus, faiblement en dessous ; écussons thoraciques et abdominaux développés latéralement. Parties supérieures d’un brun grisâtre ; parties inférieures un peu plus claires.
Tête inclinée, plus foncée que les autres parties du corps, offrant transversalement dans son milieu une ligne bisinuée mal limitée, plus claire que le fond, terminée de chaque côté par une tache noirâtre simulant des yeux. Plaque sus-céphalique fortement dilatée en oreillette de chaque côté au milieu de sa longueur, puis brusquement rétrécie un peu au-dessous de l’insertion des antennes; ocelles au nombre de trois de chaque côté, formant deux lignes obliques, le premier tout à fait à la partie antérieure de la dilatation latérale, les deux autres un peu au-dessous et dirigés intérieurement, laissant moins d’espace entre eux qu’entre le premier et le second (PL ï, fig. 1 b). Antennes filiformes insérées au-dessus des ocelles, aux angles antérieurs de la plaque sus-céphalique ; de 34 articles, le premier grand, assez épais, presque cylindrique, le second cylindrique, un peu plus long et de moitié plus mince, le troisième cinq fois plus court que le précédent, un peu plus mince : les suivants diminuant graduellement. Labre grand , fortement transverse, épais, faiblement échancré à son bord antéro-supérieur, fortement à son bord antéro-inférieur, ce qui fait que cette face antérieure fuit en dessous et offre une cavité assez grande; je n’y vois, malgré toutes mes recherches, aucun des prolongements spiniformes dont parlent MM. Ghapuis et Candèze , mais il est garni de faisceaux de longs poils soyeux courbés intérieurement. Mandibules effilées, minces, arquées, aiguës à leur extrémité, élargies sur les deux tiers postérieurs et garnies à leur bord interne de longs poils soyeux d’un jaune doré (Pl. I, fig. 1 c). Palpes maxillaires de quatre articles : le premier très-petit, subarrondi, les trois suivants grands, presque égaux entre eux; mâchoires à deux lobes, l’externe petit, acuminé à son extrémité où il porte quelques cils roides, l’interne grand, fortement cilié à son extrémité (Pl. I, fig. 1 d). Palpes labiaux très-petits de deux articles presque égaux; lèvre inférieure grande, plaque sous-céphalique très-grande (Pl. L
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fi g. 1 a), offrant au tiers de sa longueur et de chaque côté un petit espace ovale, faiblement oblique d’un jaune rougeâtre, plus transparent et moins coriace que le reste de sa surface, simulant assez bien une paire de stigmates. Thorax formé de trois segments, pareils à ceux de l’abdomen, mais tous un peu plus longs, prothoracique deux fois plus long que les suivants, rétréci antérieurement, offrant dans son milieu une faible trace dJun sillon longitudinal ; segments abdominaux au nombre de huit, sans compter l’anal. Stigmates au nombre de neuf paires, la première, qui est prothoracique, plus grande que les autres. Pattes assez longues, cuisses et jambes garnies de spinules courtes et droites ; tarses composés d’un seul article offrant sur son côté un ongle plus petit dirigé intérieurement (PL I, fig. 1 é).
Cette larve est abondante dans la majeure partie des ruisseaux du bassin du Léman.
HELODES MARGINATA, Fab. (Pl. I, fig. 2.)
Long. 5-6mm. Larg. 21/2mm.
Cette larve ressemble beaucoup à la précédente ; elle n’en diffère que par sa taille un peu plus faible, son segment prothoracique moins arrondi sur les côtés où il est faiblement sinué, et par un espace longitudinal lisse et brillant sur le centre des deux segments suivants.
Je l’ai trouvée en petit nombre dans les ruisseaux rapides du pied du Jura, à Thoiry, Allemogne, etc.
CYPHON VAR1ABILIS, Thunb.
N’ayant pas vu cette larve en nature, j’en donne la description d’après M. G. de Frauenfeld L
« Larve d’un brun foncé, de forme analogue à celle de l’H. minuta L., mais plus allongée ; tête en demi-cercle, offrant deux ocelles de chaque côté, mandibules fortement recourbées, peu saillantes; anneaux thoraciques élargis dans les côtés, arrondis, le prothoracique offrant en dessus des dessins clairs en forme de croix, dont les bras transverses sont un peu dirigés en avant, les 6 anneaux
1 G. de Frauenfeld, Zoologische Miscellen, X. Verhandl. d. k. k. zoologisch-botanischen Gesellschaft in Wien, 1866.
suivants sont déprimés sur les côtés, plus foncés au bord postérieur; l’anal presque deux fois aussi long que les deux précédents et rétréci coniquement; tous recouverts sur leurs bords de poils brunâtres, les premiers segments peu pubescents, les suivants davantage. Les antennes filiformes, atteignent presque la longueur du corps; les pattes sont allongées, les tarses formés d’un ongle simple.
