TABLEAU DE LA LÈPRE SQUAMMEUSE
CGGXCVIIL L'espèce de lèpre dont nous allons tracer le tableau, est celle que l'on désigne vulgairement sous le nom de Lèpre des Grecs. Elle a une variété de formes qui a introduit beaucoup de confusion dans les descriptions diverses qu'on en a données. En effet , beaucoup d'auteurs ont désigné comme des maladies particulières , des degrés ou des modifications différentes de la même maladie. Pour ce qui me concerne, je me bornerai à caractériser cette lèpre , d'après la nature de son éruption.
Ceux qui sont atteints de la lèpre squammeuse, ont la peau âpre, sèche et recouverte d'une poudre farineuse, ou de quelques écailles analogues. Ces écailles, presque toujours blanches, se répandent d'abord sur le cuir chevelu et sur la nuque; il est des individus qui ont la tête comme couverte d'une croûte calcaire, au travers de laquelle percent quelques cheveux rares , blanchâ-
très et lanugineux. Si l'on gratte les autres parties du corps , principalement les cuisses et les bras, ces parties prennent aussitôt une couleur cendrée, et finissent par blanchir entièrement. Ce genre d'altération a été fréquemment remarqué dans la province des Asturies.
Les écailles de cette lèpre se multiplient et se recouvrent successivement au point de former, par ce moyen, des croûtes épaisses; quelquefois, elles se détachent spontanément du système dermoïde, et ne tardent pas à être remplacées par d'autres. Ce renouvellement des écailles, caractérisoit spécialement une lèpre squammeuse que M. Valentin a eu occasion d^observer à Marseille : la peau dépouillée étoit rouge et inégalement enflammée.
C'est un spectacle bien singulier que celui que présente l'alphos, dans l'Etlnopie et dans tous les pays chauds, dont les habitans ont la peau d'un brun foncé. Par l'état maladif, leur peau noirâtre se couvre de taches blanches, qui contrastent singulièrement avec la noirceur naturelle des tégumens : ces deux couleurs qui se heurtent , rendent le corps difforme et monstrueux à contempler.
La lèpre squammeuse excite quelquefois un prurit si considérable, que les malades se déchirent impitoyablement la peau avec leurs ongles, dont l'empreinte devient le foyer liorrible d'autant d'ulcérations.
Lnproha mordaci serpens prurigine Lepira,
a dit énergiquement un grand poète. Mais ce qu'il y a de plus désolant, c'est que les lépreux ne trouvent aucun secours, aucun refuge contre ces démangeaisons. S'ils se plongent dans le bain , ils y éprouvent des crises si douloureuses, que l'eau qui les touche
est bientôt roiigie de leur sang ; s'ils sont dans leur lit , la chaleur du sommeil les irrite plus vivement encore.
Il arrive, pour la lèpre, un phénomène absolument semblable à celui qui survient dans certaines espèces de dartres. D'abord, on n'aperçoit que des cercles distincts répandus çà et là sur la périphérie des tégumens ; mais , par les progrès de la maladie, ces cercles s'unissent et forment de larges incrustations. On en voit dont tout le corps est blanc et écailleux; alors tous les membres sont dans un état de torpeur, d'engourdissement général et d'insensibilité , etc.
Pourtant, il est assez rare que la lèpre squammeuse, désignée sous le nom de vililigue , soit universelle, quoique les auteurs en citent des exemples. Les taches écailleuses et circulaires qu'elle produit, se bornent ordinairement à certaines parties du corps; leur vrai caractère, comme je l'ai déjà dit, est d'être plus déprimées que les parties environnantes, selon l'observation de tous les siècles, et d'être bornées par une aréole rouge et rosée: la peau est comme creusée , à mesure qu'elle se dessèche et se raccornit.
L'altération du tissu épidermoïque se propage quelquefois jusqu'aux ongles des pieds et des mains; ces ongles s'épaississent, s'allongent , souvent se recourbent et s'enfoncent dans la substance propre des chairs : ils acquièrent une difformité remarquable. Ce qu'il y a de plus surprenant, c'est qu'une croûte lépreuse puisse ainsi envelopper tout le corps , et intercepter la transpiration sur une surface aussi étendue, sans que ce phénomène ait des suites funestes.
