‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 1 sur 111 · CONSIDERATIONS GENERALES SUR LES EPHELIDES · texte numérisé non relu

CONSIDERATIONS GENERALES SUR LES EPHELIDES

CCGVIIL Je conserve le nom diEphélides à des taches solitaires , disséminées ou réunies par groupes sur la périphérie de la peau. Leur forme est en général très-variée. Les unes ressemhlent à des lentilles , les autres à des plaques irrégulières , qui ont plus ou moins d'étendue, selon la cause qui les a fait naître.

CCCIX. Quoique ces sortes d'affections, dont je vais actuellement m'occuper, ne soient pas ordinairement des maladies trèsgraves , on les voit néanmoins prendre dans quelques circonstances un caractère très-alarmant. Il est donc utile de rassembler ici les divers traits qui se rapportent à leur histoire. D'ailleurs, c'est un point de vue intéressant que d'examiner comment les tégumens se décolorent et révèlent, en quelque sorte , par leur surface, toutes les altérations intérieures du corps humain.

CCCX. Il faudroit peut-être établir une distinction entre les taches qui ne sont, à proprement parler, que des affections idiopathiques de la peau , et celles qui ne sont que des symptô-

mes indicateurs des maladies qui tourmentent des organes cachés. En effet, comment ignorer les rapports intimes qui existent entre le système cutané et les viscères abdominaux? Les observations journalières des praticiens en font foi. Mille accidens prouvent que la peau est une sorte de miroir qui réfléchit toutes nos souffrances. Je pense du reste qu'il seroit superflu de reproduire ici les phénomènes sans nombre qui constatent cette vérité. Qu'il nous suffise de savoir que les éphéhdes sont , dans certains cas , le symptôme irrécusable de quelques désordres intérieurs, aussi bien que l'érysipèle , la fièvre miliaire , la fièvre ortiée , la fièvre scarlatine , le prurigo et autres maladies qu'on pourroit décrire.

GGCXL Le vulgaire même s'aperçoit de ces altérations du système dermoïde qui indiquent un dérangement quelconque dans les fonctions de l'économie animale ; et l'homme est communément habitué à voir sur le front de son semblable l'empreinte ou l'image des maladies qui l'affligent. De là dérivent, sans doute, les inquiétudes qu'il conçoit sur l'état des individus dont la peau est flétrie et décolorée. Dans le cas contraire, si la santé se rétablit , le teint des malades reprend son énergie et son éclat.

CCCXII. Les éphélides, dont je fais l'objet de cette dissertation , ne sont pas uniquement le résultat d'une dégradation particulière de l'épiderme. Le tissu réticulaire s'y trouve spécialement intéressé. Ces affections peuvent d'ailleurs atteindre toutes les races d'hommes; et, dans tous les climats, les médecins ont observé de semblables décolorations qui tiennent à un vice survenu dans les fonctions du système exhalant. L'Africain même est enclin à des indispositions qui altèrent singulièrement la noirceur qui lui est naturelle. En général, on ne voit guère ce genre de maladie sur le derme des quadrupèdes , parce que les fourrures et les poils qui les recouvrent, les protègent contre les causes nuisibles de l'atmosphère ; mais on le trouve fréquemment sur les végétaux , et les maculations qui se manifestent sur certaines

feuilles des arbres, sur les pétales des fleurs, sur la peau des fruits, etc.

CCGXIIL J'ai du faire succéder la description des éphélides à celle des dartres, parce que ces affections se ressemblent sous quelques points de vue. En effet, il est des dartres qui se convertissent en véritables épliélides ; souvent même il arrive que ces dernières offrent de petites desquammations de la peau, assez semblables à celles que l'on rencontre dans les éruptions herpétiques fur furacées. Je puis même ajouter que, dans certains cas, elles tiennent tellement au même principe , que la ligne de démarcation est à peine sensible. La seule différence que l'on aperçoit est que les tégumens ne s'élèvent presque jamais au-dessus de leur niveau.

CCGXIV. Non-seulement les épliélides ont une certaine connexité avec les dartres par la plupart de leurs phénomènes , mais encore par leur opiniâtreté. On en voit qui résistent à tous les moyens deguérison. Un autre trait d'analogie les rapproche ; c'est l'identité du traitement qui leur convient. Ceci s'applique particulièrement à l'éphélide hépatique qui cède aux remèdes communément dirigés contre les maladies dartreuses.