« La nymphe est molle, blanche, passablement cylindrique; sa tête est triangulaire, courbée sur la poitrine, de façon à ce que le prothorax, qui est garni de poils serrés , s’avance au-dessus d'elle en forme de capuchon, son bord antérieur est étiré en deux angles aigus, lesquels sont surmontés chacun d’un appendice filiforme long et mou; deux appendices semblables se trouvent au bord postérieur. Elytres de la moitié de la longueur du corps, pubescentes, contournées inférieurement. Pattes antérieures placées dessus les élytres, les suivantes dessous. Antennes recourbées le long des pattes. Segments abdominaux garnis en dessus de poils très-fins et couchés; abdomen terminé par deux appendices mous.
« Cette larve habite les étangs , et se tient sur les tiges et les feuilles des lentilles d’eau. »
HYDROCYPHON DEFLEXICOLLIS, Müll. (PL I, fig. 3—3 i)
Long. 3-31/ 2mm. Larg.
Larve allongée, assez convexe en dessus, très-faiblement en dessous, segments thoraciques légèrement concaves inférieurement; d’un joli roux testacé en dessus, partie dorsale un peu plus foncée que les bords latéraux; d’un blanc jaunâtre en dessous. Tête marquée sur le vertex d’une ligne transversale arquée et bisinuée d’un jaune pâle; très-remarquable par le développement de la plaque sous-céphalique qui atteint comparativement de très-grandes proportions ; plaque sus-céphalique transverse, courte. Antennes insérées aux angles antérieurs, filiformes, très-longues, composées de 46 articles ; le premier épais, égal au second ; le troisième aussi long que les deux précédents réunis; le quatrième de moitié plus court que le second; les suivants plus courts et diminuant graduellement jusqu’à l’extrémité (PL 1, fig. 3/). Labre grand, en carré transverse, convexe en dessus, fortement échancré à son bord antérieur avec les angles fortement contournés en dessous ; bord an-
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térieur courtement cilié, les latéraux plus longuement (PL I, flg. 3 e, d). Mandibules larges, grandes, parcheminées, excessivement minces, denticulées à leur bord interne, garnies à leur bord externe de poils roides et sur leur moitié interne de poils courts et soyeux qui sont un peu plus longs et en faisceaux sur le bord interne (Pl. I, fig. 3 b). Palpes maxillaires longs, de trois articles , le dernier fusiforme plus long que chacun des précédents (PL I, fig. 3 c). Mâchoires à deux lobes ciliés terminés par une dent aiguë (Pl. I, fig. 3 c). Palpes labiaux très-petits, composés de deux articles. Organes de la vision composés d’un- seul et grand ocelle supérieur. Segment prothoracique grand, faiblement rétréci et échancré antérieurement, offrant en dessus, ainsi que les deux thoraciques suivants qui sont presque analogues aux abdominaux, quelques séries de petits poils hispides; tous trois étroitement bordés d’une membrane diaphane blanchâtre. Segments abdominaux au nombre de neuf, les huit premiers presque égaux entre eux, bordés postérieurement d’une rangée de petits tubercules coniques dirigés en arrière, chacun de ces tubercules terminé par une petite soie hispide ; neuvième presque aussi long que les deux précédents réunis, presque parallèle sur sa première moitié antérieure, puis de là coupé obliquement sur le bord postérieur, chacun des angles de ce bord terminés par une longue soie roide ; anus offrant cinq appendices mous, rétractiles et transparents, l’un au centre, droit, faisant suite à une saillie anale qui présente deux soies hispides semblables à celles qui terminent le neuvième segment, mais plus courtes, et deux de chaque côté, légèrement courbés. Pattes assez longues, robustes, d’un jaune clair luisant, sans ponctuation apparente, excessivement comprimées; cuisses parsemées de soies hispides très-courtes, jambes largement dentelées sur les bords et parsemées, comme les cuisses, de soies hispides, mais un peu plus longues; tarses composés d’un ongle unique fendu à son extrémité (Pl. I, fig. 3 g). Stigmates au nombre de neuf paires, soit une à la partie inférieure de chacun des segments abdominaux, placés latéralement près des bords antérieurs de ceux-ci, première paire plus grande que les autres. Malgré mes recherches, je n’ai pu apercevoir ces organes aux segments thoraciques.
Nymphe de forme ordinaire, ovalaire , d’un blanc de lait , avec
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les yeux noirs, garnie sur presque tout le corps de petits poils courts, criniformes et transparents.
Environs de Genève, dans les eaux rapides de la rivière la London.
