TABLEAU DE LA PLIQUE A QUEUE OU SOLITAIRE
LXXXIV. Je parle de cette plique , d'après un échantillon qtie j'ai sous les yeux, et d'après les relations qui m'ont été transmises par des médecins observateurs. Elle offre des circonstances déplorables ; elle attaque surtout les femmes , parce que leurs chevcLix sont naturellement plus longs que ceux des hommes. Cependant on la voit aussi survenir chez les individus du sexe masculin , particulièrement chez les Cosaques, qui ont la tête rasée sur les par-
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MALADIES DE LA PEAU. g5
ties latérales , et ne conservent qu'une seule touffe à l'occiput. Alors la matière de la plique se concentre dans cette touffe villeuse. L'afflux continuel de forces vitales , imprime une énergie particulière à sa végétation , et lui fait acquérir avec les années une longueur extraordinaire. M. De Formey, médecin ordinaire du roi de Prusse , vit dans les environs de Lowitz , un individu occupé à garder les pourceaux. Il avoit la tête chauve; mais toute la masse de cheveux située au-dessus de la nuque , avoit pris un accroissement si prodigieux, qu^elle descendoit jusqu'aux jarrets. Dans le Muséum d'Histoire naturelle de Dresde , on remarque une plique polonaise qui a près de neuf pieds de longueur, ainsi que le docteur Flajani a eu occasion de s'en convaincre , en la mesurant lui-même. On voit, dans l'intérieur du même établissement, la peau du cheval d'Auguste II, roi de Pologne. La queue de cet animal est d'une étendue démesurée : les crins de cette queue ne sont point entremêlés , mais sont infiniment plus gros que de coutume.
L'incommodité principale causée par cette espèce de plique , est le poids énorme dont elle est pour les malades. Le plus souvent ils sont condamnés à la laisser traîner par terre ; ce qui les fatigue au-delà de toute expression, par l'effet du tiraillement douloureux qu'endure le cuir chevelu. Quelquefois il leur est impossible de marcher, et ils passent leurs jours dans l'inaction la plus triste. Plusieurs exécutent une progression pénible, en portant la tête penchée en arrière , et sont forcésàtous les instans de prendre du repos.
Il est assez commun de voir la plique à queue ou solitaire , former divers plis autour des épaules ou des reins des personnes qui en sont affectées ; ces circonvolutions ont quelque chose d'effrayant au. premier aspect, et rappellent les serpens monstrueux qui embrassoient le corps de Laocoon. On a rencontré souvent des infortunés qui soutenoient cette pesante queue avec leurs mains, ou lui donnoient des points d'appui par des liens fixés à leurs vêtemens , lorsqu'ils alloient mendier leur pain dans les villages de la Pologne.
Dans certains cas, la plique à queue ou solitaire va en diminuant de circonférence , depuis sa partie supérieure jusqu'à sa partie inférieure. Dans d'autres cas , elle se renfle dans son extrémité , et se termine en globe ou en massue. Elle part tantôt du sommet, tantôt du milieu, tantôt du bas de la tête. Le plus souvent elle est unique sur le cuir clievelu; ce qui la fait désigner , par quelques patliologistes , sous le nom. de solitaire ^ et nous avons cru devoir lui conserver cette dénomination. On cite néanmoins une circonstance où il s'en forma deux qui croissoient isolément sur chaque côté des tempes. Cette plique attaque quelquefois le pubis, les aisselles, le sternum, etc.
Ceux qui sont fatigués par la longueur prodigieuse de la plique à queue ou solitaire, n'osent procéder à sa section , parce qu'ils redoutent l'hémorragie ou la rétropulsion de la matière trichomatique. Il peut arriver néanmoins qu'elle s'use par l'effet du frottement ou par vétusté, et qu'il s'en détache quelque portion. On l'a vue aussi se séparer spontanément et en entier de la tête , après avoir pris un accroissement extraordinaire, et s'être considérablement amincie à sa racine. Apinus fait mention d'une malade de Brunsmck, dont la plique, qui avoit sept pieds de longueur, tomba après dix ans d'existence , sans causer aucun symptôme fâcheux. On a aussi parlé d'une dame polonaise parvenue à un âge très-avancé, qui avoit porté plusieurs pliques successives, lesquelles se détachoient communément du cuir chevelu après un espace d'environ sept années. Il est digne d'observation , qu'il n'en paraissoit jamais deux à la fois.