‹ Description des maladies de la peauChapitre 21 sur 94 · XL DISCOURS · texte numérisé non relu

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pour préserver les viscères de ces foyers impurs ! Ce que nous venons de dire des exanthèmes aigus, peut se dire également des exanthèmes chroniques, parce que la plus grande analogie existe entre ces deux genres d'affection. En effet, quoique ces derniers perpétuent leur irritation pendant plusieurs années , ils ont cependant une période de crudité , dont tous les phénomènes se déroulent aux yeux de l'observateur qui a la patience de les contempler. Pendant toute cette période, les tumeurs de la peau ont une dureté particulière , qui n'offre aucun signe de terminaison. Cependant, après un long intervalle, il survient un changement heureux : la rougeur diminue, les tumeurs s'affaissent, les ulcérations s'améliorent, et il se déclare des symptômes qui annoncent que véritablement l'acte de la coction est terminé. Il en est donc des maladies chroniques comme de tant d'autres phénomènes que la nature n'exécute qu'avec une extrême lenteur, parce que le temps n'est rien pour elle, et qu'elle compte à peine les siècles pour l'accomphssement de ses desseins.

§. XLIL La naissance et le développement des affections cutanées , s'opèrent constamment d'après les mêmes lois ; mais il n'en est pas ainsi de leur solution. Des mouvemens funestes à l'économie animale peuvent succéder à des mouvemens qui avoient été d'abord salutaires , comme cela s'observe quelquefois dans plusieurs dartres rongeantes, dans certaines espèces de lèpre, dans l'éléphantiasis, etc. Dès-lors il n'y a plus rien à espérer de la nature, qui n'exécutant aucun effort heureux, finit par se nuire à elle-même, et se consume par sa propre activité. Si la dégénération est concentrée, comme dans le cancer, on peut sans doute recourir au feu ou à l'instrument tranchant ; mais si elle gagne les viscères intérieurs les plus essentiels à la vie, les symptômes empirent et deviennent formidables par leur ténacité : tous les usages de la peau sont interceptés, et l'organisation entière est envahie par la matière de son infection. Le marasme, le scorbut, l'anasarque, etc., viennent compliquer une aussi fatale catastro-

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plie : les malades succombent au milieu des horreurs el des tourmens inexprimables de la lièvre hectique.

§. XLIII. Ne voit-on pas déjà combien il est utile pour le médecin clinique , de suivre la nature dans ses opérations , pour apprendre à imiter ou à diriger sa marche ? Mais une autre considération s'est présentée à moi dans le cours de mes recherches sur le traitement des maladies cutanées. En méditant avec profondeur sur cette intéressante matière, je n'ai pu méconnoître le rôle avantageux que jouent la plupart de ces maladies pour la conservation humaine. Semblables aux orages de l'univers , qui purgent l'atmosphère en la troublant, elles sont envisagées, par le pathologiste éclairé, comme des fermens purificateurs qui délivrent le corps vivant de quelque substance ennemie. Le vulgaire lui-même est souvent averti de cette vérité physiologique , par le spectacle fréquent des accidens qui succèdent à la suppression trop prompte de certaines affections dartreuses ; et personne n'ignore les vives alarmes qu'il témoigne, lorsqu'on fait des efforts pour en opérer laguérison. La peau devient donc, dans plusieurs circonstances, un centre de fluxion , qui fixe en quelque sorte le destin de l'économie entière. Un homme éprouvoit un catarrhe chronique de la vessie; il en fut déhvré par une éruption herpétique, qui se manifesta dans la main droite. Un littérateur cessa d'éprouver les accès d'une aliénation mentale , à laquelle il étoit sujet depuis trois ans, aussitôt qu'une dartre squammeuse se fut déclarée sur le cuir chevelu. M. Strambio observe que les individus atteints de la pélagre, sont exempts des autres maladies régnantes. Lorry dit avoir vu des glandes squirreuses diminuer considérablement de volume , par un exanthème inattendu. Mais le fait le plus remarquable , est celui d'une femme tourmentée par des douleurs lancinantes dans la région de l'utérus , qui lui faisoient redouter l'invasion très-prochaine du cancer. A l'âge de retour, le système dermoïde a été universellement atteint d'une exfohation furfuracée , et les symptômes intérieurs se sont dès-lors évanouis. Le fait suivant