EUCÏNETUS MERIDIONALIS, Cast.
Long. 5mm. La description suivante est empruntée à M. Perris i.
« Larve molle, charnue, délicate. Tête livide, presque triangulaire avec deux fossettes longitudinales sur le front, et deux grandes taches brunes transversales se joignant au vertex et simulant de grands yeux. Yertex paré d’un petit trait brun médian, de chaque côté un point de même couleur. Antennes de quatre articles : le premier en forme de mamelon rétractile , les deux suivants courts, cylindriques et presque globuleux, le quatrième trèslong, cylindrique et fourchu à l’extrémité, qui se termine par deux lobes déliés, dont le plus extérieur, qui est aussi le plus long, est droit, tandis que l’autre est divergent. Epistome très-court. Labre assez grand, légèrement exhaussé, brun et subcorné sur le bord. Mandibules roussâtres, larges, courtes et bidentées à l’extrémité. Mâchoires à lobe court et cilié. Palpes maxillaires de trois articles, le premier très-court, le deuxième deux fois et demie aussi long, le troisième un peu moins allongé que le précédent. Lèvre inférieure assez profondément échancrée et ciliée. Palpes labiaux de deux articles; tous ces organes, ainsique les antennes, sont de couleur livide. Sous les antennes, du côté des joues l’on remarque sept petits points noirs que je considère comme des ocelles : trois supérieurs contigus, trois au-dessous inégalement espacés, et un peu plus bas encore, vis-à-vis de l’intervalle, qui sépare les deux premiers du second rang , mais plus près du second rang que du premier. Corps de douze segments, le premier grand et séparé de la tête par un étranglement très-sensible, les trois autres de moitié plus petits, les autres plus petits encore jusqu’au douzième qui a la forme d’un mamelon. On dirait au premier aspect que ce dernier est composé de trois segments, parce qu’il existe en dessus deux plis transversaux qui ressemblent à des divisions, mais les plis s’ef-
1 Perris, Quelques mots sur les métamorphoses de Coléoptères mycetophages. Ann. de la Soc. ent. de France, t. IX, 2e série, 1851, p. 48.
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facent sur les côtés et ils manquent tout à fait en dessous, ce qui démontre qu’il est d’une seule pièce; c’est, du reste, ce que l’analogie fait supposer. Le dos est convexe, brun, sauf au dernier segment, qui est entièrement livide ; la région ventrale est livide et aplatie, surtout à la partie thoracique. Les pattes sont livides; elles m’ont paru composées de quatre articles , dont le troisième et le quatrième sont allongés et munis chacun de deux soies. L’ongle est droit, conique et brunâtre.
L’action des pattes est secondée par le douzième segment qui, lorsque la larve veut marcher, s’applique sur le plan de position. Le long du corps régnent six séries longitudinales de mamelons, quatre dorsales et deux latérales ; c’est principalement sur ces mamelons que sont implantés les longs poils dont la larve est hérissée. Ces poils semblent composés de deux pièces, dont l’une en cylindre et l’autre en alêne ; on dirait que celle-ci est sortie de la première comme d’un tube. Sur le ventre on voit de petits poils perpendiculaires plus longs et plus nombreux sur les quatre pénultièmes segments. 11 est probable que ces poils servent à faciliter la progression. Les stigmates, très-difficiles à apercevoir, sont au nombre de neuf paires; la première est placée très-près du bord antérieur du deuxième segment , et les autres au tiers antérieur du quatrième et des sept suivants.