On a souvent signalé sous le titre de lèpres , des dartres qui étoient parvenues à un très-haut degré d'intensité ; mais qui ne sait que la vraie lèpre affecte plus profondément les chairs , et les réduit souvent à un état de fonte et de colliquescence? D'ailleurs les écailles qu'elle forme, sont d'une consistance plus dure
et d'une surface beaucoup plus étendue : les ravages qu'elle produit laissent, après la guérison, la peau toute cicatrisée.
Quelquefois la lèpre se manifeste avec des symptômes superficiels, et c'est alors qu'elle prend le nom à^^lphos ; les écailles ont alors peu de circonférence; ce ne sont que de légères aspérités, ou de petites écailles blanches et poudreuses, dont la partie moyenne s'affaisse et se déprime. Dans cette circonstance, elle gagne rarement toute la surface du corps; elle ne s'attache qu'à certains endroits : ce sont, pour me servir des expressions de Celse, comme des gouttes ou des taches disséminées çà et là, et laissant entre elles des intervalles considérables.
Tantôt, les écailles qui recouvrent le corps, ont la couleur d'un blanc de neige ou de farine; tantôt elles sont d'une couleur grisâtre; tantôt enfin, elles sont d'une couleur foncée et livide. Lorsque les écailles se soulèvent, on voit suinter de la peau un fluide lymphatique, souvent mêlé d'une matière sanguinolente et comme corrompue ; elles ne tardent pas à tomber , et elles sont alors remplacées par des incrustations nouvelles : c'est surtout lorsque la lèpre se complique d'une affection scorbutique , qu'elles se détachent avec la plus grande facilité. Comme cette dernière n'attaque que des individus misérables et ceux qui vivent dans les lieux malsains, rirritation s'accroît de plus en plus, et il se manifeste des ulcères dégoûtans; il arrive, dans d'autres cas, que la peau ne subit point ce dépouillement périodique dont nous avons parlé, et que les écailles sont permanentes.
Lorsque la lèpre squammeuse est très-avancée, les jointures et les articulations semblent être frappées d'une sorte de stupeur et d'immobilité. La faculté sensitive s'anéantit. Les ongles se corrompent et tombent; les cheveux changent de couleur. Il se déclare des sueurs nocturnes et une maigreur déplorable. Les tégumens restent desséchés et rudes. Vous croiriez voir des quadrupèdes épilés. Quel tableau nous offririons à nos lecteurs, si nous vou-
lions retracer ici tontes les complications de la lèpre squammeuse! On a vu clés malades qui, indéj^endamment de la vitiligue dont ils étoient atteints, étoient en proie à des affections artrititiques ou rhumatismales. On a vu des enfans se couvrir d'une vitiligue noire, après avoir éprouvé la gourme muqueuse, ou autres éruptions auxquelles ils sont communément sujets. La lèpre squammeuse peut également se combiner avec les dartres, la gale, les scrophules, avec toutes les maladies qui attaquent plus ou moins profondément le système lymphatique.
Au surplus, alors même que la lèpre se manifeste dans son état de simplicité, il est aisé de voir que l'irritation qu'elle produit est très-profonde, et que tous les tissus cutanés en sont atteints. On en voit la preuve dans cette sanie fétide qui stagne sous les écailles et dans de larges fissures; l'engorgement général des glandes, la chute des ongles et des cheveux, les diarrhées colliquatives, le marasme, cette lassitude affreuse dans laquelle languissent tous les membres, et bien d'autres symptômes, prouvent que le système enlier est dans un état de dissolution et de corruption universelle.
11 importe de bien distinguer la lèpre squammeuse des autres affections cutanées avec lesquelles on lui a trouvé de la ressemblance et de la connexité: tels sont les dartres, les teignes, les exanthèmes prurigineux, etc.; car ces dernières maladies présentent aussi des squammes, des aspérités, des ulcérations, des fissures , des gerçures, etc. Mais la lèpre a des symptômes qui lui sont propres : telles sont la chute des cheveux, des sourcils, ainsi que des poils du menton , et la perte successive de la sensibilité.
