TABLEAU DE L EPHELIDE SCORBUTIQUE
CCGXXVL On observe sur la peau de certains individus, parliculièrement sur la peau des mendians, de tous ceux qui vivent dans les prisons, qui respirent un air malsain, qui ne changent jamais de linge, etc. , des taches d'un brun noirâtre ou d'un fauve obscur. Ces taches impriment aux tégumens un aspect hideux et dégoû-
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tant. Il ne faut pas confondre cette éphélide avec les extravasations sanguines , qui se manifestent le plus souvent aux jambes, et qui portent le nom de pétécliies scorbutiques.
L'épliéiide scorbutique aJfFecte des formes très-différentes. Quelquefois elle constitue des plaques rondes et circulaires; dans d'autres cas on voit des taches irrégulières , placées çà et là , sur la périphérie des tégumens ; enfin , il peut arriver que toute la peau soit, pour ainsi dire, altérée et noircie. Chez certains individus , la poitrine offre un aspect luisant et lisse; chez d'autres, elle est infiniment rude au toucher. Il n'est pas non plus très-rare d'observer que les épaules se recouvrent de furoncles , de clous , ou de points de suppuration , etc. Il succède alors un assez grand nombre de petites croûtes qui viennent de ce que les malades se grattent avec une extrême violence , à cause des démangeaisons qui les dévorent. J'ai remarqué aussi que dans quelques portions du corps, la peau offre des granulations qui la font ressembler à ce qu'on nomme la chair d'oie ou la chair de 'poule.
L'éphélide scorbutique est le plus souvent d'une couleur brune et terreuse; quelquefois cette couleur est analogue à celle du chocolat ; dans d'autres cas , elle est aussi noire que la suie. Lorsque la peau est continûment altérée , les individus affectés ressemblent à des ramoneurs. Il peut néanmoins arriver que l'organe cutané conserve dans certaines parties de sa surface sa couleur naturelle. Les intervalles sains de la peau, qui sont quelquefois assez considérables et disséminés sur tout le corps, la font paroître connue tigrée, chamarrée ou mouchetée. La plupart de ces malades ont véritablement un aspect effrayant. Je consignerai ici l'ofoservation d'un infortuné qui offroit un spectacle déplorable, et ressembloit à un zèbre.
Dans l'éphélide scorbutique , il y a des démangeaisons vives aussi bien que dans l'éphélide liépalique. Ces démangeaisons sont principalement occasionées par le défaut de transpiration , et par
des furoncles qui se forment sur tous les points delà surface cutanée.
Lorsque l'éphélide scorbutique est ancienne et invétérée , lorsqu'elle est surtout répandue sur l'universalité des tégumens , elle répand une odeur infecte, qu'on ne peut comparer à rien, mais que reconnoissent aisément ceux qui fréquentent les prisons , les hôpitaux, etc. Cette odeur est surtout très-prononcée dans la maison de détention de Saint-Denis , où l'éphélide scorbutique est si fréquente. Il n'est pas douteux que ces sortes d'émanations , long-temps respirées par des individus d'une constitution nerveuse très-irritable, ne puissent être la cause de plusieurs maladies putrides qui régnent dans ces lieux humides et malsains à certaines époques de l'année. ■
Nous avons dit, en parlant de l'éphélide hépatique, qu'elle attaquoit ordinairement ceux qui étoient atteints de quelque embarras du foie; et c'est même de cette complication morbifique , qu'elle a emprunté sa dénomination. Mais l'éphélide que je décris est surtout famihère à ceux qui sont tourmentés d'une affection scorbutique. Aussi voit-on se manifester chez ceux qui sont affectés de cette éphélide , les divers symptômes qui accompagnent ordinairement le scorbut, tels que le gonflement des gencives, souvent même des hémorragies qu'il est difficile de suspendre , l'arrêt de la menstruation chez les femmes , la perte ou l'inactivité des forces musculaires, un état d'amaigrissement et de marasme, un moral triste et habituellement mélancolique. .