Lorsque l’instant de la transformation en nymphe est venu, le douzième segment se cramponne ou se colle au plan de position : la peau de la larve se fend sur le thorax , puis vient se ramasser en se chiffonnant à l’extrémité du corps de la nymphe, comme chez la plupart des coccinellides. Le dernier segment reste engagé dans cette sorte de fourreau qui sert de point d’appui lors de la dernière transformation. »
A l’état parfait, les insectes de cette famille vivent sur divers végétaux ; l’on rencontre les Dascillus dans les contrées montagneuses, sur les fleurs, les herbes et les feuilles des arbrisseaux; les Helodes et les Cyphon sur les roseaux et les joncs croissant dans le ruisseau ou l’étang natal ; ils s’écartent même assez de ceux-ci pour se répandre sur les
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buissons et les prairies voisines. Les Microcara et les Prionocyphon ont des mœurs moins hygrophiles ; ils vivent quelquefois, surtout ces derniers, loin des eaux; on les trouve dans les bois, sur les herbes, sur les chênes et sur d’autres végétaux ; les Prionocyphon surtout se trouvent principalement sur les vieux chênes hantés par les fourmis. Ces insectes, considérés jusqu’à ce jour comme diurnes, sont crépusculaires; si, pendant la chaleur du jour et par un soleil brillant, l’on vient à capturer l’un d’eux et à le faire tomber sur la toile préparée pour le recevoir, il se cache promptement dans l’un des plis pour fuir une lumière trop vive qui l’éblouit ; si, au contraire, on le trouve à l’approche de la nuit, sans chercher un abri, il ouvre ses ailes d’unmouvememt rapide et fuit la main prête à le saisir. Les Scirtes et les Eubria ont des mœurs assez analogues à celles des Helodes; je n’ai trouvé F Eubria palustris que sur le Typha latifolia en juin et juillet; à la même époque, l’on rencontre les Eucinetus sur les fleurs des végétaux, et en décembre sous la mousse ou dans la terre au pied des arbres ; rien de plus bizarre que les mouvements de l’Eucinetus hæmorrhoidalis, Germ. ; lorsque la main s’approche pour le saisir, il est immobile et semble mort, puis, par des mouvements brusques et rapides, il se met à sautiller dans tous les sens comme indigné qu’on ose le toucher. Mais de tous, les Hydrocyphon sont bien assurément ceux dont le genre de vie est le plus remarquable. A l’approche d’un danger atmosphérique, soit avant un vent violent, soit lorsque le ciel sombre menace de répandre sur la terre une forte pluie, ces petits êtres quittent promptement les buissons de la rive, volent rapidement sur une pierre engagée en partie dans la rivière ou sur le sable baigné par l’eau, et vont chercher un refuge dans Fonde qui leur a servi de berceau. Ils ne
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mouillent point leurs téguments, comme le croit M. Mulsant, mais à la façon des Parnus, entrainent avec eux un globule d'air qui les entoure, et qui, se dissipant à la surface de l’eau lorsqu’ils croient pouvoir sortir sans danger de leur retraite, les laisse parfaitement secs.
Sans vouloir discuter les coupes établies dans cette famille, je vais énumérer les plus récentes.
En 1857, M. Lacordaire1 répartit les Dascillides européens dans les trois groupes suivants : Dascillides, Eucinétides et Eubriades. Les Dascillides renferment les genres Dascillus , Elodes et Scirtes , les Eucinétides, le genre Eucinetus , et les Eubriades, le genre Eubria.
En 1858, M. Redtenbacher 2 les divise en deux familles, les Atopides, contenant le genre Dascillus, et les Cyphonides, contenant les genres Elodes , Cyphon , Eubria , Scirtes , Eucinetus , ainsi que deux genres nouveaux créés par lui, Prionocyphon et Hydrocyphon.
En 1859-63, M. Jacquelin du Val3 partage les Dascib lides en quatre groupes : le premier est celui des Dascillites ; le second, des Cyphonites, renfermant les genres Elodes , Prionocyphorij Cyphon , Hydrocyphon et Scirtes ; le troisième, des Eubriites, et le quatrième, des Eucinétites. Ces deux derniers groupes et le premier ne comprennent chacun qu’un genre.
En 1859, M. Thomson4 crée dans les Cyphonides, au dépens du genre Helodes , le genre Microcar a.
En 1861, M. J.-L. Le Conte s partage sa famille des Das-
1 Lacordaire, Généra des Coléoptères, IY, p. 257.
* Redtenbacher, Fauna Austr., éd. 2, XCVI.
5 Jacquelin du Yal, Généra des Coléop. d’Europe, t. 3, 2° partie, p. 149.
4 Thomson, Scandinaviens Coleoptera, I, Lund., 1859.
3 Le Conte, Classification of the Coleoptera of North America. Part. I, Washington 1861-1862.
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cillides, pour ce qui est des espèces de nos pays, en deux sous-familles d’après les hanches antérieures, avec ou sans trochantins apparents. La première, celle des Dascillides, est réduite au genre Dascillus. La seconde renferme trois tribus, les Eubriens, les Elodiens et les Eucinétiens.
En 1862, M. de Kiesenwetter * divise les Dascillides en quatre groupes, qui sont ceux des Dascillides, Cyphonides, Eubriades et Eucinétides.
Enfin, en 1865, MM. Mulsant et Rey ! divisent leur tribu des Brévicolles en deux groupes. Le premier est formé des Dascillides, qu’ils subdivisent en trois familles : les Dascilliens, contenant le genre Dascillus, les Cyphoniens, comprenant les genres Elodes, Microcara, Cyphon, Hydrocyphon, Prionocyphon et Scirtes, et les Eubriens ne renfermant que le genre Eubria. Le second groupe est celui des Eucinétides, ne renfermant que le genre Eucinetus.
J’adopterai pour la famille des Dascillides trois groupes qui me paraissent naturels.