La lèpre squammeuse est subordonnée à l'influence des saisons et des variations atmosphériques. Il conste qu^elle a des exacerbations qui se déclarent principalement au printemps. Le grand observateur Forestus avoit eu soin défaire cette remarque;
mais tous les accidens de la maladie se déploient aussi durant les froids rigoureux de l'hiver.
Les pathologistes ont établi plusieurs distinctions fondées sur diverses nuances qui caractérisent cette espèce de lèpre ; mais ces distinctions peu importantes n'expriment que difFérens degrés de la même affection. Quelquefois Falplios se change en leuce , le leuce en lèpre tyrienne, etc. On a vu même, à ce qu'on assure, la lèpre squammeuse dégénérera un point extrême , et manifester successivement tous les symptômes de l'éléphantiasis, etc. Mais aucun fait irrécusable ne confirme cette complication, et peu d'espèces en nosographie sont aussi constatées et déterminées que celle que nous venons de décrire.
OBSERA'ATIONS RELATIVES A LA LÈPRE SQUAMMEUSE.
CCCXCIX. Tremière Ohservaûon. J'ai observé, à l'Hôtel-Dieu de Paris, un exemple très-intéressant de cette lèpre squammeuse que les auteurs désignent dans leurs ouvrages , sous le titre de lèpre des Grecs , à laquelle ils ont donné les noms de leuce ^ ^alphos , de niorphœa , etc. C'est le vitiUgo des Latins. Mon collègue Recamier donnoit des soins à la femme qui en étoit atteinte. La malade étoit d'une stature grêle et petite, âgée d'environ trente-cinq ans : elle se disoit née de parens malsains. Cette disposition maladive se manifesta dès son enfance , car elle fut sujette à la teigne. On lui administra dans les hôpitaux les soins qui conviennent en pareil cas; mais elle conserva pendant longtemps les glandes du col très-engorgées. On fut d'ailleurs contraint de lui pratiquer une opération pour une fistule lacrymale ^ qui se déclara soudainement chez elle, et qu'on ne parvint point à guérir. Cette malheureuse femme éprouva , dans le cours de sa
yie, une foule d'autres accidens. Elle fit des chutes qui lai causèrent des hémorragies. Elle fut mordue au bras par un chien enragé : le célèbre Desault la cautérisa. Malgré la conduite régulière qu'elle raenoit, les glandes de ses aines se tuméfièrent. Quelques années après, on jugea convenable de traiter cette affection par les préparations mercurielles : elle entra pour cet objet à l'hôpital des vénériens. On lui administra, par la voie des frictions, jusqu'à trente-deux gros d'onguent napolitain. Ce remède eut des inconvéniens-, il provoqua la salivation, et fit naître des ulcères dans l'intérieur de la bouche. Nouvel accident; la malade contracta une affection psorique, qu'elle garda plusieurs années. Un flux de ventre l'exténuoit à un degré difficile à peindre. Son existence fut désormais très-douloureuse. Lorsque cette femme eut atteint l'âge de quarante - quatre ans , il lui survint au menton une sorte d'éruption croùteuse , qui offroit l'aspect d'une dartre , et qui se dirigeoit vers l'une des régions latérales et supérieures de la poitrine : cette éruption parut céder à des fumigations, et à l'usage long-temps continué des boissons émoUientes. Ce fut environ un an après, qu'ayant reçu un coup violent dans les seins, il se manifesta, principalement sur le sein gauche, une multitude de petites pustules blanches, qui arriv oient à suppuration ; ces pustules se propagèrent jusque sur la partie intérieure et inférieure du thorax. La malade y éprouvoit une chaleur cuisante. Enfin , quelques mois s'étant écoulés, on vit paraître sur le sein maigre et flétri, que j'ai fait peindre dans cet ouvrage. {^ Ployez la planche XXX), des taches d'un gris cendré, qui suivoient d'abord le niveau de la peau : ces taches étoient bornées par un cercle rougeâtre, d'un rose pâle; d'ailleurs, les tégumens voisins étoient sains. Ensuite parurent d'autres taches. Les premières se desséchoient et contractoient une couleur brunâtre; le cercle restoit de la même étendue , mais il étoitd'un rouge beaucoup moins vif. On peut voir toutes ces différences dans la figure que j'en ai donnée. Les taches
