OBSERVATIONS RELATIVES A LA DARTRE ÉRYTHÉMOÏDE
CXCVL Première Observation. — Etienne Maugeon , papetier , âgé de trente-cinq ans , du département de Seine-et-Oise , doué d'un tempérament sanguin, d'une constitution robuste, ayant les cheveux et les sourcils châtains , les yeux bleus , vint à l'hôpital Saint-Louis dans le mois de janvier de 1806. Il nous dit avoir éprouvé plusieurs maladies dans sa jeunesse. Ses parens ne jouissoient pas d'une bonne santé. Sa soeur avoit des dartres. Sa mère étoit morte assez jeune par le vice scrophuleux, porté au plus haut degré. Il avoit déjà été atteint lui-même deux fois d'une éruption semblable à celle que nous allons décrire. Yoici quels furent ses principaux phénomènes , lorsque nous eûmes l'occasion de l'observer. Les mains furent d'abord attaquées, puis les jambes, puis la partie antérieure du sternum. La conjonctive s'injecta, mais principalement le côté qui correspond à la caroncule lacrymale. C'est particulièrement sur les mains et sur les doigts que la maladie se montra avec ses symptômes particuliers. La peau étoit d'un rouge amaranthe , mêlé de quelques teintes légèrement violacées. On voyoit au milieu de ces plaques irrégulières quelques intervalles des tégumens , qui étoient parfaitement sains , et qui conservoient leur couleur naturelle. Le malade y ressentoit de petites douleurs cuisantes , comme si ses mains avoient été plongées dans une forte dissolution saline. On eût dit, à leur aspect enflammé , qu'elles avoient été vivement mordues par des cousins, ou vivement piquées par l'aiguillon des frelons ou des abeilles. Cette affection cutanée ne fournissoit ni croûtes ni écailles. Lorsqu'elle étoit parvenue à son plus haut degré d'accroissement, la peau paroissoit tendue, gonflée et luisante. Mais au déclin de l'inflammation , elle s^afîaissoit et se ridoit , en prenant une teinte bleuâtre. Je questionnai le malade sur le genre de
sensation qu'il éprouvoit : il me dit alors ressentir une sorte de fourmillement dans les doigts , une espèce de travail : c'étoitlà son expression. Enfin, quelque temps après, l'épidémie se soulevoit et se détaclioit par lambeaux. Les tégumens ne tardoient pas à recouvrer leur état ordinaire.
Deuxième Obseivation. — La nommée Marguerite Aricelin , âgée de trente ans, marchande de fruits, eut une vive dispute avec son mari, à la suite de laquelle des hémorroïdes se manifestèrent .Deux jours après, de petites élevures rougeâtres parurent aux aines, sur les mains, les avant-bras, autour du col et sur le visage. En se déclarant, elles firent éprouver un sentiment de démangeaison à la malade. Le lendemain, ces élevures s'étoient élargies, étoient plus saillantes que la veille , et faisoient éprouver une cuisson violente ; bientôt elles se réunirent et formèrent des plaques d'un rouge violet. Sur la main gauche et sur l'avant-bras du même côté, ces élevures, par leur rapprochement et par leur réunion, formèrent des tumeurs qui, par leur couleur et leur dureté, ressembloient assez bien à celles que produiroient des piqûres d'abeilles. Un sentiment de brûlure qu'éprouvoit la malade, l'empêchoit de dormir. L'éruption alla en augmentant pendant six à sept jours ; souvent elle occasionoit uu léger accès de fièvre. Il est digne de remarque que cette femme avoit les cheveux châtains et les yeux bleus , comme l'individu de l'observation précédente. Elle étoit sujette à des fleurs-blanches , qui diminuèrent un peu par l'effet de l'éruption cutanée dont nous parlons. D'ailleurs, la terminaison de l'exanthème s'effectua comme nous l'avons indiqué plus haut.
CXGVII. Si on lit avec quelque attention les faits relatifs aux deux dernières espèces que je viens de décrire , on sera tenté de les renvoyer , soit à Pérysipèle , soit à l'érythême. En effet , une affinité frappante semble les lier à ces éruptions aiguës , aussi bien qu'au genre des dartres. Il faut en convenir : on éprouvera toujours quelque embarraspour classer ces affections intermédiaires, à moins que les iiosographes ne se déterminent à en faire un genre parti-
culier. Cependant j'ai cru apercevoir que ces deux maladies se rapprochent par plus de traits d'ajQTinité des maladies herpétiques. En effet, quoique chaque phlyctène , considérée en particulier, observe une marche rapide , néanmoins l'ensemble de la maladie suit une marche chronique. J'ai vu des vésicules naître et se succéder pendant près de dix-neuf mois , chez une malheureuse femme, dont j'ai déjà cité l'observation, et qui termina ses jours par le progrès de ce douloureux exanthème.
SECONDE PARTIE