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mérite une attention très-particulière. Un vieillard qui, dans sa jeunesse, avoit vécu dans le luxe et les grandeurs, et qui s'étoit immodérémentlivréaux liqueurs spiritueuses, étoiten proie, depuis l'âge mur, aux paroxysmes d'une goutte violente , dont aucun procédé de l'art n'avoit pu pallier les tourmens. Près de huit mois de l'année étoient presqu'infructueusement employés à combattre les dégoûts, les nausées, le long supplice des insomnies, les spasmes nerveux, les catarrhes réitérés de la membrane muqueuse gutturale, la présence de vents dans le conduit intestinal, la constipation , l'embarras du flux des urines , les phlegmasies chroniques des entrailles irritées, et surtout la sensation horrible d'une sorte de déchirement dans les ligamens des pieds et des genoux , symptôme si fréquent dans le cours de cette désolante maladie. Métamorphose surprenante; tant d'accidens qui se succédoient et s'enchaînoient pour ainsi dire réciproquement , disparurent d'une manière soudaine à l'époque fameuse où les troubles politiques commencèrent à agiter la France. Cet individu, doublement malheureux , perdit sa fortune et ses dignités ; et le vif chagrin qu'il en éprouva, produisit un changement incompréhensible dans son existence physique. Il cessa de souffrir; mais tout son corps fut recouvert d'une éruption écailleuse dont l'aspect étoit hideux et repoussant : il perdit l'usage de ses doigts , qui étoient comme enduits d'une concrétion tophacée. Dès-lors plus de douleurs internes : les fonctions des viscères reprirent le calme et la vigueur de la santé ; l'appétit étoit vorace , et les digestions s'effectuoient avec une régularité inaltérable. Ce ne fut pas sans péril qu'on essaya, quelque temps après, de faire disparoître cette affection cutanée , par divers topiques qu'il seroit trop long de rappeler. On observa qu'à mesure que le système dermoïde se nettoyoit et se purgeoit de la matière arthritique , qui paroissoit s'y être déposée , le bas-ventre se tuméfioit , et que la poitrine surtout éprouvoit une anxiété suffocante. On renonça aussitôt au projet qu'on avoit conçu de le guérir. Il semble donc

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qu'au milieu de cette association admirable de systèmes organiques , réquilibre ne se maintienne que lorsque les uns servent , pour ainsi dire, d'émonctoire aux autres; la peau surtout est l'organe que la nature choisit de préférence pour l'accomplissement des crises qui suivent la solution des maladies chroniques. Je connois un ouvrier qui a échappé aux progrès de la plithisie pulmonaire , par une dartre miliaire qui lui couvre la totalité de la face. L'ingénieux Baillou , ce praticien d'immortelle mémoire , qui rappela dans les murs de Paris les beaux jours de la médecine grecque 5 avoit profondément médité sur ce phénomène , et en tiroit des principes de la plus haute conséquence.

§. XLIV. Qu'on réfléchisse maintenant aux précautions sages que réclame la thérapeutique des maladies cutanées. Aussi ce n'est qu'après m'être long-temps livré à ces méditations préliminaires, que j'ai entrepris, avec quelques succès, différens essais de traitement. Je déclare donc avec cette assurance, ou pour mieux dire avec cette sorte d'autorité que me donne une longue application sur des objets aussi intéressans, qu'aucune partie de l'art n'ofFroit plus d'erreurs à détruire. Quels obstacles n'opposoit point à ses progrès , l'absurde doctrine des médicamens prétendus spécifiques , qui n'est que trop consolidée par les préjugés les plus anciens ? Mais , pour me servir de l'expression hardie du profond Stahl, c'est abuser de l'autorité que de ne se conduire que par elle. Je n'ai pas craint , en conséquence , de démontrer les fautes qu'avoit fait commettre l'ignorance des dogmes physiologiques : j'ai tout ramené aux principes fondamentaux qui dirigent le traitement des autres maladies : j'ai prouvé que les remèdes auxquels on attribue une action particulière sur les altérations de la peau , n'agissent, pour la plupart, qu'en influant sur l'activité des exhalans , qu'en provoquant l'action du système lymphatique , qu'en suscitant les évacuations alvines ou le flux des urines, ou enfin en modifiant , d'une manière quelconque , la puissance des propriétés vitales. Ainsi donc , rendre au système dermoïde l'énergie

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physique dont il jouit dans l'état ordinaire de santé , rétablir ses rapports nombreux avec les autres systèmes de l'économie vivante, le mettre en harmonie avec toutes les fonctions , tel est le but que se propose le médecin éclairé , comme on le verra dans le cours de cet ouvrage. Que deviennent dès-lors ces volumineuses compilations publiées par le charlatanisme ou la cupidité, touchant les vertus faussement attribuées à une foule de recettes insignifiantes ? Pour dissiper toute erreur, j'ai soumis à des épreuves nouvelles une foule de substances généralement employées , de nos jours , contre les maladies des tégumens j telles sont , parmi les végétaux , la dentelaire, la douce-amère, la morelle et autres plantes narcotiques ; parmi les minéraux, les préparations mercurielles, antimoniales, saturnines, cuivreuses; l'oxide de manganèse, le sulfate d'alumine, le nitrate de potasse, le muriate de soude , le charbon , et particulièrement le soufre , auquel j'ai fait obtenir une prééminence qu'il n'avoit pas auparavant. J'ai cherché à apprécier justement les effets des graisses oxygénées , des fomentations huileuses, des bains, des eaux thermales et minérales , etc. : j'ai recueilli plusieurs faits sur les résultats favorables de la saignée, dans le traitement des dartres, de la gale, etc. : je n'ai pu méconnoître également Futilité des escarotiques , qui imprimant un violent stimulus à la peau , changent l'ordre de ses mouveniens organiques , et détruisent l'espèce de sécrétion morbifique dont ce système a contracté l'habitude. On attache une grande confiance aux vésicatoires , aux cautères , aux sétons , à tous les ulcères artificiels : je présenterai des observations curieuses sur l'application de ces moyens. Je ne puis que les énoncer dans ce moment ; car le seul objet de ce discours est de concentrer des vérités que je développerai avec beaucoup plus d'étendue , à mesure que je traiterai chaque point de la science.

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