se desséchoieiit avec le temps, et se raccoriiissoient, en quelque sorte, à diverses époques de leur existence. Elles présentoient les modifications suivantes : i» les taches ou squammes récentes ^ardoient exactement le niveau des tégumens , et l'aréole qui les environnoit, étoit d'un rouge très-vif; leur couleur étoit d'un gris de perle; quelquefois elles étoient d'un blanc nuancé de jaune; elles étoient rénitentes au toucher ; ensuite , à mesure que les taches croissoient , elles semhloient noircir , se raccornir et se déprimer : l'aréole se conservoit, mais la partie malade étoit totalement dépourvue de sensibilité; 2° enfin elles devenoient d'une consistance très-dure , pour ainsi dire coriace , et le cercle aréolaire s'efFacoit entièrement. On voyoit sur quelques parties de ce même sein, des vestiges d'anciennes écailles tout-à-fait desséchées : après la chute de ces mêmes écailles, la peau restoit cicatrisée. Telle étoit la marche lente, mais régulière, que suivoit cette funeste maladie. Toutes les fois que les taches avoient parcouru leurs diverses périodes , on n'apercevoitplus sur la peau que des taches brunâtres; mais l'aréole étoit entièrement effacée. Il parut ultérieurement quelques taches superficielles, qui noircissoient rapidement, sans présenter aucune dépression. Enfin, après avoir long-temps langui dans les hôpitaux , cette femme a fini par succomber sous le poids de ses longues souffrances. Lorsque j'ai eu occasion de l'observer , elle étoit tourmentée d'un dévoiement qui lui enlevoit toutes ses forces.
Deuxième Observation. — Il s'est présenté à moi une malheureuse femme de Saint-Domingue, qui étoit en proie à toutes les horreurs de l'indigence. Dans le vaisseau qui l'avoit portée en France, elle avoit vu se développer, à l'articulation de ses deux coudes et le long de ses bras , des plaques blanches affectant une forme circulaire , déprimées et environnées d'un bord de couleur pourprée ; bientôt il s'en déclara deux à la partie antérieure du sternum : il y en avoit pareillement à la nuque. Sous ces plaques,
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existoient des ulcérations qui rendoient une sanie purulente; cette affection fit de tels progrès , que la femme en devint aveugle : elle a disparu, sans qu'on ait pu savoir ce qu'elle étoit devenue. Troisième Observation. — Rien de plus intéressant pour les progrès de notre art, que l'histoire d'Élisabetli Cayol, non réglée, qui m'a été communiquée par M. Valentin, de Marseille, l'un des médecins modernes qui ont été le plus attachés à la médecine d'observation. La fille dont il est question, et qui vit encore, est native des environs de Marseille; elle quitta son lieu natal, et fut admise àl'Hôtel-Dieu de cette ville pour y être traitée d'une lèpre squammeuse qui s'étoit étendue sur l'universalité des tégumens. Cette fille étoit recouverte, sur tout le corps, d'une enveloppe ou croûte grisâtre, que ]\L Valentin compare , avec beaucoup de raison , à la peau d'un éléphant épilé. J'ai été à même de juger de la vérité de cette observation, par les échantillons d'écaillés qu'il a bien voulu me faire parvenir, et que j'ai maintenant sous les yeux. Ces écailles ou croûtes étoient plus blanches au cou et au visage; elles étoient remarquables par leur consistance et par leur épaisseur, ainsi que par leur étendue ; elles se détachoient périodiquement et par fragmens , comme il arrive aux serpens et aux autres reptiles qui changent de peau : elles n'étoient d'ailleurs séparées entre elles par aucun intervalle. On eût dit que cette infortunée malade étoit, pour ainsi dire, vêtue de cette enveloppe monstrueuse, jusqu'à l'entrée du vagin et du rectum. Quelle situation déplorable étoit la sienne! Ce bouclier hideux interceptoit l'organe des sensations. Lorsqu'on examinoit attentivement la peau dépouillée et privée de son épiderme, on n'y voyoit aucune altération; il n'en suintoit aucune matière purulente; elle conservoit toujours le même luisant, le même poli. La tête présentoit un spectacle horrible. Elle étoit coiffée d'une calotte épaisse, partagée en deux parties égales d'avant en arrière, etc.; au travers de cette calotte , passoient une multitude de cheveux noirs et hideusement
