XVI DISCOURS
qu'il survient des eiigorgemens dans les glandes mézaraïques ? Mais l'enfance s'éloigne; l'âge de puberté arrive : tout change alors dans l'économie humaine. Le système dermoïde paroît embrasé d'un feu nouveau ; il perd l'odeur muqueuse qu^il avoit , et exhale une odeur, pour ainsi dire , séminale. Les affections qu'il éprouve ont quelque chose de plus inflammatoire. C'est alors que paroissent divers érysipèles ; la peau est marquée çà et là de boutons qui ont une apparence phlegmoneuse ; ces boutons sont tantôt réunis et aglomérés, tantôt isolés et solitaires. Ils sont accompagnés d'un sentiment de tension et d'âcreté qui annonce leur action purement dépuratoire. De là vient qu'ils ne cèdent qu'aux délayans et au régime anti-phlogistique. Les années se multiplient ; les maladies du système dermoïde n'ont plus la même vivacité , comme dans la période ardente de la jeunesse. Cet organe, dans l'âge mur, devient plus rude, moins sensible et moins perspirable. C'est chez les adultes que se manifestent les cors, les aspérités ,. les taches , les lichens , etc. Enfin , quand l'homme touche à la vieillesse , les vaisseaux eutanés se tuméfient , et deviennent variqueux. Le tissu cellulaire se dessèche ; la peau est dure , épaisse , tuberculeuse ; elle se résout quelquefois en écailles furfuracées. On voit alors se former différentes espèces de dartres, des phlyctènes , des ulcères, etc. A cette dernière époque de l'existence, le système dermoïde n'est point exposé aux révolutions qu'il éprouve dans les autres âges. Ses propriétés vitales sont dans un état de langueur et de dépérissement. Il faut moins compter sur la guérison. Au surplus , en continuant de considérer les maladies cutanées sous le même point de vue, on peut ajouter qu'elles suivent, en général, la direction des forces toniques dans l'économie animale. Dans l'enfance , elles viennent assaillir la tête ; dans la puberté, elles se portent à la poitrine; dans l'âge mur , elles occupent l'abdomen, le siège hémorroïdal, etc. ; dans la vieillesse , elles sont dans les extrémités inférieures.
§. XVIII. Après la considération des âges, celle des sexes s'est naturellement présentée à moi dans l'étude des Maladies de la
PRÉLIMINAIRE. xvii
peau. Ainsi, par exemple, on observe que le système dermoïde , chez les femmes, est plus abreuvé de sucs et doué d'une sensibilité plus exquise que chez l'homme. Cette double qualité peut influer sur la nature de leurs éruptions cutanées. Combien d'ailleurs n'y a-t-il pas de ces éruptions qui ont les rapports les plus directs , soit avec la fonction menstruelle , soit avec la fonction de l'allaitement? La rétention des règles donne lieu à une multitude d'exanthèmes ; mais ce qui est surtout difficile à guérir, ce sont les altérations dermoïques qui se manifestent à la période critique qui constitue l'âge de retour , parce qu'alors on n'a plus l'espérance de rétablir le flux supprimé. J'ai remarqué en outre que lorsque ces mêmes altérations, déjà existantes , ne sont pas dissipées parla révolution organique qui s'opère à cette époque de la vie , elles éprouvent une sorte de recrudescence , et deviennent plus intenses qu'auparavant. Une interruption prématurée dans la sécrétion du lait, produit des désordres presqu'aussi considérables. J'ai vu naguère une dame qui , ayant sevré tout-à-coup son enfant , fut couverte soudainement d'une dartre croûteuse dans les membres thorachiques et abdominaux. Elle reprit son nourrisson , et cette affection ne tarda pas à disparoître. Je dois ajouter que la redondance du liquide laiteux se marque souvent à la périphérie du corps de la femme par des taches d'un roux cendré, par des croûtes d'un blanc verdâtre , et que cette cacochimie rebelle entraîne parfois des abcès qu'on pourroit presque considérer comme caséeux ; il se déclare des douleurs vagues , mais très-vives , occasionées par l'irritation générale du tissu cellulaire et des glandes lymphatiques ; il se manifeste des empàtemens , des tuméfactions , des gonflemens de ces organes, fort mal décrits jusqu'à ce jour. J'ai particulièrement approfondi cette intéressante matière à l'hôpital Saint-Louis , et j'ai rassemblé beaucoup de faits qui ont échappé aux auteurs qui ont médité avant moi ce même sujet.
§. XIX. Il falloit surtout apprécier l'influence des tempéramens sur la production des maladies cutanées. C'est ainsi que les