‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 17 sur 111 · DE I.A PEAU · texte numérisé non relu

DE I.A PEAU

CCCLXIX. Le cancer de la peau se manifeste presque toujours par la cause la plus légère. Un coup , une contusion , une cliute, etc., suffisent pour le déterminer, si d'ailleurs une disposition oiganique favorise son développement. Un homme s'évade de sa prison , durant le régime affreux de la terreur. Il se croit poursuivi dans une rue de Paris : il précipite sa course et tombe frappé d'épouvante. Il lui survient à la joue droite et le long de la partie latérale du front, un cancer cutané dont les suites furent trèsfunestes.

J'ai surtout pu observer à l'hôpital Saint-Louis, les cancers que les pathologis tes, particulièrement Tulpius, indiquent sous la dénomination de cancers amhulans. Une femme infortunée en portoit un qui avoit rampé depuis la partie supérieure du col jusqu'à la partie inférieure de la poitrine. Cette femme avoit d'abord été atteinte d'un érysipèle malin compliqué de dépôts qui n'abcédèrent point; mais leur terminaison s'effectua par induration, surtout aux glandes des aisselles et des aines. Bientôt la peau ne devint qu'un cancer très-étendu , d'où s'écouloit une matière fétide et comme corrosive. La malade expira misérablement.

L'horrible maladie que je décris, tire communément son origine d'un petit tubercule qui s'est formé de lui-même, ou qui est le résultat de quelque accident. Quelquefois on n'aperçoit à la sur-

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face entamée qu'une simple excoriation qui n'offre, clans les premiers jours, aucun caractère alarmant, mais qui tout à coup se gonfle, s'enflamme, et s'ulcère; du sein de l'ulcération jaillit un liquide iclioreux et rougeâtre. Enfin, ces tumeurs ouvertes de la peau deviennent comme le centre d'une foule de végétations charnues dont l'aspect commence à effrayer l'observateur. On a vainement recours aux caustiques pour réprimer ces végétations, qui repullulent avec plus d'opiniâtreté que jamais.

Les tumeurs ulcérées dégénèrent de plus en plus : elles s'accroissent considérablement. Leurs bords inégaux et bosselés se renversent. Leur couleur blafarde , bleuâtre ou livide , suffit pour déceler leur caractère cancéreux. La matière icboreuse qui s'en échappe est mêlée d'un pus verdâtre , dont l'odeur est nauséabonde et presque insupportable pour tout le monde. Stahl la compare à celle des chairs qui se corromproient dans du vinaigre. Les malades eux-mêmes ne peuvent s'y accoutumer.

Le tissu cellulaire s'engorge et s'épaissit, ainsi que les glandes lymphatiques. Les veines environnantes deviennent variqueuses. On voit çà et là des tumeurs indolentes et des furoncles qui aboutissent à suppuration. Mais ce qu'il y a surtout de remarquable, c'est qu'au sein du désordre effroyable qui règne dans la fonte cancéreuse, l'oeil de l'anatomiste ne disliogue plus les différens tissus dont se compose la peau; tant ils sont mêlés, amoncelés et confondus. La mort a fait subir le même genre de dissolution à ces végétations informes. Tout s'est converti en une masse homogène et lardacée par le ferment de la corruption. Les solides vivans entièrement désorganisés se liquéfient, et se résolvent en un putrilage sanguinolent et noirâtre. On voit que la nature a constammeut en vue de séparer les parties malades des parties saines. C'est Fobstacle qu'elle rencontre dans cette opération, qui fait que la matière de la suppuration prend un si mauvais caractère.

Les malades affectés du cancer de la peau, éprouvent des élan- 2 n.

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cemens qui donnent une sensation analogue à celle de coups de dard ou de piqûres d'aiguille. Ces douleurs , qui sont légères pendant le jour, sont très-violentes pendant la nuit. On les prendroit quelquefois pour des douleurs ostéocopes, analogues à celles qui s'observent dans les maladies vénériennes. Nous avons gardé pendant près de six mois, à l'hôpital S^int-Louis, une malheureuse femme, très -âgée, qvii portoit un large cancer aux tégumens de la partie latérale et postérieure du dos. Toutes les situations lui étoient devenues déchirantes. Quelquefois aussi, la souffrance est pour ainsi dire universelle , et n'a point de siège déterminé. Les individus éprouvent une difficulté générale de vivre , et d'exécuter leurs fonctions.

Enfin, à mesure que le cancer fait des progrès, et que le terme de l'existence semble approcher , les malades tombent dans un marasme effrayant. Leur peau se dessèche , et devient d'un livide plombé. Une fièvre lente les consume lentement. Cette fièvre augmente à certaines époques de la journée, mais surtout le soir. Cependant, j'ai remarqué que, chez les agonisans, elle étoit quelquefois imperceptible. Enfin , toutes les glandes participent à l'infection générale, et les malades ne peuvent se tenir debout. Ils éprouvent des défaillances réitérées. Les douleurs sont moins déchirantes , mais elles sont constantes et aussi profondes que si elles appartenoient au virus syphilitique. Les hémorragies passives, les diarrhées colliquatives , les sueurs froides et visqueuses , les oppressions fortes du thorax , et la difîiculté extrême de la respiration, les soubresauts , les mouvemens convulsifs , un tremblement universel, le délire, terminent la catastrophe et conduisent le -^ malade au tombeau.

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