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entortillés. M. Valentin examina attentivement les urines de la malade; elles étoient noires, d'une odeur insupportable; les selles n'étoient pas moins repoussantes par leur excessive fétidité. On ne pouvoit même approcher de cette fille , sans être affecté de la manière la plus désagréable. L'odeur lépreuse que j'ai eu occasion d'étudier, a beaucoup d'analogie avec celle qui se fait sentir dans la petite vérole confluente, durant la desquammation : on observa, du reste , que l'éruption épouvantable dont il s'agit, s'effectua dans l'espace d'environ six semaines. On administra à Elisabeth Cayol des bains savonneux; on la frictionna avec de l'huile. La peau fut absolument nettoyée par ces moyens simples; on voyoit seulement çà et là quelques plaques furfuracées. Il s'étoit déclaré sous le menton un abcès, qui parvint spontanément à suppuration. D'ailleurs , la jeune malade avoit recouvré un état parfait de santé : ses ongles n'avoient rien que de naturel. Il paroît, du reste, qu'elle avoit été frappée de cette éruption lépreuse à six reprises différentes. C'est à dix-huit mois qu'elle en fut d'abord atteinte. La maladie ressembloit alors à une espèce de gourme muqueuse , dont la tête, le col et la poitrine étoient spécialement attaqués. Elisabeth, parvenue à l'âge de deux ans, eut, à la plante de ses deux pieds , une croûte épaisse qui gênoit singulièrement la progression : cette croûte se détacha spontanément. A trois ans et demi, le cuir chevelu subit une incrustation dans toute sa surface ; incrustation qui s'enleva avec la même facilité qu'une perruque, par l'application d'un mélange de cendres et d'huile d'olives. A quatre ans, tous les tégumens furent envahis; six mois après, guérison complète. A neuf ans, nouvelle éruption sur le corps, à la paume des mains, ainsi qu'à la plante des pieds. M. Valentin prétend que cette robe squammeuse dura trois mois. A treize ans, encore une éruption qui dura le même temps , et qui est parfaitement guérie à l'instant où l'on me communique l'observation.
CCGG. Nous aurions pu sans doute consulter les divers auteurs, 2 1 r.
el rapprocher ici toutes les observations qu'on a publiées sur cette variété de la lèpre squammeuse ; mais le peu de faits qu'on a rassemblés , n'ont point été décrits avec assez de fidélité et de précision : on s'est souvent mépris sur les symptômes. Or, le but de la méthode analytique que j'ai adoptée, est d'élaguer de cet ouvrage tout ce qui est douteux et équivoque. N'est-ce pas l'unique moyen de débrouiller la confusion qui règne dans la monographie des lèpres ?
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ESPECE DEUXIEME
LÈPRE CRUSTACÉE. LEPRA CRUSTACEJ. (PLATS'CIIE XXXI.)
Lèpre se manifestant sur une ou plusieurs parties àcs te'gumens par des croûtes tuberculeuses, ine'gales, sillonne'es, et qui offrent beaucoup d'aspérités et de profondes gerçures. Les croûtes, qui forment de larges plaques sur les téguraens, ont beaucoup plus d'e'tendue et d'épaisseur que celles des dartres. Elles laissent après leur chute des ci(;atrices indélébiles.
Obs. Cette lèpre offre plusieurs variétés ; je ne citerai que les suivantes : ^.LaLkpre crustacÉe vulgaire. Lepra crustacea vulgcuis. — Cette variété est celle qui mérite proprement le nom de lèpre. Ceux qui en sont atteints , après avoir passé plusieurs jours dans un état de débilité et de mélancolie sombre, voient successivement se manifester sur la périphérie du système dermoïde , des tubercules pustuleux , qui se convertissent en croûtes rugueuses, âpres et dures. Ces croûtes, qui sont d'abord d'un jaune verdâtre, noircissent en se desséchant; elles servent, en quelque sorte, de couvercle à de petits abcès, qui contiennent une liqueur ichoreuse ou purulente, d'une odeur très-fétide.