GGGXV. J'ai cru ne pas devoir placer au rang des éphélides certaines taches qu'il faut plutôt regarder comme des difformités du tissu dermoïde, que comme de véritables maladies. Ge sont celles qui proviennent de l'introduction fortuite d'une matière colorante dans le tissu réticulaire de Malpighi. Gette matière est tantôt noire, tantôt fauve, tantôt rouge, tantôt roussâtre; je ne parlerai pas non plus de celles que l'on désigne vulgairement sous le nom de taches de pin. En effet, ces décolorations accidentelles des tégumens n'ont point de forme déterminée. J'ai examiné avec soin plusieurs de ces taches , qui souvent ne sont que le résultat d'un entrelacement particulier des vaisseaux capillaires sanguins , et qu'il ne faut considérer que comme des jeux ou des écarts accidentels de la nature.

CGGXVL Nous observons fréquemment à l'hôpital Saint-Louis des taclies livides ou d'un rouge noir , assez semblables à des piqûres de puces, qui paroissent et s'évanouissent par degrés, et suivent une marche assez régulière. Nous' en avons vu qui formoient des plaques étendues sur la peau , qu'on eût cru provenir d'une chute ou d'une contusion violente exercée sur les tégu- , mens. Mais ces taches, de nature scorbutique, formées par le passage du sang dans les capillaires cutanés , n'ont rien de commun avec les éphélides.

CCGXVn. Ce n'est pas non plus ici le lieu de parler d'une sorte de décoloration à laquelle sont sujets les individus foibles et cachectiques , particulièrement les vieillards. Ce sont de larges taches d'un rouge obscur, qui dépendent du ralentissement de la circulation. Elles surviennent ordinairement aux bras, aux mains, aux jambes, aux pieds; en un mot , dans les parties les plus éloignées du corps, parce que la force impulsive des vaisseaux cutanés languit et manque de ton. Les vieillards qui viennent chercher des secours à l'hôpital Saint- Louis sont surtout sujets à cette infirmité, qui est permanente, parce que la même cause existe toujours.

CCGXVin. J'ai déjà dit que je ne devois point traiter ici des nombreux accidens qui peuvent flétrir ou altérer la peau. En effet, toutes les affections morbifiques du corps vivant sont, en quelque sorte , signalées par un changement de couleur dans l'appareil tégumentaire. Dans la chlorose , par exemple , la peau est d'un blanc mat, marquée d'une teinte jaunâtre. La couleur safranée décèle l'ictère. Les pathologistes observent presque toujours une nuance verdâtre sur le visage de ceux qui sont tourmentés par le flux hémorroïdal ou par un engorgement de la rate. On sait que dans les fleurs blanches invétérées, et même dans les autres affections lymphatiques, les paupières sont le plus communément entourées d'un cercle livide; c'est une remarque bien

commune que la rougeur intense des pommettes , et la pâleur du reste de la face , indiquent la dégénération organique de la poitrine. Le vice scropliuleux , la lèpre, la syphilis, communiquent à la peau une empreinte sui generis. Mais ces sortes de maculations rentrent nécessairement dans la description particulière de ces maladies.

GCCXIX. J'aurois aussi pu faire mention de certains individus qui présentent un phénomène de physiologie très-extraordinaire; je veux parler de ceux que l'on désigne par le nom vulgaire ^Albinos. Les avis ont été très-partages sur les causes premières de cette altération de la peau. Certains l'attribuent à la privation du corps muqueux. Il est un point néanmoins sur lequel on s'accorde généralement , c'est que les hommes , ainsi décolorés , ne sauroient jamais constituer une espèce séparée, comme l'ont prétendu beaucoup d'auteurs. On voit à l'hospice de Bicêtre un jeune idiot, nommé Laroche, dont la peau est fine et très-blanche. Ses cheveux touffus, presque aussi rudes que la crinière d'un cheval, sont aussi d'un blanc éclatant; les sourcils , les cils , les poils des aisselles , des parties génitales et de toutes les parties du corps , sont de la même couleur. Le blanc des yeux est dans l'état naturel; mais la partie colorée est d'un très-beau rose. 11 ne peut supporter une lumière vive, et il est constamment forcé de tenir un bandeau sur ses yeux pour en affoiblir l'impression. Laroche est pourtant issu de parens très-bien portans, dont la peau est brune et les yeux très-noirs. Au surplus , je ne parle qu'accessoirement de cette infirmité du système dermoïde , et je passe à la description particulière des éphélides proprement dites. J'ai eu occasion d'en distinguer trois espèces durant le cours des recherches que j'ai faites à l'hôpital Saint-Louis.

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