‹ Description des maladies de la peauChapitre 34 sur 94 · TABLEAU DE LA TEIGNE MUQUEUSE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA TEIGNE MUQUEUSE

XVII. Cette teigne a été fort inexactement décrite par les auteurs qui m'ont devancé. La plupart d'entre eux l'ont confondue avec la croûte de lait. Mais elle en diffère visiblement par ses caractères extérieurs et par la plus grande intensité des symptômes qui l'accompagnent. En effet , l'affection connue sous le nom de croûte laiteuse , n'est d'ordinaire qu'un amas de squammes ou de croûtes furfuracées , blanchâtres , le plus souvent sèches , rarement humides. Elle n'attaque que les enfans à la mamelle *. La teigne muqueuse, au contraire, a un degré de violence si considérable par les accidens qu'elle entraine, qu'elle cesse d^être dans l'ordre de la nature, et qu^il seroit dangereux de ne point en modérer les progrès. Elle peut se déclarer pendant les deux premières années de la naissance ; et je l'ai vue fréquemment liée aux phéno-

* J'ai déjà donné le motif qui m'a fait abstenir de parler directement de la croule de lail dans cet ouvrage : cette éruption ne pouvant , dans aucun cas , être considérée comme une maladie ,^ elle a dû s'offrir rarement à mon observation, dans la clinique des hôpitaux^

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MALADIES DE LA PEAU. 3i

mènes d'une mauvaise lactation , on à ceux d'une dentition imparfaite et laborieuse. Je l'ai observée aussi chez les enfans qui étoient nés de parens scropliuleux , ou qui étoient sujets à d'autres maladies du système lymphatique ou du système cutané.

Cette affection , dont j^offre ici le tableau , est ordinairement caractérisée par des ulcérations superficielles qui dégradent d^une manière spéciale le cuir chevelu des enfans , mais qui peuvent se porter aussi au front , aux tempes , aux oreilles , et quelquefois s'étendre jusqu'au tronc , aux bras et aux cuisses , ainsi que j'en ai fait la remarque à l'hôpital Saint-Louis. Ces ulcérations, d'une nature très - humide , fournissent une matière muqueuse qui suinte de toutes parts , et qui ressemble à du miel corrompu. Dans quelques cas , ces ulcérations se dessèchent entièrement par le contact de l'air ou par l'influence de la chaleur , et forment des croûtes d'une couleur cendrée, jaunes comme de la cire , souvent même offrant une nuance verdâtre.

Ces ulcérations, que j'ai contemplées dans leur origine, commencent d'une manière très-diverse. Tantôt ce sont des pustules petites ou larges ; tantôt ce sont des vésicules aiguës qui renferment un liquide transparent, lequel est coloré d'un blanc jaunâtre -, quelquefois ce sont des abcès qui occasionnent la fièvre , et déterminent une distension si douloureuse dans le cuir chevelu , que j'ai été obligé de les faire ouvrir par le bistouri, pour faciliter la sortie du liquide qu'ils contiennent, I^es pustules ou vésicules se rompent spontanément , ou par l'action de l'enfant qui se gratte; la liqueur tenace qu'elles fournissent se convertit en croûtes molles, d'un jaune paille, mêlé souvent d'une teinte rougeâtre. Mais une humeur nouvelle s'écoule à chaque instant des mêmes sources , et vient accroître ce foyer impur. Nous avons vu même , dans une circonstance, le mucus nasal s'écouler en si grande abondance des fosses nasales, que la respiration de l'enfant en étoit opprimée.

Il est des endroits de la tête où le cuir chevelu ne présente

point ces ulcères particuliers dont nous avons déjà fait mention , mais où le tissu cellulaire turge et s'élève au point d'offrir des inégalités et des bosses pins ou moins considérables. Ces gonflemens s'affaissent insensiblement par la rupture des vésicules voisines, ou donnent lieu à différentes suppurations. Quelquefois même cette tuméfaction celluleuse et cutanée parvient à un tel degré d'intensité , que les oreilles acquièrent le double de leur volume ordinaire.

C'est alors surtout qu'un état de pblogose, de rougeur et de tension extrême se manifeste le long des joues , et presque sur toute la face. Les en fans sont en proie à une démangeaison dont rien ne peut exprimer la violence, et cette démangeaison redouble encore quand on leur découvre la tête et qu'on l'expose à toute l'activité de l'air. Alors ils agitent ardemment leur tête contre leurs épaules; pour peu que leurs mains soient libres, ils s'empressent de se gratter avec une vivacité qui exprime les délices que leur procure cette opération.

Par l'effet de cette irritation générale, la tête se dégarnit souvent de cheveux dans la plus grande partie de sa surface. Le cuir dénudé offre une couleur d'un rouge rosacé ou amarantlie ; mais le mouvement inflammatoire qui s'y produit, paroît moins profond que dans les teignes que j'ai déjà décrites. Le tissu de la peau est luisant, parce qu'il est constamment humide, et souvent souillé par un mucus d'une apparence caséeuse. Aussi l'odeur qui s'en exhale , a-t-elle quelque analogie avec celle du lait qui commence à s'aigrir ou à se putréfier. Cette odeur, du reste, est d'autant plus fétide , que la teigne muqueuse est plus étendue et plus intense dans ses symptômes.

Pai observé plusieurs changemens dans la manière d'être des enfans , pendant le stade de la teigne muqueuse. Lorsque les croûtes se dessèchent, et qu'elles cessent d'être baignées de mucus, ils sont mornes, taciturnes, inquiets, mal portans. Dans le cas contraire, quand cette matière excrémentitielle coule' avec abon-

dance, quand elle arrose et pénètre de toutes parts le cuir chevelu, la joie paroît sut leur physionomie; leurs fonctions s'exécutent avec la plus parfaite régularité. On verra, dans mes considérations générales, les conclusions qu'il faut tirer de ce fait. J'ai vu pourtant la teigne muqueuse faire de tels progrès, et causer des symptômes si graves, que les enfans tomhoient dans une sorte de consomption , qu'ils étoient accablés de maigreur , que leurs yeux devenoient concaves, et qu^enfin la prostration des forces étoit à son comble. Alors la maladie peut se compliquer d'aphtes dans l'intérieur de la bouche , ou d'autres ulcérations non moins dangereuses.

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