B. La LÈpre ceustacÉe scoreutique. Lepra crustacea scorhutica. — Celte variété de la lèpre s'observe particulièrement dans la province des Asturies, en Espagne. Les habitans lui donnent le nom vulgaire de Mal de la rosa, à cause de la rougeur excessive qui se manifeste sur les tégumens avant la formation des croûtes. Ces croûtes , de couleur cendrée et rudes au toucher, sont d'un aspect hideux; elles sont marquées et traversées par des sillons profonds, ou par des fissures qui pénètrent la peau jusqu'au vif, et sont accompagnées d'une grande douleur. Elles occupent ordinairement les métacarpes et les métatarses ; quelquefois elles s'étendent en forme de collier à la partie antérieure et inférieure du col , de l'une à l'autre clavicule. D'autres croûtes descendent en avant en forme d'appendice jusque vers le miUeu du sternum. Casai, célèbre espagnol, a décrit et fait dessiner cette maladie. Les symptômes les plus constans de celte variété de lèpre, sont : i° une vacillation continuelle de la tête , au point que les malades ne peuvent jamais rester dans un repos parfait. Casai parle d'une femme qui se balançoit comme un roseau battu par le vent, et qui éloit oliligée de rétablir à chaque instant rc([uilibre, en portant ses pieds en avant ;
2° une ardeur douloureuse de la bouche , des ve'sicules aux lèvres , la langue cliarge'e • 3° la débilité de l'estomac, une lassitude générale, principalement aux cuisses ; 4° ^^^ croûtes sur les raétacai'pes et les métatarses, en sorte que ces parties paroissent quelquefois comme brûlées. Cette ardeur dévorante qui les consume, augmente par la chaleur du ht ; ils ne peuvent supporter aucune température extrême ; ils pleurent pour la moindi-e chose , et même sans cause connue, etc.
CLa Lèpre crustacÉe, vulgairement appelée le Mal-mort, hepra crustaceaMaluni- Mortuum. — Cette variété est la lèpre commune de nos climats. Mes prédécesseurs me paroissent l'avoir décrite exactement et avec tous les détails propres à la faire bien connoître. Les Arabes en font néanmoins mention. Cette hideuse maladie se manifeste par des pustules, qui se recouvrent de croûtes larges, profondément sillonnées, tuberculeuses, de la couleur d'un jaune verdâtre, laissant, après leur chute, la peau cicatrisée. Cette éruption attaque principalement les bras, les cuisses et les jambes j mais je l'ai observée é^alemeut au visage et à la partie antérieure de la poitrine. Cette maladie porte une atteinte profonde à toutes les fonctions. Ceux qui l'éprouvent, sont dans un état de mai'asme et de langueur 3 lorsqu'elle attaque dans le bas âge, elle interrompt la marche de l'accroissement. J'en citerai un exemple bien digne d'attention; c'est celui d'une fdie qui, à l'âge de vingt ans, paroissoit n'en avoir que dix. Chez elle, toutes les fonctions étoient dans un état de stagnation et comme dans une espèce de mort.
D. La Lèpre crustacÉe syphilitique. Lepra crustacea syphilitica. — Cette variété de lèpre, dont je parlerai plus amplement, lorsque je traiterai des maladies vénériennes, est caractérisée par des boutons pustuleux, croûteux et tuberculeux, arrondis, inégaux, très-élevés au-dessus de la peau; certains de ces boutons sont rapprochés et comme confondus; d'autres sont entièrement isolés. Les croûtes surtout, dont la couleur est d'un jaune verdâtre , affectent différentes figures ; tantôt elles sont épaisses , offrent des aspérités affreuses qui sont quelquefois déprimées dans leur centre, et qui, d'autres fois, sont fendillées et sillonnées dans toute leur étendue ; tantôt elles sont proéminentes et mammelonnées comme des stalactites. On voit des malades dont le front est comme hérissé de tubercules horribles ; sous les croûtes se trouve souvent une matière puriforme qui est d'une grande fétidité.